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	<title>Droit de Cités &#187; 18 lettres à ma fille, un atelier d&#8217;écriture en ligne / Arnaud Friedmann</title>
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			<title>Droit de Cités</title>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 80 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Feb 2010 20:59:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[pas de lettres publiées par les internautes cette semaine.
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 18</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/02/14/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-18/</link>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 21:00:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des quatre-vingt ans, en adressant votre texte avant dimanche 21 février à 19h.
. 
Le dernier jour. Quand j’étais gosse, les derniers instants étaient toujours les meilleurs. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des quatre-vingt ans, en adressant votre texte avant dimanche 21 février à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify">Le dernier jour. Quand j’étais gosse, les derniers instants étaient toujours les meilleurs. Aujourd’hui, dernier jour. Béatrice joue. Jouera demain. Prononcera « papa » en regardant sa mère. Apprendra à ne plus utiliser ce mot. A se protéger des larmes dans les yeux de Nathalie.</p>
<p style="text-align: justify">Le dernier jour. Tout à l’heure, dernière lettre. Ma main tremble. Un vieux qui écrit à une vieille. Un père de trente-trois à sa fille de quatre-vingt.</p>
<p style="text-align: justify">Madame. Je ne peux pas m’adresser à cette femme de quatre-vingt ans autrement. Madame, quand vous lirez cette lettre, vous aurez deux fois et demi l’âge que j’avais quand je vous ai quittée. C’est presque drôle, mais je ne souris pas. Je serre mes doigts douloureux sur le stylo. Madame. Je ne peux faire autrement que de vous vouvoyer. Je ne connais rien de vous, c’est pourtant vous que j’aurai le plus aimée.</p>
<p style="text-align: justify">Le dernier jour. Pas la force d’être en révolte. A quoi bon cette existence dépensée ?</p>
<p style="text-align: justify">Les yeux me brûlent. J’ai hâte que tout soit fini. Je ne tiens plus que pour achever la dernière lettre. La signer, de mon prénom. Pas papa. Les vieilles de quatre-vingt ans n’ont plus de papa depuis longtemps.</p>
<p style="text-align: justify">Vers quatre heures, les ambulances. La mère de Béatrice.</p>
<p style="text-align: justify">Dans l’ambulance, je ne me retournerai pas. La nuque me fait trop mal.</p>
<p style="text-align: justify">Je ne me retournerai pas. A quoi bon se retourner ?<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 50 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 20:59:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 17</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/02/07/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-17/</link>
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		<pubDate>Sun, 07 Feb 2010 21:00:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des cinquante ans, en adressant votre texte avant dimanche 14 février à 19h.
. 
Ne vis plus. Sors Béatrice de son lit, la nourris, la regarde jouer. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des cinquante ans, en adressant votre texte avant dimanche 14 février à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify">Ne vis plus. Sors Béatrice de son lit, la nourris, la regarde jouer. Néglige ses changes. Ne tiens que pour l’antépénultième lettre. Puis pénultième. Puis ultime, et enfin hôpital, repos, mort. La vie qui pèse à la fin, pas la peur. Presque hâte.</p>
<p style="text-align: justify">Effort pour regrouper l’énergie pour écrire. Trois lettres encore. Me suis empêché d’appeler la mère de Béatrice, abandonner tout de suite.</p>
<p style="text-align: justify">Laissé un message sur le répondeur d’Angélique. A dix heures, pour lui demander de ne pas venir. De ne plus venir.</p>
<p style="text-align: justify">Onze heures, pas venue. Déception. Puis, plus rien. Pas honte de ce que j’inflige à Béatrice. Rien que l’attente des lettres, et la hâte de la mort.</p>
<p style="text-align: justify">La fin des douleurs.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 33 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Feb 2010 20:59:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 16</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/01/31/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-16/</link>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 21:00:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des trente-trois ans, en adressant votre texte avant dimanche 7 février à 19h.
. 
La lettre des 30 ans, je ne la lui donnerai pas. Demain, je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des trente-trois ans, en adressant votre texte avant dimanche 7 février à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify">La lettre des 30 ans, je ne la lui donnerai pas. Demain, je me le promets, je la retirerai. Dix-sept lettres, tant pis. Celle que je viens d’écrire me brûle encore les doigts.</p>
<p style="text-align: justify">Est-ce indécent de ne pas la retirer ? Je ne sais pas ce que je penserai, demain. Je me torture trop. Et trop souvent. L’ai trop souvent fait. A présent, juste envie de crever.</p>
<p style="text-align: justify">Comme dans la lettre. Je pensais ça ? Que j’accepte ma mort ? Que je l’ai souhaitée ? Que je l’attends ?</p>
<p style="text-align: justify">Il fallait que je l’avoue à ma fille ?</p>
<p style="text-align: justify">Plus que trois jours<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 30 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 20:59:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 15</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/01/24/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-15/</link>
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		<pubDate>Sun, 24 Jan 2010 21:00:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des trente ans, en adressant votre texte avant dimanche 31 janvier à 19h.
. 
Pour les vingt cinq ans, j’écris la lettre la plus longue. La plus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des trente ans, en adressant votre texte avant dimanche 31 janvier à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify">Pour les vingt cinq ans, j’écris la lettre la plus longue. La plus sereine. J’oublie le temps, celui que je disperse dans la rédaction, et celui d’après, qui m’est compté. Plus jeune, quand la mort paraissait improbable, j’avais voulu composer des romans, je m’étais arrêté en chemin. Manque d’énergie vitale, là encore. Aujourd’hui, la lettre des vingt cinq ans s’écrit d’une traite. Un début et une fin. Peut-être un condensé du roman qui m’a toujours fuit, cette lettre d’adieu réussie à ma fille. Je devrais déchirer les autres. Je ne le ferai pas. Je n’aime pas me repentir. Me corriger. Je crois, ça aussi j’aurais dû le transmettre à Béatrice, que les ratures font partie de la vie.</p>
<p style="text-align: justify">Pour la première fois,  je me sens honnête en parlant de moi. De moi, pas de mes rêves. Je reconnais dans mes descriptions de l’Italie l’exactitude de ce que j’y ai vécu. C’est ce que j’aurai eu de mieux, les séjours en Italie. Et Béatrice.</p>
<p style="text-align: justify">J’aurais voulu l’emmener en Italie. Me repaître de notre connivence autour des syllabes de l’hôtel quand on les aurait prononcées ensemble. J’aurais aimé voir la lumière dans ses yeux à leur simple mention, la guetter dans ses premiers sommeils au début du mois de juin, quand il n’aurait plus manqué qu’un mois pour revoir l’Adriatique, la savoir endormie abasourdie d’impatience et de joie mélangée.</p>
<p style="text-align: justify">Je me suis trompé. L’Italie, l’Adriatique, l’hôtel, c’était ma vie à moi. Béatrice trouvera ce qui constituera la sienne.</p>
<p style="text-align: justify">L’Italie, l’Adriatique, l’hôtel, c’était ma vie à moi. Je reste bercé par la douceur de leur évocation.</p>
<p style="text-align: justify">Quand la lettre est finie, je la range dans l’enveloppe. Je la dépose au dessus des quatorze qui la précèdent, du cédé, du cahier de citations, et en faisant ce geste le visage de la première fille dont j’ai été amoureux, à l’école maternelle, m’apparaît. Elle s’appelait Angélique.</p>
<p style="text-align: justify"><span id="more-4030"></span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify">Je tiens le sachet dans la main. Je medemande comment j’ai pu oublier pendant quatre jours le cadeau d’Angélique, alors que je ne pense qu’à elle. Quatre jours, j’ai compté. Il est resté posé sur la table de la cuisine, pendant quatre jours je suis passé devant, je l’ai peut-être déplacé pour remplir un biberon de Béatrice.</p>
<p style="text-align: justify">Tous les jours, pendant quatre jours, Angélique a remarqué sur la table le sachet, pas ouvert.</p>
<p style="text-align: justify">Comment ai-je pu, alors que ma mort m’obnubile, oublier des herbes qui pourraient me sauver ? Qui le pourraient parce qu’elles viennent d’Angélique ?</p>
<p style="text-align: justify">J’imagine, ça ne coûte rien, c’est aussi léger de remporter Roland Garros à dix-sept ans dans ma chambre, j’imagine un recul de la maladie. Pas une guérison : juste un répit. Quelques mois, et un peu d’énergie. Assez de sang dans le sexe pour bander et baiser Angélique.</p>
<p style="text-align: justify">Des caresses suffiraient. Au milieu du dix-huitième jour, Nathalie arriverait, accompagnée des ambulanciers. Ils constateraient que je vais mieux. Du salon, Angélique sourirait. J’aurais besoin de repos, Nathalie repartirait avec Béatrice. Elle ne viendrait me rendre visite que les week-ends, elle ne serait pas jalouse. La semaine, du lundi au vendredi, j’attendrais onze heures et l’arrivée d’Angélique. Sa présence dans le salon. Tant pis si je ne bande pas. Tant mieux. Un amour chaste. Il y aurait de la musique et des livres. Le soir, elle repartirait. Elle repartirait pour m’offrir chaque lendemain, à onze heures, l’apothéose de son arrivée.</p>
<p style="text-align: justify">Je tiens le sachet à la main. Je regarde les deux fauteuils où nous nous assoirions, Angélique et moi, après le dix-huitième jour, quand je serai en phase de rémission. Je me sens heureux.</p>
<p style="text-align: justify">Puis, je déverse le contenu dans la poubelle. Une préparation sombre s’ajoute aux sachets de thés, aux couches, aux pots de bébés, aux boites de médicaments. La poubelle pue, demain je demanderai à Angélique de la vider. J’aurai ajouté des ordures, pour qu’elle ne sache pas que je ne crois pas aux miracles, ou que je ne les souhaite plus.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 25 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Jan 2010 20:59:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[pas de lettres proposées par les internautes cette semaine
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 14</title>
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		<pubDate>Sun, 17 Jan 2010 21:00:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des vingt-cinq ans, en adressant votre texte avant dimanche 24 janvier à 19h.
