Quelle philosophie pour la bande dessinée et l’art contemporain ?

2013 janvier 24
Par Dario CATERINA

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Dario Caterina & Frank Pé.

Est-il légitime de se demander si la bande dessinée est une pratique artistique à ranger dans le domaine de l’art contemporain ? On ne peut que répondre positivement à cette interrogation.

Cette question a concerné également par le passé d’autres aspects de la création artistique, tels que la musique sérielle par rapport à la musique classique, le nouveau roman par rapport à l’âge d’or de la littérature classique, le living theatre et Corneille, les Merda d’artista de Manzoni et Van Eyck, etc. Bref, faut-il au préalable poser la question du degré de recherche fondamentale auquel la bande dessinée est parvenue ? Est-elle d’un niveau culturel suffisant pour permettre sa totale intégration dans le monde des commissaires-priseurs au même titre qu’un Rembrandt ? Peut-être, d’abord, un survol rapide du contexte où cette pratique artistique semble être apparue pour la première fois est nécessaire pour comprendre. Tout au moins pour savoir quand celle-ci a pris une forme qui ressemble à celle que nous connaissons aujourd’hui et que nous avons rangée au titre de 9e art.

L’idée que la bande dessinée serait en filiation directe avec des pratiques anciennes telles que les peintures rupestres de la grotte de Lascaux, les hiéroglyphes de l’époque égyptienne ou le Moyen Âge n’est pas très crédible. Ce n’est pas moi qui le dis, mais les quelques spécialistes qui se sont déjà posé la question. En réalité, l’apparition d’une création que l’on pourrait nommer première bande dessinée se situerait plutôt en 1830 et aurait été publiée par un Suisse qui s’appelait Rodolphe Töpffer [1]. Celui-ci réalisa en effet pour la première fois une planche dont la forme, qui peut être considérée comme première du genre, sera adoptée par la suite par de nombreux artistes.

Lors du vernissage de l’exposition « Quelques instants plus tard » qui s’est tenue au Réfectoire des Cordeliers à Paris Sorbonne-Odéon, j’ai posé la question à Silvio Cadelo [2] pour savoir dans quel biotope, d’après lui, ont germé les prémices de la bande dessinée actuelle. Il m’a répondu sans une hésitation : « La presse ! » Il y a donc bien plusieurs écoles sur les liens exacts qui régissent l’apparition de la bande dessinée. Cela n’étonnera personne, étant entendu que la subjectivité dans le monde de l’art est une donnée essentielle. On se doit donc, pour déterminer la genèse d’un art, de réaliser une synthèse des diverses théories qui concernent la genèse de l’art en général.

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Jean Le Gac & François Schuiten.

Cette exposition d’art contemporain et de bande dessinée aux Cordeliers est née de l’initiative d’un galeriste bruxellois Alain Huberty [3] et de son commissaire d’exposition Christian Balmier. Le titre de l’exposition choisi, « Quelques instants plus tard », est une expression bien connue du milieu des dessinateurs et des scénaristes de bande dessinée. L’idée de permettre la rencontre entre les différents artistes des deux médias a permis pour la plupart des intervenants de réaliser une œuvre improbable, du moins au niveau de leurs pratiques habituelles esthétiques et techniques. Pour ce que j’en sais, cela fut positif pour l’ensemble des participants et même plus que cela pour certains. Donc, le pari est gagné. Certes, il y a des critiques et des sceptiques, mais pour les organisateurs, il s’agit d’un premier essai promis à un beau succès de foule.

Pour en revenir à la création des premières bandes dessinées, il nous faut examiner le rôle dévolu, dans la presse écrite, à la caricature de presse qui joua, dès le départ, le rôle de critique du monde politique, critique teintée de sarcasme. Honoré Daumier [4] fut un des premiers à participer à la critique politique à travers le dessin caricatural de presse, qui tenait en un seul dessin souvent percutant, et presque toujours sans commentaires textuels. Ce fut sans conteste le début, bien que flou, de ce qui par la suite évoluera vers la bande dessinée telle que nous la connaissons aujourd’hui. Après les premières caricatures ont suivi de petites bandes dessinées formées de plusieurs cases composant une ligne de dessins textualisés. Ces petites planches ont depuis subi les développements techniques les plus sophistiqués, tant de genre que d’esthétique. Elles concernent aussi bien les enfants que les adultes, et passent par la science-fiction, l’humour, l’érotisme, les voyages, l’histoire, le réalisme, etc.

