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	<title>Droit de Cités &#187; La poésie qui vient / Philippe Beck</title>
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		<title>Droit de Cités</title>
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		<item>
		<title>Marica Bodrozic / Poèmes</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 20:31:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160;
 DES ÉPINGLES DE SÛRETÉ DANS LE CŒUR
&#160;
là sur la membrane
où tes premiers arbres
effleurent l&#8217;air de l&#8217;été naissant
tu te retiens
là
à ces épingles de sûreté
même tes futurs dimanches
à toutes tes nouvelles adresses
tu explores l&#8217;étendue de la membrane
et par là même l&#8217;intérieur des choses
à chaque fois que tu trouves
tu gardes en mémoire
trouver c&#8217;est perdre
tu ne veux pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>DES ÉPINGLES DE SÛRETÉ DANS LE CŒUR</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>là sur la membrane</p>
<p>où tes premiers arbres</p>
<p>effleurent l&#8217;air de l&#8217;été naissant</p>
<p>tu te retiens</p>
<p>là</p>
<p>à ces épingles de sûreté</p>
<p>même tes futurs dimanches</p>
<p>à toutes tes nouvelles adresses</p>
<p>tu explores l&#8217;étendue de la membrane</p>
<p>et par là même l&#8217;intérieur des choses</p>
<p>à chaque fois que tu trouves</p>
<p>tu gardes en mémoire</p>
<p>trouver c&#8217;est perdre</p>
<p>tu ne veux pas te retenir à la lune</p>
<p>ni à quoi que ce soit</p>
<p>mais tu tiens aux autres</p>
<p>toujours</p>
<p>tu avais les arbres (on n&#8217;aurait su les compter)</p>
<p>tu avais les amandes (merveilles du palais)</p>
<p>les fraîches étaient les plus goûteuses</p>
<p>tu avais les figues (quatre variétés différentes)</p>
<p>tu avais (en fin de semaine)</p>
<p>les palmiers la mer le marché à Split</p>
<p>et tu avais les étés</p>
<p>tous les jours</p>
<p>illuminés</p>
<p>baignés de lumière d&#8217;août</p>
<p>des étés inscrits en toi</p>
<p>tu avais les bancs en bois</p>
<p>qu&#8217;avaient fabriqués les mains calleuses de Grand-père</p>
<p>tu avais Jésus</p>
<p>tu avais les papillons</p>
<p>oh</p>
<p>personne n&#8217;avait de si beaux papillons</p>
<p>oh</p>
<p>tu avais Jésus comme personne</p>
<p>tu avais le Saint fidèle</p>
<p>Antoine de Padoue (Roch aussi</p>
<p>Roch toi aussi tu étais toujours dans les parages)</p>
<p>tu avais l&#8217;encens</p>
<p>et trop de Dieu à chaque moment de ton enfance</p>
<p>tu avais les prières</p>
<p>une Bible</p>
<p>reliée d&#8217;or</p>
<p>personne ne la lisait</p>
<p>à part toi</p>
<p>tu avais les merveilles les nuages et les omelettes</p>
<p>tu avais cette prière imprégnée d&#8217;oxygène</p>
<p><em>Ave Maria gratia plena</em></p>
<p>tu avais la langueur</p>
<p>tu avais les cloches</p>
<p>tu avais l&#8217;air le feu l&#8217;eau et la terre</p>
<p>tu avais une route de gravier</p>
<p>(une charrette de paille et des chevaux aux gros yeux</p>
<p>tout un autre siècle de terre rouge)</p>
<p>après tu as eu l&#8217;asphalte</p>
<p>après</p>
<p>oui tu as eu l&#8217;après aussi</p>
<p>tout ce qui arrivait après</p>
<p>t&#8217;appartenait</p>
<p>tu avais des pins grands comme des vaisseaux spatiaux</p>
<p>tu avais des parents à Canberra</p>
<p>tu avais la vieille table en bois dans la cave de Grand-père</p>
<p>elle t&#8217;appartenait</p>
<p>y compris son tiroir plein de légendes</p>
<p>tu avais les vignobles</p>
<p>tu avais l&#8217;image de Grand-mère</p>
<p>tu t&#8217;es imaginé ses mains</p>
<p>sur la table en bois</p>
<p>le tiroir</p>
<p>l&#8217;épaule de ses enfants</p>
<p>tu avais les fleurs les champs</p>
<p>tu avais les pieds nus</p>
<p>tu connaissais la langue de la grâce</p>
<p>on t&#8217;a donné un nouveau nom</p>
<p>tu étais – ils t&#8217;appelaient – : sauvage</p>
<p>enfant du voisinage</p>
<p>ils venaient parfois et toujours à l&#8217;improviste</p>
<p>d&#8217;abord c&#8217;était toi qu&#8217;ils regardaient</p>
<p>puis la niche du chien étourdissante de puanteur</p>
<p>le chien était tout seul</p>
<p>les chats toujours par quatre</p>
<p>l&#8217;un d&#8217;eux sinon plus grimpait à toute vitesse</p>
<p>sur le poteau électrique</p>
<p>là ils jouaient à leur jeu de chats</p>
<p>perpétuellement</p>
<p>tu avais plaisir à regarder ce jeu</p>
<p>tu avais plaisir à écouter le silence</p>
<p>tu avais plaisir à entendre chanter les brindilles</p>
<p>tu avais l&#8217;été</p>
<p>comme d&#8217;autres ont un ami</p>
<p>tu avais tant</p>
<p>tu pouvais le prendre</p>
<p>dans son ensemble</p>
<p>tu aimais avec ton regard</p>
<p>tout</p>
<p>ce qui était là et sentait</p>
<p>tout</p>
<p>ce qui était là et appelait tes yeux</p>
<p>parce que c&#8217;était là</p>
<p>parce que c&#8217;était comme c&#8217;était</p>
<p>tu savais quelque chose</p>
<p>que les autres ne savaient pas</p>
<p>tu savais comment aimer avec les yeux</p>
<p>tu avais peur pour les petites fourmis</p>
<p>tu avais peur pour le vieux cheval</p>
<p>tu avais peur pour les jeunes peupliers</p>
<p>tu voulais aimer chaque être et chaque chose</p>
<p>tu avais toutes les raisons pour</p>
<p>il y avait beaucoup de choses autour de toi</p>
<p>beaucoup d&#8217;air</p>
<p>beaucoup de terre</p>
<p>beaucoup de feu</p>
<p>beaucoup d&#8217;eau</p>
<p>avant tout l&#8217;eau coulait en toi</p>
<p>tu as souvent pleuré</p>
<p>personne ne l&#8217;a vu</p>
<p>s&#8217;il leur arrivait de te croiser</p>
<p>les gens prenaient les traces de tes larmes</p>
<p>pour une félicité bucolique</p>
<p>à l&#8217;âge de quatre ans</p>
<p>tu savais déjà si bien mentir</p>
<p>tu savais déjà si bien te cacher</p>
<p>dans ce déguisement tu excellais toujours</p>
<p>derrière ton sourire guettait l&#8217;abîme</p>
<p>seule toi savais pourquoi tu pleurais</p>
<p>tu ne l&#8217;as dit à personne</p>
<p>toi qui pourtant savais</p>
<p>tu as préféré garder le silence</p>
<p>et y chercher un ami</p>
<p>tu ne voulais pas mentir</p>
<p>dans ton silence tu avais tant</p>
<p>il pouvait abriter le monde entier</p>
<p>tu avais toujours tout en abondance</p>
<p>tu avais tout</p>
<p>tu pouvais être satisfaite</p>
<p>tu ne l&#8217;es pas</p>
<p>seule toi sais</p>
<p>ce que veut dire beaucoup</p>
<p>seule toi sais</p>
<p>que beaucoup n&#8217;est rien sans les autres.</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p><span id="more-13521"></span></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>IL FAIT NUIT APRÈS MINUIT</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>tu penses aux chiens</p>
<p>au village amorphe</p>
<p>les gens étaient assis adossés aux murs</p>
<p>sous les arbres fruitiers</p>
<p>à l&#8217;abri des étés</p>
<p>les anciens appuyés à leur canne</p>
<p>les enfants penchés sur les plaies ouvertes</p>
<p>les uns avaient des trous dans la tête</p>
<p>les autres dans le cœur</p>
<p>tous s&#8217;y étaient habitués</p>
<p>c&#8217;était ça ton village</p>
<p>les chiens n&#8217;avaient pas de langue</p>
<p>ils n&#8217;aboyaient pas</p>
<p>des voleurs et des tueurs et des clients venaient</p>
<p>mais personne ne bronchait</p>
<p>le village reposait dans la plaine</p>
<p>il était joli vert et splendide</p>
<p>les cloches au loin</p>
<p>un air empli de douceur vespérale</p>
<p>idylle (avec tous ses effets secondaires)</p>
<p>herbe frémissante</p>
<p>enfants frémissants</p>
<p>le trou dans la tête et le trou dans le cœur</p>
<p>un chagrin bien rodé (anticorps du bonheur)</p>
<p>les anciens étaient assis adossés aux murs</p>
<p>comme si de rien n&#8217;était</p>
<p>(des trous dans les têtes et dans les cœurs –</p>
<p>depuis toujours ce ne sont que des images banales par ici)</p>
<p>comme si personne n&#8217;avait jamais pleuré</p>
<p>dans ce village tout est au présent</p>
<p>tous les jours ils ont l&#8217;air bon et beau</p>
<p>assis là comme des pacifistes</p>
<p>le soir ils s&#8217;en prennent aux chiens</p>
<p>à tous les chiens qui osent</p>
<p>se mettre à aboyer</p>
<p>pas un seul n&#8217;aboie deux fois</p>
<p>les villageois connaissent</p>
<p>la ruse des chiens</p>
<p>ils sont contagieux</p>
<p>avec leur aboiement savant et affamé</p>
<p>les chiens s&#8217;essaient à un nouvel idiome</p>
<p>(ils se fabriquent vite une syntaxe sans langue</p>
<p>exactement comme le font les enfants)</p>
<p>tous deux s&#8217;éveillent et s&#8217;endorment aspirinisés</p>
<p>se lient d&#8217;amitié avec leurs ennemis naturels</p>
<p>quand les chats miaulent</p>
<p>c&#8217;est l&#8217;éclosion de cruauté</p>
<p>les chats ne miaulent alors qu&#8217;une seule fois</p>
<p>parce qu&#8217;il y a des lois et des protecteurs de ces lois</p>
<p>qu&#8217;il faut somme toute appliquer</p>
<p>(les trous par exemple on les fait</p>
<p>ils n&#8217;apparaissent pas comme les choses dans la Bible</p>
<p>c&#8217;est un humain qui fait les trous)</p>
<p>c&#8217;est très simple et cela déroule ainsi :</p>
<p>en été une main prend des ciseaux et sectionne</p>
<p>la langue des chats</p>
<p>c&#8217;est la saison qui s&#8217;y prête le mieux</p>
<p>toute douleur est plus frappante en été</p>
<p>et s&#8217;ils se font mordre par les serpents rebondis</p>
<p>ils ne peuvent plus lécher le poison</p>
<p>les enfants se lient d&#8217;amitié avec les serpents</p>
<p>tout a l&#8217;air simple et léger et insouciant</p>
<p>question d&#8217;étés :</p>
<p>dans ce village les étés sont très longs.</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>J&#8217;AIMAIS LE TEMPS DES COINGS</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>dans le ventre de ma mère déjà</p>
<p>tout ce qui était beau et bon : des denrées rares</p>
<p>dans l&#8217;après-guerre du cœur</p>
<p>les couleurs et les odeurs</p>
<p>étaient ma première faim</p>
<p>mais ceux qui donnent la vie avaient prévu</p>
<p>autre chose que le jaune des fruits</p>
<p>pourtant les coings étaient là</p>
<p>parce que le Sud est plus fort que tout</p>
<p>leur odeur leurs promesses</p>
<p>se sont approchées de moi</p>
<p>la grande lisière solaire de jaune</p>
<p>dans les armoires le parfum</p>
<p>un bonheur jaune enfilé après l&#8217;autre</p>
<p>à ne pas manquer</p>
<p>moi ignorante au milieu</p>
<p>sans langue affamée assoiffée</p>
<p>(comment s&#8217;obtient le jaune ?)</p>
<p>balafré borgne le chien adoré</p>
<p>Blacky que nous surnommions Chio Chips</p>
<p>mon ami des jours d&#8217;enfance</p>
<p>du temps où j&#8217;étais discrète et muette</p>
<p>la cible</p>
<p>de toutes les phrases maternelles</p>
<p>rouges et sans virgule</p>
<p>le chien a été écrasé</p>
<p>un malheur des jours entiers</p>
<p>encore 30 ans après : chaudes coulent mes larmes</p>
<p>pour mon fidèle Blacky</p>
<p>regard désapprobateur de la mère</p>
<p>on ne pleure pas pour un animal</p>
<p>mes rectifications n&#8217;ont servi à rien</p>
<p>confusions</p>
<p>résultat : des lapsus</p>
<p>je ne pouvais penser qu&#8217;en sons</p>
<p>alors une gifle s&#8217;ensuivit</p>
<p>parce que j&#8217;avais aussi oublié le credo</p>
<p>la petite dernière condamnée à tout faire comme il faut</p>
<p>mes lapsus</p>
<p>mes confusions</p>
<p>mes rectifications</p>
<p>– m&#8217;ont été ôtés de la langue</p>
<p>d&#8217;abord ils m&#8217;ont coupé le frein lingual</p>
<p>avec les ciseaux de la mère conservés dans le tiroir</p>
<p>puis ils ont recousu avec du gros fil de laine</p>
<p>par mégarde c&#8217;est la langue tout entière qui fut recousue</p>
<p>et plus tard sciemment opérée</p>
<p>un malheur sans anesthésie</p>
<p>c&#8217;était ainsi quand j&#8217;étais petite</p>
<p>ils m&#8217;ont ôté du bout de la langue</p>
<p>tous les mots</p>
<p>qui paraissaient suspects aux inconnus</p>
<p>même les trous d&#8217;air</p>
<p>tout devait disparaître</p>
<p>ils ont fait chauffer une aiguille</p>
<p>juste sous mes yeux</p>
<p>le briquet du père était à portée de main</p>
<p>ils ont planté l&#8217;aiguille dans la partie supérieure</p>
<p>puis inférieure de ma langue</p>
<p>la parole s&#8217;est comprimée en moi</p>
<p>dans ma gorge ont jailli des routes faites de mots</p>
<p>et un désir compact de phrases</p>
<p>j&#8217;ai contemplé les marques dans le miroir</p>
<p>et plus tard la langue bravement recousue</p>
<p>plus tard lorsque ça ne saignait plus</p>
<p>c&#8217;était impressionnant</p>
<p>en observant avec attention</p>
<p>les marques formaient une constellation</p>
<p>qui se racontait à moi-même</p>
<p>ils étaient là :</p>
<p>mes caractères d&#8217;impression en toutes lettres</p>
<p>ma petite voie lactée primitive et privée</p>
<p>mais je n&#8217;ai révélé ceci à personne</p>
<p>marque après marque j&#8217;ai préservé mon souvenir</p>
<p>mon observatoire était le vieux miroir</p>
<p>dans lequel Grand-mère aussi s&#8217;était regardée</p>
<p>le miroir était un ami</p>
<p>je lui faisais confiance</p>
<p>j&#8217;y allais le plus souvent possible</p>
<p>même si le reflet m&#8217;effrayait</p>
<p>mon iris se dilatait</p>
<p>souvent je m&#8217;entraînais à cette rencontre</p>
<p>de plein gré je me plantais face au miroir</p>
<p>pour regarder ma voie lactée</p>
<p>montre-moi la voie lactée</p>
<p>disais-je à mon ami</p>
<p>il était aimable mais sans compromis</p>
<p>aucun détour possible</p>
<p>il fallait toujours que je me tire la langue</p>
<p>que je la tende au miroir</p>
<p>ainsi s&#8217;ouvrit le finale</p>
<p>les points se déchirèrent</p>
<p>face à l&#8217;observatoire savant</p>
<p>le frein lingual se libéra</p>
<p>je pus de nouveau formuler des choses</p>
<p>vengeance</p>
<p>réclamaient les maîtres des aiguilles</p>
<p>qui entendaient les choses autrement</p>
<p>ils ôtèrent le fil</p>
<p>dans leurs mots et leurs regards</p>
<p>les aiguilles étaient leurs plumes</p>
<p>parfois ils aimaient aussi s&#8217;en prendre à nos oreilles d&#8217;enfants</p>
<p>avec leurs outils éprouvés</p>
<p>(je n&#8217;étais pas la seule : mes frères et sœurs</p>
<p>furent opérés des yeux</p>
<p>bleu violacé : une opération quotidienne)</p>
<p>mes oreilles au moins ils les avaient oubliées</p>
<p>égard et savoir</p>
<p>que la voie lactée dans les cieux soit remerciée</p>
<p>ma langue était assez grande</p>
<p>tout un champ pour les maîtres des fils à coudre</p>
<p>ils ne se doutaient pas</p>
<p>que sans le savoir ils m&#8217;aidaient à croire</p>
<p>mère voie lactée je pouvais te faire confiance</p>
<p>le bout de mes doigts vivait sa propre vie</p>
<p>m&#8217;adressait des messages</p>
<p>il y avait mon témoin</p>
<p>le miroir que je savais chérir</p>
<p>un trésor lexical résidait caché en lui</p>
<p>des baromètres de mots s&#8217;enchaînaient</p>
<p>et m&#8217;aidaient dans la descente du fleuve</p>
<p>le long de la syntaxe</p>
<p>à tout porter et tout savoir d&#8217;un coup.</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p><em>Poèmes extraits de </em>Quittenstunden (<em>Otto Müller, Salzburg 2011)</em></p>
<p><em>traduits de l&#8217;allemand par Gaelle Guicheney</em></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>

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		<title>Serge Gavronsky / poèmes</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Jul 2011 08:31:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160;
&#160;
St. Marks-in-the Bowery
&#160;
Ecoute une répétition a lieu dans cet endroit des danseurs s&#8217;essouflent un faible piano nous accompagne tandis que Paul Blackburn ivre ne cesse de hurler ses troubadours en traduction une musique notre musée des souvenirs d&#8217;un temps largué et encore l&#8217;amour je vous le dis des morts des rappels d&#8217;autrefois dans ce cimetière [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;"><strong>St. Marks-in-the Bowery</strong></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>Ecoute une répétition a lieu dans cet endroit des danseurs s&#8217;essouflent un faible piano nous accompagne tandis que Paul Blackburn ivre ne cesse de hurler ses troubadours en traduction une musique notre musée des souvenirs d&#8217;un temps largué et encore l&#8217;amour je vous le dis des morts des rappels d&#8217;autrefois dans ce cimetière arcs-boutant où tout est aplati de l&#8217;autre côté de la rue des poèmes aériens cette fois-ci dans la pénombre de l&#8217;intraduisible d&#8217;ailleurs comme toutes lectures.</p>
<p>Trop de tout trop de guerre trop de poésie allons donc au coin manger les minuits des oeufs brouillés home fries ketchup café crème rye bread et cole slaw des tables pas encore nettoyées Humphrey Bogart Casablanca Dorothy Lamour qui vient  de débarquer de Vienne à poil rien sauf le rien qui nous tracasse un passé sans passé.</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;"><strong>Judson Church</strong></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>Dans ses &laquo;&nbsp;Mémoires d&#8217;un fou&nbsp;&raquo; Flaubert écrit : &nbsp;&raquo; une femme nue&#8230;un plum pudding &nbsp;&raquo;</p>
<p>est-ce la guerre et que ferions-nous sans elle la guerre la femme nue peut-être lire nos poèmes dans le petit café de Carole Bergé pas loin de l&#8217;endroit où un jour Allen constate le vol de son Underwood Peter au même moment se plantait près de la porte de ce sous-sol kaftan en main &laquo;&nbsp;vous ne pouvez sortir d&#8217;ici sans donner quelque chose aux poètes&nbsp;&raquo; je lisais cet après-midi avec Walter Lowenfels qui avait quitté l&#8217;Amérique au temps du fasciste McCarthy de retour pour assurer son hommage à Pablo Neruda il m&#8217;avait demandé de traduire un poète français totalement inconnu et m&#8217;a aussi demandé de lui passer un de mes poèmes à moi quelque chose que j&#8217;avais écrit en Corée ce que j&#8217;ai fait un poème politique un poème-poème j&#8217;y étais je le sais dans un lourd fichier dans les bureaux subtils de la FBI innocent j&#8217;assistais à une représentation du Living Theater d&#8217;une pièce de Brecht ou était-ce Racine Julien Beck en pantalon court par la suite sur le campus de Columbia en 1968 autre série de photos autres éléments versés dans mon fichier gentiment insérés les morts au Mexique les ratonnades sifflets d&#8217;attaque mais le parc these days goudronné les Polonais enterrés tant de boîtes pour les touristes Japonais en habit punk de longues éternellement longues limousines et tout cela à deux pas de Judson Church à deux sauts de l&#8217;ici.</p>
<p><span id="more-11817"></span></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;"><strong>Tompkins Park</strong></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>Côté nord des hôtels particuliers fin de la guerre civile et belle bibliothèque début 20e siècle des vieilles assises au soleil tricotent souvenirs cigarettes en main laine enroulée là la soupe à l&#8217;aile là les malted milks là du goulash bien relevé là des musiciens hongrois parfois un couple des joueurs de basket bicyclette à toute vitesse le parc des hommes autre époque évoquent le long voyage (interminable; sans nostalgie aucune) le vomi les valises ficelées Ellis Island plus loin la East River les HLM de Walter Reuther cours de tennis la promenade des familles endimanchées le samedi avanr les prières était-ce Ed Saunders et sa revue Fuck You a magazine of the Arts ça me manque aujourd&#8217;hui les Fugs ça me manque aujourd&#8217;hui les bistrots les antiquaires les lieux prédestinés des rencontres les poètes ivres au coin de la 8e rue</p>
<p>ne reste que la voix de l&#8217;intraduisible.</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;"><strong>L&#8217;avenue &laquo;&nbsp;C&nbsp;&raquo;</strong></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>Un poète écrivait &laquo;&nbsp;C&nbsp;&raquo; comme le Christ dans un calme noirci par une neige</p>
<p>momentanément perdue dans un sale quartier cela ne me semblait guère pour moi ou encore pour vous entendre dire cette avenue appartient aux petites gens vendeurs de cornichons de pastrai de choucroute près de l&#8217;école religieuse près d&#8217;un autre monde vérité impossible de translater.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Il était un petit navire&#8230;&nbsp;&raquo; au Luxembourg mon voilier par la suite le bateau à Lisbonne enfin l&#8217;avenue &laquo;&nbsp;C&nbsp;&raquo; comme il l&#8217;écrivait et là encore là la vie dans un univers autre que le mien capsule le malle que j&#8217;ai dans la tête l&#8217;armoire les parfums sordides les étiquettes le passeport il fallait remplir tant de formulaires et je ne parlais aucune langue.</p>
<p>De la fenêtre un immense bâtiment Les Frères Santini pour tous vos déménagements aux jeunes heures la nuit se déshabille et les voleurs se cachent près des voitures en taule en face du commissariat je les entends Up against the wall, motherfucker le bruit d&#8217;abeilles dans les champs ou plutôt dans un tableau de Lorrain ou d&#8217;un autre où se trouveraient de jeunes mariés.</p>
<p>Des mains se caressent d&#8217;autres fouillent un petit air survole le monde pour un instant je peux retrouver mon &laquo;&nbsp;petit navire qui n&#8217;avait ja jamais&#8230;&nbsp;&raquo; que dire du blouson déchiré à 2h du matin quand tout le monde est endormi sauf les ordures du quartier j&#8217;appelle le vendeur de fruit par ici par ici le monde est une pomme maltraduite des pépins mondes écrasés.</p>
<p>Une fumée bleuâtre des épices près des restaurants hindous indolents qui marchent le long de la 1ere avenue trotinettes le noir pendant l&#8217;éternité.</p>
<p>Pour un instant rien ne bouge ni le silence ni l&#8217;espoir mon voilier coule seul le mat transperce la surface de l&#8217;eau.</p>
<p>Ce sont des clochards qui nous réveillent l&#8217;odeur d&#8217;urine flâne dans le quartier la présence de l&#8217;urine.</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;"><strong>Lower East Side</strong></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>Entends-tu le gargouillement de ces langues étrangères des vieillards hurlent révolution tardive nuits blanches à St. Pétersbourg et toi que faisais-tu là lecteur des trottoirs hop-scotch et lambeaux de parfums sans mélancholie je te déteste fréquente un autre coin.</p>
<p>Vendeurs voleurs une pièce de Brecht estropié dans l&#8217;ensoleillé d&#8217;un New York que tu ne connais pas encore ou encore tu allais la deviner villes multiples brouillons sous-sol des gratte-ciels.</p>
<p>Hester street imparfaite conjuguée par les pains de seigle douce moutarde Dr. Pepper&#8217;s Celery Tonic dans ces tenements leurs escaliers délabrés extérieurs contre le feu contre le monde clos ou se recroquevillaient surtout l&#8217;été les portoricains.</p>
<p>As-tu jamais vécu le temps confisqué seul la musique les haut-parleurs tenus sur l&#8217;épaule</p>
<p>quel fracas dans la nuit.</p>
<p>Tout cela est mort et comme toutes choses ne reviennent.</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;"><strong>Là</strong></p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p>La cour au fond de la cour au fond encore une autre cour était-ce Dijon frigorifiée les rues inhabitées dans une drôle de couleur dans l&#8217;espace pas loin de l&#8217;arc près du cinoche des jeunes paumés des autobus s&#8217;apprêtent à retrouver la gare.</p>
<p>Au fond de la cour un tour de potier des bols des plats un tourne-disque Beethoven des mégots accumulés depuis des siècles tu les as vus ces grands posters Che Guevara salue du haut de ces murs décrépits on se croirait à La Havane ne manquaient qu&#8217;une petite musique de vieilles bagnoles et la mer toujours elle qui nous encadrait.</p>
<p>Il y avait dans ces temps éloignés une chanson contre la guerre on la sifflait dans l&#8217;autocar sur Washington une manif l&#8217;époque du Viet-nam ils chantonnaient des joints des rires des filles des poèmes à peine écrits un évènement le même interprété.</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:left;">&nbsp;</p>

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		<title>Toutes ces coutures, V / Elena Andreyev</title>
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		<pubDate>Sat, 30 Apr 2011 14:13:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

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		<description><![CDATA[.
