18 lettres à ma fille / chapitre 7
Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des treize ans, en adressant votre texte avant dimanche 6 décembre à 19h.
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Pour la première fois, j’ai menti à Béatrice. J’y repense en fermant l’enveloppe. J’ai menti en prétendant être certain qu’elle porterait un regard curieux et émerveillé sur le monde. J’ai menti, parce que je n’en sais rien. Si je ressuscitais dans douze ans, je ne la reconnaîtrais pas. Le regard qu’elle portera sur le monde, rien ne me prouve qu’il ne sera pas craintif. Ou triste. Ou sournois. Ou calculateur.
J’ai menti parce que je sais qu’elle les lira, mes lettres. Elles contribueront à son éducation. Le poème des onze ans m’a ouvert les yeux, ces phrases sans sens sur lesquelles elle s’interrogera. Je n’ai pas le droit de faire ça. Mes lettres doivent lui insuffler de la confiance, des certitudes. Ce qu’un père offre. Je dois mentir et lui écrire : « je sais tu portes sur le monde un regard curieux et émerveillé », pour qu’en lisant cette phrase, son regard, s’il était craintif, ou triste, ou sournois, ou calculateur, devienne curieux et émerveillé. Si j’étais resté en vie, j’aurais fait ça : la complimenter.
Je me sens gêné en refermant la lettre des douze ans. J’ai dévié de la voie que je m’étais fixée. J’ai menti, je me suis fait père. Père : des colères et des velléités d’autorité qui font sourire les mères. Père : maladroit et pédant. Repu par l’idée qu’une phrase de lui influence son enfant. Des combats de père, des combats même quand le corps du père ahane dans l’escalier, dégage déjà des aigreurs d’outre-tombe. Père.
Je me sens gêné, mais la fatigue s’est allégée. Trotte l’idée que pour ses douze ans, j’ai été utile à Béatrice. Pas seulement le spectre auto-complaisant des premières lettres.
Elle dort encore. La lettre est finie, et ma fille dort encore. Je me rends à la cuisine, je fais chauffer de l’eau. Depuis combien de mois n’ai-je pas préparé un thé pour le seul plaisir de le boire ? Je sors sur la terrasse ; l’air est trop chaud, le soleil me harcèle. Je persiste. Je m’assieds. Je m’accoude à la table en tek que j’avais commandée juste avant les résultats de l’analyse.
Voilà, c’est bientôt l’été. Béatrice dort. Les plantes du jardin se sont bien acclimatées. Le soleil rebondit sur les dalles. Je bois un thé, il est trop chaud. Est-ce qu’au-delà de cette minute, il existe une menace ? La peur s’est estompée. Aujourd’hui, c’est encore le printemps. Il n’y a plus d’avenir, pour moi, juste cette minute-là. Béatrice dort dans sa chambre. Pour la première fois, je ne ressens aucune urgence. Je vais mourir. Je vais mourir, mais mon ventre est au calme. C’est ça, peut-être : vivre me faisait peur.
C’est le printemps. Je suis sur ma terrasse. La tasse de thé à portée de main.
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….La lettre des 13 ans doit évoquer les musiques de l’année 1987 qui ont accompagné l’adolescence du père. Le père ajoute à la lettre un cédé en cadeau.
Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici.