Cependant, bien avant l’apparition de la presse, les arts traditionnels avaient déjà produit une visibilité du métier d’artiste au sens large, à travers plusieurs disciplines telles que l’architecture, les arts plastiques, la musique, la littérature et la philosophie de l’art. Pour tenter une approche et une compréhension de l’esthétique et de la phénoménologie de l’art, il est nécessaire de prendre du recul pour percevoir le développement jusqu’à nos jours de toutes sortes de tentatives artistiques, qui nous ont menés à l’art moderne et actuellement à l’art contemporain, résultat d’une fameuse remise en question. Toutefois, l’art « actuel » convient mieux, comme expression, si on souhaite comprendre la volonté de certains spécialistes et exégètes de l’art contemporain de faire la différence entre les artistes dits suiveurs de l’histoire et ceux qui rompent avec elle, en bêlant – pas tous bien sûr – « art comptant pour rien ». J’utilise ici un peu de sarcasme pour bien faire comprendre que, dans l’esprit de beaucoup d’amateurs d’art, il faut distinguer un art noble et un art mineur, cela n’étant pas près de cesser. De ce fait, la bande dessinée est exclue, pour les esprits purs, tout comme pour certains artistes plasticiens qui ont choisi de continuer l’histoire et de prolonger l’art moderne, dans notre époque postmoderne.

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Silvio Cadelo & Jean-Paul Albinet.

Cet ostracisme a pour vocation d’installer une hégémonie dans les esprits des amateurs d’art en général. Il s’agit, pour les défenseurs théoriques de l’art contemporain, d’accréditer l’idée que seul l’art actuel, adoubé le plus pur a droit de cité. Pour ce faire, il existe un cahier des charges, celui-là même qui produit actuellement une accointance entre les capitaines d’industrie et les musées d’art contemporain. En effet, ces derniers acceptent le soutien financier des premiers pour créer de nouveaux lieux d’art à vocation touristique ; de cette façon, les capitaines d’industrie deviennent des partenaires incontournables lors de la création des nouveaux musées, où, bien entendu, leur choix d’artistes pour composer les collections s’intègre de facto dans les collections publiques comme valeur culturelle pour tous. Cela permet aux grands collectionneurs de créer une plus-value énorme sur les œuvres d’artistes qu’ils ont acquises à un prix bien inférieur à celui qu’elles atteindront lorsque l’éclairage bling-bling du musée aura produit son effet. Pour résumer, le choix d’artistes réalisé par l’amateur éclairé devient le choix de tous et le prix de visite des musées rembourse, en prime, l’investissement de départ. L’exemple de la ville de Venise, qui confie un palais à la collection personnelle d’un grand amateur d’art, présage de ce qui va devenir un mode opératoire pour l’avenir des musées. C’est beau, le capitalisme…

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Gérard Guyomard & Tanino Liberatore.

Et la bande dessinée, ou ce situe-t-elle? Les choix esthétiques de Tanino Liberatore [5] sont exemplaires en ce sens. Ils prouvent bien que la bande dessinée peut observer le monde sous l’aspect très contemporain de la force, de l’énergie, de la violence et de l’amour. Et surtout de la prospective toute mentale de l’auteur, comme un  artiste plasticien, il construit un monde étrange, comme un écrivain de romans fantastiques, il rassemble les métaphores des flux naturels en catharsis des sentiments et des corps en mouvements. À ce sujet, l’art de Pat Andrea [6] participe également de cette même recherche. Dans certaines de ses œuvres, certains critiques évoquent la vitesse et l’érotisme froid, s’agissant de toiles on ne peut plus figées dans l’imagerie et de leur composition en cascade et c’est bien là le paradoxe des grands artistes. C’est avec une très grande qualité d’exécution que Pat Andrea nous emmène dans un monde de vitesse, de chutes et d’hybridation des corps avec une grande lucidité. Il entre en connivence avec les dimensions d’un tableau, il sensibilise la toile, et elle devient la lucarne d’un monde imaginaire. Cette équation est simple, classique. Elle se retrouve dans toutes les œuvres de cette exposition. Avec l’élément simple d’un carré ou d’un rectangle blanc, comme une toile ou une feuille de papier, les artistes peuvent toujours montrer une part d’un monde inconnu, mais tellement sensible qu’il recrée l’âme de celui qui le contemple.

