La vérité de l’art,… l’art du mensonge

2015 octobre 17
Par Dario CATERINA

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photo 20 La vérité de l’art,... l’art du mensonge

L’art dit-il la vérité ?

L’actualité colle parfois avec précision à un sentiment confus qui nous rappelle parfois de grandes œuvres littéraires. Il ne s’agit ici que d’un emprunt lié aux circonstances de l’actualité, qui fait naître en nous une compassion qui nous accable en ces instants, et que nous vivons à la démesure du flux migratoire et de celui des réfugiés de guerre que bien des politiques n’ont pas anticipé par défaut de prévoyance.

Il faut considérer que recueillir les réfugiés de guerre, c’est un devoir, et répondre aux demandes des hommes et des femmes qui constituent le flot migratoire d’Afrique, du Maghreb et d’une partie du Moyen-Orient, est une réparation de nos fautes coloniales.

D’une moindre importance, mais tellement évocateur, ajoutons le mensonge de l’entreprise VW… qui en occulte bien d’autres, et c’est la nausée…

Qui n’entend pas les mensonges politiques ?

Qui ne vit pas le mensonge sur son lieu de travail ?

Comme souvent des parallèles peuvent exister entre des faits qui dépeignent la brutalité de la réalité, et l’existence de l’art qui tente à la faveur d’une catharsis artistique, de reformuler la vie pour tenter de la comprendre et d’agir sur la pensée.

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Berlinde de Bruykere

2015 mars 18
Par Dario CATERINA

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bd 1 Berlinde de Bruykere

bd21 Berlinde de Bruykere

Berlinde De Bruyckere[i]

Lors d’un voyage à la Biennale de Venise avec les étudiants de l’atelier de sculpture, nous avons eu l’occasion de voir l’installation de l’artiste dans le pavillon belge. L’œuvre présentée était remarquablement mise en situation de scénographie et de recueillement — chamanique ? —, comme une présence non naturelle d’une humanité mêlée à la nature. Le (un) corps (arbre) meurtri de la nature (humaine).

Pour entamer cette chronique, nous devons penser à l’image de la douleur dans les pratiques artistiques et dans l’histoire des hommes et des diverses cultures du monde. Il n’est pas sûr que l’artiste soit dépositaire de la possibilité d’incarner à la faveur de ses œuvres une vérité sur la condition humaine qui réunirait autour de lui l’ensemble de cette part d’humanité. Il semble difficile de comprendre, à l’aune de notre morale contemporaine, les sacrifices humains réalisés depuis l’histoire des civilisations avec tout ce que cela comporte d’identification religieuse, chamanique, ou de croyances et superstitions de toutes sortes. Déjà par le passé, la nature était considérée comme un être vivant par bon nombre d’humains qui réalisaient intuitivement la nécessité de préserver les biotopes avec lesquels ils se sentaient en symbiose et redevables de leur existence.

Il semble bien que le problème de l’écologie contemporaine ne fasse somme toute que réintégrer dans notre époque la nécessité de rétablir une conscience de la chair du monde à travers les animaux, les paysages, l’eau, le vent, les saisons, etc. L’arbre dans cette nouvelle conscience des dangers qui nous guettent est un symbole précieux, la métaphore d’une nature indispensable à notre bonheur.

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L’art contemporain actuel n’est pas seul. L’art moderne contemporain actuel et l’art classique contemporain actuel composent également le paysage de l’art contemporain d’aujourd’hui.

2014 novembre 25
Par Dario CATERINA

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Doc6 tres bon2 L’art contemporain actuel n’est pas seul. Lart moderne contemporain actuel et lart classique contemporain actuel composent également le paysage de lart contemporain daujourdhui.
Art historique                                                  Art contemporain actuel

 

L’art contemporain actuel est-il un mouvement esthétique parmi d’autres, tels l’art classique contemporain actuel et l’art moderne contemporain actuel ? L’art contemporain actuel s’inscrit-il dans un paradigme ontologique parmi d’autres ? Faut-il combattre la doxa qui règne dans les esprits éclairés qui considèrent que l’art contemporain actuel a remplacé tous les mouvements artistiques qui existaient avant lui ? L’art contemporain actuel résiste-t-il à son autoquestionnement : est-ce de l’art ? L’art contemporain actuel est-il une excroissance pédagogique « poétisante » de la sociologie ? Les artistes entrepreneurs ont-ils adoubé l’idée selon laquelle l’art est devenu un secteur libéral comme les autres, business is business, etc. ? Est — ce dans l’authenticité du vécu esthétique que réside le beau corps de la politique? L’ intelligibilité du monde est-elle réalisable sans la philosophie quantique?… Ouf…

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L’art contemporain : phénomène de foires ?