. 
Comme dans les nuits d’ivresse. Les mêmes remords hallucinés. L’identique certitude d’avoir mal [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des vingt-cinq ans, en adressant votre texte avant dimanche 24 janvier à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify">Comme dans les nuits d’ivresse. Les mêmes remords hallucinés. L’identique certitude d’avoir mal fait, d’avoir causé du tort. Je m’endors par à-coups, je me réveille avec violence, le crâne transpercé de douleurs. J’aurais dû écrire à Béatrice un mot pour ses dix-neuf ans. Quelques lignes. Comment ai-je pu me soustraire à cette obligation ? Qu’est-ce que ça m’aurait coûté ? J’aurais demandé à Angélique de m’apporter du papier, une enveloppe, un sous-main. Je l’appelle, Angélique, dans la nuit. Voilà, c’est mieux : je l’écris, cette lettre. Je me suis relevé. Je tremble. Je m’étais juré, pourtant, de ne pas inverser l’ordre des années. Je ne tiens pas mes promesses. Aucune. Pas même capable de ne pas crever pour élever ma fille. La peur. C’est de ça que je crève. Ne pas savoir être père. La maladie n’est qu’une échappatoire. Je suis pitoyable, avec mes lettres. Qu’est-ce que j’espère qu’elles pourront rattraper ?</p>
<p style="text-align: justify">J’écris : les mots ne marquent pas le papier. Le traversent. Je m’éveille. Je n’ai rien écrit ; je suis dans mon lit, incapable de me lever. Il n’y a pas de papier à côté de moi. Ni de stylo. J’ai soif, et il n’y a  pas d’eau. Aucun courage pour me rendre jusqu’à la salle de bain. Aucun courage pour rien.</p>
<p style="text-align: justify">Et la lettre des vingt ans ? Je l’ai achevée, mais pour quoi dire ? Pour cracher à une adolescente ma peur de la mort qui se précipite ? Pour lui indiquer l’endroit où j’ai caché mon cahier de citations ? Je dois détruire tout ce que j’ai écrit pour elle. Quelle prétention ! Croire qu’elle aurait eu besoin de connaître un père tel que moi ! Qui pourrait le souhaiter ? Lui laisser une page blanche, un père à s’inventer : c’est ce que je ferai de mieux.</p>
<p style="text-align: justify">Un cadeau. La suffisance de prétendre que mon livre de citations pourrait constituer un cadeau pour ses vingt ans. Monstre. Monstre de l’obliger à sangloter sur les écrits d’un père éteint. D’utiliser une innocente pour mendier un semblant de résurrection.</p>
<p style="text-align: justify"><span id="more-4021"></span></p>
<p style="text-align: justify">Je voudrais me lever, pour déchirer les lettres. Hésiter, au dessus de la pile dressée sur mon bureau, sachant que je ne le ferais pas. Parce que demain, je m’en voudrais. Je n’aime pas m’en vouloir. Je ne m’aime pas, les nuits d’angoisses, les nuits d’ivresse. Les nuits d’avant la mort, quinze jours avant la mort. Cinq jours avant les adieux à ma fille.</p>
<p style="text-align: justify">Combien de fois ai-je été soul ? Crâne explosé et gorge sèche ? C’était une préfiguration de cet instant, de la mort en marche par enjambées somptueuses. Je vais crever. J’ai trop bu, trop trahi, trop déçu. J’ai eu une fille, et je l’abandonne.</p>
<p style="text-align: justify">Quand je presse mes doigts, les phalanges craquent. J’ai la gueule d’un cadavre. J’oblige Angélique à assister à ça. Je la paie pour qu’elle fasse mon ménage, et pendant qu’elle travaille, je la reluque. Pas d’autres mots. Je bave, à défaut de bander. Parce que ça, c’est fini. Bien fini. Le médecin avait raison.<br />
Là aussi, j’ai fauté. Trompé. Baisé à tort et à travers. Mon sexe n’est plus qu’une tâche chaude entre mes jambes, un peu de peau qui transpire. Je n’ose plus le toucher. Le regarder.</p>
<p style="text-align: justify">Je déglutis. Même tendre le bras pour attraper les cachets, je ne peux pas. Plus. J’essaie d’appeler Béatrice, aucun son ne passe. Viendrait-elle, d’ailleurs ? Viendrait-elle vers son père, le consoler ? Vers cette carcasse baignée de sueur ? L’odeur de la chambre doit être épouvantable. Je me tourne sur le côté pour amorcer un geste vers la fenêtre, au moins aérer pour qu’elle ne s’enfuie pas si elle ouvre la porte.</p>
<p style="text-align: justify">Elle ne l’ouvrira pas. Elle aussi est cloitrée dans son lit à barreaux. Prisonnière à côté d’un cadavre, comme dans les premières pages des romans policiers. Des incipits recopiés par un con dans un cahier, planqués quelque part pour servir de cadeau à une orpheline de vingt ans.</p>
<p style="text-align: justify">Sur la table de nuit, le cahier. Le cahier avec les textes des autres, recopiés. Pas mêmes les miens, puisque je n’ai été capable de rien écrire qui méritait d’être recopié. Des textes d’auteurs morts. Des phrases qui n’aident à rien, puisqu’on crève tous, à la fin. Qui a dit qu’on pouvait apprendre à mourir ? Prétendu que c’était la seule source de sagesse ? Je touche le cahier, j’essaie de le repousser. La lampe tombe sur ma main, sur ma main décharnée et me brûle. Je pousse un cri qui n’est pas de ce monde. L’ampoule s’est brisée au sol.</p>
<p style="text-align: justify">Béatrice s’est réveillée. Elle pleure. J’en chiale, moi aussi, de ne pas pouvoir me lever, de nos deux corps retenus dans deux chambres voisines. De l’impossibilité de me lever, de la prendre dans mes bras.</p>
<p style="text-align: justify">Béatrice s’est réveillée, elle a fait un cauchemar. Elle pleure. Alors je me lève, bien sûr. J’y arrive. Mes jambes flageolent un peu, le bas du dos me tire, et alors ? Je traverse la pièce dans le noir, bras tendus devant moi. Bras maigres, mais qui me guident. Je trouve l’interrupteur. Dans le couloir, je m’aperçois dans une glace. C’est vrai que je suis maigre. C’est vrai que je fais peur. C’est sûrement vrai que je pue, d’avoir tant transpiré, d’avoir tellement l’angoisse de crever. Mais je demeure capable, malgré la maigreur, la laideur, les odeurs, de prendre ma fille dans mes bras. De lui souffler, tant pis si mon haleine empeste, des comptines de réconfort et d’amour. Elle s’endort contre moi, le front appuyé sur mon coude. C’est un peu douloureux. Elle est lourde, ma fille de un an. Mais je suis son père. Pour cinq jours, encore, je suis son père. Alors, je n’ai mal nulle part. Aucun cauchemar.</p>
<p style="text-align: justify">Je retourne m’allonger, et puisque je ne vais pas dormir, j’ouvre mon cahier des citations.</p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
*</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
Avant l’arrivée d’Angélique, j’attends dans un fauteuil, Béatrice sur mes genoux. Je vois la paume de ma main, contre l’accoudoir rouge. Ma ligne de vie. Je vais mourir. On me l’avait dit, qu’avec une ligne si courte, je ne ferais pas de vieux os. Des conneries. Mais pourtant, voilà. Je ne ferai pas de vieux os. Ces os qui saillent sous la peau de ma main.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ose à peine accomplir le geste qui m’est venu en tête. Je ne crois pas aux prédictions des diseuses de bonne aventure. Il faut être sérieux, quand on va mourir. La vie n’est pas une aventure.</p>
<p style="text-align: justify;">Je retourne la main de Béatrice. Elle se débat un peu, elle cède : sa ligne de vie s’étire jusqu’au poignet.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est idiot, mais je suis soulagé.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, c’est pire, jaloux. De ma fille. De tout son avenir sans moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, je me dis que mes lettres, les dernières, seront lues. Ça donne un sens aux derniers jours.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, j’ai hâte qu’il soit onze heures. Qu’Angélique sonne.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 20 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 17 Jan 2010 20:59:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 13</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/01/10/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-13/</link>
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		<pubDate>Sun, 10 Jan 2010 21:00:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des vingt ans, en adressant votre texte avant dimanche 17 janvier à 19h.
