David-Christoffel-sur-webSYNradio-26-nov-3-dec

2009 octobre 2
Par Dominique BALAŸ

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DAVID CHRISTOFFEL

BLABLARECORDINGS

1/
Ludo-fiction éliminatoire avec subtilités de langage – D.Christoffel
2/
Débat pour qui dit mieux et démener la cause – D.Christoffel
3/
Récréation nocturne qui se la raconte – D.Christoffel

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Premières écoutes les : Jeudi 26 novembre à 12h,18h, minuit, 6H puis jusqu’au 3 décembre, mêmes horaires

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podcast mini David Christoffel sur webSYNradio 26 nov 3 decS’abonner au podcast

d.christoffel websynradio 600 fr David Christoffel sur webSYNradio 26 nov 3 dec

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ENTRETIEN
David Christoffel, Dominique Balaÿ octobre 2009

Merci de ces questions, de leur variété qui m’a donné envie d’y répondre avec le plus de précision possible et qui, j’espère, vont permettre à WebSYNradio d’être ainsi aussi un lieu de réflexion sur la radio…

DB : Qu’est ce qui vous paraît suffisamment intéressant dans ce projet webSYNradio pour accepter d’y participer ?

DC : Rares sont les projets web-f(n)-radio qui prennent en compte une chose qui me paraît très importante : le web implique l’objet radiophonique comme élément d’une interface, de sorte que l’élément radiophonique, en tant qu’objet virtuel, ne s’adresse plus à des auditeurs, mais est participé, métaphorisant, interagi par des utilisateurs. Le fait que la contribution soit proposée comme une action d’utilisation, m’a semblé requalifier l’acte artistique comme un protocole de participation et histoire de pousser la question de l’utilisation comme performance, j’ai voulu pousser moi aussi.

DB : Pourquoi  n’avez vous pas composé  une  playliste  à proprement  parler (expression d’une préférence) ?

DC : Pour prendre la proposition à son point de consistance le plus littéral, pour affirmer qu’une playlist est en effet une contribution, pour entendre qu’une playlist composée introduit le problème du genre des éléments programmés, j’ai préféré que l’objet de la préférence consiste à pratiquer la radio en composant des éléments produits, c’est-à-dire en relâchant le souci de pertinence, toujours un peu hâtif quand il arrive après avec un air fouettard. C’est pour ça que le programmateur (faiseur de playlist), me semble une figure intéressante pour l’éditorialiste. Je veux dire : si tous les journalistes pouvaient être aussi cools que les programmateurs.

DB : pourquoi  avez-vous  ignoré le point de départ suggéré : c’est-à-dire le fonds commun  d’archives sonores existant sur le site ubu.com ?

DC : Les archives sonores d’ubu ont des entrées nominatives et une ampleur prestigieuse, formidable et anthologique. Cela peut poser la question de ce qui pourrait les compléter. Et il m’importait plutôt de penser ubu comme un endroit où ce qui peut y manquer abstraitement est une des actions proposées à l’utilisateur, c’est-à-dire une manière de dé-vectoraliser ubu.com. Qui plus est, la playlist supposait une opération de sélection et cela posait la question des critères de pertinence trop prégnante ou trop en avant de la composition des pièces retenues. Alors, pour remédier à cette gêne, le plus simple m’a semblé de limiter le nombre d’entrées, d’affirmer un triptyque comme un élément de composition (c’est-à-dire qu’un triptyque est une playlist).

DB : Vous avez choisi de donner 3 pièces intitulées BlaBla recordings : pouvez vous rappeler le contexte d’enregistrement de chacune de ces pièces  ?

DC : La chronologie des enregistrements : Ludo-fiction éliminatoire avec subtilités de langage a été enregistré dans le cadre d’une partie de jeu de rôle le 11 novembre 2006 à Paris. Débat pour qui dit mieux et démener la cause a été enregistré au siège national d’un grand parti politique (dont je n’ai jamais dévoilé la couleur partisane), lors des présélections et de la finale d’un concours d’éloquence entre les jeunes militants (les 8 et 23 novembre 2007). Récréation nocturne qui se la raconte a été enregistré dans un centre de loisirs à Clichy, le 28 mai 2008.

DB : Ces 3 pièces font elles partie d’une intégrale  déjà diffusée ? Si oui, pourquoi donner à entendre ces 3 là dans webSYNradio et pas d’autres ?

DC : Dans leurs versions longues (30′), ces pièces sont respectivement la Chevauchée fantastique, la Chevauchée démocratique et la Chevauché fantomatique. La série des Chevauchées se présente comme une série de docu-fictions, destinée aux radios associatives (et effectivement diffusée par Clin d’oeil, Plum FM, Radio Trouble Fête, Gascogne FM, Périgueux 103, Mélodie FM, Aquitaine Radio Diffusion, Radio Samoëns, Radio Hauts de Rouen, Emergence…). Dans cette série, il s’agit de pousser l’écriture documentaire dans les retranchements de la grammaire fictionnelle pour essayer de faire un problème politique des troubles énonciatifs que ça peut faire.

DB : Pouvez-vous expliquer le titre de ces pièces et revenir sur les différentes réactions que ce titre a pu susciter ?