2014 juin 3
Par Dario CATERINA

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Doc1 L’art contemporain : phénomène de foires ?

Ou l’anoblissement du bricolage dans l’art contemporain ?

La foire d’art contemporain de Bruxelles nous invite à un survol de l’art contemporain actuel. Un constat s’impose : rien de neuf à l’horizon, la peinture peinture est peu présente, la photo et ses dérivés se taillent une bonne part des participations et le bricolage contemporain semble s’insérer dans le marché de la chic attitude de l’art contemporain.

Comme souvent, la critique n’est le reflet que d’un point de vue subjectif. Il reste néanmoins une possibilité de cadrer une opinion dans le but d’amener une sensibilité dans le débat au sujet de l’art contemporain. La visite d’un si grand nombre d’œuvres d’art ne peut se solder par un refus ou une acceptation de ce qui est présenté au public. Tout spectateur réalise un choix personnel, qui ne correspond ni plus ni moins qu’à un avis subjectif. Donc, il y a des œuvres intéressantes, des découvertes et des déceptions. Pour ma part, j’ai pu faire un constat global de ce qui constitue l’air du temps avec ses points positifs et les faiblesses que nous ne sommes pas seuls à éclairer à la faveur de tels événements artistiques.

D’emblée, la visite de la foire donne le ton général du premier hall : un bricolage chic. Dans le fond, l’art contemporain semble réaliser la performance écologique de recycler les déchets dans une formulation d’écart en donnant une plus-value, très scolaire, à la réappropriation, en anoblissant les détritus de notre société consumériste. En effet, cette posture est un avatar d’une pédagogie en application depuis l’apparition du pop art et des nouveaux réalistes, comme l’art conceptuel et la sociologie de la mémoire culturelle et des mythes artistiques individuels.

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Les ultramodernes primitifs

2014 mars 8
Par Dario CATERINA

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baselit georg Modell fur ei Les ultramodernes primitifs

Georg Baselitz

Une alternative à l’ imagerie de l’image dans l’art contemporain actuel ?

Les artistes qui utilisent un formalisme expressionniste éprouvent beaucoup de difficultés à être admis dans le giron des artistes d’art contemporain. Pour être homologuées, leurs œuvres doivent être débarrassées de toutes les scories du passé propres à une expression empreinte de douleurs feintes. Dans le cas de Bacon [1] par exemple, les visages et les corps défigurés, douloureux dans leurs expressions, provoquent le dégoût de ses détracteurs, ceux-ci lui reprochant sans doute inconsciemment son homosexualité et la difficulté d’exprimer sa douleur sans recourir à un esthétisme rosé qui cadre peu avec la réalité des vrais sentiments. On peut penser que dans le cas de Bacon, les premières toiles étaient, peut-être plus justement, démonstratives d’un expressionnisme authentique. C’est possible… Néanmoins, son art est sans ambiguïté un des plus grands moments de l’histoire de la peinture du point de vue de l’ultramodernisme primitif. Les huis clos de ses toiles, réalisées à la faveur de la solitude exprimée par la charge émotive de ses coups de pinceau, convient à partager avec lui un moment d’introspection issu d’un moment de vie du peintre. Certains exégètes ne manqueront pas de considérer que l’expressionnisme comporte le meilleur comme le pire, à l’exemple d’un Veličković [2], souvent décrié par une certaine intelligentsia qui lui reproche une forme esthétisée de l’énergie picturale dans son œuvre, au détriment d’un réel sentiment expressif… Pas sûr !… En résumé, probablement s’agit-il de savoir qui peut être désigné comme héritier légitime d’un Goya, d’un Ensor, d’un Soutine, etc., et comment l’on détermine chez les artistes d’art contemporain le niveau d’expressionnisme sémantiquement ad hoc, avec les préoccupations postmodernes de l’art contemporain actuel.