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Traîté d’erreurs
Fâcheries en Garamond 
Macarons d’ivresse
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
.
..
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Carnaval d’absence
.

 
Cigarette sans lien
danseuse
Seul, ou très sirupeux
.
 Peu de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
</span></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-10943" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2011/04/P1030282_2.JPG" alt="P1030282_2" width="452" height="95" /></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.</span><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>Traîté d’erreurs</p>
<p><em>Fâcheries en Garamond </em></p>
<p>Macarons d’ivresse</p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.<br />
..</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.<br />
</span>Carnaval d’absence</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</strong></p>
<p><em> </em></p>
<p>Cigarette sans lien</p>
<p><em>danseuse</em></p>
<p>Seul, ou très sirupeux</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Peu de gaîté  reste</p>
<p><em>le grommelé</em></p>
<p>d’une vague peinte à flanc</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>voyez rouge,</p>
<p><em>aveuglée</em></p>
<p>projeté rouge élargi</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>vos vertus plastiques prennent enfin</p>
<p><em>juteuses </em></p>
<p>leur lumière</p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.<span id="more-10942"></span></span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span>Vous Elégant</strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>sali par vos dégoûts</p>
<p><em>cette moue</em></p>
<p>et réticences</p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>voie sombre</p>
<p><em>à flot – à plat </em></p>
<p>risque majeur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>plein pétard<strong> </strong></p>
<p><em>erreur système, ma fleur</em></p>
<p>son baiser<strong> </strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>change</p>
<p><em>térébenthine</em></p>
<p>plus on va vers l’est</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span>Fidèle &#8211; et à son odeur</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Première grande erreur</p>
<p><em>chaque centimètre chaleur</em></p>
<p>vous remettez vos gants</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Mon sentier s’en éloigne</p>
<p><em>couleur</em></p>
<p>et quelle poitrine</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Quand,</p>
<p><em>Vexée</em></p>
<p>c’est là malgré le froid</p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>Dételez-la </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Et ainsi de suite</p>
<p><em>ruisselante</em></p>
<p>à la deuxième</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span>Pas encore </strong><em>(Attente lyrique)</em><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>And however polished the microscope</p>
<p><em>New, clear, &amp; self – inventing.</em></p>
<p>Elancée</p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Popeline, serge ou tricotin</em></p>
<p>De ses langueurs étrangères</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Note érudite</p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Bancs secs des oreilles de connaissance</em></p>
<p>Rédemption-cadre dans votre ciel bordé</p>
<p><em>Trois leçons pour mieux y voyager</em></p>
<p>D’extases égales</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Et dans le traité</p>
<p><em>quelle crainte</em></p>
<p>Quelle note pour fulgurance</p>
<p><em>pour stupeur</em></p>
<p>Erreur beauté</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Loyauté plus  encore</p>
<p><em>Bouffie de ces fautes</em></p>
<p>Un i</p>
<p><em>Ravalé </em></p>
<p>Plongeant et sérieux</p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Plus singulier</p>
<p><em>Grand ordinaire</em></p>
<p>Plus loin,</p>
<p><em>Calme et droit</em></p>
<p>Toute mon école l’attendait déjà</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>

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		</item>
		<item>
		<title>Lai del ragionare lento / Lello Voce</title>
		<link>http://droitdecites.org/2011/04/06/lai-del-ragionare-lento-lello-voce/</link>
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		<pubDate>Wed, 06 Apr 2011 10:20:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actuellement]]></category>
		<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=10739</guid>
		<description><![CDATA[ .Traduction Lella Le Pillouër  

T.T
Lai del ragionare lento
.
.
Ainsi ça ne va pas, ça ne va pas, je te le dis, ça ne va pas : comme une supernova
explosée comme un astre essoré de frais comme ta bouche tendue et lasse
accélérée comme particule maintenant je ne sais plus même s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une étoile ou [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong><em><span style="color: #ffffff"><span style="color: #000000"><span style="color: #ffffff">.</span>Traduction Lella Le Pillouër </span></span></em><strong><span style="color: #ffffff"> </span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"><br />
T.T<br />
</span>Lai del ragionare lento</strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span><span style="color: #ffffff"><br />
.</span></p>
<p>Ainsi ça ne va pas, ça ne va pas, je te le dis, ça ne va pas : comme une supernova</p>
<p>explosée comme un astre essoré de frais comme ta bouche tendue et lasse</p>
<p>accélérée comme particule maintenant je ne sais plus même s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une étoile ou plutôt</p>
<p>d&#8217;une paillette collée au regard un éclat de diamant qui perce tes pupilles ou</p>
<p>un désir de lumière qui papillonne à l’horizon d&#8217;un ultime outre-monde voyage</p>
<p>condamnation qui nous damne crème aigre gavant le mot qui déjà nous étrangle</p>
<p>car ça ne va pas, ça ne va pas, ça ne va pas : ce n&#8217;est désormais qu&#8217;un trou noir de sentiments</p>
<p>et souffles amour domestiqué casanier comme en prison le tigre ou plutôt crois-tu</p>
<p>qu&#8217;on devrait démettre l&#8217;âme et rester là voir si à la fin il y aura le</p>
<p>prix le gros lot la croisière qui nous crucifie l&#8217;effort qui enfin nous plonge dans le</p>
<p>souvenir le partage d&#8217;un spectaculaire et scénarisable suicide synthèse ultime d’un savoir</p>
<p>de nous genre humain de nous genre éteint de nous humains engendrés usés concassés brisés</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>(si je te parle désormais je ne me parle plus, si je me parle désormais je ne te parle plus et si j&#8217;en parle crois-moi</p>
<p>c&#8217;est seulement parce que dans le souffle qui s&#8217;élide en pensées reste la nostalgie d&#8217;un hier)</p>
<p><span id="more-10739"></span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Ainsi ça ne dure pas, ça ne dure pas, ça ne dure pas, je vous dis que ça ne dure pas : ici on meurt de faim</p>
<p>et d&#8217;obésité de richesse et de pauvreté, on meurt de solitude et de rumeurs on meurt</p>
<p>au nom de Dieu pour se libérer de Dieu on meurt pour le seul plaisir de le faire et pour se sentir même</p>
<p>pour un seul instant Dieu et moi qui ici transpercé serre tout mon moi défait sur ma poitrine</p>
<p>je déchire le contrat et je tremble déjà en lançant le dé croyez-moi vous verrez qu&#8217;à la fin des fins</p>
<p>nous serons coupables malgré nous et il y aura d&#8217;inutiles fleuves de sang et d&#8217;encre des monstres</p>
<p>car ainsi ça ne dure pas, ça ne dure pas, non ça ne dure pas : il s&#8217;agira peut-être d&#8217;oiseaux ou d&#8217;un fourmillement d&#8217;insectes</p>
<p>ou des yeux fendus des bêtes fauves des êtres rampants entre les arbres et pas d&#8217;abris sûrs</p>
<p>non au contraire il y en aura des féroces aux mâchoires étroites et au cœur aride pour seriner nos</p>
<p>fautes nous mordant l&#8217;âme au jarret nous arrachant des confessions torturées par le privilège</p>
<p>dictant l&#8217;ultime florilège les affres ironiques qui d&#8217;un rot diront &laquo;&nbsp;point final&nbsp;&raquo; qui</p>
<p>du dernier détruit feront un monument de la plainte une grimace du sentiment éteint un tourment</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>(si je vous parle désormais je ne me parle plus, si je me parle désormais je ne vous parle plus et si j&#8217;en parle croyez-moi</p>
<p>c&#8217;est seulement parce que les mots sont le rythme de la rescousse insulte âcre autisme qui donne la secousse)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Ainsi ça finit mal, mal, mal : je lui dis qu&#8217;ainsi ça finit mal parce que désormais on n&#8217;y est plus</p>
<p>parce que ni les mots adaptés à l&#8217;effroi ni les instants d&#8217;amour ni l&#8217;envie de</p>
<p>vent parce qu’on vit de frayeur satisfaite d’obscurité à cinq étoiles de corps sans peau</p>
<p>de ciel sans étincelles de mâchoires serrées de masques clonés on vit dans l’ignominie et le faux et</p>
<p>le mal est une évidence une habitude c’est un lieu commun un habit de bure fruste sur le futur</p>
<p>un mur dur et obscur écu transaction d’émotion investissement relationnel sans sel</p>
<p>car ça finit mal, mal, mal : et n’est pas valable la combine de l’opulence ni celle déloyale</p>
<p>de la science pas valable le Dow Jones en escalade pas valable la conquête spatiale et pas même</p>
<p>l’émotion pour un tourment ni les entrailles immolées à l’éternelle surdité du ciel peut-être seulement</p>
<p>en arrachant le voile peut-être en creusant jusqu’aux racines du poirier et du chant commun de l&#8217;âpre poil</p>
<p>et du gastrique gonflé de gaz et de mensonges gonflé de mets et de bol et de chyme et grammes après grammes perdre</p>
<p>le profit jusqu’à le réduire à une existence mise en jeu un risque d’utopie un souffle long et une promesse</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>(si je lui parle désormais je ne me parle plus, si je me parle désormais je ne lui parle pas et si j’en parle crois-moi</p>
<p>c’est seulement parce que je hais dire je l’avais dit, parce qu’il n’y a pas de salut et de salut il n’y a pas je l’ai dit)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>un climat qui intime du monde qui applaudit soumis et s’incline c’est que celui qui devrait s’opposer pose</p>
<p>des questions et n’a pas de réponse c’est que personne n’a plus d’espoirs remisés mais seulement des actions et des bons</p>
<p>de la bonté en Bourse et des sentiments sous contrôle il y a que c’est une mal’aria tout humide de violence et</p>
<p>sans abris auxquels courir ni saints auxquels recourir il y a aussi que tes yeux désormais ne voient pas</p>
<p>combien aveugles sont devenus les miens usés de douleurs et d’heures presbytes des années et roués de dettes</p>
<p>car ainsi ça ne va pas ça ne dure pas ça finit mal : il n’y a plus de piment pas même à donner du tourment</p>
<p>seulement des tessons de verres des débris tranchants d’assiettes implacables comme des vocables goulots de bouteille des milliers et</p>
<p>milliers de mots et des mots et des mots des restes d’os sans morsure des torses d&#8217;hommes et de femmes et des jupes</p>
<p>vides de jambes des mains sans bras des pieds sans orteils seulement cette interminable parodie de vie</p>
<p>désagréable sans issue ce tronc d’existence n&#8217;opposant plus de résistance qui se rend mais</p>
<p>dès le lendemain regrette pense par vice par habitude qu’il est peut-être pensable croyable imaginable</p>
<p>qui racle le fond se nourrit de rebuts et d’échantillons et de songes et pendant ce temps avance avance comme une onde</p>
<p>comme un vent comme une ligne qui couvre du tissu des vers le corps nu de nous deux à découvert&#8230;</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em><strong>Voir la vidéo:</strong></em></p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=p9Ota3gYYCc">http://www.youtube.com/watch?v=p9Ota3gYYCc</a></p>
<p><span style="color: #ffffff">..</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><strong>Petite cuisine cannibale</strong></p>
<p><em>À  J.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></em></p>
<p>j’ai besoin d’une lente sente et d’une vie qui me mente</p>
<p>où l’on entende le son tombant de chaque sentiment j’ai besoin</p>
<p>de rêve abandonné d’étalonner le mensonge</p>
<p>de fuir les fers besoin d’atteinte et d’absinthe et de groin</p>
<p>j’ai besoin de chair de flair de mettre mat de fuir l’échec et mat</p>
<p>besoin d’yeux et du bout de mes doigts de langue de narines et de mitrailleuses</p>
<p>d’un gouffre sourd qui engloutit les jours de l’une des veines de tes racines</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>) arrache mes pupilles mastique-les avec tendresse  savoure le goût</p>
<p>amer du coup et la poudre que j’ai répandue sur les émotions coupe-moi</p>
<p>la langue et brûle-s-en la pointe afin que la fumée se fasse encens</p>
<p>afin de trouver un sens)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>si j’existe encore c’est pour te nourrir pour te ravir pour te fuir et pour te trahir</p>
<p>te clouer au tapis au crépi et te vouer au signe</p>
<p>ambigu qui nous sépare à l’air rare qui se tient entre nous et nous unit en</p>
<p>un souffle au reste de chacun de nos gestes si j’existe encore c’est pour te dire</p>
<p>je t’en prie continue de t’étonner pour te dire prends garde bonheur ne rime pas</p>
<p>avec cœur mais avec le grondement de la douleur avec les muscles déchirés que</p>
<p>tu caresses le soir avec l’unique chose vraie le sang versé qui donne le printemps</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>) écartèle-moi les jambes et détache-les du tronc démonte les genoux</p>
<p>vide-les de liquides et paroles sèche-les à la flamme calme du doute</p>
<p>enfonce-moi d’un coup sec et net la hache dans les fesses débite-moi</p>
<p>mets-moi en morceaux et dévore-moi)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>si j’existe encore c’est pour te dire de ne pas croire une seule parole d’affûter</p>
<p>ton regard comme couteau sur le cou de continuer à croire qu’</p>
<p>un dindon vole même au prix de rester seule même au prix d’être</p>
<p>celle qui dit la dernière parole si j’existe encore c’est pour l’acrobatie</p>
<p>qui jamais ne rassasie pour cette dernière caresse l’instant avant ce</p>
<p>souffle haletant qui me blesse c’est pour lécher tes mains avec tendresse</p>
<p>pour boire ta sueur te laver du malheur c’est par amour ou pour sa valeur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>) coupe-moi les oreilles avec soin et recouds-les aux coins des lèvres et les</p>
<p>paupières les bouts des doigts épingle-les sur la langue avec des virgules et</p>
<p>des points là où cela palpite là où la dent souffre et pulse en caillots de dignité</p>
<p>le rythme de la douleur l’accent de la liberté)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>j’ai besoin d’oublier le futur d’imaginer le passé j’ai besoin</p>
<p>d’un souffle chaud sur mon cou de menaces de chantages de violence d’une lance</p>
<p>empoisonnée besoin d’une durée unique lisse comme un miroir comme</p>
<p>la glace fendue par le fil des patins comme si c’était la faille d’une histoire</p>
<p>commune un sort une morsure de vie qui bat comme des lames et abat moi</p>
<p>j’ai besoin de peau et d’odorat mais toi regarde-moi sans me toucher et maintenant</p>
<p>dérobe-moi la vie avec adresse mon amour et puis éteins-moi avec tendresse</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span><em><strong></strong></em></p>
<p><em><strong>Voir la vidéo:</strong></em></p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=KAfCQ0UU_MI">http://www.youtube.com/watch?v=KAfCQ0UU_MI</a></p>
<p>(textes de Lello Voce, musique de Paolo Fresu et Frank Nemola)</p>
<p>Lello Voce &#8211; texte</p>
<p>Paolo Fresu – trompette</p>
<p>Frank Nemola – clavier électronique</p>
<p>Enregistré et mixé à Bologne – littleBird Street Studios &#8211; 2008</p>

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		<title>Silhouettes (2) / Norbert Czarny</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Feb 2011 16:53:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=10253</guid>
		<description><![CDATA[.
 .
Cow-boys et indiens
Je ne suis pas de ces enfants turbulents, indisciplinés, de ces enfants de campagne ou de province qu’on expédie en pensionnat faute d’avoir une école ou un lycée à proximité.
Je n’ai jamais aimé les colonies de vacances, les patronages, les groupes de scouts ou d’éclaireurs.