Ne soyons pas naïfs, ainsi va le monde de l’art et la doxa culturelle de l’art contemporain. Tous les artistes n’y sont pas représentés. Il y aurait beaucoup à dire sur le sens à donner à toutes ces contorsions pour évincer certaines esthétiques dérangeantes. D’abord, j’aime l’art contemporain et les amateurs d’art, comme tous les artistes qui tentent de vivre de leur art sans devoir y perdre leur âme. Et là, il est primordial de tenter de concilier toutes les visions d’un même corpus dit culturel, seule façon de garder le contact avec l’ensemble de ses éléments, même lorsqu’ils sont critiquables quand ils empêchent par exemple l’évolution de nouvelles tendances, ce qui fut le cas par le passé entre conservatisme et avant-garde artistique. Le monde change. Souvent, on entend dire qu’il est temps de passer à autre chose et d’accepter une forme de darwinisme artistique qui débouchera sur une autre culture, salutaire pour l’évolution culturelle d’une pratique séculaire : la loi de l’évolution pour homologuer toutes sortes d’œuvres contemporaines qui, de mon point de vue, et je ne suis pas le seul, laissent le spectateur sur sa faim. Bien sûr, cela ne m’empêche pas d’apprécier des artistes tels que Tony Gragg, Richard Serra, Joseph Beuys, Anselme Kiefer, Antony Gormley, Jan Fabre, James Turrell, Bill Viola…[7] Je ne me justifie pas, mais comme vous, j’en aime moins certains et c’est purement subjectif. Alors, pourquoi certains spécialistes de l’art  ne semblent  pas admettre le dessin narratif de la bande dessinée comme élément constitutif de l’art contemporain ? Cela permettrait, pour bon nombre de candidats artistes qui continuent à accepter une pratique classique, de se constituer une aire de création supplémentaire où se mouvoir. D’ailleurs, beaucoup d’artistes contemporains adorent la bande dessinée et ont même parfois produit, ponctuellement, quelques planches. L’amour que l’on peut porter à un Corto Maltese ou à des dessinateurs comme Fred ou Reiser naît de l’immense talent de créateurs authentiques qui résument parfaitement dans leur travail toutes les préoccupations qui justifient l’art, au sens où celui-ci permet de comprendre le monde, la poésie ou de divertir autour de la politique, du sentiment ou de la philosophie en général.

L’œuvre de Silvio Cadelo, elle, nous ramène à un point de vue où nous pouvons entrer dans un monde imaginaire mais contemporain, par l’utilisation du nouveau média et de la vidéographie. Après avoir côtoyé l’œuvre de Moebius, il exerce dans l’espace réservé au fantastique, et met en images un ensemble de personnages qu’il a imaginés dans un monde futur personnel, qui nous renvoie aux différentes philosophies sous-tendues dans les romans de H.P. Lovecraft, Isaac  Asimov ou G. Orwell et surtout Van Vogt… [8] Il est certain que la proximité de l’enfance est réelle dans le monde de la bande dessinée. Elle nourrit la créativité de tous les auteurs et dessinateurs du 9e art, qui gardent à l’esprit l’importance que revêtent les premières sensations de l’enfance, lorsque l’on découvre la réalité de son existence dans l’univers, au sens philosophique. Dans un monde imaginaire où la réalité est transformée en un champ métaphorique du réel, la représentation de la vérité n’est jamais absente. Ce n’est pas parce que tout ce qui s’y passe est hautement improbable qu’il ne s’agit pas d’un espace réel. Il s’agit bien d’un média de narration où la philosophie de l’art existe au même titre que dans toutes les autres pratiques qui constituent le monde culturel en général. Percevoir la bande dessinée, véritable média de culture voué, pour une part substantielle, au monde de l’enfance, comme léger dans son contenu, est un jugement hâtif. L’œuvre de Frank Pé [9], par exemple, représente bien un monde merveilleux pour des jeunes et moins jeunes spectateurs, où les animaux trouvent une place toute franciscaine dans l’esprit de ceux-ci et in fine proposent une lecture politique en termes d’écologie, vitale pour notre monde en perdition. Sans faire allusion aux multitudes de spécialisations que la bande dessinée recouvre, on peut dire, sans se tromper, qu’il s’agit bien d’un art contemporain.

