18 lettres à ma fille / chapitre 13
Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des vingt ans, en adressant votre texte avant dimanche 17 janvier à 19h.
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Tout à l’heure, je vais m’atteler à la lettre des vingt ans. Hier, j’écrivais celle des dix-huit. Ce décalage m’obsède, comme s’il matérialisait une accélération du temps qui me reste. Ou parce qu’il marque une défection. L’absence du père.
L’air triste de ma fille, devant son gâteau aux dix-neuf bougies.
Ces lettres m’ont impliqué plus que je ne l’avais imaginé. Elles m’aident. Sans elles, je n’aurais pas tenu. En dépit d’Angélique.
Aujourd’hui, elle a renoncé à s’inventer un prétexte pour ne pas partir pendant que je me retirais pour écrire. Elle me l’a demandé dès son arrivée : « quand vous partirez, tout à l’heure, je pourrai rester ? J’ai amené un livre. » Elle a tendu le livre vers moi, pour se justifier, ou pour prouver sa bonne fois. J’ai dit « bien sûr ».
Je me demande ce qu’elle suppose que je fais dans la chambre, pendant les siestes de Béatrice. Est-ce qu’elle vient me guetter par l’entrebâillement de la porte ? Si elle a aperçu mon dos penché sur le bureau, est-ce qu’elle a cru que je rédigeais un testament ? Que je relisais des textes qui m’avaient parus importants ?
L’idée passe. Je n’en aurai pas la force. Je sais où trouver le cahier dans lequel j’ai recopié les phrases qui m’ont marqué. Ce pourrait être intéressant de les parcourir. Voir lesquelles m’apportent encore quelque chose.
Ou est-ce que ça ne servirait à rien ? A rien, à part justifier à posteriori le temps que j’ai consacré au recopiage ?
Je pourrais offrir le cahier à Béatrice, pour ses dix-neuf ans. Me faire pardonner ainsi de ne pas lui avoir écrit.
Le remord de cette lettre manquante altère la présence d’Angélique dans la maison.
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