Je n’avais en somme jamais vécu en collectivité, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p align="center"><strong><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p align="center"><strong>Cow-boys et indiens</strong></p>
<p>Je ne suis pas de ces enfants turbulents, indisciplinés, de ces enfants de campagne ou de province qu’on expédie en pensionnat faute d’avoir une école ou un lycée à proximité.</p>
<p>Je n’ai jamais aimé les colonies de vacances, les patronages, les groupes de scouts ou d’éclaireurs.</p>
<p>Je n’avais en somme jamais vécu en collectivité, avec des garçons, avant le mois d’août 77. Et quand, on m’avait imposé de côtoyer beaucoup d’autres, lors de séjours en colonie de vacances, j’avais tout fait pour oublier où j’étais.</p>
<p>Mes camarades de promotion au 12<sup>ème</sup> R.A. sont souvent sortis d’un internat lorrain ou d’un lycée agricole breton, où ils venaient de terminer leurs études, pour se retrouver dans une chambrée de la 11<sup>ème</sup> section. Ils n’étaient pas dépaysés par les lits alignés, les polochons prêts pour l’assaut, les placards où l’on range les biscuits ou le saucisson. Ils se sont vite trouvés en caserne comme chez eux, puisque chez eux c’était n’importe où.</p>
<p>Nous avions la chance d’être dans l’un des internats les plus modernes de France. Les bâtiments ressemblaient à ceux d’un collège construit par le Conseil Général. Un seul étage regroupait toutes les recrues. Chaque chambrée contenait six lits mais une ouverture unissait deux chambres. On disposait d’une douche et de toilettes, de quatre lavabos. Le sol en lino n’exigeait pas un entretien long et difficile. Nous vivions dans le confort, loin de ce folklore 1900 que je craignais plus que tout, avec ses corvées de chiottes et son parquet récuré à la brosse à dents.</p>
<p>Beaucoup de mes co-pensionnaires étaient admiratifs. Dans l’établissement qu’ils avaient fréquenté à Nancy-Laxou ou à Vannes, on n’avait pas l’eau chaude au robinet.</p>
<p>Se sentant très vite dans leur élément, ils reprirent la conversation et les jeux, là où ils en étaient restés. La caserne prolongeait la classe de cinquième jusqu’à laquelle ils avaient régressé. La barbe de Claude Michel, la haute taille de Jean-Luc ne trompaient personne : on allait recommencer à jouer aux cow-boys et aux Indiens.</p>
<p><span id="more-10253"></span></p>
<p>Le chef Moll qui menait à bien notre instruction pensait plutôt à faire de nous des hommes. Il nous apprenait à marcher au pas, à exécuter toutes les manœuvres de l’ordre serré (savoir procéder au demi-tour droite, porter et reposer l’arme, chanter « la Madelon »). Quand nous manœuvrions en file indienne, c’était bien « bite à cul les gars, bite à cul ». Nous allions dans un champ en face de la caserne pour marauder comme Audie Murphy ou Errol Flynn dans les films de la Warner. Mais le chef Moll, qui tenait à ce que nous soyons des hommes accomplis nous donnait aussi des cours d’éducation sexuelle, et grâce à lui, l’attardé que j’étais a appris ce qu’étaient les ours ou le débarquement des Anglais.</p>
<p>Le chef Moll avait tout du baroudeur qu’il n’avait jamais été. Il aurait bien suivi Bigeard dans le djebel. Il avait mis le treillis à la rampouille, bouffant au-dessus d’un large ceinturon, et laçait ses rangers comme un commando.</p>
<p>Mais il était né trop tard, dans un monde trop vieux. Faire l’instruction à une bande d’intellos diplômés en août 77, quand on aurait voulu crapahuter dans les Aurès l’hiver 59, c’était tout son malheur. Moll s’ennuyait dans une caserne de luxe et pour oublier, il poussait quelques coups de gueule ou donnait des conseils de sage-femme aux bleubites qui portaient bien leur surnom.</p>
<p>Moll était un bon prof. Rétrospectivement, je peux le dire. J’ai rempli deux cahiers de cours qui en attesteraient encore si je ne les avais pas laissés dans mon tiroir de pupitre à la fin septembre. Plutôt que prof, directeur des études. Moll était entouré par une équipe d’instructeurs qui assuraient chacun un enseignement, selon un emploi du temps calqué sur celui des collèges. Le brigadier Gris, un grand échalas officiant d’ordinaire à la SNCF, Gare Saint – Lazare, s’occupait de l’ordre serré. Vallois se chargeait du secourisme et des codes militaires. Grâce à lui je peux me promener Boulevard Saint-Germain ou rue Saint-Dominique sans confondre un Lieutenant colonel et un chef d’escadron. Moll se chargeait du maniement d’armes et des lacets de Christian.</p>
<p>Les lacets de Christian, comme le boutonnage de son treillis et l’ajustement de son béret ont souvent mis le chef dans tous ses états. Mais comme les médecins militaires ont eu besoin de trois mois pour renvoyer chez lui ce garçon obèse qui respirait bruyamment, s’essoufflait au bout de vingt mètre et buvait son volume tous les soirs, le chef Moll a dû tout tolérer : les lacets défaits, le treillis boutonné de travers, le ceinturon tombant et le béret posé comme une crêpe. Sans parler des cuites lors desquelles Christian se perdait vers la Moder, et des cours de tir qui risquaient d’augmenter le pourcentage de pertes autorisé, si on laissait le MAS 49 entre les mains du presque réformé. Tous les matins Christian nous annonçait en effet sa réforme pour asthme, arythmie cardiaque, alcoolisme, astigmatisme ou autre motif. Le soir, il allait au foyer oublier la contrariété. Il ne rentrerait pas à Quimperlé le lendemain.</p>
<p>Avec des appelés comme Christian, le chef Moll a compris vingt ans avant le ministre de la défense, que le service national touchait à sa fin. Il aurait fallu demander au père du garçon de venir le chercher à l’entrée de la caserne dès le 10 août. (Contrairement à l’ensemble du contingent arrivé le 4 au matin, notre ami du Finistère était entré en retard au quartier Leclerc.)</p>
<p>J’imagine que grâce aux téléphones portables, les encasernés du 12<sup>ème</sup> R.A. pourraient aujourd’hui commander des pizzas à Haguenau ou Bischwiller, pour améliorer l’ordinaire. Le chef Moll est heureusement adjudant chef à la retraite et il s’occupe sans doute d&#8217;un centre du planning familial pour oublier cette misère. Auraient pu serait plus exact, puisque ce vieux régiment a été dissous quand le Ministère de la Défense a dû subir la politique d’austérité.</p>
<p>Si Moll était un brave homme, Doudain « se la jouait ». Grand, le cheveu blond rasé, il nous regardait à travers les larges verres de ses Ray Bans « jet – pilot », comme un tas de misérables et méprisables larves. Il considérait Christian comme la pire de toutes les larves, une larve génétiquement modifiée, et s’arrangeait pour que notre compagnon reste consigné dans sa chambre toute la journée.</p>
<p>Le « lieutenant » Doudain n’était qu’aspirant. Derrière le capitaine à peine visible, il commandait la 11<sup>ème</sup> batterie. Nous ne l’avions pas vu en août. A sa place, un aspirant humaniste nous parlait d’une armée qui ressemblait à celle d’Alain-Fournier ou du jeune capitaine De Gaulle. Ou bien encore, pour rester dans des références d’époque pas si éloignées alors, l’armée des capitaines portugais de la Révolution des œillets. (Sans l’Angola toutefois). L’aspirant Lopez endormait notre méfiance. Il était comme nous, un appelé. Doudain faisait tout pour oublier qu’il avait été civil.</p>
<p>Doudain marchait et on aurait cru qu’un miroir l’accompagnait en travelling latéral. Il gardait la nuque raide, imitait un Marlon Brando remarqué sur l’affiche de <em>Reflets dans un œil d’or</em>. S’il avait vu Eric Von Stroheim dans <em>La grande illusion</em>, Doudain se serait procuré une minerve, afin de se roidir encore plus.</p>
<p>Des rumeurs désagréables couraient sur lui. A l’époque, les nostalgiques de la croix gammée se comptaient ; il en aurait été. Il n’aimait pas les faibles, les malingres, les affublés de lunettes ; ceux qui rataient les obstacles au parcours du combattant l’exaspéraient. Il soupirait, les envoyait dans un coin pour ne plus les avoir dans son champ de vision.</p>
<p>Vers la fin des classes, nous avons eu droit à une longue marche dans les Vosges du Nord. Nous allions bivouaquer sur place avec rations, c’est-à-dire pâtes de fruit, corned-beef en boîte et fromage Grosjean. Mais surtout, connaître, pendant la nuit, une attaque du campement. L’épreuve du feu.</p>
<p>Je partageais une tente canadienne avec Bartolozzo, un instituteur mutique de Reims qui simulait l’autisme, ce qui le rendait à peu près aussi efficace en ordre serré que le volubile et glissant Christian.</p>
<p>Soudain un cri jaillit dans la nuit. Des rafales d’armes automatiques brisèrent le silence. Doudain hurla un « A moi la S1 ! » qui provoqua une agitation rigolarde. La S3 nous attaquait, on eut du mal à sortir des sacs de couchage ou à retrouver les rangers avant que les grenades n’explosent dans les canadiennes.</p>
<p>Le combat fut bientôt terminé. On entendit des gourdes s’entrechoquer, des fous rires inextinguibles. Doudain, seul vrai vaincu, errait dans le campement en désordre, se tenant la tête.</p>
<p>Quelques jours plus tard, au terme d’un défilé impressionnant conduit par le lieutenant à travers la rue principale de Niederschaeffolsheim, le contingent 77/08 reçut sa fourragère jaune et noire, en présence de l’Etat-Major du régiment au complet. Nos classes étaient terminées ; les choses sérieuses commençaient ; nous n’étions plus des bleubites.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p align="center"><strong>Faire du social.</strong></p>
<p>« Faire du social »… quand et dans quelle bouche ai-je entendu cette expression, avec les guillemets qui l’encadraient ?</p>
<p>Pour ce qui était du « social », le capitaine Robert, officier conseil du régiment était en première ligne. Il tenait aux cours du mercredi matin comme au cinéma du week-end, aux stages AFPA autant qu’à la bibliothèque. Il tenait surtout à ce que le bâtiment du foyer où nous travaillions soit une vitrine soignée du social. Nous devions nous tenir prêt pour ce faire et le capitaine ne lésinait pas sur les fournitures nécessaires : nous disposions en quantité de balais et de produit pour laver les carreaux. La cireuse électrique était « à dispo ».</p>
<p>Une fois par semaine, le capitaine s’absentait longuement de son bureau pour une réunion « là-haut », avec le Colonel. On se préparait semble-t-il, à toutes les éventualités. Le pire étant bien sûr une visite inopinée du chef du régiment, qui considérait nos bureaux comme aussi important que les hangars dans lesquels des appelés nettoyaient les canons en attendant les manœuvres.</p>
<p>Les bureaux étaient donc en ordre, la correspondance ne souffrait aucun retard, pas même avec le collectionneur de médailles d’Armentières qui demandait au gérant du foyer un porte stylo aux armes du 12<sup>ème</sup>.</p>
<p>Dès sept heures du matin, nous empruntions la cireuse électrique aux personnels du foyer, dont la mission, également supervisée par le capitaine Robert, était que les stocks de bière, soda, biscuits et cacahuètes salées soient régulièrement reconstitués. Le capitaine faisait quelquefois des inspections et, si nécessaire, n’hésitait pas à pousser un coup de gueule qui rappelait chacun à son devoir.</p>
<p>Le lino du long couloir reluisait et les rarissimes visites d’un officier de « là-haut » étaient précédées d’une deuxième tournée de cireuse, notamment dans les recoins qu’un chef aussi avisé ne manquerait pas de regarder. Une visite du colonel représentait pour Robert un danger plus menaçant que l’invasion de l’Armée rouge pour laquelle le sacrifice de quelques régiments stationnés de l’autre côté du Rhin suffirait amplement.</p>
<p>Un même souci de propreté régnait juste en face de ce bâtiment du foyer, dans la salle de cinéma. Dès le lundi matin une corvée de nettoyage balayait et lavait à grande eau le sol jonché de tickets, papiers divers, et parfois mégots et cendres de cigarettes.</p>
<p>Le cinéma était l’un de mes champs de manœuvre avec le bureau d’auxiliaire auprès de l’officier conseil, la salle de classe où je ne préparais personne au certificat d’étude et la bibliothèque où j’attendais en vain un lecteur.</p>
<p>J’ai projeté toutes sortes de films. Le catalogue dont nous disposions était riche. Je me rappelle <em>Parfum de femme</em> de Dino Risi, premier film que j’aie projeté. Le fusible du son avait été retiré par le collègue qui faisait office de projectionniste. Avant de partir en permission, il avait tenu à m’offrir ce bizutage sans conséquence. La salle était bondée, le titre laissait croire que des femmes dévêtues apparaîtraient. Au bout de dix minutes, cette version muette déplut et le public sortit dépité, sans toutefois demander le remboursement de ses deux francs.</p>
<p>Je n’ai pas eu davantage de succès avec <em>Je t’aime, je t’aime</em> d’Alain Resnais. Rares étaient au 12<sup>ème</sup> ou au 32<sup>ème</sup> R.A. les amateurs de cinéma Art et essai français. Et puis l’on voyait flou, que l’on soit myope ou pas, avec ou sans lunettes. Je n’avais pas bien compris comment se règle l’objectif.</p>
<p>L’effet a été voisin mais sans que j’y sois pour grand’ chose avec <em>Tendre cousine</em> de David Hamilton . Ce photographe très en vogue alors, racontait les amours plus ou moins saphiques de deux jeunes filles éthérées, parlant faux comme le voulait la mode de l’époque. mais apparemment, Hamilton n’avait pas trouvé le bon réglage de son objectif et la salle, d’abord appâtée par l’affiche et le thème, s’était rapidement vidée.</p>
<p>Nous n’avons pas connu que des échecs. Jamais pourtant nous n’avons refusé du monde. Il aurait suffi pour cela que le catalogue soit plus riche en « social ». Un bon film avec Brigitte Lahaye et Alban Ceray au mieux de leur forme aurait rempli les travées. Nous aurions dû doubler les séances. Certains auraient annulé leur permission… Mais voilà, le catalogue ne faisait pas dans le social.</p>
<p>Il m’est pourtant arrivé de projeter sur l’écran des images crues. Il s’agissait de diapositives sur lesquelles on voyait des verges boursouflées, purulentes, affligées d’herpès, de tâches blanchâtres ou rosées de toutes formes. Un médecin militaire commentait les vues avec rudesse, expliquait qu’il fallait prendre des « précautions », se laver à fond si nécessaire, et aviser celle qui aurait transmis la « chose » qu’elle aille se faire soigner. Ce qu’un capitaine en fin de carrière du régiment voisin avait résumé en « mettre une bonne claque à la grosse salope ». La synthèse avait convaincu son public de très jeunes appelés, des garçons qui évitaient de trop réfléchir.</p>
<p>Le défilement des diapositives était dissuasif. Et la salle s’est rapidement vidée, aussitôt que le médecin major a prononcé ses derniers mots. « Faire du social » aurait été bien nécessaire après une telle projection. Le virtuel effraie moins que le réel, surtout quand on se regarde des pieds à la tête et d’abord sous la ceinture.</p>
<p>J’ai souvent imaginé une salle entière, comparable à celles que montre Fellini, tandis que sur l’écran des dames romaines s’adonnent aux bacchanales. Des rangées de bidasses éblouis par les images se projettent soudain parmi les dames dénudées.</p>
<p>Des ruées des élans, j’en ai aussi montré. A un aréopage d’officiers venus des casernes environnantes pour voir l’Ennemi, par écran interposé. Les films de propagande soviétique que je projetais ce jour-là montraient des plaines à perte de vue. Des régiments de chars russes, est-allemands, polonais et bulgares traversaient soudain l’espace, d’est en ouest, tirant des coups de canon, creusant des trous, écrasant des buttes ou des haies, des arbustes. Les officiers observaient la Force que nous craignions tous. L’image de ce déferlement était impressionnante. Moins, à mon modeste avis, que celle d’une verge défigurée par le chancre de la syphilis, mais j’ai le point de vue d’un myope. L’ennemi soviétique me semblait loin</p>
<p>Quelques jours après cette projection, j’ai montré <em>La</em> <em>canonnière du Yang-Tsé</em>. Steve Mac Queen y jouait un marin menacé par les féroces boxers chinois. Mon public n’était pas celui des films de propagande soviétiques. Et personne n’a donc vu dans cette longue épopée fluviale une réponse à la brutalité et au sadisme asiates. Sans doute était-ce une erreur de communication du capitaine Robert. Il avait personnellement choisi ce film pour rendre le moral aux troupes. Mais il s’était trompé de public et les derniers sièges ont claqué avant que Mac Queen ne triomphe de l’ennemi oriental.</p>
<p>Nous n’avons donc pas mené la mission sociale à son terme. Seul le foyer n’a jamais désempli. Autour de quelques cartons remplis de bouteilles de bière, on se donnait des conseils pour décorer les quilles.</p>
<p>Cet objet à la forme sans équivoque laissait rêveur tous ceux qui pensaient à ce dernier jour qui viendrait. Ce jour-là, ils pourraient partir vite, comme d’une séance de cinéma trop ennuyeuse.</p>
<p>Jusque-là, il faudrait cajoler, caresser, enjoliver, le totem, qu’aucun chancre ne menaçait.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
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<p align="center"><strong>Sous le soleil de Canjuers</strong></p>
<p>Sous la tente popote, dans notre campement de Canjuers, Scall et Césaro, aussi inséparables que Laurel et Hardy, Méret et Daligault ou l’Auguste et le clown blanc, jouaient au monopoly. L’un natif de Ronchin, avait remporté l’avenue de Breteuil. L’autre originaire de Flines-lez-Raches possédait la rue de la Paix et une fois son hôtel construit, comptait bien ruiner son adversaire. D’autant qu’il possédait aussi les gares, et que son rival avait tiré un « Allez en prison » le privant d’un passage par la case départ et donc des 20 000 francs. Chose bien plus contrariante que quelques jours d’arrêts simples dans ce coin du Var où circulaient chars, véhicules tous terrains et autres jeeps, sous l’œil soucieux de quelques généraux et colonels.</p>
<p>Pour Scall et Césaro, la bataille faisait rage autour de l’immobilier parisien. Et nos deux gars du Nord n’étaient pas du genre à lâcher prise. Même la rue Lecourbe et le boulevard de Belleville pouvaient ruiner l’ennemi, pour peu que l’on y installe quelques immeubles.</p>
<p>Sur le terrain, d’après les échos que nous en avions, la lutte faisait également rage entre l’artillerie des bleus (les nôtres) et un régiment d’hélicoptères des rouges (les autres). Le capitaine Vilin, commandant la première batterie, se faisait du souci : sa promotion au grade de chef d’escadron se jouait en ce mois de juin sur ce plateau du Var.</p>
<p>L’après-midi s’écoulait donc, lorsque Scall s’avisa soudain que sur RTL, c’était l’heure du Hit parade des auditeurs. Où en était Michèle Torr ? est-ce que « Emmène-moi danser ce soir » était toujours n°1 ? Et « Discomotion » avait-il fait son entrée parmi les succès de la semaine ? Et à quelle place ? Et France Gall ? Son succès de l’été naissant, « Viens je t’emmène », était déjà comparable à celui de Voulzy avec « Rockollection » l’été précédent.</p>
<p>A l’époque, les seuls téléphones mobiles existants, étaient ceux, kaki, dont se servaient les soldats et officiers chargés des transmissions. On ne pouvait donc pas appeler l’animateur de la station parisienne pour donner sa voix à Michèle Torr. Scall et Césaro écoutaient religieusement leur chanteuse préférée. Parfois ils dansaient.</p>
<p>S’il existe une brasserie karaoké à Faches-Thumesnil ou à Wambrechies (d’où au fond sont peut-être originaires nos héros) je suis sûr que Scall interprète du Michèle Torr. « Souviens toi comme nous étions heureux quand nous dansions tous les deux… », sur fond de cornemuses.</p>
<p>Scall et Césaro n’étaient toutefois pas à Canjuers pour se lancer dans l’immobilier ou danser sur les airs de la quasi quadragénaire, affligée de chagrins multiples. Ces deux soldats de la 78/04, ainsi que Bignon, un première classe venu en octobre 77 du dixième arrondissement étaient sous mes ordres. J’étais brigadier chef chargé de la popote sous-off’.</p>
<p>Il était difficile de discuter avec Scall <em>ou</em> Césaro. On avait toujours les deux face à soi, et leur connivence semblait ancienne, précédant le mois d’avril 78 et la vie commune en Alsace. Sans doute s’étaient-ils connus dans les faubourgs de Douai ou Maubeuge. Scall, le plus petit, sec et blond, avait la voix de Saturnin le canard. Plus efflanqué, nez aquilin, Césaro ressemblait à un de ces vautours qui jouent souvent dans les Tex Avery. A l’entrée de la popote sous-off’, Scall précédait toujours Césaro qui, visiblement, lui obéissait.</p>
<p>Scall et Césaro auraient dû dresser le couvert et servir . Puis desservir et laver la vaisselle. Bignon travaillait quant à lui dans l’ombre et la solitude ; il s’occupait des vins. Non qu’il eût des compétences particulières en la matière. Dans le civil, il travaillait chez Joseph Gibert, au rayon papeterie. Il ignorait tout du Beaujolais et ne distinguait pas un Muscadet d’un Côte de Provence. Mais voilà, il avait le style. Cela même qui manquait cruellement à nos duettistes du Nord et qu’ils n’auraient jamais, quand bien même ils possèderaient le boulevard des Capucines et l’avenue Foch.</p>
<p>Scall et Césaro auraient donc dû accomplir les taches ingrates et basses. Mais comme c’était au brigadier-chef que j’étais, de les mener à la baguette pour que tout roule dans la popote, il n’en a rien été. J’ai bien menacé de confisquer le jeu de monopoly ou la radio, je sentais bien qu’à l’instar des jumeaux qui ont leur langage à eux, Scall et Césaro auraient trouvé un palliatif : la belote, la bataille ou la télévision.</p>
<p>Le camping ayant en effet ses limites, les tentes étaient fixées sur une chape de béton posée là depuis longtemps, et des prises de courant permettaient à chaque habitant de jouir du confort moderne. Cet été-là, le général Videla et sa junte avaient organisé en Argentine, l’événement : le Mundial de football.</p>
<p>Scall et Césaro préféraient les émissions de variété qui passent l’après-midi et cela tombait bien. A cette heure-là ils avaient l’autorisation d’un Maréchal des Logis Chef d’allumer le poste, moyennant quelques menus services. Ils le firent une ou deux fois, histoire de me montrer que mes menaces de confiscation ne les impressionnaient pas. Et Césaro, qui avait gardé l’âme enfantine me le signifia d’un geste rappelant le « Tralalère ! » des moins de cinq ans.</p>
<p>Une certaine improvisation a donc régné tout au long de notre séjour varois. Jusqu’à un certain point.</p>
<p>Pendant ces trois semaines en effet, les cohortes rouges ont essuyé le feu des bleus, qui, mieux organisés sur leurs bases défensives, ont finalement gagné la guerre. Tant et si bien que peu avant de rentrer en Alsace, notre Colonel a tenu à féliciter nos capitaines et qu’un pot a réuni l’élite du régiment dans la popote. Treillis impeccable, rangers cirées, fourragères à l’épaule, nous avons servi. Bignon, brillant et discret a fait passer les coupes de Champagne.</p>
<p>Dans l’autre hémisphère, le général Videla a en la joie de féliciter ses troupes qui ont battu les hordes orange au terme d’une finale sans grâce. Les Hollandais ont d’ailleurs refusé de serrer la main du dictateur qui voulait leur remettre la médaille du deuxième.</p>
<p>J’ai appris à Canjuers qu’une entrecôte se sert dans un plat chaud. Les sous-officiers réunis dans le campement tenaient à ce que ce rituel soit scrupuleusement respecté.</p>
<p>Scall et Césaro n’ont jamais terminé leur partie de monopoly, Scall évitait, par le hasard des dés, la ruineuse rue de la Paix, Césaro hypothéquait son boulevard des Capucines qu’il rachetait une fois renfloué.</p>
<p>Au Hit Parade de RTL, fin juin, Michèle Torr a été détrônée par le « Alexandrie Alexandra » de Claude François.</p>

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		<title>Charles Bernstein / Quatre Poèmes</title>
		<link>http://droitdecites.org/2011/02/03/charles-bernstein-quatre-poemes/</link>
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		<pubDate>Thu, 03 Feb 2011 17:20:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[.