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Tout à l’heure, je vais m’atteler à la lettre des vingt ans. Hier, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des vingt ans, en adressant votre texte avant dimanche 17 janvier à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify">Tout à l’heure, je vais m’atteler à la lettre des vingt ans. Hier, j’écrivais celle des dix-huit. Ce décalage m’obsède, comme s’il matérialisait une accélération du temps qui me reste. Ou parce qu’il marque une défection. L’absence du père.</p>
<p style="text-align: justify">L’air triste de ma fille, devant son gâteau aux dix-neuf bougies.</p>
<p style="text-align: justify">Ces lettres m’ont impliqué plus que je ne l’avais imaginé. Elles m’aident. Sans elles, je n’aurais pas tenu. En dépit d’Angélique.</p>
<p style="text-align: justify">Aujourd’hui, elle a renoncé à s’inventer un prétexte pour ne pas partir pendant que je me retirais pour écrire. Elle me l’a demandé dès son arrivée : « quand vous partirez, tout à l’heure, je pourrai rester ? J’ai amené un livre. » Elle a tendu le livre vers moi, pour se justifier, ou pour prouver sa bonne fois. J’ai dit « bien sûr ».</p>
<p style="text-align: justify">Je me demande ce qu’elle suppose que je fais dans la chambre, pendant les siestes de Béatrice. Est-ce qu’elle vient me guetter par l’entrebâillement de la porte ? Si elle a aperçu mon dos penché sur le bureau, est-ce qu’elle a cru que je rédigeais un testament ? Que je relisais des textes qui m’avaient parus importants ?</p>
<p style="text-align: justify">L’idée passe. Je n’en aurai pas la force. Je sais où trouver le cahier dans lequel j’ai recopié les phrases qui m’ont marqué. Ce pourrait être intéressant de les parcourir. Voir lesquelles m’apportent encore quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify">Ou est-ce que ça ne servirait à rien ? A rien, à part justifier à posteriori le temps que j’ai consacré au recopiage ?</p>
<p style="text-align: justify">Je pourrais offrir le cahier à Béatrice, pour ses dix-neuf ans. Me faire pardonner ainsi de ne pas lui avoir écrit.</p>
<p style="text-align: justify">Le remord de cette lettre manquante altère la présence d’Angélique dans la maison.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 18 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Jan 2010 20:59:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 12</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/01/05/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-12/</link>
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		<pubDate>Tue, 05 Jan 2010 13:02:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des dix-huit ans, en adressant votre texte avant dimanche 10 janvier à 19h.
. 
Je reviens vers elles avec un sourire mystérieux. Je viens à peine de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des dix-huit ans, en adressant votre texte avant dimanche 10 janvier à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify">Je reviens vers elles avec un sourire mystérieux. Je viens à peine de déposer un baiser sur la joue de ma fille, une adolescente de dix-sept ans. Angélique ne me demande rien. Béatrice me tend les bras. Elle ne sait pas que je me suis enfermé dans sa chambre pour lui écrire une lettre qu’elle n’ouvrira que dans seize ans. J’essaie de deviner à quoi elle ressemblera. A quoi elles ressembleront. Comment la maturité se sera infiltrée dans les traits d’Angélique.</p>
<p style="text-align: justify">J’ai hésité. J’aurais pu profiter de sa présence, renoncer au devoir d’écriture que je m’impose. Après son départ, je n’aurais pas eu le courage de m’atteler à une lettre. Après son départ, je m’occupe de ma fille, je ressasse le souvenir de ma femme de ménage.</p>
<p style="text-align: justify">Je les ai laissées ensemble, je me suis retiré dans la chambre de Béatrice. La feuille sur mes genoux, posée sur un Atlas. Je l’ai ouvert, au hasard, tant de pays que je ne connaîtrais pas. Des voyages que je ne ferai plus. Pas le temps de m’attarder. Je devais écrire à ma fille. J’avais prévu une lettre courte, pour ne pas trop perdre d’Angélique. Je n’ai pas mesuré le temps. Quand j’ai regardé ma montre, il était presque 16 heures. Mais j’ai souri, je souriais encore en revenant vers elles. De cette lettre-là, je peux me sentir fier.</p>
<p style="text-align: justify">-	Excusez-moi, j’ai été long. Je vous ai empêchée de partir.</p>
<p style="text-align: justify">-	Je ne suis pas pressée. Je peux même rester encore un peu, sauf si vous souhaitez que je m’en aille.</p>
<p style="text-align: justify">-	Je ne le souhaite pas.</p>
<p style="text-align: justify">Je prends sa main. Elle ne la retire pas. C’est curieux, je n’éprouve aucune honte. Aucune gêne. J’ai conscience de mon état, de mon apparence, mais je prends sa main. J’ai trente-trois ans, je suis un corps qui meurt, qui ne peut pas nier qu’il meurt, elle a dix-sept-ans : c’est un scénario qui ne m’appartient pas, le maître et la soubrette, la mort et la jeunesse, tout ce qui me fait horreur. Les bien-pensants se pincent les lèvres, les voisins du village. Pourtant je prends sa main, elle ne retire pas la sienne. Mon visage est près du sien. J’ai la certitude que je pourrais l’embrasser, elle ne refuserait pas.</p>
<p style="text-align: justify">Je lâche sa main. Je m’installe dans un fauteuil.</p>
<p style="text-align: justify">Je regarde Angélique et Béatrice. Derrière elles, l’escalier adossé au mur rouge brique. Je me souviens des discussions chez l’architecte autour du nuancier, les plans des pièces que j’étudiais jusqu’au milieu de la nuit. Je cherchais à deviner ce que serait ma vie dans des pièces rouges ou bleues, ou jaunes, une fois la maison terminée. Je ne me doutais pas qu’il me faudrait attendre Angélique pour le salon s’anime, que le rouge du mur prenne sens.</p>
<p style="text-align: justify">-	Du coup, Béatrice n’a pas dormi, cet après-midi.</p>
<p style="text-align: justify">Elle ne semble pas fatiguée pour autant. Elle se précipite vers moi, cherche à escalader mes jambes. Je la serre dans mes bras.</p>
<p style="text-align: justify">-	Je vais chauffer son biberon, il faut bien que j’occupe mes heures supplémentaires.</p>
<p style="text-align: justify">Elle part vers la cuisine, elle m’a fait un clin d’œil. Depuis la confirmation du diagnostic, jamais je ne me suis senti aussi peu malade.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 17 ans</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/01/05/18-lettres-a-ma-fille-lettre-des-17-ans/</link>
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		<pubDate>Tue, 05 Jan 2010 13:01:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 11</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/12/27/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-11/</link>
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		<pubDate>Sun, 27 Dec 2009 21:00:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des dix-sept ans, en adressant votre texte avant dimanche 3 janvier à 19h.
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-	Vous avez quoi, exactement ?
