Marcelline-Delbecq-sur-webSynradio-13-20-mai

2009 octobre 2
Par Dominique BALAŸ

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MARCELLINE DELBECQ

A CONTRE-COURANT

1 – Kristin Oppenheim
Sail On Sailor, 1994 (2:23)

2 – Lee ranaldo
The Bridge [3:12]
From Tellus #10: All Guitars! (1985)

3 – Gertrude Stein
The Making of Americans: Parts 1 & 2 (5:38)
recorded in New York, Winter 1934-35

4 – Jean-Luc Godard
Jean-Luc Godard entretien avec Serge Daney

5 – Patti Smith
Neo Boy – Hey Joe
Recorded live – Max’s Kansas City, NYC 1974

6 – Benoit Delbecq & Steve Argüelles
Line 1, 9′31
from Pianobook, 2003, Plush records
collection personnelle
courtesy Benoit Delbecq & Steve Argüelles

7 – Patti & Jesse Smith
Messages in a bottle

8 – Kristin Oppenheim
Hey Joe

9 – Roni Horn
Saying Water (1999)

10 – Poolplayers
A Rumoured Version of Ourselves
from Poolplayers, Way beyond the surface, Songlines recording, 2008
collection personnelle
courtesy Benoit Delbecq and Poolplayers

Image Delbecq panneau Marcelline Delbecq sur webSynradio 13 20 mai

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Premières écoutes : Jeudi 13 mai à 22h, jusqu’au 20 mai mêmes horaires.

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websynradio marcelline delbecq 600 Marcelline Delbecq sur webSynradio 13 20 mai

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ENTRETIEN
Marcelline Delbecq, Dominique Balaÿ avril 2010

DB : Y a t-il eu des chocs sonores à l’origine de votre travail de création ?

MD : Oh que oui ! Je suis indirectement venue à l’art par la musique et ça remonte à très loin. J’ai découvert le Velvet Underground quand j’avais onze ans, et j’ai adoré leur musique tout de suite, sans pour autant comprendre ni les paroles ni l’histoire du groupe. J’ai collectionné leurs disques, et c’est via leur musique que je me suis intéressée à Warhol, la fameuse banane n’y étant pas pour rien. Et de Warhol j’ai dérivé vers la photographie et la fantasmagorie d’un mode de vie « Factorien ». Adolescente j’étais inconditionnelle des Inrockuptibles (ancienne version !) et de Bernard Lenoir. J’ai vu beaucoup de concerts, mais du rock et de la pop essentiellement, rien de bien original. Je pensais d’ailleurs un temps devenir photographe pour la presse musicale américaine mais j’ai complètement dérivé, notamment après avoir fréquenté de près des musiciens de rock quand je vivais aux Etats-Unis. Le milieu du rock ne m’a pas fascinée, alors je me suis tournée plus assidûment vers l’art. De fil en aiguille, mon travail est devenu littéraire et sonore et pas spécialement lié au rock’n’roll. La rencontre avec le travail de Dominique Petitgand et celui de Kristin Oppenheim au tout début de mes études d’art m’a certainement dirigée vers l’utilisation du son et de la voix en tant que médium à part entière.

Vous êtes photographe de formation, vous avez eu l’occasion de préciser être venue au cinéma par le récit et la fiction.

C’est exact, c’est la littérature qui m’a conduite au cinéma, pas la fréquentation des salles obscures. J’ai lu plus de livres que je n’ai vu de films et me suis d’abord intéressée à la construction de la fiction cinématographique en termes d’utilisation de mots pouvant susciter des images mentales, pas visuelles. J’ai lu beaucoup de scénarios et de scripts, observé beaucoup de film stills. Mon apprentissage de la photographie a énormément influencé mon approche du récit, c’est certain. Le cinéma est venu en deuxième lieu, par la force des choses. Il est maintenant une composante essentielle de mon univers. J’ai récemment écrit un texte pour la revue Trafic (Des impressions, des ombres, Trafic n°72, P.O.L) qui m’a obligée à me pencher sur mon rapport au cinéma. C’est là depuis toujours, mais c’est avant tout passé par l’écrit.

Pouvez vous exprimer votre rapport à la dimension sonore ?

