Charles Bernstein / Quatre Poèmes

2011 février 3
Par Philippe BECK

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Traduits de l’américain par Abigaïl Lang

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Solitude à Linden

……………………d’après Wallace Stevens

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La peur et la rumeur sont une.

Monuments de spectacle qui fichent tout en l’air

Jusqu’à ce que le climat se fatigue des gens

Et que les gens se fatiguent de la danse.

Never, never, never plus.

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La mesure de la ville sur fond de ciel qui refroidit

Combinant six millions de mélodies

En un tout dépassant ce que les tons tatouent

Ou ce que leur mosaïque brouillée ne confisque

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Et si la fumée et l’espoir

Sont un ? Mon singe, de ’49

marche aussi silencieusement que ces chansons

Le long des cratères d’obscurité

Où les juifs font des choses de juifs

Que personne ne prétend comprendre

Ou bien sont-ils des pèlerins en cette nuit

Où la peur et la rumeur sont une ?

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Une flamme dans ton cœur

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Aussi lent que Mathusalem et vieux comme

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la mélasse, le temps passe mais jamais personne ne

fait rien pour y remédier — l’eau de Seltz

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au club mardi tellement plus louche

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que par le passé et le ouistiti géant

dans la chambre réclame davantage de biscuits et de lait

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avant de s’effacer dans l’hernie fiscale de la mémoire.

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Autrefois tu venais vers moi dans une ombre

et je ne sais comment compter les années

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depuis, puisque compter est la chose même que

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j’apprends à ne pas faire. Ton bracelet

orne ton poignet comme un chevalier fervent

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réclamant la clé de la cabane en ruine

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sur les dunes. Un béguin répare ce que

Le bouc accapare— un océan de si près

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et puis à nouveau, jusqu’à ce que tous les plis

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se rassemblent dans le virage. Et nous nous rencontrons,

comme des acteurs dans une mini-série pour la télé,

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au bout de la jetée dans une impasse ou

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sur un vapeur ou sur une place pleine de monde dans

une ville d’Italie non identifiable qui se révèle

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être Bayonne. Tu es dans la scène

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finale et moi aussi mais nous ne nous reconnaissons

pas parce que nous sommes au-delà

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de tout ça. Alors le signal retentit

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d’une musique insupportable et nous nous évanouissons

dans le son, en nous-même comme illusions

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comme n’importe quel brave zig qui désire

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la finitude infinie : une simple balade dans la rue

de l’enclos imaginaire qui devient réel

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lorsqu’on est deux.

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Disons seulement

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Disons seulement que chaque fois que tu chutes tu ne heurtes pas le sol

Disons seulement que lorsque le jour finit la nuit refuse de tomber

Disons seulement que si tout le reste te trahit tu peux au moins compter là-dessus

Disons seulement qu’un tiens vaut mieux que deux choléras

Disons seulement que la pourpre ambroisie de ton désir le plus intime est le nectar d’un dieu qui ne juge jamais bon de passer

Disons seulement que si le hasard accorde les possibilités, la mélancolie diffère l’insomnie

Disons seulement que le sommeil est la face noire des rêves

Disons seulement que parfois une rose n’est qu’une fleur illisible

Disons seulement que chaque pas en avant est aussi un pas vers nulle part

Disons seulement qu’on ne peut étancher la soif de savoir qu’en apprenant à rester insatiable

Disons seulement que le vert ne fait jamais que réfléchir l’idée de vert

Disons seulement que je fais ma rencontre non pas dans le miroir mais dans le fumier

Disons seulement que chaque porte mène à une autre porte

Disons seulement que nous le pensons avant de le voir ou mieux que nous le voyons au moment où nous le pensons

Disons seulement qu’à deux pas est parfois un monde de là

Disons seulement que l’amour n’est ni fait ni à faire

Disons seulement que la fille est la mère de la femme

Disons seulement que sans désordre il ne peut y avoir d’harmonie

Disons seulement que le but n’est pas de gagner mais de ne pas trop perdre

Disons seulement qu’un couteau dans le dos vaut mieux qu’un couteau dans le cœur

Disons seulement qu’entre le sommeil et les rêves il y a la réalité derrière la réalité

Disons seulement que je suis très faible et que je veux prendre un bain

Disons seulement que la vérité se trouve quelque part entre nous

Disons seulement que le sommet d’une tour n’est pas un bon endroit pour se cacher

Disons seulement que l’espèce humaine souffre sa langue

Disons seulement qu’un oiseau ne peut pas toujours être en vol

Disons seulement que nous ne sommes pas loin de là où nous serions si nous avions vécu de meilleures vies

Disons seulement que drôlement triste aspire à devenir un oxymore

Disons seulement que si le soleil est un rocher en fusion dans l’espace alors la terre est un éclat filant depuis sa désignation

Disons seulement que l’on ne gagne pas grand chose quand on ne perd rien

Disons seulement que le mensonge de l’esprit est l’éclairage de la perception

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La ballade de la mauviette

pour Felix

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La vérité meurt sous un voile de pleurs

Les plaies des affligés durcissent de peur

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Une démocratie jadis projetée

Est constamment rognée et souillée

Par des hommes aux desseins pervers

Qui préfèrent la haine au vers

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La complexité est un gros mot

Pour ceux qui comptent en avoirs ou en pas

Qui vilipendent les faits de Darwin

Pour adorer la vérité selon Sarah Palin

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La vérité meurt sous un voile de pleurs

Les plaies des affligés durcissent de peur

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Des voyous venus de l’enfer ont saisi la liberté

Les riches s’enrichissent et les pauvres meurent tôt

& le seul dieu à sanctionner ce fiasco

N’est en rien un dieu mais une rhétorique à la con

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Alors sois une mauviette

Conduis-toi en femmelette

chante une chanson de tapette

& danse comme une mauviette

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La poésie ne gagnera pas la guerre contre la terreur

Mais pas davantage l’erreur encouragée par l’erreur

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Nous les mauviettes nous ne craignons pas

L’incertitude, l’interdépendance ou la raison

Nous réfléchissons avant de nous battre, puis réfléchissons encore

Proclamant notre foi en l’écoute, en l’art et en l’accord

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Alors sois une mauviette

Conduis-toi en femmelette

Chante un air de tapette

& danse comme une minette

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Les mauviettes ont tué le christ

À en croire le DVD de platine

Les juifs & les noirs & les gays

Demeurent une contrariété

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Nous regrettons d’avoir tué votre dieu

Il y a bien longtemps longtemps

Mais chaque soldat qui meurt en Irak

tue le dieu intérieur, ce dieu qui n’est toujours pas mort

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La vérité meurt sous un voile de pleurs

Les plaies des affligés durcissent de peur

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Alors sois une mauviette

Conduis-toi en femmelette

Chante un air de tapette

& danse comme une minette

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Des voyous venus de l’enfer ont saisi la liberté

Les riches s’enrichissent et les pauvres meurent tôt

& le seul dieu à sanctionner ce fiasco

N’est en rien un dieu mais une rhétorique à la con

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Alors sois une mauviette

Conduis-toi en femmelette

chante un air de tapette

& danse comme une minette

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La vérité meurt sous un voile de pleurs

Les plaies des affligés durcissent de peur

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