C’est pour ça qu’elle m’a posé la question, hier, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des dix-sept ans, en adressant votre texte avant dimanche 3 janvier à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify">-	Vous avez quoi, exactement ?</p>
<p style="text-align: justify">C’est pour ça qu’elle m’a posé la question, hier, avant de disparaître. Après la balade, elle a dit aussi « excusez-moi, aujourd’hui je ne pourrai pas rester ». J’ai été jaloux des motifs qui la poussaient à ne pas rester, et heureux qu’elle sous-entende qu’elle pourrait rester, une autre fois.</p>
<p style="text-align: justify">Aujourd’hui, en arrivant elle m’a tendu un sachet. Elle l’a posé dans ma main, refermé mes doigts dessus, comme un gros plan de série télévisée.</p>
<p style="text-align: justify">-	Vous ferez infuser ça ce soir, et vous le boirez bien chaud.</p>
<p style="text-align: justify">Je voudrais la questionner, mais elle me fait signe de me taire, je n’insiste pas. Je m’évade vers son après-midi d’hier, vers un voyage qu’elle aurait accompli pour moi auprès d’une tante un peu sorcière. Pour moi.</p>
<p style="text-align: justify">Qu’est-ce qu’elle lui aura dit ? C’est pour guérir un ami ? Un homme qui va mourir ? Le père d’une jolie petite fille ? Le mec qui m’emploie ?</p>
<p style="text-align: justify">Je la regarde récurer. Elle intéresse Béatrice à ses activités avec une douceur qui n’est pas de son âge. Je me repose dans un fauteuil, je pourrais m’endormir.</p>
<p style="text-align: justify">C’est pour guérir l’homme que je me prends à aimer ?</p>
<p style="text-align: justify">J’ai fermé les yeux. Je continue à deviner à travers les paupières mes deux silhouettes de femmes, leurs jeux autour du seau. J’entends la voix de ma fille, Angélique qui lui répond. Puis un cri, c’est plus violent, j’ouvre les yeux : le seau s’est renversé.</p>
<p style="text-align: justify">-	Ce n’est pas grave. Elle n’est pas mouillée. Je n’avais pas mis de javel.</p>
<p style="text-align: justify">Je devrais intervenir. Me lever. Emmener Béatrice dans une autre pièce jusqu’à la fin du ménage. Mais je ne peux pas. Je ne bouge pas. Je reste enfoui dans mon fauteuil, je leur souris.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d&#8217;un atelier d’écriture en ligne</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="http://droitdecites.org/2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p><em>/ vous pouvez connaître la <a href="http://droitdecites.org/2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici.</a></em></p>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 16 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Dec 2009 20:30:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 10</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/12/23/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-10/</link>
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		<pubDate>Wed, 23 Dec 2009 10:51:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des seize ans, en adressant votre texte avant dimanche 27 décembre à 19h.
. 
Je me retourne dans mon lit : je ne suis plus condamné. Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des seize ans, en adressant votre texte avant dimanche 27 décembre à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify;">Je me retourne dans mon lit : je ne suis plus condamné. Je triture l’avenir, comme s’il ne se résumait pas à neuf jours. C’est immense, neuf jours. Neuf fois, Angélique sonnera. Sa silhouette derrière la porte. Je trouverai des tâches à lui faire faire. Elle a besoin d’argent.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant qu’elle ne parte, je l’ai aidée à enfiler sa veste. Le tissu, contre mes doigts, comme si j’avais eu quinze ans. Son épaule.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle s’est retournée, elle m’a dit : à demain. J’ai cru comprendre qu’elle avait hâte, elle aussi.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu pèses soixante trois kilos. Sous tes yeux, la peau est noire. A cause des médicaments, ta transpiration est acide. C’est ton squelette qu’elle contemple, et elle en a pitié. C’est odieux de l’obliger à revenir. La seule décence, c’est d’annuler le rendez-vous.</p>
<p style="text-align: justify;">Je descends l’escalier. Elle était là, ce matin. Nous avons bu un café sur la table basse du salon. Béatrice sur ses genoux. Qu’est-ce qu’elle est belle, votre fille ! Elle a reposé la tasse. J’ai paniqué. Je ne voulais pas qu’elle parte. Elle a dit : vous en auriez encore un peu ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je lui ai montré mon jardin. Ce que j’aurais voulu en faire, si j’avais eu du temps. Il est déjà très joli comme ça.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle a traîné dans la maison. M’a proposé de préparer le repas de Béatrice. De le lui donner. Je l’ai laissée faire. Pendant quelques minutes, ça a ressemblé à un foyer.</p>
<p style="text-align: justify;">Vers quatorze heures, elle a dit : il faut que j’y aille, je dois faire le ménage chez les Belot. Vous voulez que je revienne, après ? J’ai répondu non. Quand Béatrice s’est endormie, j’ai écrit la lettre des quinze ans. D’un trait.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’annulerai pas le rendez-vous.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: lucida handwriting; font-size: medium;"><span style="color: #ffffff;"></span></span></p>
<p><span id="more-3884"></span></p>
<p><span style="font-family: lucida handwriting; font-size: medium;"> </span><span style="font-family: lucida handwriting; font-size: medium;"><span style="color: #ffffff;">.</span></span><img title="Lire la suite…" src="http://droitdecites.org/wp-includes/js/tinymce/plugins/wordpress/img/trans.gif" alt="" /></p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: lucida handwriting; font-size: medium;"><span style="color: #ffffff;">.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;">Cinq heures du matin : je ne me rendormirai pas. Dans la pièce d’à côté, le souffle régulier de Béatrice. Je n’ai pas la force de me lever, d’aller la voir.</p>
<p style="text-align: justify;">Une énergie nouvelle s’est éveillée en même temps que moi. L’envie de ne pas rester au lit, à traquer mes douleurs, à traquer les progrès de la mort. Avoir quelque chose à raconter à Angélique, quand elle s’installera en face de moi dans le fauteuil, Béatrice dans ses bras.</p>
<p style="text-align: justify;">Je parviens à ça. A ces efforts qui m’auraient paru hier inconcevables. Je soulève l’ordinateur, je le branche, je le pose sur mes genoux. J’ai calé mon dos dans les coussins. Je fais défiler les   premiers films des premiers mois de Béatrice. Je tenais la caméra, je ne savais pas que j’étais malade, qu’il n’y aurait plus de sommeils, de films de berceaux. Pas d’autres images de ma fille que celles d’un enfant d’un an.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai pas réussi en copiant les images à récupérer le son. Les mouvements muets de Béatrice diffusent une douceur dans la pièce, tandis que l’aube s’insinue entre sol et volet. J’aperçois aux murs des échos de l’écran.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’étais dit que je ne les regarderais jamais, ces minutes où Béatrice remue dans son berceau. Je pensais que je gaspillais du temps, de la pellicule. J’avais tort. Je pourrais rester comme ça jusqu’à ma mort, ou jusqu’à l’arrivée d’Angélique. Je lui dirais « Regardez, c’est Béatrice dans son berceau à un mois.».</p>
<p style="text-align: justify;">Elle s’approcherait de moi. Pour accéder à l’écran, elle serait obligée de s’appuyer contre mon épaule. Elle ne dirait rien, et les images, celles-là mêmes que je regarde en ce moment, défileraient éternellement et éternellement muettes.</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: lucida handwriting; font-size: medium;"><span style="color: #ffffff;">.</span></span></p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: lucida handwriting; font-size: medium;"><span style="color: #ffffff;">.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;">Je prépare le biberon de Béatrice. L’insomnie de la nuit alourdit mon bras. Les images du caméscope s’ensevelissent entre fatigue et féérie. J’ai hâte que le biberon soit donné, que l’énergie de Béatrice au réveil se soit atténuée. J’ai hâte qu’il soit onze heures.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout à coup, je me dis qu’Angélique n’a pas existé. Qu’elle est un produit des médicaments, des insomnies, un fantasme. Je tremble. Je fixe le sol pour me convaincre de sa propreté nouvelle. Je  déplace mon bras, le lait s’écoule sur les dalles de la cuisine, se stabilise dans une petite flaque à la forme qui ne m’évoque rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Je tourne dans les pièces en espérant retrouver son parfum. Béatrice se réveille, je l’entends qui m’appelle. Je voudrais qu’elle dorme encore pour me laisser seul à la recherche des traces d’Angélique.</p>
<p style="text-align: justify;">Béatrice pleure. Je suis un mauvais père.</p>
<p style="text-align: justify;">A présent, je lui donne le biberon. Ses pieds fouettent mes jambes, me font mal. « Calme-toi ». Je répète ces deux mots, infiniment, et c’est moi qui me calme, qui profite de ma fille, de son corps contre le mien, des gargouillis du lait qu’elle aspire.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand elle a fini, je me dis qu’il doit être 9H30.</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: lucida handwriting; font-size: medium;"><span style="color: #ffffff;">.</span></span></p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: lucida handwriting; font-size: medium;"><span style="color: #ffffff;">.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;">Nous marchons dans les rues du village. Angélique a dit « si vous voulez vous appuyer contre mon bras… ». J’ai refusé, j’ai juste accepté que nous ralentissions. Derrière les fenêtres, il doit y avoir des gens qui savent. Qui nous regardent. Qui s’étonnent de me voir dehors.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne voulais pas sortir. Quand Angélique me l’a proposé, j’ai répondu « non ». Avec  violence. Je ne voulais pas de cette nouveauté qui m’arracherait au rêve de nous que j’avais projeté dans le salon. « Je peux au moins emmener la petite, si vous voulez ». J’ai entendu cet « au moins ». J’ai regardé par la fenêtre, découvert le soleil, le ciel dégagé. Je ne pouvais pas empêcher ma fille de sortir. « Allez-y ». Je resterais seul. Les survivants iraient sans moi profiter du soleil, de la vie. J’ai pensé ça, mon visage s’est enlaidi.</p>
<p style="text-align: justify;">Elles se sont préparées. Sur le pas de la porte, Angélique a demandé très doucement : « alors c’est sûr, vous ne venez pas ? ». Je suis venu.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous marchons. A ma droite, il y a le corps d’Angélique. J’aurais dû accepter sa proposition, la laisser toucher mon bras. A part Béatrice, depuis combien de temps n’ai-je pas eu envie de sentir le corps de quelqu’un contre le mien ? Voilà, je suis sur le point de bander. Le médecin m’avait dit que ça n’arriverait plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être que je ne crèverai pas. Peut-être que j’aurai droit à un sursis, à des jours supplémentaires de promenade dans le village avec Angélique à mes côtés. C’est comme l’adolescence qui revient tout à coup, exactement l’adolescence lorsque je marchais dans la nuit et que j’attendais d’aimer. Je ne me souvenais pas que c’était aussi doux, ni aussi exaltant. Il faudra que j’en parle à Béatrice, dans une lettre. Que je lui souhaite de connaître ça.</p>
<p style="text-align: justify;">L’énergie vitale.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis je tousse, violemment. Je dois m’asseoir, cracher. Béatrice et Angélique assistent à ça. Un corps malade. Un corps qui crève. Il n’y aura pas de guérison.</p>
<p style="text-align: justify;">« Vous voulez qu’on rentre ? ». Elle me parle doucement, comme à un mourant. Ça ne me peine pas. Je lui souris, sans me forcer. « Non, je vais souffler un peu, puis on continuera ». Quelques pas encore. Le tour du village. Le soleil au dessus de nous. La silhouette de Béatrice qui gambade. Le corps d&#8217;Angélique.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<h2 style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">&#8230;.</span></span><em><strong></strong></em></h2>
<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d&#8217;un atelier d’écriture en ligne</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="http://droitdecites.org/2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p><em>/ vous pouvez connaître la <a href="http://droitdecites.org/2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici.</a></em></p>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 15 ans</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Dec 2009 10:50:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 9</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/12/13/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-9/</link>
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		<pubDate>Sun, 13 Dec 2009 21:00:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici,  si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des quinze ans, en adressant votre texte avant dimanche 20 décembre à 19h.