DC : A renommer ces chevauchées au moment de les convertir en blablarecordings, il s’agissait de trouver une formulation synthétique du contenu selon le traitement/montage qu’il pouvait impliquer pour que les joueurs s’en entendent. Les réactions ne me sont pas encore arrivées : david.christoffel[AT]gmail.com.

DB : Ces 3 pièces que vous donnez ont pour point commun d’être des situations parlées, où il y a de l’échange : paroles d’enfants, conduite d’une réunion publique, exposé magistral (belle « démonstration » sur le tri des déchets !), entretien en face à face…J’ai l’impression que ce qui vous a intéressé, ce sont davantage les situations que les propos, et le  type d’énoncé plus que les personnes qui  les produisent ?

DC : En effet, il s’agissait moins de donner la parole à des individus que de s’immerger dans des contextes d’énonciation. Par expérience, j’ai constaté que l’extrême standardisation des techniques de sollicitation des intervenants est une des composantes majeures de l’hyper-formatage des prises de parole sur les supports vectoralistes (pour reprendre le mot d’Un manifeste Hacker). Chacune de ces expériences part d’une interpellation pour moi inédite. Au lieu de les interviewer sur leur pratique, il s’agissait de demander à des rôlistes d’enregistrer une partie, pour voir l’intérêt radiophonique que pouvait avoir une narration au contexte aussi autonome. De même, il s’agissait de dire aux jeunes militants : parce que vous faites un concours d’éloquence, il m’intéresse de venir dans votre parti politique faire des enregistrements. Et il s’agissait de volontiers perdre le contrôle de l’enregistrement des enfants quand leur mythomanie montait en pression alors que je ne leur avais jamais demandé que des souvenirs de nuits blanches.

DB : Mais il n’y a pas que des paroles, il y a des effets de montage, de la superposition, des faux raccords, des imbrications. Dans ces pièces très montées (qui « couvrent bien le terrain »), la musique a un rôle de premier plan (souvent à l’arrière plan du reste) : quel est-il exactement ?

DC : Ici, la musique est construite pour occuper les mêmes fonctions que dans les jeux vidéos. Elle participe de la coloration de l’action, est composée pour réagir aux changements de plan. Si bien qu’elle le soutient tandis que le montage peut s’entendre comme un élément musical. La permutation des niveaux hiérarchiques entre voix, ambiances sonores, traitement grammatical de la musique, fonctionne par abstractions. C’est bien souvent un résultat de la courbure prise par une séquence qui définit la dynamique morphologique du niveau suivant. Comme quoi.

DB : Par le titre même de l’une des pièces « ludo-fictio-eliminatoire-avec-subtilites-de-langage » : vous attirez l’attention sur une situation fictionnelle. L’aspect  documentaire ne fait-il  pas lui aussi partie de la donne, même si précisément il ne s’enclenche pas, il reste sur la ligne de départ ?

DC : La catégorie « blablarecordings » m’a été inspiré par l’appel à contribution de 108 FM / RADIO SANS FUITES pour le festival Bandit-Mages 2009. Cela fait référence aux « fieldrecordings » (dont je me souciais justement à ce moment-là) et c’est bien l’horizon d’envisager les dispositifs d’échanges verbaux comme des paysages qui m’intéressait dans ces expériences d’enregistrement. Autre contraire, les termes de « documentaire » et « fiction » me semblent cohérents dans un espace où l’objet de la radio est de « plaire, éduquer, instruire, informer, distraire » (pour reprendre les termes de Jacques Chaban Delmas quand il présentait la réforme de l’ORTF à l’Assemblée nationale, le 26 juin 1972). En ligne, le paysage multimedia radio répond plutôt à des objectifs comme « s’immerger, interagir, simuler ».

DB :  Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre travail qui semble multiple : depuis les performances jusqu’aux textes théoriques, en insistant peut être sur la radio, et sur cette notion  de « post-radio » qui à l’entendre prononcer, ressemble à un  gag ?

La notion de « post-radio » a été avancé par le GRER pour réfléchir à l’évolution du langage radiophonique au cours des mutations technologiques que les médias sont en train de jouer. J’ai effectivement proposé une contribution à ce colloque, intitulée « Utopies délinéaires ». En tentant un rapprochement entre Lakoff et Tisseau, mon objet y est de dégager quelles utopies la délinéarisation doit permettre de réaliser, en évoquant pour les repenser dans une dynamique utopienne, quelques-unes de mes récentes expérimentations radiophoniques en ligne (la poétisation de l’indexation et le rubriquage méta-radiophonique dans le podcast de Criticalsecret, les catégorisations émergentes des intervenants dans Radio Thésards sur DDC, en passant par le Dictionnaire subjectif pour Canal Académie). Et c’est aussi à ce titre que mes travaux radiophoniques se ramifient avec mes activités poétiques dans lesquelles les différents régimes sémiotiques sonores (musiques, paroles, bruitages) sont associés avec plus ou moins d’autonomie vis-à-vis de leurs médias. C’est pour en expérimenter la dépendance relative que je fais aussi bien des créations radiophoniques que des opéras parlés et des performances de lectures avec bande sonore.

DB : Votre actualité en cours, prochaine ?

Je travaille sur deux projets discographiques, mettant en jeu l’extraction synthétique de mélodie dans un corpus parlé, développé par Greg Beller. Et je réfléchis à créer des formes radiophoniques délinéarisées d’interactivité.

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ELEMENTS

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