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Philippe Huart & Jean-Jacques Tachdjian.

J’ai réalisé un choix personnel par rapport à l’intérêt que je porte à une certaine esthétique de l’art de la bande dessinée. Je souhaite ne pas oublier certains créateurs, tels Reiser, Gotlib, Bretécher, Fred, Franquin, Hergé, Jacobs… [10] Tous ces créateurs qui ont contribué évidemment pour une part importante à construire la bande dessinée lui ont permis d’ouvrir tous les champs d’expression esthétique inhérents à l’exercice de l’humour, la poésie, l’imaginaire. Un mot quand même sur Philippe Geluck [11], célèbre compatriote de la bande dessinée avec Le Chat et son esprit décalé, métaphore du bon sens populaire qui fustige l’absurdité de nos manies du quotidien les plus ridicules, et qui conduit à une philosophie de l’ordinaire non dénuée de bon sens. On peut remarquer qu’il n’est pas toujours nécessaire de posséder une très grande maîtrise du dessin pour représenter spirituellement l’âme d’un pays, d’une région, en l’occurrence l’âme bruxelloise. Car dans le cas du Chat, un certain esprit anarcho-surréaliste belge se prolonge à travers Geluck et prend sa source, probablement inconsciemment ou consciemment comme pour beaucoup d’artistes belges, dans l’œuvre d’un Marcel Mariën [12], d’un Louis Scutenaire [13] et peut-être même chez le ʼpataphysicien [14] verviétois André Blavier [15]. Il s’agit bien d’un esprit particulier qui représente les Belges francophones en général où la dérision, politesse du désespoir, chère plus particulièrement aux artistes liégeois, occupe le terrain créatif. D’ailleurs, c’est certainement ce qui fait le succès actuel de Geluck et de son chat que la France — bientôt le monde — gratifie de son affection.

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Pat Andréa & Carlos Nine.

Il faut aussi dire quelques mots d’Hergé, et là c’est plus délicat… Son rôle fondamental dans l’installation de la bande dessinée dans le monde contemporain n’est plus à démontrer, son importance est fondamentale pour la bande dessinée, comme celle de Walt Disney pour le dessin animé. Bien sûr, pour un certain nombre de personnes, à ses débuts il est un représentant typique d’un esprit politique de l’entre-deux guerres d’inspiration catholique conservateur. Tintin au Congo est un exemple de bande dessinée où règne un certain paternalisme issu de l’esprit de la Belgique coloniale. Bien entendu nous sommes dans les années 1930, il n’est pas étonnant que les lecteurs de cette époque partagent une même conviction condescendante vis-à-vis de l’Afrique et de ses habitants. Par la suite, son œuvre s’est transformée et s’est petit à petit éloignée de ce sentiment de supériorité insupportable des Européens envers les peuples des autres continents. En dépit de cet aspect polémique, Hergé est sans doute une sorte de pape de la bande dessinée pour ses millions d’amateurs de par le monde. La ligne claire représente le fond classique de la bande dessinée contemporaine. Hergé [16] souhaitait être reconnu comme un artiste à part entière… je pense qu’il n’y a plus de doute à ce sujet.

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Enki Bilal & Vladimir Veilickovic.

