L’Oreille en coin (extrait) / Thomas Baumgartner

2010 octobre 15
Par Droit de Cités

Accéder aux articles de → 04 / L'Oreille, DOSSIERS

Les deux producteurs, de plus en plus, font de TSF une bulle à part dans France Inter. Une bulle protectrice, bien pratique quand on n’a pas 20 ans et qu’on n’est pas complètement conscient de ce qui arrive. « De cette époque, j’ai globalement le souvenir de quelque chose de stimulant et sécurisant », dit Kriss. « Ce n’était pas confortable, parce qu’on travaillait beaucoup, mais c’était simple. On était très « paternés ». Codou et Garretto étaient là, on ne se faisait pas beaucoup de soucis. Tout ce qu’on avait à faire, c’était d’avoir des idées. On travaillait pour eux, pour qu’ils rigolent, pour qu’ils soient émus. On travaillait pour qu’ils nous disent : « C’est bien petite. » Il y avait une vraie prise en charge affective, parce qu’on était gamins, très gamins. Et eux aimaient travailler avec des débutants. De temps en temps, on allait trop loin, il fallait qu’ils nous fassent comprendre pourquoi… Mais en même temps, ils nous défendaient. Ils faisaient tampon entre nous et la direction, quand on avait trop poussé le bouchon. Ils avaient du cran. »

[...] Kriss deviendra bientôt une voix vedette de ces week-ends (et s’appellera aussi Kriss Graffiti) et Emmanuel Den, un reporter qui inventera une nouvelle manière de reportage. D’autres « élèves » de l’école Codou-Garretto vont rapidement les suivre, pour trois mois ou pour des années, et apprendre à s’exprimer dans cette bulle à part… Mais la bulle doit être rebaptisée. En septembre 1971, un journaliste, ancien correspondant de l’ORTF aux Etats-Unis, prend la tête de la radio : Jacques Sallebert. Parallèlement, Roland Dhordain devient directeur de la première chaîne de télévision. Le temps de prendre ses marques, et Sallebert avise Codou et Garretto de ses désirs de changement. « Il nous a dit qu’il fallait modifier la formule, revoir complètement l’articulation de ces week-ends », raconte Jean Garretto. « Et on savait, Pierre et moi, qu’à l’époque, à ce moment-là, il n’y avait pas grand-chose à changer. Alors on s’est mis à chercher un nouveau titre ». Les deux amis griffonnent quinze feuillets, bientôt noirs de noms éventuels, et se fixent sur deux mots : « oreille » et « sourire ». Après un moment de cogitation, ils mélangent et trouvent : L’Oreille en coin. « On est allés voir le directeur en disant : on va tout vous changer, vous allez voir, vous ne reconnaîtrez pas cette émission, on a même un nouveau titre : L’Oreille en Coin (rires). Il a dit : « Oui, c’est bien, ça c’est amusant, le sourire en coin, L’Oreille en coin… C’est beaucoup mieux que TSF71 ou 72« . En réalité, on se moquait un peu du titre. Ce qui nous intéressait, Pierre et moi, c’était le contenu. Et celui-ci a évolué tout simplement, de lui-même. »

(extrait de L’Oreille en coin de Thomas Baumgartner, Paris, Nouveau Monde éditions, 2007, p. 42-44)

Et même :

http://oreille.blogspot.com/

Pas encore de commentaires

Laisser une réponse

Note: Vous pouvez utiliser XHTML basic dans votre commentaire. Votre adresse courriel ne sera jamais publiée.

Vous abonner à ce fil de commentaires via RSS

Current day month ye@r *