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La 55e biennale d’art contemporain de Venise — Résistance ou adhésion ?

2013 décembre 8
Par Dario CATERINA

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walter maria apollos 3634 d La 55e biennale d’art contemporain de Venise — Résistance ou adhésion ?

Arsenal — The Broken Kilometer, Walter de Maria

La visite de la biennale de Venise a permis aux étudiants de l’atelier de sculpture de se prononcer en toute subjectivité sur leur appréciation des œuvres d’art qui y sont présentées. Cela a ouvert un échange informel sur les points de vue des uns et des autres, parfois concordants, parfois distants, dans leurs conclusions. Ces différents commentaires ont débuté sous forme de jeu et autour d’un repas où j’ai pris la liberté d’installer un dictaphone. Cela n’a pas permis tout de suite de détendre les propos, l’enregistreur a eu un effet d’intrusion désagréable. Pourtant, lors de la soirée que nous avons passée en compagnie d’amis de Pierre Portier près d’un campus universitaire, autour d’un verre, tout s’est débloqué et la discussion a été positivement animée.

Dès notre retour de ce voyage très réussi, j’ai proposé à qui le souhaitait de réaliser la reproduction au choix d’une œuvre qu’il appréciait particulièrement et d’y joindre un texte de réflexion sur son sentiment à la vue de celle-ci.

Doc10000 La 55e biennale d’art contemporain de Venise — Résistance ou adhésion ?

The Lightning Field, Walter de Maria

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Sophie Wahnich et le Trésor perdu de la révolution

2013 septembre 9
Par Tropiques

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Sophie Wahnich sur la transmission du trésor de la révolution Française. Une transmission de nouveau possible, après que les révisionnistes des années 70 aient tenté de l’enfouir sous des strates successives de déni réactionnaire et que les relativistes de tous bords l’aient conchiée avec l’universel concret de l’émancipation humaine. Sophie Wahnich, armée de son courage indomptable et de sa formidable maîtrise du sujet, affronte victorieusement plusieurs générations de sophistes et de mondains.

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 Sophie Wahnich et le Trésor perdu de la révolution

 

 

Martine Droixhe, ou la peinture comme miroir de l’esprit

2013 septembre 6
Par Dario CATERINA

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Martine Droixhe 3 Martine Droixhe, ou la peinture comme miroir de l’esprit

Martine Droixhe

La peinture-peinture et la sculpture-sculpture sont des locutions apparues lorsqu’il devint nécessaire de faire la distinction entre diverses pratiques artistiques en lutte idéologique entre elles. Pour certains artistes, être le plus proche possible de l’intégrité de la peinture ou de la sculpture s’exprime à travers un choix simple : l’œuvre est le tableau — ou la sculpture — tel qu’il est constitué et apparaît phénoménologiquement à la vue du spectateur. L’œuvre est présente dans la réalité de l’espace, un point c’est tout, sans pathos. Les artistes qui font ce choix abordent souvent leur statut de peintre et/ou de sculpteur à travers le prisme du métier pour déjouer le piège contemporain du transdisciplinaire. En effet, l’artiste postmoderne quitte définitivement l’artisan pour devenir sociologue au service de la pédagogie sociologique. L’horizontalité de la culture, phénomène lié à la déconstruction de la verticalité culturelle des deux derniers millénaires, a eu un effet de démocratisation des possibilités créatives qui a entraîné une décontraction de la création sur le principe laconique que tout est possible, tout est acceptable, tout fait sens, et que nous pouvons transcrire comme ceci : l’art contemporain a permis l’avènement de l’individu et des mythologies privées, en réaction au monde grec et chrétien au sein desquels les artistes œuvraient pour la verticalité d’une culture de civilisation.

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À la demande générale : Marx pour les nuls

2013 septembre 4
Par Tropiques

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marx nuls À la demande générale : Marx pour les nuls

A la demande générale, les Ateliers populaires de la connaissance (APC) programment un Marx pour les nuls, animé par Dominique Mazuet, mercredi 11 septembre, 18h30, à la Baroudeuse, 38 rue de Gérgovie, Paris 14e. Cet atelier est complémentaire du Marx plage, dans la perspective d’un enseignement de la méthode marxiste, par la compréhension des textes.