En conclusion, il me semble nécessaire de remettre à plat tout le microcosme de l’art contemporain en général, en vue de réaliser le bilan d’un monde postmoderne et des pratiques artistiques qui le composent. Le phénomène de vente de planches originales de bandes dessinées ne fait que progresser, pour rejoindre les ventes de tableaux de maître, et cela en agace plus d’un… Nous pouvons reposer les questions qui fâchent au sujet de ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas, n’en déplaise à la dernière commissaire de la documenta de Cassel. Sans exclusion aucune ni anathèmes en tout genre, nous parviendrons sûrement à considérer bien des pratiques artistiques avec bienveillance, y compris celles, parfois maladroites, de certains artistes. Je pense, ici, à Jan Fabre [17], artiste qui produit un art important, avec la force qui sied aux découvreurs de mondes inconnus. Peu importe, malgré leur obsolescence programmée, certaines esthétiques que l’on souhaiterait vouées définitivement aux gémonies pour des raisons idéologiques peuvent trouver un second souffle. Il reste la volonté individuelle des artistes indépendants comme rempart aux bêlements comptant pour rien des suiveurs de tout poil du label « art actuel » [18].

In varietate concordia.

Dario Caterina

Le 8 novembre 2012


[1] Rodolphe Töpffer, Suisse né à Genève le 31 janvier 1799 et mort dans cette même ville le 8 juin 1846, est un pédagogue, écrivain, politicien et auteur de bande dessinée, considéré comme le créateur et le premier théoricien de cet art.

[2] Silvio Cadelo, auteur de bande dessinée, italien d’origine vivant à Paris. Multidisciplinaire, il est également scénographe, peintre et vidéographe.

[3] Alain Huberty et son commissaire d’exposition Christian Balmier sont les organisateurs de l’exposition « Quelques instants plus tard ». La galerie Les Petits Papiers de Bruxelles a mis sur pied une série d’expositions où des œuvres d’artistes contemporains et d’artistes de bande dessinée se partagent les cimaises.

[4] Honoré Daumier est un graveur, caricaturiste, peintre et sculpteur français dont les œuvres commentaient la vie sociale et politique en France au XIXe siècle. Dessinateur prolifique, auteur de plus de quatre mille lithographies, il est surtout connu pour ses caricatures d’hommes politiques et ses satires du comportement de ses compatriotes. Il a changé notre perception de l’art de la caricature politique.

[5] Tanino Liberatore, auteur de Ranxerox, le célèbre héros de bande dessinée, est d’origine italienne. Son personnage est une métaphore de l’énergie de notre époque postmoderne. Étant moi-même originaire de la Molise, région d’Italie peu connue du reste de l’Europe (Liberatore près de Chieti et moi près de Campobasso), j’ai l’impression de comprendre et de partager l’énergie de son personnage, mais c’est un leurre, chaque individu artiste étant un monde en soi. Et même si j’adore Frank Zappa tout comme Liberatore, j’ignore tout de ce qui préside, en son for intérieur, à la construction de son art que j’admire beaucoup.

[6] Pat Andrea est certainement un des artistes contemporains les plus proches dans son art de la bande dessinée.

[7] Tous les artistes contemporains cités sont, parmi d’autres encore plus nombreux, les artistes qui représentent à mes yeux, subjectivement, les personnalités importantes de l’histoire de l’art actuel. Tout le monde « s’en fout », car dans le fond, aucun de nous ne partage la même sélection. Dès que l’on cite plus de trois artistes que l’on vénère, on obtient rarement l’unanimité, c’est donc l’arbitraire total. Tout cela n’est pas grave, c’est seulement subjectif…

[8] Les quelques auteurs cités ici sont des maîtres à penser pour beaucoup d’artistes d’art contemporain de la région francophone de la Belgique. Peut-être également pour les artistes néerlandophones, mais pour combien de temps encore ?

[9] Frank Pé avec son Faune sur l’épaule représente bien à mes yeux un des artistes majeurs de la bande dessinée. Il ne se cantonne d’ailleurs pas à cette discipline, il défend, à la faveur d’une maîtrise parfaite du dessin et de la couleur, un savoir-faire mis au service d’une vision du monde en empathie avec le règne animal. Pour peu que l’on partage l’affection qu’il porte aux animaux, comme celle que nous ressentions au cours de notre prime enfance, cela nous rapproche d’un combat plus important encore qui peut se lire comme un manifeste politique adulte de défense d’un bien commun, le monde des animaux, nos frères du monde vivant. Un message profond, inséré dans une pratique ludique de dessinateur d’art, mis au service d’une récréation autour du monde animal et végétal.