 .
Traduits de l&#8217;américain par Abigaïl Lang
.
.


Solitude à Linden
&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;d’après Wallace Stevens
.
 La peur et la rumeur sont une.
Monuments de spectacle qui fichent tout en l’air 
Jusqu’à ce que le climat se fatigue des gens
Et que les gens se fatiguent de la danse.
Never, never, never plus.
.
La mesure de la ville sur fond de ciel qui refroidit
Combinant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><em>Traduits de l&#8217;américain par Abigaïl Lang</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong>Solitude</strong> <strong>à Linden</strong></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>d’après Wallace Stevens</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>La peur et la rumeur sont une.</p>
<p>Monuments de spectacle qui fichent tout en l’air<span style="text-decoration: line-through"> </span></p>
<p>Jusqu’à ce que le climat se fatigue des gens</p>
<p>Et que les gens se fatiguent de la danse.</p>
<p><em>Never, never, never</em> plus.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La mesure de la ville sur fond de ciel qui refroidit</p>
<p>Combinant six millions de mélodies</p>
<p>En un tout dépassant ce que les tons tatouent</p>
<p>Ou ce que leur mosaïque brouillée ne confisque</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Et si la fumée et l’espoir</p>
<p>Sont un ? Mon singe, de ’49</p>
<p>marche aussi silencieusement que ces chansons</p>
<p>Le long des cratères d’obscurité</p>
<p>Où les juifs font des choses de juifs</p>
<p>Que personne ne prétend comprendre</p>
<p>Ou bien sont-ils des pèlerins en cette nuit</p>
<p>Où la peur et la rumeur sont une ?</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span id="more-10048"></span>.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong>Une flamme dans ton cœur</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</strong></p>
<p>Aussi lent que Mathusalem et vieux comme</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>la mélasse, le temps passe mais jamais personne ne</p>
<p>fait rien pour y remédier — l’eau de Seltz</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>au club mardi tellement plus louche</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>que par le passé et le ouistiti géant</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>dans la chambre réclame davantage de biscuits et de lait</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>avant de s’effacer dans l’hernie fiscale de la mémoire.</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Autrefois tu venais vers moi dans une ombre</p>
<p>et je ne sais comment compter les années</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>depuis, puisque compter est la chose même que</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>j’apprends à ne pas faire. Ton bracelet</p>
<p>orne ton poignet comme un chevalier fervent</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>réclamant la clé de la cabane en ruine</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>sur les dunes. Un béguin répare ce que</p>
<p>Le bouc accapare— un océan de si près</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>et puis à nouveau, jusqu’à ce que tous les plis</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>se rassemblent dans le virage. Et nous nous rencontrons,</p>
<p>comme des acteurs dans une mini-série pour la télé,</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>au bout de la jetée dans une impasse ou</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>sur un vapeur ou sur une place pleine de monde dans</p>
<p>une ville d’Italie non identifiable qui se révèle</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>être Bayonne. Tu es dans la scène</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>finale et moi aussi mais nous ne nous reconnaissons</p>
<p>pas parce que nous sommes au-delà</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>de tout ça. Alors le signal retentit</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>d’une musique insupportable et nous nous évanouissons</p>
<p>dans le son, en nous-même comme illusions</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>comme n’importe quel brave zig qui désire</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>la finitude infinie : une simple balade dans la rue</p>
<p>de l’enclos imaginaire qui devient réel</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>lorsqu’on est deux.</p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
</span></span>Disons seulement</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</strong></p>
<p>Disons seulement que chaque fois que tu chutes tu ne heurtes pas le sol</p>
<p>Disons seulement que lorsque le jour finit la nuit refuse de tomber</p>
<p>Disons seulement que si tout le reste te trahit tu peux au moins compter là-dessus</p>
<p>Disons seulement qu’un tiens vaut mieux que deux choléras</p>
<p>Disons seulement que la pourpre ambroisie de ton désir le plus intime est le nectar d’un dieu qui ne juge jamais bon de passer</p>
<p>Disons seulement que si le hasard accorde les possibilités, la mélancolie diffère l’insomnie</p>
<p>Disons seulement que le sommeil est la face noire des rêves</p>
<p>Disons seulement que parfois une rose n’est qu’une fleur illisible</p>
<p>Disons seulement que chaque pas en avant est aussi un pas vers nulle part</p>
<p>Disons seulement qu’on ne peut étancher la soif de savoir qu’en apprenant à rester insatiable</p>
<p>Disons seulement que le vert ne fait jamais que réfléchir l’idée de vert</p>
<p>Disons seulement que je fais ma rencontre non pas dans le miroir mais dans le fumier</p>
<p>Disons seulement que chaque porte mène à une autre porte</p>
<p>Disons seulement que nous le pensons avant de le voir ou mieux que nous le voyons au moment où nous le pensons</p>
<p>Disons seulement qu’à deux pas est parfois un monde de là</p>
<p>Disons seulement que l’amour n’est ni fait ni à faire</p>
<p>Disons seulement que la fille est la mère de la femme</p>
<p>Disons seulement que sans désordre il ne peut y avoir d’harmonie</p>
<p>Disons seulement que le but n’est pas de gagner mais de ne pas trop perdre</p>
<p>Disons seulement qu’un couteau dans le dos vaut mieux qu’un couteau dans le cœur</p>
<p>Disons seulement qu’entre le sommeil et les rêves il y a la réalité derrière la réalité</p>
<p>Disons seulement que je suis très faible et que je veux prendre un bain</p>
<p>Disons seulement que la vérité se trouve quelque part entre nous</p>
<p>Disons seulement que le sommet d’une tour n’est pas un bon endroit pour se cacher</p>
<p>Disons seulement que l’espèce humaine souffre sa langue</p>
<p>Disons seulement qu’un oiseau ne peut pas toujours être en vol</p>
<p>Disons seulement que nous ne sommes pas loin de là où nous serions si nous avions vécu de meilleures vies</p>
<p>Disons seulement que drôlement triste aspire à devenir un oxymore</p>
<p>Disons seulement que si le soleil est un rocher en fusion dans l’espace alors la terre est un éclat filant depuis sa désignation</p>
<p>Disons seulement que l’on ne gagne pas grand chose quand on ne perd rien</p>
<p><em> </em></p>
<p>Disons seulement que le mensonge de l’esprit est l’éclairage de la perception</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong>La ballade de la mauviette </strong></p>
<p><em>pour Felix</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"><br />
</span></em></p>
<p>La vérité meurt sous un voile de pleurs</p>
<p>Les plaies des affligés durcissent de peur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Une démocratie jadis projetée</p>
<p>Est constamment rognée et souillée</p>
<p>Par des hommes aux desseins pervers</p>
<p>Qui préfèrent la haine au vers</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La complexité est un gros mot</p>
<p>Pour ceux qui comptent en avoirs ou en pas</p>
<p>Qui vilipendent les faits de Darwin</p>
<p>Pour adorer la vérité selon Sarah Palin</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La vérité meurt sous un voile de pleurs</p>
<p>Les plaies des affligés durcissent de peur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Des voyous venus de l’enfer ont saisi la liberté</p>
<p>Les riches s’enrichissent et les pauvres meurent tôt</p>
<p>&amp; le seul dieu à sanctionner ce fiasco</p>
<p>N’est en rien un dieu mais une rhétorique à la con</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Alors sois une mauviette</p>
<p>Conduis-toi en femmelette</p>
<p>chante une chanson de tapette</p>
<p>&amp; danse comme une mauviette</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La poésie ne gagnera pas la guerre contre la terreur</p>
<p>Mais pas davantage l’erreur encouragée par l’erreur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Nous les mauviettes nous ne craignons pas</p>
<p>L’incertitude, l’interdépendance ou la raison</p>
<p>Nous réfléchissons avant de nous battre, puis réfléchissons encore</p>
<p>Proclamant notre foi en l’écoute, en l’art et en l’accord</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Alors sois une mauviette</p>
<p>Conduis-toi en femmelette</p>
<p>Chante un air de tapette</p>
<p>&amp; danse comme une minette</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Les mauviettes ont tué le christ</p>
<p>À en croire le DVD de platine</p>
<p>Les juifs &amp; les noirs &amp; les gays</p>
<p>Demeurent une contrariété</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Nous regrettons d’avoir tué votre dieu</p>
<p>Il y a bien longtemps longtemps</p>
<p>Mais chaque soldat qui meurt en Irak</p>
<p>tue le dieu intérieur, ce dieu qui n’est toujours pas mort</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La vérité meurt sous un voile de pleurs</p>
<p>Les plaies des affligés durcissent de peur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Alors sois une mauviette</p>
<p>Conduis-toi en femmelette</p>
<p>Chante un air de tapette</p>
<p>&amp; danse comme une minette</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Des voyous venus de l’enfer ont saisi la liberté</p>
<p>Les riches s’enrichissent et les pauvres meurent tôt</p>
<p>&amp; le seul dieu à sanctionner ce fiasco</p>
<p>N’est en rien un dieu mais une rhétorique à la con</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Alors sois une mauviette</p>
<p>Conduis-toi en femmelette</p>
<p>chante un air de tapette</p>
<p>&amp; danse comme une minette</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La vérité meurt sous un voile de pleurs</p>
<p>Les plaies des affligés durcissent de peur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>

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		<item>
		<title>SHADOWTIME / Charles Bernstein</title>
		<link>http://droitdecites.org/2011/02/02/shadowtime-charles-bernstein/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2011/02/02/shadowtime-charles-bernstein/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 01 Feb 2011 23:34:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>
		<category><![CDATA[Sonore]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=9770</guid>
		<description><![CDATA[traduit de l&#8217;américain par Juliette Valéry
.


SHADOWTIME (TEMPS D&#8217;OMBRE)
Livret : Charles Bernstein
Musique : Brian Ferneyhough
Commande de la ville de Münich pour la MÜNCHENER BIENNALE
synopsis :http://epc.buffalo.edu/authors/bernstein/shadowtime/Synopsis-French.html
Scènes :
I. Anges nouveaux / Échecs passagers (Prologue)
Niveau 1 : Le conférencier
Niveau 2 : Radio (1940)
Niveau 3 : Temps de guerre (1940)
Niveau 4 : Temps de réflexion (Mémoire + Pensée) &#8211; Berlin, vers 1917
Niveau 5 : [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>traduit de l&#8217;américain par Juliette Valéry</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"><br />
</span></em></p>
<p><strong>SHADOWTIME (TEMPS D&#8217;OMBRE)</strong></p>
<p><strong>Livret : Charles Bernstein</strong></p>
<p><strong>Musique : Brian Ferneyhough</strong><br />
Commande de la ville de Münich pour la MÜNCHENER BIENNALE</p>
<p><em>synopsis :</em><a href="http://epc.buffalo.edu/authors/bernstein/shadowtime/Synopsis-French.html" target="_blank">http://epc.buffalo.edu/authors/bernstein/shadowtime/Synopsis-French.html</a></p>
<p><strong>Scènes :<br />
I. Anges nouveaux / Échecs passagers (Prologue)</strong><br />
Niveau 1 : Le conférencier<br />
Niveau 2 : Radio (1940)<br />
Niveau 3 : Temps de guerre (1940)<br />
Niveau 4 : Temps de réflexion (Mémoire + Pensée) &#8211; Berlin, vers 1917<br />
Niveau 5 : Cinq comptines pour Stefan Benjamin<br />
Niveau 6 : Temps rédempteur (Triple exposé)<br />
<strong>II. Les froissements d&#8217;ailes de Gabriel (instrumental) (Premier obstacle)<br />
III. Doctrine de la similarité (13 canons)</strong><br />
1. Amphibolies I (Marcher lentement)<br />
2. Soir de cendre<br />
3. Ne pouvons traverser<br />
4. Indissolubilité [<em>Motetus absconditus</em>]<br />
5. Amphibolies II (Midi)<br />
6. Dans la nuit (Mais même feu est lumineux)<br />
7. Parfois<br />
8. Anagrammatica<br />
9. eau tel tué<br />
10. <em>Schein</em><br />
11. Soirs de cendres<br />
12. Amphibolies III (Épines)<br />
13. Salut</p>
<p><span id="more-9770"></span><br />
<strong>IV. Opus contra naturam (Descente aux Enfers de Benjamin)</strong><br />
1. [sans titre]<br />
2. Katabasis<br />
<strong>V. Flaques d&#8217;obscurité (11 interrogatoires)</strong><br />
1. Trois bouches géantes<br />
2. Goule sans tête<br />
3. Figure à deux têtes de Karl Marx et Groucho Marx, avec Cerbère<br />
4. Pie XII<br />
5. Jeanne d&#8217;Arc<br />
6. Baal Shem Tov déguisé en vampire<br />
7. Adolf Hitler<br />
8. Albert Einstein<br />
9. Garde-frontière<br />
10. Quatre Furies<br />
11. Le Golem<br />
<strong>VI. Sept <em>tableaux vivants</em> représentant l&#8217;Ange de l&#8217;histoire en Mélancolie (Second obstacle)</strong><br />
1. Laurier l&#8217;œil<br />
2. Tensions<br />
3. Haschisch à Marseille<em><br />
4. D&#8217;après Heine</em><br />
5. Une vérité et demie<br />
6. Pas pouvoirs<br />
7. Madame Moiselle et M. Moiselle<br />
<strong>VII. Stèle pour un temps déchu (Solo pour Mélancolie en Ange de l&#8217;histoire)</strong><br />
[N.d.T. Comme indiqué dans les notes de l'auteur, ce livret est par endroits écrit suivant un certain nombre de contraintes formelles. La traduction respecte ces contraintes au mieux, forcée parfois de recourir à des compromis : il fallait souvent, en français, choisir entre le sens et la forme, tout en restituant une certaine musique. En accord avec l'auteur, j'ai choisi de privilégier le sens dans les cas où maintenir la forme à tout prix ne me paraissait mener qu'à des ersatz insatisfaisants, ou de maintenir la forme dans les cas où cela me paraissait s'imposer. Lorsque des textes sont cités dans les notes de Charles Bernstein, j'ai pris le parti de traduire d'après les versions anglaises qu'il avait choisies. Les Notes du Traducteur sont entre crochets.]</p>
<p><strong>I. Anges nouveaux / Échecs passagers (Prologue)</strong><br />
Scène : Sur la frontière française à l&#8217;hôtel Fonda de Francia, Port-Bou, Espagne<br />
Aux environs de minuit, 25 septembre 1940<br />
<strong>Niveau 1 : Le conférencier</strong><br />
Selon Aristote, le mot “aveugle” ne peut s&#8217;appliquer aux hommes, aux taupes et aux pierres dans le même sens exactement. Scheler soutient que la certitude pragmatique de notre propre mort résulte de l&#8217;observation que le grand âge limite les possibilités qui nous sont offertes et qui souvent convergent vers la limite d&#8217;une seule possibilité ou d&#8217;aucune. La compréhension de l&#8217;Être se révèle au cœur même du fondement de notre finitude. L&#8217;ontologie est un index de la finitude. Une fois saisie, la finitude de l&#8217;existence fait entrer le Dasein dans la simplicité de son destin.<br />
<strong>Niveau 2 : Radio (1940)</strong><br />
À l&#8217;arrière-plan / entrecoupées : bandes enregistrées retraitées / déformées émanant d&#8217;une radio (discours politiques allemands du moment, discours d&#8217;Ezra Pound à la radio, matériau radiophonique de WB)<br />
<strong>Niveau 3 : Temps de guerre (1940)</strong><br />
L&#8217;aubergiste<br />
Henny Gurland<br />
Le docteur<br />
Walter Benjamin<br />
<strong>L&#8217;aubergiste :</strong><br />
J&#8217;ai le regret de vous informer<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
mais je dois vous informer<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
vous comprendrez<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
c&#8217;est mon devoir de vous informer<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
que vos visas de transit<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
vos visas de transit<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
ne sont pas valides<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
vous ne pouvez pas voyager en Espagne.<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
Vous et les vôtres<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
vous devez retourner en France<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
vous retournerez en France<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
dans la matinée.<br />
<strong>Henny Gurland :</strong><br />
Notre projet est de poursuivre<br />
de poursuivre<br />
jusqu&#8217;à Lisbonne<br />
jusqu&#8217;à Lisbonne par le train<br />
et de là en avion<br />
en avion de Lisbonne<br />
jusqu&#8217;en Amérique.<br />
Nous continuerons<br />
jusqu&#8217;en Amérique.<br />
Nous ne souhaitons pas<br />
rester en Espagne<br />
ceci est pour nous<br />
un lieu de transit<br />
à partir duquel<br />
nous poursuivrons<br />
un lieu de transit<br />
à partir duquel<br />
nous poursuivrons<br />
poursuivrons<br />
jusqu&#8217;en Amérique.<br />
<strong>Walter Benjamin :</strong><br />
Le temps s&#8217;écoule.<br />
Les derniers grains<br />
tombent du sablier<br />
les uns puis un<br />
un puis les uns.<br />
Les grains tombent<br />
du sablier<br />
tout le temps dans le monde<br />
un par un<br />
compter les secondes<br />
une par une par une par une.<br />
<strong>Henny Gurland :</strong><br />
Nos papiers sont en règle.<br />
Vérifiez à nouveau s&#8217;il vous plaît.<br />
Nos papiers sont en règle.<br />
On nous a dit<br />
que ces visas de transit<br />
garantissaient un passage sûr.<br />
C&#8217;est ce qu&#8217;on nous a dit.<br />
C&#8217;est ce que nous avons compris.<br />
Un passage sûr à travers l&#8217;Espagne<br />
est tout ce que nous voulons.<br />
Nous avons marché si longtemps<br />
à travers les montagnes<br />
toute la journée<br />
à travers les montagnes.<br />
Tout ce que nous demandons c&#8217;est<br />
ce qu&#8217;on nous a dit.<br />
Seulement un passage sûr.<br />
Nous sommes en route<br />
pour l&#8217;Amérique.<br />
Les Américains<br />
ont dit<br />
que nous pourrions y aller.<br />
Nos papiers sont en règle.<br />
Vérifiez à nouveau s&#8217;il vous plaît.<br />
Tout ce que nous demandons c&#8217;est<br />
ce qu&#8217;on nous a dit.<br />
Pour l&#8217;Amérique<br />
nous sommes en route<br />
pour l&#8217;Amérique.<br />
<strong>WB :</strong><br />
Écoutez le compte qui s&#8217;épuise<br />
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10<br />
maintenant arrêtez et une fois de plus<br />
1, 3, 2, 4, 8, 5, 10, 6, 7, 9<br />
un autre arrêt, encore<br />
9, 6, 4, 5, 8, 3, 2, 7, 1, 10.<br />
<strong>L&#8217;aubergiste :</strong><br />
Nous sommes une nation de lois<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
et une nation de lois<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
ne fait pas d&#8217;exceptions.<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
Pas d&#8217;exceptions.<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