Pour info : les 4 séances de Marx Plage <<animées par Dominique Pagani>>, ont rassemblé près de 200 personnes (50 personnes de moyenne). Résultat encourageant pour l’avenir des débats de pensée.

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 À la demande générale : Marx pour les nuls

 

 

MARX PLAGE 2013

2013 septembre 1
Par Tropiques

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Premiers jeudis du mois d’août : grâce aux Ateliers Populaires de la Connaissance, Dominique Pagani nous emmène en villégiature philosophique sur les terres du godfather des sciences sociales : Karl Marx, plus actuel que jamais.

Un coup de barre ? Un Marx et ça repart !

Revue Tropiques

 

Dominique Pagani est philosophe. Il a dirigé le Centre de Formation et de Promotion Musicale de Niamey (M.J.S./Union Européenne). Il a publié récemment Féminité et communauté chez Hegel (Delga, 2010).

 

Untitled 1 MARX PLAGE 2013

Autre intervention de Dominique Pagani sur Droit de Cités :

Plutôt les Verts que le Front populaire (entretien)

Que faire? Valeur travail et valeur farniente (vidéo)

Hegel Plage (vidéo)

Avec Clouscard (vidéo)

 

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 MARX PLAGE 2013

 

 

Avec Clouscard (et Negroni, et Pagani)

2013 juillet 15
Par Tropiques

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François de Negroni raconte Michel Clouscard, son époque, sa pensée, la manière dont tout cela a influencé sa vie, la genèse et l’actualité de la critique sociale, politique et économique théorisée par le meilleur philosophe du XXe siècle. Remarquable vulgarisation de sa pensée par son ami et compère Dominique Pagani et quelques éclaircissements utiles dans le contexte de confusion ambiante et les tentatives de détournement dont fait l’objet la « Critique du libéralisme libertaire ».

+ Sur le matérialisme dialectique, avec Dominique Pagani :

Plutôt les Verts que le Front populaire (entretien)

Que faire? Valeur travail et valeur farniente (vidéo)

Hegel Plage (vidéo)

 

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MARX PLAGE, tout le mois d’août

2013 juillet 14
Par Tropiques

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marx plage pm2 MARX PLAGE, tout le mois daoût

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 MARX PLAGE, tout le mois daoût

 

 

Métabolisations de la « cohésion sociale »

2013 juillet 1
Par Droit de Cités

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Dans le cadre du projet Dynamiques citoyennes en Europe

Colloque International / Colloque jeunes chercheurs
Organisé par le réseau de recherche DCIE
et la Maison des Sciences de l’Homme « Ange-Guépin » Nantes / France
15/16 mars 2013

Comment une société tient-elle ensemble ? Si les humains sont, comme l’écrit le philosophe Peter Sloterdijk, les étants-ensemble, quels sont les puissants motifs de cette coexistence ? Depuis la Division du travail social d’Emile Durkheim au plus tard, une « métaphore » provenue de la physique post-newtonienne a précairement répondu à la question : ce serait la puissance divine de cohésion sans laquelle « tout serait réduit en poussière » (Buffon). Emancipée du divin, elle permettra pour Durkheim et ses disciples le devenir-cohérent des sociétés. Elle fait de la masse des individus « un agrégat et un cohérent » par solidarité intégratrice, depuis les « masses polycellulaires » déjà douées d’une certaine cohésion jusqu’à la division du travail, qui accroît puissamment le degré de cohésion et l’intensité de vie. Mettant cette solidarité en mouvement, Marcel Mauss s’étonnait philosophiquement, quelques années plus tard, de cette étrange cohésion réalisée « par adhérence et par opposition, par frottement comme dans la fabrique des tissus, des vanneries ». Cependant, Gabriel Tarde, célébré naguère par Deleuze et Guattari, Baudrillard et Sloterdijk, prenait le contre-pied de Durkheim en s’inspirant de Leibniz par son « tournant monadologique » au sein de la science des conglomérations. Ces entrecroisements s’oublièrent-ils durant plus de cinquante ans ? C’est vers 1980 que l’expression ressurgit avec force (Jacques Donzelot), jusqu’à devenir omniprésente et à s’officialiser au début des années 2000 en planifications nationales et européennes, en ministères de la « cohésion sociale ». Ne s’agit-il là en Europe que d’un idéologème suggérant la « mort » des luttes de classes ? Toute conflictualité s’estomperait-elle au profit d’une réparation généralisée des désordres sociaux, reconnaissant au besoin une fracture sociale qui la conforterait ? Un camouflage de l’atomisation du politique ? S’agit-il dès lors d’euphémiser une « homéostasie autarcique » destinée aux humains vulnérables, qui les fait « se soutenir pour s’aider » eux-mêmes, parfois entrés en dynamique citoyenne de résistance déjà ? Durant ces deux journées, les intervenants pourraient méditer sur une double métaphorisation suggérée par Hélène Thomas : les corps des humains se briseraient « tel un squelette selon la métaphore de la fracture sociale », tandis que le corps social s’arracherait ou se contusionnerait « tel un muscle, ou un tissu » selon la métaphore dissociative de la perte de cohésion sociale.