Mon rapport à la dimension sonore ? Vaste sujet ! Par où commencer ? Je n’en ai aucune idée. J’aime le son car il s’échappe en même temps qu’il est produit. L’émission de la parole est du pur vent, et pourtant elle fait sens, fabriques des images volatiles, procure des sensations physiques. Au cinéma comme dans la vie, l’écoute est souvent moins sollicitée que le regard, et pourtant elle est tout aussi fondamentale. Au quotidien je suis très sensible aux sons, aux voix surtout. Une voix me marque plus facilement qu’une couleur d’yeux. J’aime les voix off au cinéma, les voix à la radio, dans la rue. Mais à vrai dire je ne sais pas comment cerner la dimension sonore dont vous parlez, puisqu’elle est infime et gigantesque à la fois.

Quelle est la part de la création quand vous vous attachez à l’exploration d’archives comme celle de UBU ?

Je crois qu’il n’y a aucune création de ma part, ce sont les auteurs choisis qui sont les créateurs, j’ai juste agencé une sélection en fonction de critères totalement subjectifs, avec l’envie de faire plonger les auditeurs dans un univers qui est le mien sans l’être tout à fait. UBU est un bijou, c’est un site exceptionnel, et on peut remercier internet pour ce genre d’initiative. Un tel regroupement d’œuvres sonores serait tellement plus ardu dans le réel, tandis que là tout est à portée de main, dans un catalogue d’une inestimable valeur historique et artistique. Je n’ai rien fait d’autre que me régaler, je n’ai strictement rien inventé en faisant cette playlist. Je l’ai pensée comme un stream of consciousness, dans lequel on puisse plonger à contre-courant.

La notion d’archives vous intéresse-t-elle ?

Evidemment oui, et il se trouve que c’est devenu très à la mode dans le milieu de l’art ! Il y a eu beaucoup d’expositions sur l’archive dernièrement, comme si à force de progrès technologique d’une insensée rapidité, les artistes avaient choisi de regarder en arrière plutôt qu’en avant. En développant la création d’images mentales oscillant entre passé et présent, je n’ai au départ pas du tout pris en compte l’aspect historico-nostalgique que certains des récits pouvaient véhiculer. Mais à l’évidence – et de toute façon c’est le destin même de la photographie que d’être déjà passée à l’instant de son présent – j’entretiens un rapport étroit au passé en tant que moteur d’imagination, l’idéalisation du futur ne m’inspire pas grand-chose. Internet a totalement bouleversé la notion d’archives, car il n’y a plus besoin de s’enfermer en bibliothèque pour trouver un ses sources. Toutefois je me demande ce que deviendra l’idée de correspondance, à laquelle je suis personnellement très attachée. Qui conserve les envois de mails et de sms ? L’écriture manuscrite est en train de totalement disparaître, on verra ce qui reste dans un demi-siècle. Si on n’avait pas gardé trace des écrits historiques, qu’ils soient littéraires ou administratifs, on aurait déjà oublié une bonne partie de notre histoire.

Pour votre playliste, vous avez choisi des artistes comme Kristin Oppenheim, que vous citez parmi vos références majeures : Pouvez-vous nous éclairer sur vos choix ?

Mon choix s’est porté sur des voix avant tout, des voix de femmes en particulier, qui m’accompagnent dans mon propre parcours. Quand j’ai découvert le travail de Kristin Oppenheim à Arles il y a des années, j’ai été fascinée par la force de sa présence, malgré un dispositif d’une grande simplicité. J’adore la voix de Patti Smith quand elle raconte des histoires, accompagnée par sa fille Jessee au piano. J’ai trouvé A message in a bottle sur internet, elle l’a réalisé pour une exposition à NYC, dont les oeuvres ont été commandées en écho à des lieux liés à l’histoire de l’immigration. En guise d’interludes s’est naturellement immiscée la musique de Benoît Delbecq et de Steve Argüelles, qui m’accompagne depuis des années. A cela s’ajoutent des artistes incontournables, qui sont des voix aussi, Godard par Daney, Roni Horn … Pour moi l’oeuvre ultime, tous domaines confondus, est Histoire(s) du Cinema de Godard en version CD chez ECM. C’est parfait, il n’y a rien à dire. Ma playlist fait pâle figure à côté …

La présence de Benoit Delbecq témoigne d’une relation privilégiée ? D’autres artistes ? Des lieux privilégiés pour recevoir votre travail ?