Les exceptions<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
bafouent<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
elles bafouent<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
ce que nous tenons<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
nous tenons<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
pour le plus sacré.<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
Je fais mon devoir<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
en observant les règles<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
de ma conscience<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
et de l&#8217;État.<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
Car cela<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
est ce que je tiens<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
pour le plus haut,<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
le plus sacré.<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
Je n&#8217;attends pas de vous<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
qui n&#8217;avez pas d&#8217;État<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
pas de pays qui soit le vôtre<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
que vous compreniez<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
que ceci est mon devoir<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
mon devoir sacré<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
envers Dieu et mon pays<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland.<br />
<strong>WB :</strong><br />
Aucune issue. Aucune<br />
route à poursuivre.<br />
Faites vos jeux<br />
faites vos jeux à présent.<br />
Placez vos jetons<br />
sur les espaces<br />
entre<br />
les numéros<br />
et la bille<br />
va pour sûr<br />
tomber<br />
d&#8217;un côté ou de l&#8217;autre.<br />
Faites vos jeux<br />
faites vos jeux à présent<br />
rouge ou noir<br />
faites vos jeux<br />
dans les espaces.<br />
Dernière chance.<br />
Aucune issue.<br />
Aucune route à<br />
poursuivre.<br />
Regardez à présent<br />
la bille roule<br />
tout autour<br />
tout autour.<br />
Aucune issue.<br />
Le gagnant<br />
celui qui survit<br />
pour raconter l&#8217;histoire.<br />
<strong>Henny Gurland :</strong><br />
Mais s&#8217;il vous plaît, ne pouvez-vous pas<br />
ne pouvez-vous pas<br />
ne pouvez-vous pas s&#8217;il vous plaît<br />
contacter le consulat américain.<br />
N&#8217;avez-vous<br />
aucune décence ?<br />
Le consulat américain nous aidera.<br />
Nos papiers sont en règle.<br />
Vérifiez encore s&#8217;il vous plaît.<br />
Nous avons un passage sûr.<br />
On nous a dit<br />
que ces visas de transit<br />
garantiraient un passage sûr.<br />
Ce qu&#8217;on nous a dit.<br />
Ce que nous avons compris.<br />
Aucune décence.<br />
N&#8217;avez-vous, aucune,<br />
aucune décence ?<br />
<strong>WB </strong>(comptant) :<br />
Chaque minute je compte<br />
tous les quatre nombres jusqu&#8217;à 360<br />
et puis à rebours jusqu&#8217;à zéro<br />
à rebours jusqu&#8217;à maintenant.<br />
Je compte pour perdre la notion de l&#8217;heure<br />
mais l&#8217;heure ne se perd jamais.<br />
Puis à rebours jusqu&#8217;à zéro<br />
à rebours jusqu&#8217;à maintenant.<br />
J&#8217;entends le tic-tac de l&#8217;horloge<br />
le tic-tac de l&#8217;horloge<br />
comme si j&#8217;étais<br />
de l&#8217;autre côté du temps<br />
à l&#8217;observer.<br />
<strong>L&#8217;aubergiste :</strong><br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
Je dois vous informer<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
vous comprendrez<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
c&#8217;est mon devoir de vous informer<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
nous avons appelé le consulat américain<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
mais ils n&#8217;interviendront pas.<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
c&#8217;est mon devoir de vous informer<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
même les Américains reconnaissent<br />
Frau Gurland, Herr Benjamin<br />
la règle de la loi<br />
Herr Benjamin, Frau Gurland<br />
comme base de la civilisation.<br />
<strong>Le docteur</strong> (écoute le rythme cardiaque : son d&#8217;un pouls erratique) :<br />
Le cœur de Señor Benjamin<br />
est faible<br />
le pouls irrégulier.<br />
<strong>Henny Gurland :</strong><br />
Pendant le voyage…<br />
le rythme de sa marche…<br />
nous allions durant dix minutes<br />
puis une d&#8217;arrêt…<br />
toute la journée nous poursuivions<br />
ainsi, dix minutes de progression,<br />
une minute d&#8217;arrêt<br />
nous allions<br />
ainsi<br />
une minute d&#8217;arrêt<br />
dix minutes de progression<br />
pendant le voyage<br />
toute la journée<br />
le rythme de sa marche<br />
nous poursuivions<br />
puis une d&#8217;arrêt<br />
ainsi<br />
le rythme<br />
dix minutes de progression<br />
pendant le voyage<br />
toute la journée<br />
ainsi<br />
nous poursuivions<br />
puis une d&#8217;arrêt<br />
une d&#8217;arrêt<br />
ainsi<br />
le rythme<br />
<strong>Le docteur :</strong><br />
Señor Benjamin doit se reposer ce soir.<br />
Je reviendrai demain contrôler son état de santé.<br />
J&#8217;ai fait tout mon possible jusqu&#8217;ici.<br />
Bonne nuit.<br />
<strong>WB :</strong><br />
L&#8217;avenir paraît certain<br />
certain<br />
de continuer<br />
sans nous<br />
L&#8217;avenir paraît certain<br />
de continuer<br />
continuer<br />
l&#8217;avenir paraît<br />
continuer<br />
sans nous<br />
l&#8217;avenir certain<br />
paraît certain<br />
d&#8217;aller<br />
sans nous.<strong><br />
Niveau 4 : Temps de réflexion (Mémoire + Pensée) &#8211; Berlin, vers 1917</strong><br />
Dora Kellner (plus tard Dora Benjamin)<br />
Le jeune Walter Benjamin<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
La pauvreté de la vie d&#8217;étudiant<br />
fabrique pour les riches<br />
un ordre de conformité<br />
qui met en danger même les morts.<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
Notre tâche est de libérer l&#8217;avenir<br />
de son existence déformée<br />
dans le ventre du présent.<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
Tu ne peux rien faire d&#8217;utile<br />
avant de découvrir tes propres impératifs<br />
les commandements qui feront<br />
les exigences suprêmes de ta vie.<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
C&#8217;est seulement par égard pour les désespérés<br />
qu&#8217;on nous a donné espoir.<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
Et sommes-nous les désespérés<br />
ou ceux à qui on a donné espoir ?<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
Il n&#8217;y a pas que les femmes<br />
qui se prostituent.<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
Soit tout le monde<br />
est prostitué<br />
soit personne.<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
Nous le sommes tous<br />
car nous sommes tous<br />
objets et sujets<br />
de culture.<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
Et Éros…<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
Éros est le dieu…<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
le plus hostile à la culture.<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
Mais même Éros peut être perverti.<br />
Même Éros peut servir la culture.<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
Et l&#8217;émotion ?<br />
Parle-moi de l&#8217;émotion.<br />
Comment elle augmente et serpente<br />
et vacille et décline,<br />
comment elle est là<br />
puis disparaît<br />
ou se transforme<br />
en ce qui n&#8217;avait jamais été là<br />
auparavant ?<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
Plus profondément<br />
l&#8217;émotion<br />
se comprend elle-même,<br />
plus<br />
elle est comprise<br />
comme une transition.<br />
L&#8217;émotion<br />
est la<br />
trace<br />
d&#8217;un<br />
moment<br />
dans le temps.<br />
Elle<br />
ne signifie<br />
jamais<br />
une<br />
fin.<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
Je serre fort<br />
mais ne trouve<br />
dans mes bras<br />
que<br />
le passé.<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
Les larmes qui remplissent tes yeux<br />
les privent du monde physique.<br />
Car ce qui apparaît aujourd&#8217;hui<br />
n&#8217;a jamais été avant<br />
et est déjà parti<br />
quand tu y réfléchis.<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
Il est tôt le matin…<br />
<strong>WB jeune :</strong><br />
et la mer gronde…<br />
<strong>Kellner :</strong><br />
de l&#8217;autre côté de la fenêtre.<br />
<strong>Niveau 5 : Cinq comptines pour Stefan Benjamin</strong><br />
Quatre enfants<br />
Sautez par-dessus les bâtons<br />
Sautez par-dessus les murs<br />
Mais mieux vaut être sûrs<br />
De ne pas vous briser les os<br />
En plein cafard<br />
Debout dans la mare<br />
Dites à vos mères<br />
De vous ramener à la maison<br />
Idiots que vous êtes, idiots que nous sommes<br />
Le chat a attrapé vos langues<br />
Ne me le reprochez pas<br />
Sens dessus dessous pas dessous dessus<br />
Notre voisin est dans la remise<br />
À boire du sang comme du gin<br />
Battez des ailes<br />
Contre les étoiles<br />
Vous tomberez quand même<br />
Qui que vous soyez<br />
<strong>Niveau 6 : Temps rédempteur (Triple exposé)</strong><br />
<span style="text-decoration: underline">Première partie</span><br />
Gershom Scholem<br />
WB<br />
<strong>WB :</strong><br />
Une caractéristique<br />
De l&#8217;écriture philosophique<br />
Est qu&#8217;elle doit<br />
Continuellement affronter des questions<br />
De représentation<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Il y a 49<br />
Couches de signification<br />
Dans chaque passage<br />
<em>Du Talmud</em><br />
<strong>WB :</strong><br />
Le langage en soi, c&#8217;est le texte<br />
Que nous interprétons<br />
Et qui nous interprète.<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Es-tu prêt à être le nouveau Rashi<br />
Élever le commentaire à de nouvelles hauteurs<br />
De manière que l&#8217;art de la critique<br />
Devienne un processus sacré<br />
Qui déclenche des étincelles à l&#8217;intérieur des mots ?<br />
<strong>WB :</strong><br />
La critique ne peut se limiter aux lettres<br />
Mais doit aussi affronter<br />
Ce qui anime les lettres<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Et comment pouvons-nous saisir<br />
Ce qui anime les lettres ?<br />
<strong>WB :</strong><br />
Il ne suffit jamais de saisir<br />
Il s&#8217;agit aussi d&#8217;être aux prises<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Veux-tu dire mettre en procès la divinité ?<br />
<strong>WB :</strong><br />
Je suis le plaignant<br />
Qui va mettre la divinité en procès<br />
Pour rupture de contrat.<br />
Car Dieu a promis un Messie<br />
Mais aucun Messie ne vient<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Ne vient à qui ?<br />
Qui peut dire<br />
Comment la présence du Messie<br />
Rayonne<br />
Ou comment elle est cachée ?<br />
<strong>WB :</strong><br />
Je parle du Messie dont le poète<br />
A le sens sans le nommer, que le peintre<br />
Ressent sans le voir, que le compositeur<br />
Entend sans le noter, que le philosophe<br />
Suppose sans le connaître<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Et par quelle cour le Divin peut-il être jugé ?<br />
<strong>WB :</strong><br />
Par la cour de la critique<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Et qui peut juger l&#8217;Indicible ?<br />
<strong>WB :</strong><br />
Seulement les vivants qui vivent dans son ombre<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Et quoi si les vivants refusent de déclarer coupable<br />
Ce qu&#8217;ils ont encore à connaître<br />
<strong>WB :</strong><br />
Si nous ne pouvons déclarer Dieu coupable<br />
Alors inculpons la bourgeoisie<br />
Car ils promettent une utopie<br />
Qui ne vient jamais, exploitant<br />
Chacun selon sa capacité<br />
À être exploité, faisant de la marchandise<br />
De tout ce qui aurait pu être<br />
Étincelles d&#8217;espoir.<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Métaphysique et matérialisme<br />
Sont les cartes dans ton jeu de bonneteau<br />
Et tu es le Roi Aventurier<br />
De l&#8217;Ambiguïté et de l&#8217;Obscurité<br />
Écumant les profits textuels<br />
Tirés des fragments que tu as fait briller<br />
<strong>WB :</strong><br />
Je sais que mes indécisions<br />
À double sens<br />
Fabriquent d&#8217;étranges connexions<br />
Je vais à fond dans une direction<br />
Puis arc-boute ma pensée<br />
Contre elle-même, un arc attendant<br />
À jamais sa flèche<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
L&#8217;auto-déception ne peut mener qu&#8217;au suicide<br />
<strong>WB :</strong><br />
Mieux vaut un mauvais révolutionnaire<br />
Qu&#8217;un bon bourgeois<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Cependant je perçois la méthode<br />
Qui refuse d&#8217;être contrainte<br />
Par tout ce qui diminue la pensée<br />
<strong>WB :</strong><br />
Une manière de penser<br />
Hors des cercles vicieux<br />
Qui nous enterrent vivants et nous rendent<br />
Sourds jusqu&#8217;à la mort même<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
C&#8217;est pourquoi nous chantons les lamentations.<br />
<strong>WB :</strong><br />
Mais comment le langage peut-il se réaliser<br />
Comme deuil ?<br />
<strong>Scholem :</strong><br />
Ce n&#8217;est pas l&#8217;expression extérieure<br />
Mais le processus interne<br />
<strong>WB :</strong><br />
Alors le deuil est une sorte d&#8217;écoute<br />
Où les morts chantent pour nous<br />
Et même les vivants disent leur histoire.<br />
·<br />
<span style="text-decoration: underline">Deuxième partie</span><br />
Hölderlin (qui apparaît aussi en pseudo-Benjamin et en Scardanelli)<br />
WB<br />
<strong>WB :</strong><br />
Dans le contexte d&#8217;une densité poétique<br />
Toute figure acquiert une identité<br />
<strong>Hölderlin :</strong><br />
Proche<br />
Et difficile à saisir<br />
<strong>WB :</strong><br />
L&#8217;impénétrabilité d&#8217;une relation résiste<br />
À tout mode de compréhension<br />
Autre que celui de la sensation<br />
<strong>Hölderlin :</strong><br />
Ton pied, ne marche-t-il pas<br />
Sur ce qui est vrai, comme sur des tapis ?<br />
<strong>WB :</strong><br />
Le poétisé, qui est identique à la vie -<br />
<strong>Hölderlin :</strong><br />
Tu es un cerf solitaire.<br />
Ta timidité est ta manière<br />
De pénétrer dans le monde.<br />
C&#8217;est là ton courage.<br />
<strong>WB :</strong><br />
Et après ? Qu&#8217;est-ce qui attend ?<br />
<strong>Hölderlin :</strong><br />
Rien n&#8217;attend<br />
Que l&#8217;espace immobile<br />
Entre les choses<br />
Auxquelles tu t&#8217;abandonnes<br />
Comme le chant<br />
<strong>WB :</strong><br />
La mort un voile<br />
Qui ouvre<br />
Sur un vide<br />
<strong>Hölderlin :</strong><br />
Dans lequel le divin<br />
Se rassemble<br />
<strong>WB :</strong><br />
Radieusement poreux<br />
<strong>Hölderlin :</strong><br />
Sacrément sobre<br />
<strong>WB :</strong><br />
Mais la beauté<br />
N&#8217;est jamais dans la levée<br />
D&#8217;un voile.<br />
Elle est le secret<br />
De son dépliement<br />
<strong>Hölderlin :</strong><br />
Les vivants -<br />
Beaucoup d&#8217;entre eux -<br />
Ne sont-ils pas connus de toi ?<br />
<strong>WB :</strong><br />
Ce qui est vivant<br />
Ne peut être perçu<br />
Qu&#8217;au moyen<br />
De ce qui ne l&#8217;est pas.<br />
Les morts parlent<br />
Mais seuls les vivants<br />
Les entendent.<br />
<strong>Hölderlin :</strong><br />
Retourner, prendre sa forme propre, rentrer chez soi -</p>
<p><em>Notes :<br />
Le texte du Niveau 1, pour le Conférencier, est de Brian Ferneyhough.</em></p>
<p><em>Les comptines pour enfants dans la cinquième strate sont dédiées au fils de Benjamin, Stefan (né en 1918). Dans la suite de dialogues de la sixième strate, Scardanelli est un personnage alternatif pour Hölderlin ; Hölderlin s&#8217;est servi de ce pseudonyme pour ses poèmes écrits dans la tour de Tübingen.</em></p>
<p><em>Source biographique : Walter Benjamin: A Biography par Momme Brodersen, traduit en anglais par Malcolm R. Green &amp; Ingrida Ligers (London: Verso, 1996).</em></p>
<p><strong>II. Les froissements d&#8217;ailes de Gabriel (instrumental)</strong></p>
<p><em>Notes :<br />
“Angelus Novus”  (“Ange nouveau”) est le titre d&#8217;un tableau de Paul Klee de 1910 acheté par Benjamin en 1921. Cette même année, Benjamin projeta d&#8217;utiliser le titre pour une revue qui ne vit jamais le jour. Cette image revient dans les Scènes VI et VII en tant qu&#8217;“Ange de l&#8217;Histoire”. Benjamin commente le tableau dans &laquo;&nbsp;Sur le concept d&#8217;histoire&nbsp;&raquo; :<br />
Mon aile est prête à battre<br />
mais je serais heureux de rentrer chez moi<br />
devrais-je rester jusqu&#8217;à la fin des temps<br />
que je serais toujours aussi désespéré<br />
- Gershom Scholem [d'après une traduction anglaise de Richard Sieburth, “Greetings from Angelus"]    Il existe un tableau de Klee intitulé Angelus Novus. Il représente un ange qui semble sur le point de s&#8217;éloigner de quelque chose qu&#8217;il contemple fixement. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C&#8217;est l&#8217;aspect que doit avoir l&#8217;ange de l&#8217;histoire. Son visage est tourné vers le passé. Où un enchaînement d&#8217;événements se présente à nous, il ne voit qu&#8217;une seule et unique catastrophe qui ne cesse d&#8217;empiler décombres sur décombres et les jette à ses pieds. L&#8217;ange voudrait rester, réveiller les morts et reconstituer ce qui a été désintégré. Mais une tempête souffle du paradis ; ses ailes y sont prises avec une telle violence que l&#8217;ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le propulse irrésistiblement vers l&#8217;avenir auquel il tourne le dos, tandis que la pile de débris devant lui grandit vers le ciel. Ce que nous appelons progrès est cette tempête.<br />
- extrait du texte de Walter Benjamin de 1940, &laquo;&nbsp;Sur le concept d&#8217;histoire&nbsp;&raquo;, Gesammelte Schriften (Frankfurt am Main: SuhrkampVerlag, 1974), I:691-704. [D'après la traduction de Harry Zohn, in Walter Benjamin, Selected Writings, Vol. 4: 1938-1940 (Cambridge: Harvard University Press, 2003), 392-93.] Le poème de Scholem sur la peinture de Klee a été écrit pour le vingt-neuvième anniversaire de Benjamin &#8211; le 15 juillet 1921. La traduction de Sieburth est tirée du livre Gershom Scholem, The Fullness of Time: Poems (Jerusalem: Ibis Editions, 2003).</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><strong>III. Doctrine de la similarité (13 canons)</strong></p>
<p><strong>1. Amphibolies I (Marcher lentement)</strong></p>
<p>Marcher lentement<br />
et sauter vite<br />
par-dessus<br />
les chemins dans<br />
les<br />
ronces. Les<br />
épines sont les points d&#8217;une<br />
carte<br />
qui t&#8217;attirent<br />
derrière les regards où les<br />
ombres sont plus<br />
denses à<br />
midi.</p>
<p><span style="color: #ffffff">·</span></p>
<p>Mentait sans mandat<br />
mais osait battre<br />
prétendu<br />
les châssis loin<br />
des<br />
fanges. Les<br />
badines sont les lois d&#8217;une<br />
faille<br />
réaliste<br />
rappel des remords sourds les<br />
larmes qu&#8217;on brûle<br />
dansaient<br />
vite.</p>
<p><span style="color: #ffffff">·</span></p>
<p>Rébellion maussade<br />
essor très fric<br />
parvenu<br />
plaie soudain cendre<br />
et<br />
errance. Les<br />
échines sont des liens lune<br />
calme<br />
(muscade)<br />
de fieffés renards à coller<br />
abandon bu<br />
prends ça<br />
fini.</p>
<p><strong>2. Soir de cendre</strong></p>
