18 lettres à ma fille / lettre des 8 ans

2009 novembre 1
par Arnaud Friedmann

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…. Huit ans

….Béatrice,

…. Te souviens-tu de ma dernière lettre ? T’es-tu installée à la fenêtre il y a un an ? Ce soir, quand tu seras couchée, raconte-moi à voix basse ce dont tu te souviens du jour de tes sept ans. Et puis juste après, parle-moi (tout doucement, il faudra que tu chuchotes pour qu’on ne t’entende pas) de la journée d’aujourd’hui, de ce que tu as reçu comme cadeaux. Et n’oublie pas de me raconter ce qui t’a le plus fait rire cette année. Ce n’est pas grave si en le racontant tu te mets à rigoler dans ta chambre, je suis sûr que personne n’entendra.

….Je ne te demande pas si tu as été sage, je sais que tu l’as été. Ta maman et moi, on espérait que tu apprendrais à jouer du piano ; si tu connais un joli morceau, joue-le pour moi après cette lettre. Sinon, écoute le disque de Satie qui t’a bercée les premiers mois de ta vie. Tu étais toute petite et je te tenais contre moi le soir quand tu ne voulais pas dormir, avec cette musique. Le morceau n°6, mon préféré. C’était dans l’appartement du centre ville que nous occupions en attendant que les travaux soient terminés dans la maison, ta maman te l’a peut-être montré. Depuis la fenêtre, on apercevait les lumières des immeubles d’en face. C’était beau parce qu’on était ensemble. Parfois tu t’assoupissais contre mon torse et tu te mettais à ronfler, des ronflements de petit bébé : ça me faisait rire, et tu poussais des soupirs parce que les mouvements de ma cage thoracique te dérangeaient. Si tu persévères dans le piano, quand tu seras plus grande, accorde-toi des moments le soir où tu joueras Satie pour moi. Sinon, écoute le cédé. Ou n’importe quel autre appareil qui produit de la musique. C’est peut-être démodé, le cédé. Ça vient d’un autre temps, celui qu’on a partagé. Mais les sons restent les mêmes. Et les émotions. Entre deux morceaux, n’oublie pas de regarder par la fenêtre en souvenir de nos moments dans le premier appartement. Il y a toujours à voir à travers les fenêtres, c’est le conseil de ton papa pour tes huit ans.

…. Je t’embrasse. Et te souhaite un heureux anniversaire.

.

Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne

/ proposé par Arnaud Friedmann.

/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici.

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