. 
Une frénésie de phrases. Une fureur. L’impatience, comme aux jours inspirés. Plus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître </em><em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">la règle du jeu ici, </a></em><em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"> </a></em><em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des quinze ans, en adressant votre texte avant dimanche 20 décembre à 19h</a></em><em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">.</a></em></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Une frénésie de phrases. Une fureur. L’impatience, comme aux jours inspirés. Plus de douleurs, plus de dépression. J’ai revécu en les écrivant pour Béatrice mes enthousiasmes, mes rêves, mes ambitions. Je ne m’étais dévoilé à personne de la sorte, moi qui n’ai cessé de parler de moi à tout le monde. J’ai l’impression d’avoir réussi ça, dans la lettre des quatorze ans : me livrer. J’ai hésité à la déchirer. Déchirer la lettre où j’ai aussi écrit que tant que j’avais osé, la vie m’avait souri.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Elle va comprendre, Béatrice, qu’un jour je n’ai plus osé. Que sa naissance n’a pas suffi. Sa naissance à contribué à précipiter le désordre de mes cellules, la peur de ne pas savoir être père.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je n’ai pas déchiré la lettre. Je suis heureux. Heureux des échos des bonheurs de ma jeunesse. La lettre m’a permis de revivre mes passions. Béatrice en est la dépositaire.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">L’énergie afflue. Je suis capable de faire la vaisselle. Je vais annuler la venue d’Angélique. Je peux me débrouiller seul.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Après avoir lavé et essuyé deux biberons, je me rends compte que l’enthousiasme ne suffira pas.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je m’installe dans un fauteuil. J’attends le réveil de Béatrice. Un vague sourire. A 33 ans, si près de crever, ce ne serait pas raisonnable. Et pourtant, les images s’emballent. Des courts en terre battue. Les cris des spectateurs. L’air de juin 1990. J’ai 17 ans. Je dispute ma première finale à Roland-Garros. Tout l’avenir devant moi.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Pourvu que Béatrice dorme jusqu’à la fin du match.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"><span id="more-3563"></span></span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-size: medium;"><span style="color: #ffffff;">.</span></span></p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">A 11 heures, Angélique sonne. Toute la nuit, j’ai été perturbé par sa venue. Je n’aurais pas dû proposer à une inconnue de partager mon intimité avec ma fille. Toute la nuit, l’écho des ragots qui se propageront dans le village m’a hanté. Je ne voulais plus de bruits.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je me dirige vers la porte, et il y a tout à coup cette attente qui remonte, de la vie qui jaillit. Un corps est là, derrière la vitre. J’aperçois sa silhouette. Je ne suis pas encore mort, puisque je fais jouer la clef dans la serrure, puisque j’abaisse la poignée, puisque je prononce des paroles de politesse. Je remarque aussi son genre, le genre de cette fille qui n’a pas dix-huit ans, une veste noire, des cheveux mal peignés. Une gamine débraillée. Son genre qui n’est pas mon genre.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Il suffit de si peu ?</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je lui tends la main. Je me penche parce que j’ai mal au dos, elle se méprend, nous nous embrassons. Que voit-elle de moi ? Un adulte en sursis ? Un mourant ? L’état de mon visage ne peut pas lui échapper.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Est-ce qu’elle ne prête pas attention à l’état de mon visage ? Trente-trois ans, un vieux, pour elle.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	C’est grand.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Immédiatement, je cherche à savoir ce qu’elle sous-entend. Trop grand pour un homme si jeune ? A qui va revenir tout ça après ma mort ? Pourquoi la mère de Béatrice n’est-elle pas avec nous ?</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Cent cinquante mètre carrés.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Immédiatement, je mens. J’atténue les reproches qu’elle sous-entend sur mon train de vie, en retranchant 20 mètres carrés à ma maison.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	En fait, cent soixante-dix mètres carrés. C’est un héritage.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Elle s’en fout. Elle dit que c’est joli. J’explique les modifications que j’ai apportées au projet de l’architecte.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Vous avez bien fait.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Elle pose sa veste sur le dossier d’une chaise :</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Effectivement, ça a besoin d’un bon nettoyage.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Elle m’explique qu’elle est très méticuleuse, qu’elle travaille déjà pour trois personnes dans le village. Toutes sont très satisfaites. Elle doit payer son permis de conduire. Je l’écoute, je n’enregistre rien. A quoi me sert cette conversation ? Elle aperçoit Béatrice dans la cuisine. Elle la trouve adorable. Elle affirme qu’elle me ressemble, elle utilise une phrase toute faite, dont je ne retiens que portait-craché. Je hausse les épaules.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Ce sera mieux pour toi ma mignonne quand tout sera bien propre. Hein ?</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Elle lui caresse le menton.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Pour tout bien faire correctement, j’en ai pour quatre heures. Cinq peut-être. Uniquement pour le bas. Je fais les choses à fond, vous savez. Et pour la suite, vous voulez que je vienne toutes les semaines ?</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je ne sais pas quoi répondre. Je n’ose pas dire non. Je ne peux pas dire oui. Je ne réponds rien.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Evidemment, si ce que j’ai fait aujourd’hui vous convient.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je l’ai vexée. Elle pense que je me méfie d’elle.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Ce n’est pas ça. Mais dans dix jours… dans dix jours, je rentre à l’hôpital. Pour une intervention assez grave. Je ne sais pas si…</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je ne finis pas ma phrase, ma gorge s’est nouée. Je panique à l’idée de pleurer devant elle. Je tourne violemment la tête. J’aperçois sa veste sur la chaise, l’odieuse normalité de cette veste sur cette chaise et c’est fini, je chiale.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"><br />
Elle s’est avancée vers moi. Elle m’a pris dans ses bras, elle m’a demandé pardon. J’ai reniflé, j’ai dû griffer son dos de mes mains. Je me suis détaché d’elle avec un peu de violence. Depuis la cuisine, Béatrice me fixait avec des yeux stupéfaits. Elle a ouvert les bras, elle a souri, gargouillé deux syllabes qui ressemblaient à papa.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je suis allée vers elle. Je l’ai soulevée de sa chaise, embrassée, câlinée. Elle a ri. Je l’ai posée par terre, elle s’est mise à courir en poussant des petits hurlements. J’ai fait mine de la poursuivre. Ça m’a essoufflé.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je me suis arrêté devant Angélique. Elle m’a regardé, elle a fondu en larmes à son tour. Je l’ai trouvée un peu ridicule, mais je l’ai consolée. Ça m’a fait du bien que nos rôles redeviennent ce qu’ils n’auraient pas dû cesser d’être.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Elle s’est détachée de moi, a reculé de deux pas, s’est frotté les yeux. Elle s’est tenue comme ça, debout, quelques secondes. Je la dépassais en taille d’au moins 20 centimètres. Béatrice s’est arrêtée de courir pour nous regarder. Ça a été étrange, comme confrontation. Je n’ai pas pu m’empêcher de baisser les yeux vers les seins de la fille, elle s’en est rendu compte. Des seins énormes, que j’avais sentis contre mon ventre quand elle m’avait pris dans ses bras.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Je vais aller chercher des produits chez moi, c’est à deux pas. Je reviens,  je commence tout de suite.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Avant de passer la porte, elle a dit.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">-	Promis, j’essaierai de ne plus pleurer.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Elle m’a souri avec un peu de tristesse, pour me montrer qu’elle essaierait de m’aider, vraiment, pour le ménage ou pour le reste. Il y avait dans son expression de l’obstination. Sûr qu’elle, elle aurait lutté. Elle aurait trouvé l’énergie vitale pour survivre, si un homme en blouse lui avait annoncé sa mort prochaine.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Elle est partie, sa démarche en décalage avec son âge, sa silhouette, les vêtements qu’elle portait. Après quelques mètres, elle s’est retournée, elle a ajouté à tout de suite. Elle m’a fait un signe de la main, puis elle s’est éloignée.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Maintenant, je l’attends.<br />
<span style="color: #ffffff;"> . </span></span></p>
<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d&#8217;un atelier d’écriture en ligne</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="http://droitdecites.org/2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p><em>/ vous pouvez connaître la <a href="http://droitdecites.org/2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici.</a></em></p>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 14 ans</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/12/13/18-lettres-a-ma-fille-lettre-des-14-ans/</link>
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		<pubDate>Sun, 13 Dec 2009 20:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
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		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 8</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/12/06/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-8/</link>
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		<pubDate>Sun, 06 Dec 2009 21:00:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des quatorze ans, en adressant votre texte avant dimanche 13 décembre à 19h.