[10] L’ensemble des noms cités des auteurs de science-fiction est significatif, mais non exhaustif. Ma mémoire me joue des tours, les spécialistes rectifieront…

[11] Philippe Geluck, que je considère, qu’il me pardonne, plutôt comme un « pur esprit au travail en dessin », n’en est pas moins un grand philosophe du rire et de l’humour froid surréaliste qui habite son chat. Le peu de mouvements qu’il insuffle à son personnage permet une lecture qui n’est pas sans rappeler celle des hiéroglyphes.

[12] Marcel Mariën est un écrivain surréaliste belge, poète, essayiste, éditeur, photographe, cinéaste, créateur de collages et d’objets insolites. Il est en 1979 le premier historien du surréalisme en Belgique.

[13] Louis Scutenaire est un écrivain et poète surréaliste belge d’expression française. Voici un de ses proverbes : « La seule bonne étude qui ait paru sur Balzac est son œuvre. »

[14] Le Collège de ʼpataphysique a été fondé en 1948, ses activités publiques se sont poursuivies jusqu’en 1975. Il a rouvert ses portes en 2000. À cette occasion, la Bibliothèque nationale de France présenta ainsi la ʼpataphysique : « Les concepts sur lesquels repose la définition de la ʼpataphysique ne sont pas nouveaux. De nombreuses « exceptions » ont joué un rôle fondamental notamment dans les découvertes scientifiques. Ainsi en est-il de la théorie du clinamen attribuée à Épicure puis reprise par Lucrèce, Cicéron et Plutarque : l’atome se dirigerait en ligne droite vers le bas en fonction de la pesanteur, mais il dévierait légèrement sur le côté. Repris par Rabelais notamment, le clinamen est un des « dogmes » de l’OuLiPo ».

[15] André Blavier, issu d’une famille ouvrière, est un des hommes à la pipe légendaires, comme Simenon. Sa découverte de Raymond Queneau va bouleverser sa vie. Sa lecture des Enfants du limon et du Chiendent fut décisive. « Queneau m’a permis d’échapper au désespoir et au suicide que j’envisageais dans les années 1942-43… Je ne peux pas dire que j’avais lu tous les livres, mais la chair était déjà lasse, et tout m’ennuyait. » Une amitié et une correspondance assidue vont lier les deux hommes. Alain Blavier fut le créateur du Centre de documentation Raymond Queneau de Verviers, qui devint opérationnel en 1976, à la mort de ce dernier. Il fut élu à l’OuLiPo comme correspondant étranger en 1961.

[16] Hergé, pour utiliser une métaphore simple, est incontournable et pourtant critiquable à bien des égards historiques et philosophiques, mais reste, en dépit des sables mouvants de l’histoire, certainement le plus grand de tous les dessinateurs de bande dessinée.

[17] Jan Fabre vient, de main de maître, de défrayer la chronique « des artistes d’art contemporain qui pètent les plombs ». En tous cas, c’est la sentence assez banale des Pharisiens au sujet des absurdités des artistes postmodernes. Il y a beaucoup à dire sur les dérives bling-bling des attitudes jusqu’au-boutistes du toujours plus loin de notre société médiatique à outrance. Vérifions, avec Witold Gombrowicz, si la pornographie ne serait pas dans l’esprit de certaines réactions un peu forcées…

[18] La difficulté de prendre le contre-pied de la pensée des amateurs d’art contemporain réside dans les effets pervers que produit la critique des idéologues de l’art contemporain sur le truisme persistant qui consiste à dire que tout ce qui est innovation est progrès. Avec ce type de raisonnement, on cautionne une fuite en avant incontrôlée vers parfois, pas toujours heureusement, il y a de très belles exceptions, une acceptation inconditionnelle de la nouveauté, sans esprit critique.

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