<p>Les feuilles s&#8217;assombrissent avant que les arbres soient frappés de lumière.</p>
<p><strong>3. Ne pouvons traverser</strong></p>
<p>Quand le changement dans l&#8217;air est passé<br />
Des bouffées de peur prennent le pas<br />
Pas besoin de consolation<br />
Juste un billet de retour</p>
<p><em>Ça fait si longtemps<br />
Les mots ne peuvent nous consoler<br />
Où il y a de la peine<br />
Nous ne pouvons pas traverser</em></p>
<p><em>Un chant monte<br />
Ne peut trouver le repos<br />
Nous ne pouvons pas traverser<br />
Donnez-nous les mots</em></p>
<p>Trop longtemps, c&#8217;était<br />
Et le bruit s&#8217;arrête<br />
Trop longtemps dans la peine<br />
Ne pouvons traverser</p>
<p><em>Un chant monte<br />
Ne peut trouver le repos<br />
Nous ne pouvons pas traverser<br />
Donnez-nous les mots</em></p>
<p>Connu un homme<br />
N&#8217;avait pas de langue<br />
Marchait dans le brouillard<br />
Jusqu&#8217;à la fin du brouillard</p>
<p><em>Ça fait si longtemps<br />
Les mots ne peuvent nous consoler<br />
Où il y a de la peine<br />
Nous ne pouvons pas traverser</em></p>
<p>Nos âmes ne sont pas à louer<br />
Notre perte n&#8217;est pas à vendre<br />
Nous construirons un palais de larmes et de sang<br />
Sur les terres de notre douleur qui dure</p>
<p><em>Ça fait si longtemps<br />
Les mots ne peuvent nous consoler<br />
Où il y a de la peine<br />
Nous ne pouvons pas traverser</em></p>
<p><em>Un chant monte<br />
Ne peut trouver le repos<br />
Nous ne pouvons pas traverser<br />
Donnez-nous les mots</em></p>
<p>Chant qui monte<br />
Ne trouve pas les mots<br />
Ne pouvons traverser<br />
Ne pouvons traverser</p>
<p><strong>4. Indissolubilité [<em>Motetus absconditus</em>]</strong></p>
<p>Il n&#8217;y a pas de solution à la question si la question devient la solution.<br />
Marcher longtemps réduit l&#8217;insolubilité évidente de tout mimétisme.<br />
Tandis que les réponses se présentent comme ceci ou cela<br />
Il ne s&#8217;ensuit pas que l&#8217;étape suivante est de dire les deux / et ou soit l&#8217;un / soit l&#8217;autre.<br />
Ne repense pas simplement le problème repense ce qui exclut la question.<br />
Ce n&#8217;est jamais simplement une affaire d&#8217;identification mais de récognition ou re-figuration.<br />
Ce n&#8217;est jamais simplement une affaire de récognition ou re-figuration mais de rédemption par résistance.</p>
<p>Empire de larmes dilution de l&#8217;affection seule la fiction divine l&#8217;incursion<br />
Trembler semblant de fuir la rétractile idée existante de mon doute oasis<br />
Torticolis repense ce présent homme de kitsch ou de catch<br />
Innocence oui pas squelette à psy tenté de vivre laideur et vouloir sans loi mordre<br />
Noir dense passe amplement le trouble elle me passe requiem luxe latex pion<br />
Renégat mais sans piment tue ma phrase d&#8217;infantilisation mes heures comme mission ou récupération<br />
Renégat né sans plaie manque une affreuse récupération ou infantilisation m&#8217;aide l&#8217;exemption par insistance.</p>
<p><strong>5. Amphibolies II (Midi)</strong></p>
<p>midi<br />
à denses<br />
plus sombres sont<br />
les où les regards derrière<br />
t&#8217;attirent qui<br />
carte<br />
d&#8217;un point les épines sont<br />
les ronces<br />
les<br />
dans les chemins<br />
par-dessus<br />
vite sauter et<br />
lentement marcher.</p>
<p><strong>6. Dans la nuit (Mais même feu est lumineux)</strong></p>
<p>Mais il fait froid toujours<br />
même avec le<br />
feu qui n&#8217;<br />
est jamais assez<br />
lumineux pour voir.</p>
<p><strong>7. Parfois</strong></p>
<p>Parfois<br />
tu brûles un livre car<br />
il fait froid<br />
et il faut du feu<br />
pour te réchauffer<br />
et<br />
parfois<br />
tu lis un<br />
livre pour la même raison.<br />
Non pas une théorie de la lecture<br />
il s&#8217;agit ici de survivre<br />
à un endroit particulier ou<br />
une époque particulière.<br />
Ce n&#8217;est pas<br />
parce que<br />
tu es trop fatigué d&#8217;apprendre<br />
mais ce que ça veut dire mourir<br />
à un moment particulier dans<br />
un espace particulier.</p>
<p><span style="color: #ffffff">·</span></p>
<p>tu es trop fatigué d&#8217;apprendre<br />
une époque particulière<br />
un espace particulier<br />
il fait froid<br />
il s&#8217;agit ici de survivre<br />
tu lis un<br />
à un endroit particulier ou<br />
non pas une théorie de la lecture<br />
mais ce que ça veut dire mourir<br />
et il faut du feu<br />
livre pour la même raison<br />
à un moment particulier dans<br />
Ce n&#8217;est pas<br />
pour te réchauffer<br />
parce que<br />
parfois<br />
tu brûles un livre car<br />
et<br />
parfois</p>
<p><strong>8. Anagrammatica</strong></p>
<p>Je suis un Juif de grange prêtée<br />
Un bijou résidu de menthe<br />
Un Juif de grange qui se fond<br />
Un Juif de location embaumé<br />
Un agneau juif en stage<br />
Juif manteau de cerveau<br />
Juif mental du cerveau<br />
Une gemme internée qui hurle<br />
Auberge Juifs Arabes confondus<br />
Juif qui pleure sa mère à l&#8217;intérieur<br />
Juif de lin rat de grange<br />
Alternative : Juif IBM<br />
Moi Juif bronzé couru libre<br />
Baume à l&#8217;intérieur des Juifs<br />
Juif Lénine boum rat<br />
Auberge du Juif larme de baume<br />
Juif de Berlin en son âme</p>
<p><strong>9. eau tel tué</strong></p>
<p>pût eau tel tué pût tel tué pût lie son mal bat tel<br />
les feu eau pré tel tué eut lui tel ève tel glu les<br />
psy tel feu sol tel toc tel tir œil tel eut lui tel<br />
ève toc eau pût eau mal bat pût tel non nie tel les<br />
œil agi tel les pût tel les pût pas tel pût ire non<br />
tel bat bec ire tel bat non bec ire tel eut air ire<br />
lui tel ève tel tué bat tir car ami bat car ami son<br />
est car ami son pop tic tel bon vif tel tir eau bon<br />
bah tel bah fat bec hop car ire lui tel tir eau bon<br />
pût eau son tir art son est les son est les ses car<br />
lux non nie tel gag tir les œil agi sub tel uni peu<br />
jeu fin eau foc tel tag las fat tel nos agi pas âme<br />
tel vol tel sub top tic fun tel non nie pop bon arc<br />
tel gai son bon tel les nos tel les fat tel las tel<br />
sis tel bah tic ire tic son tic tel les rat feu nie<br />
tel tué rut tel eau tag vit tic œil tel sol tel mur<br />
tel non tel eau ire tel tué son tel blé uni las uni<br />
tel hit tel sac lie air les son âme son car lux tel<br />
gît tel ami bob tel eau rab tel bah tel tué ami tel<br />
toc son vol tel sub top tic fun tel blé est eau tel<br />
eau gît air ire tel bah tel glu tel rab tel bob tel<br />
blé tel ire arc tel les fat ému tel les nos tué rut<br />
zen vue tel les bal las tel tôt tel fui car ode ses<br />
agi sis agi non une air lui tel ève lui tel lui ève<br />
lui ève lui ève big rat tel bah tel âme tué vue mal<br />
bat rab tel bob tel bon orb vol tel sol pas air lux</p>
<p><em><strong>10. Schein</strong></em></p>
<p>Pas de crime comme la<br />
flamme dans un espace entre<br />
flamme et blâme</p>
<p><span style="color: #ffffff">·</span></p>
<p>Aucune flamme comme la mienne entre sens et histoire. Pas d&#8217;espace<br />
comme la rime entre flamme et figure. Aucune rime comme le<br />
lien entre temps et mémoire.</p>
<p><strong>11. Soirs de cendres</strong></p>
<p>Les cieux s&#8217;assombrissent avant que les arbres soient frappés pleine lumière</p>
<p><strong>12. Amphibolies III (Épines)</strong></p>
<p>Midi<br />
dense à<br />
ombres sont plus<br />
derrière les regards où les<br />
qui t&#8217;attirent<br />
carte<br />
épines sont les points d&#8217;une<br />
ronce. Les<br />
les<br />
les chemins dans<br />
par-dessus<br />
et sauter vite<br />
marcher lentement.</p>
<p><strong>13. Salut</strong></p>
<p>Le blanc voile de notre âme (gage)<br />
Le blanc mal de notre voile (vole)<br />
L&#8217;âme blanche de notre mal (sale)</p>
<p><strong>Notes :</strong><br />
<em>13 Canons<br />
Le titre vient de “Die Lehre Von Ähnlichkeit” [en anglais “Doctrine of the Similar”, Doctrine du similaire], essai publié par Benjamin en 1933 qui est une source-clé de l&#8217;opéra. Le texte est basé sur des nombres premiers, tant dans le nombre de lignes par strophe que dans le nombre de mots par vers.<br />
1. “Amphibolies I (Marcher lentement)” (13) : 13 vers de 1, 2, 3 et 5 mots, suivis de deux séries de variantes.<br />
2. “Soir de cendres” : 11 mots ; la variante pour “feuille” est “cieux” ; la variante pour “de” est “pleine”. Dans la version chantée, les sections 2 et 11 sont identiques : “Les cieux s&#8217;assombrissent avant que les feuilles soient frappées de lumière”.<br />
3. “Ne pouvons traverser” (11) : 11 strophes.<br />
4. “Indissolubilité [Motetus Absconditus]” (7) : 2 strophes de 7 vers. La seconde est une transposition (traduction) homophonique de la première.<br />
5. “Amphibolies II (Midi)” (13) : 13 vers ; variantes de “Amphibolies I”.<br />
6. “Dans la nuit (Mais même feu est lumineux)” (5) : 5 vers de 3 et 5 mots.<br />
7. “Parfois” (19) : 19 vers de 1, 3, 5 et 7 mots, suivis d&#8217;une variante.<br />
8. “Anagrammatica” (17): 17 vers (anagrammes de walterbenjamin [dans la version originale]).<br />
9. “eau tel tué” (13) : 26 vers : 13 + 13. Traduction structurelle / homophonique de “Der und Die” d&#8217;Ernst Jandl. [Ici, pas de tentative d'homophonie en français mais un choix de mots de trois lettres au sens approchant.]<br />
10. “Schein” (3) : 3 vers composés d&#8217;un nombre premier de mots, suivis d&#8217;une variante.<br />
11. “Soirs de cendres” : 11 mots.<br />
12. “Amphibolies III (Épines)” (13) : 13 vers.<br />
13. “Salut” (3) : 3 vers, variations sur le dernier vers du poème de Mallarmé, “Salut” : “Le blanc souci de notre toile”. </em></p>
<p><strong> IV. Opus contra naturam (Descente aux Enfers de Benjamin)</strong></p>
<p><strong>1.</strong><br />
Les ombres des objets sur les parois de la caverne sont-elles elles-mêmes des objets ?<br />
Indécidable.</p>
<p>Les images lisent-elles les esprits ?<br />
Insuffisance sémantique.</p>
<p>Alors pour quand, maintenant pour quelque quoi ou autre.<br />
Donnée altérée.</p>
<p>Quelle est la racine cubique d&#8217;un contrefactuel ?<br />
Une amande.</p>
<p>Formes palimpsestes, Dos fêlés,<br />
Archives de l&#8217;antériorité, Codes vampiriques,<br />
Cloche, livre et bougie.<br />
Désormais indisponibles.</p>
<p><strong>2. Katabasis</strong></p>
<p>&#8230; de temps en temps à temps en temps &#8230;<br />
&#8230; en et hors de &#8230;<br />
&#8230; comme ainsi ainsi ainsi ainsi ainsi ainsi comme &#8230;<br />
&#8230; scellé ou secoué &#8230;<br />
&#8230; gifle ça &#8230;<br />
&#8230; ou ça t&#8217;effacera &#8230;<br />
&#8230; faites vos jeux entre les vides &#8230;<br />
&#8230; est-ce réel, ou est-ce recadré &#8230;?<br />
&#8230; enferme ça dans une boîte et cadre-le avec une tocante &#8230;<br />
&#8230; arrête ça ou ça te brisera &#8230;<br />
&#8230; empaille ça ou ça te piquera &#8230;<br />
&#8230; te tordra &#8230;<br />
&#8230; est-ce que ça fragmente ou est-ce moqueur &#8230;?<br />
&#8230; t&#8217;écorchera &#8230;<br />
&#8230; crève ça ou tu seras aspiré &#8230;<br />
&#8230; arrête ça &#8230;<br />
&#8230; te cognera &#8230;<br />
&#8230; hors de &#8230;<br />
&#8230; ou te taquera &#8230;<br />
&#8230; comme ainsi &#8230;<br />
&#8230; ainsi comme &#8230;<br />
&#8230; ainsi quand &#8230; entre &#8230; à côté &#8230; le long de &#8230;<br />
&#8230; toc toc qui est là ? ne demande pas ne dis pas qui sait &#8230;<br />
&#8230; la réponse vient sous la forme d&#8217;une question, un écho à l&#8217;intérieur d&#8217;une<br />
ombre emballée de cellophane &#8230;<br />
&#8230; en gros l&#8217;histoire est dite.</p>
<p><em>Le texte de la première partie est de Brian Ferneyhough</em></p>
<p><strong>V. Flaques d&#8217;obscurité (11 interrogatoires)</strong></p>
<p><strong>1. Trois bouches géantes</strong><br />
(Canon / Hétérophonie)</p>
<p><strong>BG</strong> : L&#8217;avenir est-il un souvenir projeté dans le temps ou est-ce le passé qui est l&#8217;ombre d&#8217;un avenir qui n&#8217;arrive jamais ?</p>
<p><strong>WB</strong> : L&#8217;avenir est la mémoire projetée dans le temps et le passé est la manière d&#8217;oublier de l&#8217;avenir.</p>
<p><strong>BG </strong>: Pourquoi l&#8217;avenir doit-il être déjà inscrit dans le passé ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Seulement quand le temps s&#8217;arrête, seulement quand les écailles nous tombent des yeux, seulement quand l&#8217;histoire est finie, seulement quand les récits cessent de raconter, seulement quand le soleil se lève et se couche au même moment, seulement quand rien revient à rien, seulement quand nous ne regardons plus les étoiles mais sommes les étoiles…</p>
<p><strong>BG </strong>: Pourquoi le passé ne passe-t-il jamais ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Le passé ne passe jamais mais nous lui passons par-dessus encore et toujours, en écoutant non pas ce qu&#8217;il dit mais les histoires creuses que nous racontons à son sujet.</p>
<p><strong>2. Goule sans tête</strong><br />
(Motet isorythmique)</p>
<p>Te réveilles-tu d&#8217;un rêve ou te réveilles-tu dans un rêve ? Es-tu en train de te souvenir de tes rêves ou de rêver que tu as des souvenirs ?</p>
<p>[Pas de réponse de WB]</p>
<p><strong>3. Figure à deux têtes de Karl Marx et Groucho Marx, avec Cerbère</strong><br />
(<em>Hoquetus</em> / Mélodrame)</p>
<p><strong>Les deux Marx (Karl)</strong> : Est-il possible d&#8217;oublier sans se souvenir que l&#8217;on a oublié ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Enfant je prenais les a pour des q et les d pour des f. Je cherchais les signes entre les lettres. Plus tard je suis allé à l&#8217;université mais les lettres étaient remplacées par des voyelles que je n&#8217;arrivais jamais à prononcer. J&#8217;ai fait mon chemin et mon chemin m&#8217;a fait.</p>
<p><strong>Les deux Marx (Groucho)</strong> : Est-il possible de se souvenir sans oublier ce dont on s&#8217;est souvenu ?</p>
<p><strong>WB </strong>: La neige tombe fraîche mais elle est toujours salie, cependant c&#8217;est au crépuscule que mes pensées s&#8217;interrompent.</p>
<p><strong>Les deux Marx (Groucho)</strong> : Dis le mot magique et gagne un tour gratuit à Alexanderplatz, dis la lettre magique et tout le monde redevient simplement ce que c&#8217;est. Un canard traversait la Strasse et le paon a dit Pourquoi un canard ? Pourquoi un lapin ? Pourquoi une pipe ? Pourquoi un carrousel ?</p>
<p><strong>Les deux Marx (Karl) </strong>: Combien faut-il de paroles pour faire une épopée ? Combien faut-il d&#8217;épopées pour casser un œuf ? Combien faut-il d&#8217;œufs pour aller de Gand à Aix ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Emmène-moi derrière le décor et je te montrerai une autre scène et une autre encore, mais le petit homme dans la machine n&#8217;est plus là car il est parti travailler.</p>
<p><span style="color: #ffffff">·</span></p>
<p><strong>Cerbère :</strong></p>
<p>Pourquoi un canard ?</p>
<p>Ne réponds pas si vite ou tout sera fini avant que tu aies pu dire <em>Juden frei, Juden frei, ne peux pas me voir !</em></p>
<p>Nicht voreilig antworten, sonst wird alles vorbei sein, ehe du &#8230; sagen<br />
kannst <em>Juden frei, Juden frei, ne peux pas me voir</em> !</p>
<p>Mehr Licht, oder ziehst du die Dunkelheit vor, mon petit kunst-maggot ?</p>
<p>Viens plus près, mais pas si près.</p>
<p><em>Viens tout près mais pas trop près.</em></p>
<p>Acércate pero no tanto.</p>
<p>Naeherertreten, aber nicht so nahe.</p>
<p><strong>4. Pie XII</strong><br />
(Madrigal dramatique <em>a due</em>)</p>
<p><strong>PXII </strong>: Pourquoi n&#8217;avez-vous pas pris un fusil pour les chasser hors de ce monde ?</p>
<p><strong>WB</strong> : J&#8217;ai toujours maintenu qu&#8217;un minimum de réflexion vaut mieux qu&#8217;une quantité infinie de réajustements ultérieurs.</p>
<p><strong>PXII</strong> : Pourquoi n&#8217;avez-vous pas essayé de frapper et tiré et sombré dans une flamme d&#8217;immolation transcendante ?</p>
<p><strong>WB </strong>: L&#8217;âme n&#8217;est pas l&#8217;endroit pour un match de football.</p>
<p><strong>PXII </strong>: Est-ce là la manière que Dieu a choisie de vous punir de vos péchés ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Même le chat qui dort hurle quand il a mal.</p>
<p><strong>5. Jeanne d&#8217;Arc</strong><br />
(Chorale palimpseste)</p>
<p><strong>Jeanne d&#8217;Arc</strong> : Si l&#8217;histoire ne dort jamais alors es-tu le démon de l&#8217;insomnie duquel nous sommes prisonniers pour toujours ? Pour toujours, est-ce une balle ou une… béquille ? En ne disant rien nous consignes-tu dans l&#8217;incertitude ou dans l&#8217;abjection ?</p>
<p><strong>WB</strong> : (<em>simultanément ou par-dessus</em>) Si l&#8217;histoire ne dort jamais alors es-tu le démon de l&#8217;insomnie duquel nous sommes prisonniers pour toujours ? Pour toujours, est-ce une balle ou une… béquille ? En ne disant rien nous consignes-tu dans l&#8217;incertitude ou dans l&#8217;abjection ?</p>
<p><strong>6. Baal Shem Tov déguisé en vampire</strong><br />
(Rébus)</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;allégorie vaut-elle mieux que le symbolisme ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : Le symbolisme vaut-il mieux que la reproduction ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST </strong>: La reproduction vaut-elle mieux que la tragédie ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Non</p>
<p><strong>BST </strong>: La tragédie vaut-elle mieux que l&#8217;inquiétude ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Non</p>
<p><strong>BST </strong>: L&#8217;inquiétude vaut-elle mieux que l&#8217;aversion ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;aversion vaut-elle mieux que l&#8217;engagement ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;engagement vaut-il mieux que le détachement ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : Le détachement vaut-il mieux que l&#8217;assimilation ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;assimilation vaut-elle mieux que l&#8217;éloignement ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;éloignement vaut-il mieux que l&#8217;allégorie ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;allégorie vaut-elle mieux que le symbolisme ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : Le symbolisme vaut-il mieux que la reproduction ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Non</p>
<p><strong>BST</strong> : La reproduction vaut-elle mieux que la tragédie ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Non</p>
<p><strong>BST </strong>: La tragédie vaut-elle mieux que l&#8217;inquiétude ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;inquiétude vaut-elle mieux que l&#8217;aversion ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;aversion vaut-elle mieux que l&#8217;engagement ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;engagement vaut-il mieux que le détachement ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : Le détachement vaut-il mieux que l&#8217;assimilation ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;assimilation vaut-elle mieux que l&#8217;éloignement ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p><strong>BST</strong> : L&#8217;éloignement vaut-il mieux que l&#8217;allégorie ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Non</p>
<p>(boucle : retour au début)</p>
<p><strong>7. Adolf Hitler</strong><br />
(Rondo)</p>
<p><strong>AH </strong>: Peux-tu aller nulle part ? Être aucun endroit ? Entrer dans rien ? Peux-tu tenir l&#8217;air ? Peux-tu être pétrifié par les seules transitions ? Peux-tu embrasser l&#8217;absence de but ? Incarner l&#8217;éther ? T&#8217;aimer toi-même sans trouver quelqu&#8217;un d&#8217;autre ? Peux-tu être sourd à la nécessité et insensible à la sobriété ? Errer et ne pas être seul ? Être seul et ne pas t&#8217;étonner ?</p>