. 
J’ai été égoïste. J’ai le droit, je vais mourir. J’ai écourté la lettre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em>si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des quatorze ans, en adressant votre texte avant dimanche 13 décembre à 19h</em><em>.</em></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">J’ai été égoïste. J’ai le droit, je vais mourir. J’ai écourté la lettre des 13 ans parce que j’ai eu envie de me replonger dans les musiques de l’année 87. Tout de suite. En parler à Béatrice n’a pas suffi. Envie d’entendre des variétés, comme si ça pouvait balayer la mort. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> J’ai été égoïste, mais j’ai compensé cet égoïsme en sacrifiant un cédé. Ajouter un cadeau à la lettre, c’était une bonne idée. Une idée d’anniversaire. Ce cédé, j’avais prévu de l’emmener avec moi à l’hôpital. Mourir en l’écoutant. Ça, c’était une idée à la con. Quand on meurt, on n’aspire qu’au silence. Satie, à la rigueur. Pas des variétés. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je dois avoir dans les veines un peu de vie, encore : l’idée que la musique me pèsera ne passe pas. Glisser le cédé dans la lettre, ça a été mon premier renoncement. Je n’entendrai plus les voix qui me faisaient rêver. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Dans la voiture, au moment des applaudissements, Béatrice battait des mains. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Je n’ai pas le temps pour cette nostalgie-là. Je veux réentendre les variétés de l’année 87. Tout de suite. Je m’accorde cette quête, j’y sacrifie la lettre des treize ans. J’y sacrifie le reste de mon après-midi, jusqu’au réveil de Béatrice. Ce n’est pas plus inutile que de collectionner des timbres. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Je ne me fais pas aux variations de mon humeur, aux effondrements du corps. Je ne m’y serai jamais fait. Après l’emballement de l’après-midi, les dernières heures de la journée sont éprouvantes. Béatrice court, me tend les bras. S’accroche à mes jambes en levant vers moi son front câlin et obstiné. Je ne peux plus te porter. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"><span id="more-2318"></span></span><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Elle se rend compte de mon état ; elle me facilite la tâche. Pendant le dernier change avant la nuit, elle ne pleure pas, ne s‘agite pas. J’ai oublié de prendre une couche à côté de moi. Je n’ai pas la force de porter Béatrice jusqu’au placard : je la laisse seule sur la table à langer, elle pourrait tomber. Des visions de son crâne en sang m’assaillent. Son expression stupéfaite. Quand je reviens, elle n’a pas bougé, elle me sourit. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> En la soulevant pour la déposer dans son lit, je gémis. Elle me regarde. Je l’embrasse, je quitte la chambre. Papa ! C’est la première fois qu’elle m’appelle papa. Je chiale comme un gamin derrière sa porte. Je voudrais que les douleurs dans mon cou, dans mon crâne, s’interrompent au moins le temps de ces pleurs. Mais non. Rien ne me distrait de cette poigne. Pas même le premier papa de ma fille. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Je vais doubler les doses de médicaments. Tant pis s’ils m’assomment, si je n’ai pas la force de tenir jusqu’à la fin. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Puis soudain, je m’écroule, derrière la porte de la chambre de Béatrice : mon coude cogne le sol, mon avant-bras se replie sous le torse, me meurtrit les côtes. J’entends ma fille gémir. La vaisselle n’est pas faite. Les couches sales traînent dans l’évier. Je ne bouge pas. Mes larmes vont marquer le parquet neuf. Le parquet qui apporte de la fraîcheur à ma tempe gauche. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Ils sont entrés pendant la nuit. Je les ai entendus forcer la serrure, rôder dans les pièces du bas. Leurs murmures désapprobateurs. Ils ont découvert la vaisselle, l’état crasseux des sols. Ils vont monter. Leurs pas anticipés résonnent déjà dans l’escalier. Je ne bouge pas. Si seulement j’étais mort, ils ne pourraient rien me dire. Ils viendraient, ils emmèneraient Béatrice, ils me jetteraient à la fosse, comme un chien. Un chien, c’est ça, couché contre la porte de sa fille, mais pas capable de la garder.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Crever avant qu’ils montent. Je cherche à localiser ma main, elle m’obéit encore. Je la plonge à travers mon torse, j’empoigne le cœur, je le serre, je le serre jusqu’à l’étouffer, la matière est spongieuse. Je ne réussis qu’à me faire hoqueter, vomir peut-être. Mes poumons brûlent. Un liquide chaud coule de ma bouche. Si seulement c’était du sang…  C’est plutôt de la bave, ou de la bile. Ils vont monter, et me trouver baveux, ou bileux, dégueulasse et pas même crevé, pas même cette pudeur-là. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">J’entends leurs voix. Je les distingue toutes. Ils sont là, ceux qui me jugent, ceux qui m’ont jugé, il n’en manque aucun. J’ai mal partout. Ils s’en foutent. Je me tords. Ils attendent que je crève, c’est pour ça qu’ils ne montent pas. Ils me laissent le temps de crever, quelques secondes. Je pourrais pousser la porte, ramper pour apercevoir Béatrice une dernière fois ; mais si elle voyait mon visage ? La bave ? La bile ? Son père. La dernière image de son père. J’essaie d’avancer vers l’escalier, pour m’y renverser, me fracasser le crâne marche après marche et m’effondrer à leurs pieds, enfin mort. Oui, c’est ça. Malgré la douleur, je rampe. Je tombe. Mon front explose. Ma colonne se brise. Je vois leurs pieds. Je ne suis toujours pas mort. Je me redresse, je suis à la hauteur de leurs genoux. De leurs ceintures. J’en reconnais, des ceintures. Je sais d’où elles viennent. Ce qu’elles dénoncent. Je pleure. Je tends une main, aucun d’eux ne s’en empare. Un pied shoote dans mon ventre. Je vomis. J’entends : et Béatrice ? Mes doigts se crispent. Une chaussure m’appuie sur la tête, écrase mon nez sur le carrelage chocolat : qu’as-tu fait de Béatrice ? C’est injuste, je ne peux pas répondre, la bouche collée au sol. Qu’est-ce que je répondrais ? Souviens-toi de la salle de bain ! Je voudrais leur jurer qu’elle n’est pas tombée. Ils n’entendent pas. Ils hurlent. Derrière leurs voix, je devine celle de Béatrice. Elle gémit, elle me défend. Il n’y a qu’elle qui vient à mon secours. Je me relève, je m’arrache à leurs mains qui me ralentissent. J’en ai plein le visage, je monte les marches à quatre pattes. Je me presse, même si je sais qu’elle n’est plus là. Ils me l’ont retirée… J’aperçois sa porte ouverte. Il n’y a plus d’espoir… Plus un bruit dans la maison… </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> A quatre pattes, Béatrice s’amuse à faire rouler vers elle, puis loin d’elle, puis vers elle, un lapin en bois que lui a offert son parrain, sans que la répétition du jeu ne semble jamais devoir la lasser. Depuis ma chaise, j’essaie de me concentrer sur autre chose que la douleur à l’arrière de mon crâne. Ma fille est calme, ce matin. Je n’ai pas à lui courir après.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Soudain, un éclat de soleil embrase la poussière autour d’elle.  Je lève les yeux vers la vitre, presque opaque à force de saleté. Il y a aussi la vaisselle, dans l’évier. A l’étage, les couches de Béatrice dans une poubelle que je n’ai pas eu la force de vider. Les cauchemars de la nuit refont surface. Je ne peux pas vivre dans cet environnement. Je ne peux pas y confiner ma fille. La maladie n’excuse pas ça. Même pour onze jours.