Il faut désormais faire tenir ensemble des sociétés qui ne se nourrissent plus de la « figure de cohésion essentielle » d’un ordre transcendant. Alors s’étoufferait le social dans la cohésion, se disloquerait la cohésion dans le social. Selon Marcel Gauchet lisant Pierre Clastres, les figures contemporaines de la cohésion sociale ne procédent ni de la laïcisation ni de la sécularisation, mais d’une métabolisation de ce qui « passait autrefois par la religion sous un autre visage », au défi de la pure jonction rêvée de la communauté avec elle-même. Par un enveloppement généralisé, l’Etat diffuserait la vieille fonction « symbolique » de cohésion, disséminant des lieux sans soi, des sois sans lieu (Peter Sloterdijk). Dans la panique, qui est autant pulvérisation que totalisation, holisme que singularisme, le dieu Pan se concentrerait au cœur de la cohésion sociale, en un « centre qui ne préexiste pas au système puisque c’est celui-ci qui le fait émerger » (Jean-Pierre Dupuy).

Dès lors, la cohésion et le social, s’abolissent-ils, s’accomplissent-ils dans les « sonosphères », les essaims, les écumes, les mousses, les grappes, quand « toute chose est une société » telle une « congrégation religieuse d’une prodigieuse ténacité » (Gabriel Tarde) ? Si l’invocation de la cohésion sociale est l’ultime recours de ceux qui cherchent leur salut dans cette contexture que Wilhelm Dilthey ou Alexander Kluge appellent Zusammenhang, que Freud, traduisant Le Bon, appelle Zusammenhalt, la totalité sociale serait-elle autre chose qu’une synthèse aussi momentanée, instable de conglomérations (Peter Sloterdijk) ? Cette étrange, élastique cohésion – Hegel l’appelait « cohésion totale » – l’art contemporain la magnifierait en architecture, peinture, musique, dans le théâtre d’un Werner Schwab ou d’une Elfriede Jelinek, les collages dadaïstes d’une Hannah Höch opérant la vivisection de la cohésion sociale au couteau de cuisine, Metropolis, Cosmopolis ? Dans la pièce du poète expressionniste révolutionnaire Ernst Toller, la présence ou l’absence d’un trait d’union, de pensée, qui conjugue ou oppose, intègre ou expulse la masse, la foule et l’humain dans sa cohésion reste indécidable : MasseMensch, Masse-Mensch – faut-il s’aventurer dans quelque trou noir où la cohésion sociale s’engouffre ?

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Synthèse :

Intégrale :

Annexes :

M. Dobre A. Haesler (Univ. Caen) le Systeme Ponzi.pdf

La révolution française et les enjeux de sa transmission, avec Sophie Wahnich, le mardi 25 juin

2013 juin 18
Par Tropiques

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sophie wahnich La révolution française et les enjeux de sa transmission, avec Sophie Wahnich, le mardi 25 juin

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 La révolution française et les enjeux de sa transmission, avec Sophie Wahnich, le mardi 25 juin

 

 

Rendez-vous, avec Clouscard et Negroni, le jeudi 20 juin

2013 juin 14
Par Tropiques

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