<p><strong>WB</strong> <em>(simultanément) :</em> Aucun récit de ce qui arrive si tu dénies l&#8217;imprévu ou érodes la collocation d&#8217;aucun temps auquel retourner sans récit, submergé par l&#8217;énonciation d&#8217;équations déplacées. Noie le bateau et la mer passe par-dessus les vagues. Échoue le bateau et une brindille fait retourner au commencement &#8211; le commencement que tu n&#8217;as jamais connu que pour chuter, stupide de dire autrement que scruter.</p>
<p><strong>8. Albert Einstein</strong><br />
(Passacaille<em> cum figuris in echo</em>)</p>
<p>Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à</em> <em>présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à</em> <em>présent</em> ? Quelle heure est-il <em>à présent </em>? …</p>
<p>[pas de réponse de WB]</p>
<p><strong>9. Garde-frontière</strong><br />
(Interlude pastoral)</p>
<p><strong>GF</strong> : Nom ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Walter Benjamin</p>
<p><strong>GF</strong> : Date de naissance ?</p>
<p><strong>WB</strong> : 15 juillet 1892</p>
<p><strong>GF</strong> : Adresse ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Indéterminée</p>
<p><strong>GF</strong> : Formation ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Docteur en philosophie</p>
<p><strong>GF </strong>: Emploi ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Indéterminé</p>
<p><strong>GF</strong> : Race de la mère ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Réforme</p>
<p><strong>GF </strong>: Race du père ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Marchand</p>
<p><strong>10. Quatre Furies</strong><br />
<em>(Fugato)</em></p>
<p><strong>Chœur </strong>: Que doit-il être fait ?</p>
<p><strong>WB</strong> : La lumière tombe dans des flaques d&#8217;obscurité. Je n&#8217;arrive plus à la trouver.</p>
<p><strong>11. Le Golem</strong><br />
(<em>Quodlibet / Abgesangszena</em>)</p>
<p><strong>Le Golem</strong> : Infantibicia oag reboo nebullia sob expleanur gendithany ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Si ce n&#8217;est pas en courant alors en marchant si pas en marchant alors en grimpant si pas en grimpant alors en glissant si pas en glissant alors en restant immobile.</p>
<p><strong>Le Golem </strong>: Aulobby forsbick fenump inscriprit eggibus murmertz ugum veh egbit vorum ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Laisse-les seuls et ils vont rentrer à la maison ou bricoler jusqu&#8217;à ce que le matin ne revienne pas.</p>
<p><strong>Le Golem</strong> : Phiantiup okum truggy do vestidat doorusium uya ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Ni en compagnie de ceux que tu ne connais pas du tout ni en compagnie de ceux que tu connais trop bien.</p>
<p><strong>Le Golem </strong>: Feefa, feega oow iggly ?</p>
<p><strong>WB </strong>: Si je me soumets je meurs.</p>
<p><strong>Le Golem </strong>: Oraasamay dodofelliu ferumptious ?</p>
<p><strong>WB</strong> : La rue n&#8217;est ni à l&#8217;intérieur ni à l&#8217;extérieur, comme les pierres roulent quand tu les jettes du haut de la colline et le nom sur la porte dit personne à la maison.</p>
<p><strong>Le Golem </strong>: Fogum, fogum are be gridit etsey ?</p>
<p><strong>WB </strong>: D&#8217;abord tu connais cela, puis plus. C&#8217;est quand tu commences à trouver.</p>
<p><strong>Le Golem </strong>: Felum nevisier obit entripier ? Acker muh oblium vodobillium seraybit illium ? Illium squapos meta ? Fundodio inderrfolk oleptic fundy ?</p>
<p><strong>WB</strong> : Keine Kaddish wird man sagen.</p>
<p><strong>Notes :</strong><br />
<em>Le vers final de cette scène est du poète postromantique juif allemand Heinrich (né Harry) Heine (1797-1856), dont l&#8217;œuvre a été souvent censurée et, effectivement, interdite par les Nazis. Deux poèmes de Heine sont des éléments significatifs de la scène VI. Benjamin, tout en ne s&#8217;identifiant pas vraiment à l&#8217;œuvre de Heine, pensait en être un parent éloigné. Et à la fois Benjamin et Heine se sont trouvés en exil à Paris. Le vers pourrait être traduit ainsi : “Personne ne dira le Kaddish pour moi” : la lamentation d&#8217;un juif laïque, ou assimilé. Louis Zukofsky termine le deuxième mouvement de &laquo;&nbsp;A Poem Beginning &#8216;The&#8217;” par cette citation de Heine. [En français “Poème commençant 'la'”, traduit par Jacques Roubaud, revue Fin n°17, Paris, 2004.]</em></p>
<p><strong>VI. Sept <em>tableaux vivants</em> représentant l&#8217;Ange de l&#8217;Histoire en Mélancolie (Second obstacle)</strong></p>
<p><strong>1. Laurier l&#8217;œil</strong></p>
<p>Chaque nuit l&#8217;esprit rongé<br />
Lorsqu&#8217;un bateau vermoulu hisse les voiles<br />
À la fin du voyage la vue baisse<br />
Où le voyage ne finit jamais</p>
<p>Un tirant si mince quelle amertume<br />
Une ruine comme le Rhin qui<br />
Arrache sa toison les meilleurs jours<br />
Abandonnée à son éclat</p>
<p>L&#8217;étoile qui a brillé aspire à la lumière<br />
La porte s&#8217;ouvre, barreaux éblouissants<br />
La porte d&#8217;or de la colère se boursoufle<br />
Cherche comète, les plis du cœur te trompent</p>
<p>Cherche comète, les plis du cœur te trompent<br />
Et bois à un adieu stupide<br />
Dont la maladresse se change<br />
En tremblements de goudron à plumes</p>
<p>Passé au crible du climat<br />
Se greffe à son sillage festonné<br />
Quand l&#8217;étincelle enflamme le tissu<br />
Et les cris ordonnent le jeu</p>
<p>Ce globe tourne, les vers subsistent<br />
Une voile sans un soupir<br />
Un chant sans personne qui chante<br />
[Laurier voile, laurier l'œil]</p>
<p><strong>2. Tensions</strong></p>
<p>fiction furtive d&#8217;une oreille un jouet tabou qui nous crée</p>
<p>peur engendre plus de confiance jusqu&#8217;au prochain obstacle faux répit</p>
<p>pâle réconfort s&#8217;effrite à l&#8217;instant légendaire où disparaît la rosée</p>
<p>l&#8217;envie jaillit quand les volontés tombent sens mordant d&#8217;espoirs grotesques</p>
<p>diction glissante clôtures sapant l&#8217;affliction aucun sursaut dans les tentes</p>
<p>l&#8217;affection sirotée envoie l&#8217;impatience par-dessus les collines casquées chassées accablées</p>
<p>l&#8217;obsession manquée glisse un regard d&#8217;invite aux alentours fichés tatoués</p>
<p>friction-larmes réalité fabriquée pour grimace fuyante fermée de honte salie</p>
<p>poing courtisant l&#8217;étalage d&#8217;astuces quand la profondeur ricoche en amazone</p>
<p>singe du droit tordu nuance artistique discordante donne mixture totalement confuse</p>
<p><strong>3. Haschisch à Marseille</strong></p>
<p>Le pain est intonation<br />
fil résistant<br />
vrais jouets quel dédale<br />
devient fil déroulant<br />
une balle de pierre<br />
vapeur moelleuse<br />
où les impressions martiennes<br />
courantes<br />
en hésitations éprouvées</p>
<p><strong>4.<em> D&#8217;après Heine</em></strong></p>
<p>Le capital c&#8217;est l&#8217;or des fous<br />
Le travail c&#8217;est le brouillard plié<br />
Il fait déjà nuit je dors<br />
Le travail m&#8217;a fatigué</p>
<p>Au-dessus de mon cœur pousse un filet<br />
Qui piège le rossignol épuisé<br />
Il ne chante que l&#8217;histoire<br />
Je l&#8217;entends même en dormant.</p>
<p><strong>5. Une vérité et demie</strong></p>
<p>Les semaines suivantes, nous prenons du retard. Un<br />
Ours ne voit un cantaloup qu&#8217;à la<br />
Station-service. L&#8217;espoir donne des plumes quand il<br />
Perd ses antennes. La terre est un<br />
Cireur de chaussures qui préfère le magenta. Juste au<br />
Coin il y a un autre coin.<br />
Juste au coin il y a un coron-<br />
Er. Les fruits frais sont meilleurs que les py-<br />
Jamas graisseux. La lumière est au plus loin de l&#8217;esprit quand le<br />
Système d&#8217;exploitation est en panne. Une tasse<br />
N&#8217;est pas toujours une tasse. L&#8217;argent est la<br />
Racine de toute monnaie. Une maison sur une<br />
Colline fait une bonne cible. La vérité est un fusil<br />
Chargé d&#8217;un parachute. Ce qui brille fait loi.</p>
<p><strong>6. Pas pouvoirs</strong></p>
<p>si tu ne peux voir cela cela peut encore t&#8217;atteindre</p>
<p>tu ne peux voir si cela peut cela t&#8217;atteindre encore</p>
<p>ne peux si peut tu encore voir cela cela t&#8217;atteindre</p>
<p>voir cela encore t&#8217;atteindre tu ne peux cela peut si</p>
<p>cela encore si voir t&#8217;atteindre cela peut ne peux tu</p>
<p>cela tu cela peux si voir t&#8217;atteindre ne peut encore</p>
<p>(si tu cela peux si voir t&#8217;atteindre ne peut encore)</p>
<p>peut cela encore ne peux si tu cela t&#8217;atteindre voir</p>
<p>encore atteindre ne peux tu voir cela si cela tu peux</p>
<p>atteindre cela encore tu ne peux voir peux tu si cela</p>
<p>t&#8217;atteindre encore peut ne peux tu voir cela si cela</p>
<p><strong>7.</strong></p>
<p>Madame Moiselle et M. Moiselle<br />
Sont sortis promener leur gazelle.<br />
Le tigre dormait sur la machine à coudre<br />
Les enfants se frottaient pour être bien propres.</p>
<p>Ondes de désir, flots de rumeur<br />
Qui pour dire cela, qu&#8217;y-a-t-il à dire lequel<br />
Si ce qui est est ainsi parce que<br />
Ou si ce qui est n&#8217;est pas</p>
<p>Qui pour dire, quoi dire,<br />
Si ce qui est n&#8217;est pas<br />
Ou si ce qui est est ainsi parce que<br />
Est ainsi parce que ce n&#8217;est pas</p>
<p><strong>Notes :</strong><br />
Les sections 3 et 5 ont été abrégées pour la version orchestrée.</p>
<p><em>#1. Le plan sous-jacent du poème est une traduction homophonique de “Die Lorelei” de Heine (1823). Il y a eu plus de 25 adaptations musicales du poème de Heine. Les plus connues sont la version folklorique de Friedrich Silcher et la version lied de Franz Liszt. Mark Twain a écrit au sujet de la légende de Lorelei dans A Tramp Abroad [Un vagabond à l'étranger] et donné sa propre traduction du poème de Heine &#8211; “She combs with a comb that is golden, / And sings a weird refrain / That steeps in a deadly enchantment / The list&#8217;ner&#8217;s ravished brain.” [“Elle se peigne avec un peigne d'or / Et chante un refrain étrange / Qui plonge dans un enchantement mortel / L'esprit ravi de l'auditeur.”] Un des poèmes les plus obsédants de Sylvia Plath, “Lorelei,” met en œuvre une transformation radicale de la dynamique psychique et sexuelle du poème de Heine &#8212; “Sisters, your song / Bears a burden too weighty / For the whorled ear&#8217;s listening” [“Sœurs, votre chant / Supporte un fardeau trop lourd / Pour l'oreille captive qui écoute”]. À la fois Gershwin et The Pogues ont écrit des reprises de Lorelei. La légende commence habituellement par une fille cruellement abandonnée par son amant qui se jette dans le Rhin. Par quelque magie, au-delà des pouvoirs de l&#8217;entendement rationnel, la jeune fille noyée renaît sous les traits d&#8217;une sirène qui, dans les échos infinis de son chant, attire les pêcheurs vers leur ruine sur la falaise de Lorelei, sur fond de musique du fracas des vagues contre les rochers. Note : Dans la version mise en musique, le dernier vers [entre crochets] n&#8217;est pas récité. [La traduction française est celle du poème de Charles Bernstein, sans tentative d'homophonie sauf pour le titre]</em></p>
<p><em>#2. Dix vers de dix mots, chaque vers jouant avec les sonorités des précédents. Le premier vers est en partie dérivé de la suite de mots de la section 6, dont toutes les lettres peuvent être réassemblées pour faire “each ear&#8217;s sly fiction toy tutu I unlit” [transposé en “fiction furtive d'une oreille un jouet tabou qui nous crée”].</em></p>
<p><em>#3. “Haschisch à Marseille” est basé sur l&#8217;essai de Benjamin paru en 1932, traduit par Edmund Jephcott et paru dans Walter Benjamin: Selected Writings, Volume 2: 1927-1934 (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1999), pp. 673-79. La représentation donne une version écourtée du texte original.</em></p>
<p><em>#4. Une réécriture du poème de Heine “Der Tod, das ist die kühle Nacht” -</em></p>
<p><strong><em>Death is the Cool Night     La mort c&#8217;est la nuit fraîche</em></strong></p>
<p><em>Death is the cool Night     La mort c&#8217;est la nuit fraîche<br />
Life the muggy Day     La vie le jour moite<br />
It&#8217;s dark already, I&#8217;m sleepy    Il fait déjà nuit, j&#8217;ai sommeil<br />
Day&#8217;s made me tired     Le jour m&#8217;a fatigué</em></p>
<p><em>Over my bed grows a Tree    Au-dessus de mon lit pousse un arbre<br />
Where sings the young Nightingale;   Où chante le jeune rossignol ;<br />
She sings of only Love     Il ne chante que l&#8217;amour<br />
I hear it even in Dream     Je l&#8217;entends même en rêve</em></p>
<p><em>[Traduction Charles Bernstein]</em></p>
<p><em>#5. J&#8217;emprunte le titre de ce double sonnet à la collection d&#8217;aphorismes de Karl Kraus. Les vingt-sept phrases (ou leur sous-ensemble) peuvent être réordonnées pour une extension ou un écho. La moitié seulement du poème créé pour le livret est incluse dans la version finale de l&#8217;opéra.</em></p>
<p><em>#6. Le second 10 x 10 ; le premier vers détermine le premier mot de chacun des vers suivants ; chaque vers utilise la même série de mots. Le sixième vers est répété, avec des variations bizarres.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"><br />
</span></em></p>
<p><strong>Stèle pour un temps déchu</strong></p>
<p><strong>Solo pour<br />
Mélancolie<br />
en Ange de l&#8217;histoire</strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline"><strong>Première couche</strong></span></p>
<p>Au moment où je<br />
aussitôt que<br />
je t&#8217;avais vu<br />
pour la première fois<br />
fait le voyage du retour<br />
avec toi<br />
de là d&#8217;où je venais<br />
et les visages que j&#8217;avais vus<br />
avaient disparu<br />
incapable de retrouver<br />
ce que j&#8217;avais connu<br />
trop longtemps<br />
au moment où tu<br />
faisais le voyage du retour<br />
avec moi<br />
aussitôt que<br />
nous nous sommes rencontrés<br />
où tu es tombé<br />
pour la première fois<br />
à peine faire face<br />
aux faits que j&#8217;ai vus<br />
ce que j&#8217;avais connu<br />
disparaissant toujours<br />
et les endroits<br />
que tu as vus<br />
incapable de retrouver<br />
ce qui est connu<br />
puis parti<br />
au moment où je<br />
faisais le voyage du retour<br />
avec toi<br />
aussitôt que<br />
je t&#8217;ai tenu<br />
de là d&#8217;où je venais<br />
pour la dernière fois<br />
jamais faire face<br />
aux faits que j&#8217;ai vus<br />
ce que j&#8217;avais<br />
oublié<br />
maintenant chuchote<br />
au moment où tu<br />
aussitôt que<br />
tu m&#8217;as touchée<br />
la première fois<br />
fait le voyage du retour<br />
avec moi<br />
vers où<br />
je suis.</p>
<p>Tvòdlÿ-uxìs kanq&#8217; otmì<br />
V&#8217;xùq&#8217;iÿ-uxìs kanq&#8217;otmì<br />
Çàv vu-desìvelotmiutvut<br />
Vuq&#8217;çùq&#8217;iÿ-vun çisèli</p>
<p>Le blâme est un jeu d&#8217;enfant<br />
auquel jouent des hommes<br />
dans le tumulte<br />
de leur malaise.</p>
<p>Tef-mux<br />
Naf-johj<br />
Nuvjis-vun vu-vmimòtmi<br />
Vu jùnië-vu zi-dumfàdvotlit</p>
<p>Au-delà du désespoir<br />
est l&#8217;indifférence<br />
du non. Le naufrage<br />
de l&#8217;arationnel<br />
sur les rives du<br />
promis. C&#8217;est là<br />
que je<br />
m&#8217;effondre, disparaissant<br />
en déchirures <em>[tears</em>, teer], caché<br />
dans les masques<br />
de larmes [<em>tears</em>, tier]<br />
du vainqueur.</p>
<p>Vu, ini-tomàmotu<br />
Dev vuq&#8217;hàï-vun zo-jetotù<br />
Vuq&#8217;ni vjisìgusi vi-hoxiòtmi</p>
<p>Le blâme un jeu d&#8217;enfant<br />
Auquel jouent des hommes<br />
Dans les bureaux<br />
De leur mépris.</p>
<p>Vùq&#8217;uàv-oq&#8217; ke-oq&#8217;-ùâv<br />
&#8216;Qìhojçus-inìn tjìf za-otuòm<br />
òlië-çumùf hoq&#8217; za-foslòtu</p>
<p><em>Au plus profond des cieux, haut dans les airs<br />
J&#8217;ai dit à l&#8217;examinateur : j&#8217;ai  trouvé la clé<br />
Une fois à l&#8217;entrée, la clé n&#8217;allait pas<br />
J&#8217;en ai forgé une autre, elle s&#8217;est cassée</em></p>
<p><em>Il y a d&#8217;abord une chute, puis il y a un cadre<br />
Si contrariant que tu le griffes jusqu&#8217;à le réduire en cendres<br />
Perdre les batailles, gagner la guerre<br />
S&#8217;enfoncer dans les sables mouvants quand ta moindre pensée est rare</em></p>
<p><em>Parfois regarder en arrière, parfois mettre le feu<br />
Qui va juger ? Personne n&#8217;est au-dessus du désir.<br />
Les singes que vous êtes, les anges que vous serez<br />
Quand la vérité se fait coup de fouet, le langage mauvaise herbe</em></p>
<p>Xomhÿ-vun<br />
Tq&#8217;esÿ-him vu-çièvotmi<br />
Xis vu-otlì<br />
Vu-g&#8217;mèmok</p>
<p>Je recule<br />
désarmée, les yeux fixes.<br />
Ceci est ma tâche :<br />
n&#8217;imaginer aucun ensemble<br />
à partir de tout ce qui a été désintégré.</p>
<p>Car l&#8217;à-présent est perdu, l&#8217;à-présent est<br />
fêlé, l&#8217;à-présent est vide, l&#8217;à-présent<br />
est cadré, l&#8217;à-présent est vécu,<br />
l&#8217;à-présent est creux, l&#8217;à-présent<br />
est fumé, l&#8217;à-présent est volé.</p>
<p>Et les anges nouveaux s&#8217;éteignent<br />
comme les étincelles sur le charbon</p>
<p>Au moment où<br />
aussitôt que<br />
nous nous étions vus<br />
pour la première fois<br />
fait le voyage du retour ensemble<br />
de là d&#8217;où nous venions.</p>
<p>Car l&#8217;à-présent est perdu<br />
l&#8217;à-présent est gagné<br />
l&#8217;à-présent est vide<br />
l&#8217;à-présent est plein<br />
l&#8217;à-présent est vécu<br />
l&#8217;à-présent est creux<br />
l&#8217;à-présent est fait<br />
l&#8217;à-présent est pierre.</p>
<p><span style="text-decoration: underline"><strong>Deuxième couche</strong></span><br />
[possible à deux voix, alternant à chaque vers]</p>
<p>La meilleure image<br />
d&#8217;une image<br />
n&#8217;est pas une image<br />
mais le négatif.<br />
Le négatif représente<br />
l&#8217;image<br />
exactement comme je<br />
te représente<br />
sans jamais avoir vu<br />
l&#8217;image<br />
que tu vois<br />
comme ton reflet.<br />
Ce qui ne peut être vu<br />
est néanmoins<br />
appréhendé<br />
même si je perds plus<br />
que je ne retiens<br />
au moment où<br />
je recule<br />
dans le temps vers<br />
la fin du temps.<br />
Restant immobile<br />
je situe mal<br />
l&#8217;image<br />
de l&#8217;image<br />
projetée dans les histoires<br />
de la rune<br />
du récit<br />
à démêler<br />
les fils<br />
qui tiennent<br />
les feuilles<br />
disperser<br />
la frise.<br />
La meilleure image<br />
d&#8217;une image<br />
n&#8217;est pas l&#8217;image<br />
mais son envers<br />
qui redit les récits<br />
jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils<br />
se déplient<br />
au bout du compte<br />
même si je regrette<br />
plus que je ne<br />
ressemble<br />
dans la chute<br />
de mon incompréhension<br />
inquiète.<br />
Le négatif représente<br />
l&#8217;image mieux<br />
que l&#8217;image<br />
au moment où je<br />
te représente<br />
sans<br />
t&#8217;avoir jamais vu<br />
ou jamais touché<br />
alors qu&#8217;à présent tu tombes<br />
de mes bras<br />
dans l&#8217;immensité<br />
de mon oubli insomniaque.</p>
<p><em>Traduit de l&#8217;américain par Juliette Valéry</em></p>

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		<item>
		<title>Silhouettes / Norbert Czarny</title>
		<link>http://droitdecites.org/2011/01/09/silhouettes-norbert-czarny/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2011/01/09/silhouettes-norbert-czarny/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 09 Jan 2011 06:00:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

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		<description><![CDATA[S.