Benoit est mon cousin germain, mais nous nous sommes peu vus pendant longtemps. Je l’ai vraiment rencontré quand j’étais étudiante aux beaux-arts, et c’est devenu immédiatement une grande complicité. Nous avons dix ans d’écart, une génération. Il a tout de suite pris au sérieux ma pratique, alors que j’étais balbutiante, et lui musicien confirmé. Depuis, nous collaborons sur toutes sortes de projets, les siens, les miens, les nôtres. Je ne connais pas grand-chose au jazz, et sa musique est tellement éloignée de ce dont j’ai l’habitude qu’elle m’a ouvert un horizon que je n’aurais pas soupçonné. Nous venons de commencer un nouveau projet ensemble, avec le batteur Steve Argüelles et le bruiteur de cinéma Nicolas Becker. Je peux vous dire que l’univers musical et sonore produit par ce trio sur scène est une vraie claque dans la figure. Mon cercle privilégié de travail est très restreint. Benoît, Elina Löwensohn, mon amie actrice qui enregistre la plupart de mes textes, Nicolas Becker, le monteur son Mikaël Barre, et le regard fidèle d’une poignée de proches, qu’ils soient artistes, cinéastes ou écrivains (ils se reconnaîtront). Les lieux pour voir et entendre mon travail s’égrènent au fil des expositions, je n’ai pas encore de site internet donc il faut soit se renseigner soit tomber dessus par hasard. En vrac, dans les mois qui viennent, Bâle, Berlin, New York, Bordeaux, Castello, Moscou. Pour les amateurs de lecture, le texte de Trafic est une approche en profondeur qui, je pense, permet de se faire une idée précise de ce qui m’anime …
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ELEMENTS

Après des études de photographie (Columbia College, Chicago et ICP New York, 1995-1997), un DNSEP (Ecole Supérieure d’Art de Caen,1997-2002) puis un DESS Art de l’exposition (Paris X-Nanterre, 2002-2003), le travail de Marcelline Delbecq s’est peu à peu éloigné de la pratique de l’image pour se concentrer sur la potentialité cinématographique de l’écriture. Son utilisation du récit, de la voix, élabore un univers narratif mis en mots et en sons pour convoquer un ensemble d’images mentales oscillant entre description et fiction, passé et présent. Dans ses installations sonores, publications et lectures en public, les mots mettent en jeux la question du regard en devenant à leur propre tour des visions. Elle travaille régulièrement avec l’actrice Elina Löwensohn, le pianiste Benoit Delbecq et le bruiteur de cinéma Nicolas Becker.

EXPOSITIONS PERSONNELLES

2009
Camera Obscura, Galerie Xippas/La Chambre, Paris
Shadows, Chert Gallery, Berlin
2008
Daleko, Musée Zadkine, Les Arques
2007
Audio in the Elevator, Art in General, New York
2006
Ext.17, Swiss Institute, New York
Dans la nuit / In the dark, Galerie Frank Elbaz, Paris

EXPOSITIONS COLLECTIVES (récents)

2010
The philosophers, Winzavod, Moscou
Illogical thoughts, MUDAM, Luxembourg
5X5, EACC, Castelló, Spain (contemporary art prize, invited by Muntadas)
Voices of silence, Opdhal gallery, Berlin
Habitat, Twenty First/Twenty First gallery, NYC
Microfictions, Fabrikculture, Basel
Le carillon de Big Ben, Credac, Ivry sur Seine
In Print, e-flux reading room, NYC
With words like smoke, Chelsea Space, London
2009
Let’s talk about Painting, Le Store, Lyon
Desiring Necessities, John Hansard Gallery, University of Southampton
Constellation, Centre Pompidou-Metz
Ce qui demeure est le futur, Musée des Beaux-Arts/Maison de la Culture, Amiens
Lapses, Fri Art Centre d’Art Contemporain, Fribourg

LECTURES ET CONCERTS (récents)

2010
Vert Pâle, Festival Ritournelle, Permanences pour la littérature, Bordeaux
Day for night, Manasonics, Théâtre de Chelles, Chelles
Oblivion, Chelsea Art Space, London
Vert Pâle, Festival Jazz de Saint Fons, Saint Fons
2009
West, Les Urbaines, Lausanne
Showtime, Artissima Cinema, Turin
Glimpses, Maison du Livre, de l’Image et du Son, Villeurbanne
Showtime, John Hansard Gallery, University of Southampton
L’endroit, Maison de la Culture, Amiens

EDITIONS  SONORES

L’intrus, in Close-Up, ed. Pallazzo Press & Galerie frank elbaz, Paris, 2006
Vollevox – CD, Compilation sonore d’artistes, Komplot, Bruxelles
Down At the Rock And Roll Club – CD, Lericolais/Delbecq/Morton pour Saâdane Afif, Semishigure, Berlin
Dressed rehearsal – CD, No repeat No repeat, Sémiose éditions, Paris
www.marcellinedelbecq.net

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