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je me lève pour nettoyer, commencer au moins par la vaisselle dans l’évier. Tout de suite, je comprends que je n’y arriverai pas. Il faut renoncer à l’isolement des derniers jours. Près du téléphone, j’avais laissé un numéro, avant la maladie. S’il n’y est plus, j’appellerai Nathalie, je lui dirai de venir chercher sa fille. Je resterai seul dans l’attente de l’hôpital. La poussière ne sera pas un problème.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je ne sais pas ce que je préfère, trouver le numéro, ou ne pas le trouver.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je le trouve. Pourrais-je parler à Angélique ?  Angélique, c’est un joli prénom. C’est peut-être ce qui m’a décidé à appeler, à appeler tout de suite. Le père d’Angélique la cherche, j’entends leurs voix dans une maison que je ne connais pas. Un père, sa fille. Une maison voisine de la nôtre, dans le village que nous avions choisi. Béatrice a cessé de jouer, elle me regarde. Elle n’a plus l’habitude de m’entendre communiquer avec des adultes. Elle attend, comme moi, qu’Angélique s’approche du téléphone, me dise si elle est disponible. Quand elle est disponible.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Aujourd’hui ? Non ! Je ne contrôle pas ce non. Mais non, pas aujourd’hui. Demain, oui, à 14 heures. Non, non encore. Non, pas 14 heures. Plutôt à 11 heures. L’après-midi, je ne peux pas. A demain, donc. 11 heures.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je raccroche. Je suis en sueur. Je ne me souvenais pas que la vie était si compliquée.  Je n’ai pas indiqué à Angélique le nombre de pièces. Les tâches que j’attends d’elle. Je ne lui ai pas signalé où se trouvait la maison. Je ne lui ai pas parlé de Béatrice. Je ne lui ai pas précisé que l’embauche serait pour une très courte durée.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">J’explique à ma fille qu’une jeune femme va venir, demain, nettoyer la maison. Elle s’en fout, elle a repris son jeu. Le lapin en bois s’éloigne, s’approche, s’éloigne, s’approche, ses roues frottent le carrelage chocolat. Il est absurde que la vie s’interrompe alors qu’elle pourrait être bercée infiniment par le va-et-vient d’un lapin en bois sur des dalles chocolat.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Je suis assis à la table du salon. Une feuille posée devant moi. Rien ne vient. Le temps s’écoule, mon temps compté. Compté, mais qu’en faire ? Je m’ennuie. J’ai toujours attendu demain, après-demain, les prochains voyages, les prochaines vacances, le résultat des analyses ; je ne sais plus quoi attendre.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Demain, la maison sera propre. Une intruse aura troublé la solitude de nos derniers jours. Je prends l’enveloppe, j’indique : Béatrice, 14 ans. Rien ne s’accomplit. Des lettres, sur un morceau de papier. En 2017, Béatrice aura 14 ans.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je ne me sens pas capable d’écrire une lettre qui réponde à ce que je suppose de ses attentes. Juste les douleurs, et la paresse. L’ennui. Quand Béatrice est née, je n’ai rien ressenti. Je ne suis pas devenu son père. Quand je la regarde jouer,  je me demande ce qu’elle attend de moi. Ce que je peux être capable de lui apporter.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je la surveille, je la nourris, je l’habille : ça ne suffit pas à faire un père.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Des gens ont dit : il s’occupe bien de sa fille. Les mêmes avaient dit : il fait bien son travail, il réussit bien ses études, il a beaucoup d’amis, qu’est-ce qu’ils forment un beau couple. Je suis un imposteur. J’attendais qu’on me démasque, on ne m’a pas démasqué. Pas même Béatrice, qui me sourit comme si j’étais son père.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">La peur. Tout le temps. Qu’on ne me juge pas à la hauteur. Que ma fille ne m’aime pas. La mort au moins me soulagera de ces peurs. Béatrice ne se sera aperçu de rien.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Du temps a passé. Je n’ai pas bougé de la table.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Les derniers temps, vous pourrez être sujet à des épisodes dépressifs.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">La mort ne m’a pas choisi par hasard. Elle est venue mettre fin à la supercherie. Je mérite mon sort.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">La voix du médecin. La blancheur de sa blouse, une tache à peine perceptible sur sa manche : les miasmes d’un autre patient, du sang séché, de la vie qui s’accroche. La dépression m’a toujours guetté. La maladie l’a juste révélée. Je passe la main sur mes yeux. Le salon, les escaliers, le sommeil de Béatrice à l’étage, tout cela est impossible à appréhender. Tout ça qui continuera sans moi. Je manquerai à ma fille.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Ce sont vos propres cellules qui s’autodétruisent.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Il m’a jugé. Mes propres cellules. Je suis celui qui abandonne sa fille.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Certains patients résistent bien au-delà de l’envisageable, c’est peut-être lié à l’énergie vitale, la médecine ne peut pas tout. Dans mon cas, il n’y croyait pas. Il n’envisageait pas d’issue. Il dodelinait la tête et me fixait. Il traversait mon corps, ce corps qui consentait à sa propre destruction, qui l’avait appelée. Qui n’avait pas d’énergie vitale, ça sautait aux yeux, à ses yeux de praticien sûr de lui.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Je ne lutte pas. Je prépare mon retrait. J’écris des lettres à ma fille. Je hante les pièces de la maison que j’ai faite construire pour un avenir auquel je n’ai pas suffisamment cru. Pas d’énergie vitale. Dans neuf jours, l’hôpital. Une hâte. Je m’allongerai, on m’apportera des soins. On me lavera. Les contraintes auront cessé, l’obligation de se tenir debout, de rédiger des lettres, de jouer à celui que je ne suis pas.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Puis je me fais violence. Quelques mots. Après le premier, d’autres viendront. Ce sera mécanique, et imparfait. Des gens m’ont apprécié. J’implore ma fille de faire preuve du même aveuglement, ou de la même tolérance.<br />
</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<h2><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">&#8230;.</span></span><em><strong> Dans la lettre des 14 ans, le père revient sur ses enthousiasmes d’adolescence, sur ses rêves de devenir un champion de tennis. Il confesse à sa fille qu’à la fin de sa vie il a souffert d’une forme de dépression.</strong></em></h2>
<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d&#8217;un atelier d’écriture en ligne</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="http://droitdecites.org/2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p><em>/ vous pouvez connaître la <a href="http://droitdecites.org/2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici.</a></em></p>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 13 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Dec 2009 20:00:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pas de lettres proposées par les internautes cette semaine.</p>
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		<item>
		<title>18 lettres à ma fille / chapitre 7</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/11/29/18-lettres-a-ma-fille-chapitre-7/</link>
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		<pubDate>Sun, 29 Nov 2009 21:20:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne 
/ proposé par Arnaud Friedmann.
/ vous pouvez connaître la règle du jeu ici, si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des treize ans, en adressant votre texte avant dimanche 6 décembre à 19h.
. 
Pour la première fois, j’ai menti à Béatrice. J’y repense en fermant l’enveloppe. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d’un atelier d’écriture en ligne </em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="../2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ vous pouvez connaître la <a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici, </a></em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/"><em></em></a><em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">si vous souhaitez participer et rédiger la lettre des treize ans, en adressant votre texte avant dimanche 6 décembre à 19h</a></em><em><a href="../2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">.</a></em></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: lucida handwriting;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">.</span> </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium">Pour la première fois, j’ai menti à Béatrice. J’y repense en fermant l’enveloppe. J’ai menti en prétendant être certain qu’elle porterait un regard curieux et émerveillé sur le monde. J’ai menti, parce que je n’en sais rien. Si je ressuscitais dans douze ans, je ne la reconnaîtrais pas. Le regard qu’elle portera sur le monde, rien ne me prouve qu’il ne sera pas craintif. Ou triste. Ou sournois. Ou calculateur.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> J’ai menti parce que je sais qu’elle les lira, mes lettres. Elles contribueront à son éducation. Le poème des onze ans m’a ouvert les yeux, ces phrases sans sens sur lesquelles elle s’interrogera. Je n’ai pas le droit de faire ça. Mes lettres doivent lui insuffler de la confiance, des certitudes. Ce qu’un père offre. Je dois mentir et lui écrire : « je sais tu portes sur le monde un regard curieux et émerveillé », pour qu’en lisant cette phrase, son regard, s’il était craintif, ou triste, ou sournois, ou calculateur, devienne curieux et émerveillé. Si j’étais resté en vie, j’aurais fait ça : la complimenter. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Je me sens gêné en refermant la lettre des douze ans. J’ai dévié de la voie que je m’étais fixée. J’ai menti, je me suis fait père. Père : des colères et des velléités d’autorité qui font sourire les mères. Père : maladroit et pédant. Repu par l’idée qu’une phrase de lui influence son enfant. Des combats de père, des combats même quand le corps du père ahane dans l’escalier, dégage déjà des aigreurs d’outre-tombe. Père.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Je me sens gêné, mais la fatigue s’est allégée. Trotte l’idée que pour ses douze ans, j’ai été utile à Béatrice. Pas seulement le spectre auto-complaisant des premières lettres. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Elle dort encore. La lettre est finie, et ma fille dort encore. Je me rends à la cuisine, je fais chauffer de l’eau. Depuis combien de mois n’ai-je pas préparé un thé pour le seul plaisir de le boire ? Je sors sur la terrasse ; l’air est trop chaud, le soleil me harcèle. Je persiste. Je m’assieds. Je m’accoude à la table en tek que j’avais commandée juste avant les résultats de l’analyse.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"><span id="more-2316"></span><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> Voilà, c’est bientôt l’été. Béatrice dort. Les plantes du jardin se sont bien acclimatées. Le soleil rebondit sur les dalles. Je bois un thé, il est trop chaud. Est-ce qu’au-delà de cette minute, il existe une menace ? La peur s’est estompée. Aujourd’hui, c’est encore le printemps. Il n’y a plus d’avenir, pour moi, juste cette minute-là. Béatrice dort dans sa chambre. Pour la première fois, je ne ressens aucune urgence. Je vais mourir. Je vais mourir, mais mon ventre est au calme. C’est ça, peut-être : vivre me faisait peur. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"> C’est le printemps. Je suis sur ma terrasse. La tasse de thé à portée de main.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Calibri;font-size: medium"><span style="color: #ffffff">&#8230;.</span></span><em><strong>La lettre des 13 ans doit évoquer les musiques de l&#8217;année 1987 qui ont accompagné l&#8217;adolescence du père. Le père ajoute à la lettre un cédé en cadeau.</strong></em></p>
<p style="text-align: justify"><em>Ce texte participe d&#8217;un atelier d’écriture en ligne</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>/ proposé par <a href="http://droitdecites.org/2009/10/01/arnaud-friedmann/">Arnaud Friedmann</a>.</em></p>
<p><em>/ vous pouvez connaître la <a href="http://droitdecites.org/2009/10/02/18-lettres-a-ma-fille-un-atelier-darnaud-friedmann/">règle du jeu ici.</a></em></p>
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		<title>18 lettres à ma fille / lettre des 12 ans</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Nov 2009 21:10:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Friedmann</dc:creator>
				<category><![CDATA[18 lettres à ma fille, un atelier d'écriture en ligne / Arnaud Friedmann]]></category>

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		<description><![CDATA[12 ans.
 Béatrice,
 Il faut me pardonner la lettre de l’an passé. On t’aura expliqué que j’ai été malade, avant de m’en aller. Les mots que je t’ai écrits, l’an passé, ils me sont venus dans un rêve, l’après-midi du cinquième jour des dix-huit derniers que nous avons passés ensemble. Ne cherche pas à les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium">12 ans.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Béatrice,</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Il faut me pardonner la lettre de l’an passé. On t’aura expliqué que j’ai été malade, avant de m’en aller. Les mots que je t’ai écrits, l’an passé, ils me sont venus dans un rêve, l’après-midi du cinquième jour des dix-huit derniers que nous avons passés ensemble. Ne cherche pas à les comprendre, à leur trouver un sens.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Si je te les ai écrits, c’est parce que je n’ai pas voulu manquer à la promesse que je m’étais faite de m’adresser à toi chaque jour, pendant dix-huit jours. Je m’étais promis d’être présent à dix-huit de tes anniversaires. Le quatrième jour, ne sont venus que ces mots-là. Certains prétendront que je ne devrais pas t’écrire ce genre de choses. Que je n’aurais pas dû t’écrire ces mots de l’après-midi du quatrième jour. Je ne me souviens même pas de ce qu’ils sont. Je les ai oubliés au moment où je les couchais sur le papier. Mais je crois à ça, vois-tu : à ta capacité d’enfant à recevoir de son père ce qu’il a été en mesure de lui donner. Et à tes facultés d’enfant pour trouver à ces mots un sens que je n’aurais pas voulu, ou pas compris. Ce rêve en mots qui m’est venu dans le salon de la maison où tu dormais, j’ai voulu que tu le partages avec moi.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Tu sais, Béatrice, quand je me suis installé tout à l’heure pour t’écrire cette lettre, j’avais à côté de moi, au dessus de la pile, l’enveloppe où j’avais indiqué la veille : Béatrice, onze ans. J’ai résisté à l’ouvrir. L’écriture de l’adresse était quasiment illisible ; j’ai pensé que le contenu l’était peut-être aussi. Que j’avais entassé les lettres les unes au dessus des autres, comme en classe quand je m’endormais sur mes cahiers et que ma main continuait de gribouiller sur elle-même. Je ne l’ai pas ouverte, la lettre des onze ans. Je me suis attelé à celle des douze ans. Je t’ai fait cadeau, en conscience, de mon rêve du quatrième jour. Peut-être que les rêves ne se partagent pas ? Peut-être que onze ans, c’est trop jeune pour partager les rêves d’un papa de trente-trois ? Je n’ai pas la réponse à cette question, pas plus qu’à celle de la fin de l’univers quand j’avais neuf ans, mais au moins j’ai essayé.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Pour toi, une année a passé. Pour moi, un jour. J’aimerais, à l’heure où je t’écris, pouvoir monter dans ta chambre et poser sur ton visage celui qui tu auras quand tu découvriras cette lettre. J’aimerais savoir ce qui a fait rire ma fille, ce qui l’a émue, l’année de ses douze ans. Mon imagination n’est pas assez forte pour m’offrir une image de toi qui correspondra à la réalité, ou plutôt non, mon imagination est trop vive : elle m’offre mille visages d’adolescentes dont aucun ne correspond exactement au tien, mille idées de ce à quoi rêve une enfant de douze ans qui sont peut-être éloignées de tes rêves à toi.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'arial';font-size: medium"><span id="more-2990"></span><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Mais ce dont je suis certain, c’est de certaines attitudes qui étaient en germe dans ta première année et que tu as conservées ; ce dont je suis certain, c’est du regard curieux et émerveillé que tu portes sur le monde ; ce dont je suis certain, c’est que pour toi des changements s’annoncent, qui pourront te paraître difficiles à vivre.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium">Aussi, ce que je te recommande, c’est de profiter de l’âge que tu as, parce qu’il t’ouvre sur la vie, sur les autres. Vas vers eux avec confiance, et cultive en toi les richesses que tu sens, même celles que les autres te reprochent, comme je l’ai fait pour la lettre de tes onze ans. Certaines erreurs importent moins que des renoncements, quand elles sont dictées par l’envie de faire plaisir à l’autre.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Je t’écris, Béatrice, des paroles qui me semblent pesantes, je te présente des affirmations qui sonnent comme des certitudes alors que pour moi toute la vie n’a été qu’interrogations et difficultés à choisir, à trancher. C’est peut-être qu’à travers ces lettres, je deviens père en accéléré. C’est peut-être qu’avec le temps qui m’échappe, je n’ai plus le choix d’être nuancé, hésitant. Je te fais confiance pour ne pas t’accaparer mes phrases d’un seul bloc. Pour te les approprier, et les retraduire avec ta personnalité. Que je sais puissante.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Je t’embrasse, Béatrice</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: 'lucida handwriting';font-size: medium"> Ton père<br />
</span></p>
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