.
.
 
Combien de fois depuis vingt et un ans ai-je eu envie d’écrire à l’officier commandant les services administratifs ? En 1977, il se nommait Cadoret, chef d’escadron Cadoret. Je suis sûr que son successeur a gardé les archives en ordre, que l’institution militaire a conservé un dossier succinct pour chacun de nous. Olivier a sa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>S.</strong></p>
<p style="text-align: left"><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><span style="color: #ffffff"><strong>.</strong></span></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Combien de fois depuis vingt et un ans ai-je eu envie d’écrire à l’officier commandant les services administratifs ? En 1977, il se nommait Cadoret, chef d’escadron Cadoret. Je suis sûr que son successeur a gardé les archives en ordre, que l’institution militaire a conservé un dossier succinct pour chacun de nous. Olivier a sa fiche, et Boulard, Scall, Césaro, Méret, Daligault, Pendellioux, Février et Champenois. Et ce grand Normand un peu benêt qui avait emprunté le bus du régiment pour fêter sa quille. Il avait arrosé sa promenade, heurté un platane et prolongé de plusieurs semaines son séjour en Alsace.</p>
<p>Tous les contingents sont classés dans les tiroirs métalliques à glissière. Personne ne consulte plus ces fiches et nos photos moisissent</p>
<p>J’ai donc écrit cent fois au régiment pour retrouver qui était S. Jamais écrit sur le papier. Et donc la lettre n’est jamais partie.</p>
<p>S. a perdu son prénom il y a vingt ans, un matin du début juin. Il traversait la caserne, agitant un papier. Il venait du bâtiment administratif et s’en retournait prendre sa valise chez le fourrier de la 2<sup>ème</sup> batterie. S. hurlait « zéro ! » à qui voulait l’entendre. Et aussi, la quille bordel, la quille ! » Mais personne ne semblait l’entendre ni même le voir.</p>
<p>S. s’appelait peut-être Stéphane. Nous sommes arrivés un même petit matin d’août 77 en gare de Bischwiller. Nous avons posé nos valises dans la même salle du bâtiment réservé à la 11<sup>ème</sup> batterie, celle des « bleubites ».</p>
<p>Le lundi matin, week-end terminé, le chef Moll est arrivé. Il nous a envoyé prendre le paquetage, on nous a rasé le crâne. Treillis enfilé, béret vissé sur la tête, nous avons retrouvé le chef Moll. Il a crié qu’ici, on était pas au club Med, qu’on allait en chier. Il a rectifié la position horizontale du béret, sur mon crâne : « c’est pas une crêpe ».</p>
<p>Et puis S. est parti à l’autre bout du bâtiment dans les dortoirs de la quatrième section, et je suis resté dans ceux de la première.</p>
<p>Pendant plusieurs semaines, je n’ai plus revu S.</p>
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<p>S. faisait partie de cette quatrième et dernière section que le chef Moll nous demandait en vain d’insulter en gueulant, à tous les rassemblements, « la S1 les meilleurs, la S4, les bœufs. » seul le malheureux Masson, un garçon transparent qui venait de la Roche sur Yon poussait ce cri de scout dévoyé. Il se sentait bientôt gêné. Le chef renonça.</p>
<p>Un lundi matin, vers le début de septembre, quelques privilégiés originaires de Lorraine, de Champagne et du Nord sont rentrés de leur première permission, une « vingt &#8211; quatre heures ». Nous avions passé le dimanche à errer dans la caserne vide et étions bien réveillés tandis que le chef faisait l’appel, entouré des brigadiers instructeurs. Les derniers retardataires se glissaient dans les rangs, ajustaient treillis et béret.</p>
<p>Le chef en était à appeler ceux de la quatrième section quand S. est arrivé, transpirant, soupirant, l’air confus, une petite valise à la main. Il portait encore sa tenue de civil. Il s’est approché du chef en tremblant, a murmuré ce qui devait être une explication. Le chef s’est esclaffé, et deux brigadiers après lui. Un autre instructeur nous a appris le fin mot de l’histoire : S. s’était trompé , avait confondu les gares de Nancy et de Strasbourg. Venant de Reims, il avait cherché dans la cité lorraine une correspondance pour Bitche qui n’existe qu’à Strasbourg. Certains ont trouvé ça drôle.</p>
<p>J’ai retrouvé S. dans la salle d’attente du médecin militaire, deux semaines plus tard. Je lui ai demandé comment ça allait. Ca allait. Il était reparti en perm’ et cette fois-là, il ne s’était pas trompé de train. Nous avons parlé de choses et d’autres. A Reims, il travaillait aux Verreries champenoises. Il fabriquait des cartons, pour l’emballage.</p>
<p>Je connaissais les Verreries champenoises. Un fait-divers, ou plutôt un assassinat politique s’y était produit. Des gros bras de la CFT avaient tiré sur un piquet de grève, un ou deux ans auparavant. Un certain Pierre Maître avait été tué, un militant CGT.</p>
<p>S. ne connaissait pas Pierre Maître et n’était pas au courant de cette histoire. D’ailleurs il ne tenait pas à travailler dans cette boîte à sa sortie de sa caserne. Il avait des ambitions, voulait devenir maître nageur.</p>
<p>« Parce que tu aimes nager, que tu es doué ?</p>
<p>-     Pas spécialement.</p>
<p>-     pour enseigner la natation aux enfants ?</p>
<p>-     pour devenir célèbre comme Louis de Funès. Quand on est maître nageur, on voit beaucoup de gens, on est célèbre. »</p>
<p>S. a assisté aux cours du mercredi dans la petite salle où venaient aussi Boulard et quelques autres pas assez bons pour la statistique.</p>
<p>Il avait un mal fou à déchiffrer de mauvaises bandes dessinées. Il butait sur chaque vignette, sur chaque bulle, sur chaque mot. Toute autre lecture était trop difficile pour lui. A la fin de la page, il avait oublié le début. Il a renoncé à venir le mercredi. Il préférait encore la corvée d’ordinaire ou le nettoyage de la salle de spectacle.</p>
<p>Et puis ce S. qui murmurait, qui se faisait aussi transparent que les vitres du foyer s’est mis à hurler et à rouler des épaules. Pas de lui-même, et surtout pas seul. Derrière d’autres qui lui proposaient de descendre des bières à la chaîne et de décorer sa quille pour le zéro au jus. S. faisait de son mieux pour ressemblait à une forte tête. Sa petite carrure, son visage enfantin et son nez en trompette le rendaient peu crédible dans le rôle du fier à bras.</p>
<p>Avec ses copains de la deuxième batterie, S a été de toutes les manœuvres d’automne et d’hiver. Simple canonnier, il plaçait les charges de poudre dans les fûts. La consigne voulait qu’ensuite il se recule et place sur ses oreilles le casque anti-bruit. Aucun officier, aucun sous-officier, personne n’a vérifié que S. respectait la consigne.</p>
<p>S. n’a pas participé aux grandes manœuvres d’été, à Canjuers. Il a été réformé au onzième mois de service après qu’un médecin eut constaté qu’il devenait sourd.</p>
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<p align="center"><strong>BOULARD</strong></p>
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<p align="center"><em>L&#8217;ADDITION</em></p>
<p>Parfois, dans mes rêveries, je me retrouve dans une tribune du stade Félix Bollaert à Lens. Les écharpes sang et or forment des vagues horizontales, les banderoles, flottent au vent et l’on entend les cornes de brume, les chants qui montent.</p>
<p>Sur la pelouse, Sikora adresse une longue passe à Tony Vairelles, qui dribble deux adversaires et marque un but, d’un tir rageur, au ras du poteau. Et tout le stade chavire quand le buteur se tourne vers la tribune Tranin, et le kop lensois qu’il salue.</p>
<p>A côté de moi, un gars s’est levé et il crie des « vas-y Tony ! allez le Racing ! Fiers d’être lensois ! » comme si l’avant centre devait claquer dix pions ce soir. Ce gars au visage poupin et au crâne ras, je le reconnais, c’est Boulard, Boulard boule à zéro, Boulard tête de lard. Il n’a jamais vieilli, il a toujours dix-huit ans.</p>
<p>Je ne suis pas sûr que Boulard était lensois. Et encore moins qu’il aimait le football. Les soirs de Coupe d’Europe, il ne venait pas dans la salle bondée et enfumée du foyer où ses camarades de la deuxième batterie hurlaient à chaque coup franc de Larqué, à chaque dribble de Johnny Rep. Boulard dégustait une bière dans la salle et profitait du flipper laissé libre.</p>
<p>Si Boulard avait aimé le foot, il aurait supporté les gars du LOSC, les « dogues » de Lille. Il avait un peu la gueule d’un bouledogue français, et je l’écris sans ironie ni méchanceté. Face aplatie, front bombé, nez court en trompette, Boulard ressemblait à un boxeur, prêt à adresser un direct.</p>
<p>Personne pourtant n’était plus pacifique que lui. Et plus que pacifique, soumis, résigné. Rien d’une « tête de lard ». Boulard recevait des ordres et obéissait. Boulard était souvent de corvée à l’ordinaire, Boulard était souvent de garde, Boulard était de toutes les manœuvres, essuyait la boue à Suippes, le gel à Mourmelon, la poussière à Canjuers. Boulard ne mouftait pas ; il savait qu’il prendrait huit jours d’arrêt au moindre mot.</p>
<p>On le sollicitait et il agissait sans rien dire. Il semblait parer des coups venus de tous les côtés, comme à l’entraînement. Les coups étaient des mots. « Boulard t’es qu’une tâche », « Boulard t’es plus con qu’une bite en bois », « Boulard tête de lard », « Boulard t’es qu’une bille ! ». Les sous-officiers devaient s’en donner à cœur joie. Boulard ne répondrait pas.</p>
<p>On le voyait donc de temps en temps au foyer. Une bière ou deux, rarement plus, sinon pour fêter la quille d’un « collègue » de la 77/04. On « pète son chiffre », à moins de cent, ça devient bon, bientôt ce sera zéro au jus si on fait pas de connerie comme le grand Normand qui a planté son bus un soir de cuite, si on s’endort pas pendant une garde et quinze jours d’arrêt de rigueur.</p>
<p>Boulard jouait peu au flipper, sinon quand les autres se serraient devant les deux téléviseurs pour les matchs. Il n’achetait rien dans la petite boutique attenante. Pas même des cigarettes. Quant aux illustrés.</p>
<p>Tous les mercredis matins, pourtant, il venait, son cahier en main, dans l’une des deux salles de classe que nous avions organisées non loin du bureau de l’officier conseil, dans ce même bâtiment du foyer.</p>
<p>Boulard n’entrait pas dans la première salle, la <em>vraie</em> salle de classe réservée aux bons élèves, les candidats sérieux au certificat d’étude. Là, sous la houlette d’un appelé instituteur dans le civil, on essayait de faire du chiffre, de montrer que le régiment faisait de la promotion. L’armée a une mission avait proclamé l’officier conseil, l’armée fait du social. Les appelés réunis autour de Jean-Jacques notre instit de Lunéville devaient porter haut les couleurs du 12<sup>ème</sup> R.A.</p>
<p>On ne comptait pas sur Boulard pour ça. Il ne passerait pas les épreuves, ni S., ni les quelques autres que j’essayais de faire lire, écrire, compter. Nous avions vite renoncé aux livres, même illustrés, aux dictées sans piège particulier, aux opérations aussi complexes que la multiplication et la division.</p>
<p>Nous avons bientôt abandonné la soustraction. Restait l’addition. Boulard a su aligner les chiffres et compter.</p>
<p>Quelques semaines ont passé, un séjour à Suippes dans la boue et le bruit des chenilles, et je leur ai proposé les additions avec décimales. Boulard a paru désemparé. Il arrivait de ces manœuvres, était sans doute fatigué. Il prenait en pleine face les coups tombant de partout, il ne savait plus où il était, qui il était.</p>
<p>La semaine suivante, il a posé les chiffres, la virgule, les décimales. On a fait cela ensemble, patiemment, méthodiquement. J’avais aussi peur que lui que cela ne marche pas, que nous butions sur ces chiffres qui passent d’un côté à l’autre de la virgule.</p>
<p>Et Boulard a eu tout juste. Il a poussé un petit cri de joie, à peine audible, un « ouais ! » d’enfant qui a enfin réussi.</p>
<p>Plus de vingt ans ont passé. Je n’ai aucune idée de ce qu’est devenu Boulard le Lensois, le Lillois, Boulard bille à zéro, Boulard tête de lard.</p>
<p>Il fréquente peut-être Félix Bollaert ou Grimonprez Jorris. Ou les alentours du stade.</p>
<p>J’ai un mal fou à l’imaginer marié, père de famille, assez chanceux pour avoir un emploi stable. Le temps n’a pas été tendre pour des garçons comme lui. Et sans doute paye-t-il l’addition.</p>
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<p align="center"><strong>NOS MAÎTRES</strong></p>
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<p>Olivier est instituteur à Lille. Professeur des écoles. Il fait même fonction de directeur, là où il est, et je suppose qu’il donne des cours à l’IUFM.</p>
<p>Je le vois bien marié, père de deux grands enfants. Son épouse est bibliothécaire. Ils ont la carte du Parti qui, sur le plan local, domine depuis toujours. Pas par opportunisme ; plutôt par conviction. Parfois son fils aîné se moque d’Olivier. Il met à fond le lecteur de CD qui passe Miossec : « Nous étions plutôt de gauche » répète le chanteur, et Olivier sourit : cette intransigeance de Marc, ce besoin d’absolu qui l’amène à soutenir les causes les plus désespérées, cela l’attendrit. Il se rappelle vaguement.</p>
<p>En septembre 77 nous étions arrivés depuis trop peu de temps à la caserne pour être frappé d’autisme. Ce qui se passait au-dehors traversait encore les murs et n’avions pas besoin de lire la presse pour savoir.</p>
<p>Savoir par exemple qu’en Allemagne fédérale, les derniers militants de la Fraction armée rouge venaient d’enlever et de tuer Hans Martin Schleyer, le « patron des patrons ». C’étaient les derniers soubresauts d’une histoire violente, personne n’était vraiment indifférent.</p>
<p>Pour Olivier c’était clair : ils avaient raison. Acte terroriste ? Soit, et alors ? Schleyer était le grand capital et l’amnésie allemande incarnés. Contre la violence de la bourgeoisie, on n’avait pas le choix, il fallait frapper. On a raison de se révolter.</p>
<p>Olivier supportait mal la contradiction. La conversation tournait bientôt court. D’ailleurs, quand elle se déroulait pendant les marches dans les Vosges du Nord, Olivier n’avait pas envie de traîner en discutant. Il rejoignait la tête du groupe comme s’il lui fallait absolument arriver parmi les premiers.</p>
<p>Au bout de deux mois de classe, il était parmi les premiers. Il n’avait manqué aucune marche, avait accompli le parcours du combattant à plusieurs reprises et en un temps record, avait réussi toutes les épreuves de l’examen de passage.</p>
<p>Il sortit brigadier, chargé de l’instruction à la 11<sup>ème</sup> batterie. Désormais, tous les deux mois, il accueillerait les nouveaux pour assurer leur formation. Cela ne le changerait pas beaucoup de la carrière qui l’attendait à son retour dans la vie civile. Il avait fait sa première année comme instituteur près de Tourcoing.</p>
<p>Tous les deux mois, Olivier a donc enseigné l’ordre serré aux bleubites. Parfois, il les traitait de « bœufs » ou bien il ricanait en les voyant se tromper de pas, lancer la jambe gauche au lieu de la droite. Il gardait ses distances.</p>
<p>Il a rapidement monté en grade, brigadier – chef puis maréchal des logis. De plus en plus distant, hautain. Même avec ceux qu’il avait côtoyés en août et septembre 77, quand les militants de la Fraction armée rouge se battaient pour une juste cause. Et que refusant la contradiction il hâtait le pas pour atteindre au plus tôt le lieu d’arrivée dans la forêt de Bitche.</p>
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<p align="center"><strong>PERMISSION</strong></p>
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<p align="center"><em>LE GROUPE DES EXPERTS</em></p>
<p>Vu d’Oberhoffen sur Moder, le monde me semblait bien rétréci, ou  flou. Comme si la brume qui flottait dès l’automne sur cette bande de  plaine rhénane estompait tous les contours.</p>
<p>Au bout d’un certain temps, je m’étais fait à ce rétrécissement. Je  partais en permission parce que c’était mon tour, parce que Boyer aurait  été trop heureux de sortir à ma place.</p>
<p>Personne ne m’attendait plus sur un quai de gare, dans une chambre ou  chez moi. La vie continuait et se passait bien de mes services.</p>
<p>J’ai connu l’impatience de la permission jusque la fin septembre.  Alors, le vendredi après-midi avait à peine commencé que je préparais  mon sac. Et le reste du temps, je comptais les jours.</p>
<p>En octobre, plus rien ne pressait et comme ces malades qui  s’habituent à l’hôpital au point de ne plus différencier la semaine du  dimanche, je m’étais fait à mon internement au 12<sup>ème</sup> R.A..</p>
<p>J’ai pourtant dû sortir du quartier Leclerc à la fin octobre. Un  couple d’amis m’avait invité à son mariage. Je les connaissais depuis  dix ans, je ne pouvais pas manquer la fête.</p>
<p>Un autre ami, Michel, est venu me chercher dans une gare de la vallée  de Chevreuse pour me conduire dans une auberge de campagne où les  convives étaient rassemblés. Le costume civil flottait sur mon corps.  Mon crâne rasé détonnait parmi les chevelures épaisses, ébouriffées ou  longues.</p>
<p>On m’entourait, on me demandait comment ça se passait et avant que  j’aie fini de répondre que ça se passait, on était parti ailleurs.</p>
<p>J’ai pris une part de gâteau et me suis assis dans un coin éclairé  d’une lumière diffuse. Au centre de la piste, les jeunes mariés  dansaient le rock. Des invités tapaient dans les mains pour donner le  rythme, et un photographe cherchait les angles pour lancer ses flashes  sur le couple et les autres danseurs.</p>
<p>Un garçon portant une chevalière au petit doigt était assis près de  moi. Il était un peu obèse et respirait fort. Mais il ne suait pas.</p>
<p>« Françoise voulait que je danse, mais moi la danse… »</p>
<p>Il faisait glisser le bijou sur son doigt.</p>
<p>Il m’a demandé qui je connaissais, je lui ai parlé de mon amitié de lycée avec Sabine, puis de la rencontre avec Paul, son mari.</p>
<p>« Françoise travaille avec Sabine… Avocate… Elle fait partie du groupe des experts. »</p>
<p>Il avait évoqué ce groupe dont bien sûr j’avais entendu parler.</p>
<p>« maintenant a-t-il repris, ce n’est plus qu’une question de mois. En mars, Mitterrand sera à Matignon. »</p>
<p>Son ton était péremptoire et les faits lui donnaient raison. Quelques  mois plus tôt, l’Union de la gauche avait remporté les élections  municipales.</p>
<p>Je lui ai demandé si cette victoire lui importait.</p>
<p>Et comment qu’elle lui importait. Mais pas pour les mêmes raisons qu’à Françoise.</p>
<p>« Elle c’est la tête, moi, c’est le portefeuille. »</p>
<p>Et il a tapoté la poche de son blazer, côté cœur.</p>
<p>« Tu comprends, (tu permets que je tutoie ?), les affaires sont  presque arrêtées : on ne vend plus rien, on n’achète plus rien. Moi, je  suis dans les peaux. Pas de business en ce moment. Même les soviétiques  se méfient… »</p>
<p>Tout le monde selon lui, attendait le changement. Avec Mitterrand à Matignon, ça repartirait en flèche. Même la Bourse.</p>
<p>Je lui ai avoué ne pas comprendre grand’ chose à l’économie. Je  pensais pourtant que la Bourse n’aimait pas trop les bouleversements  politiques.</p>
<p>« Au contraire ! a-t-il répliqué, tout le monde croit cela, même Françoise. Je vais t’expliquer ».</p>
<p>Il était sur le point de le faire quand une jeune femme est venue le  tirer de son fauteuil. Il n’avait pas envie de danser. Il m’a présenté  Françoise, elle m’a salué et est repartie en quête d’un partenaire pour  virevolter sur Johnny B Goode.</p>
<p>Quelques semaines plus tard, j’ai dû sortir de caserne. Sabine et  Paul comptaient sur moi pour la crémaillère. Quelque chose de très  simple autour d’une table.</p>
<p>Françoise et Eric étaient assis sur un lit faisant office de canapé.  Une couverture paysanne rapportée par un ami du Guatemala décorait le  meuble. Eric s’est redressé pour me saluer et m’a demandé comment ça  allait depuis la dernière fois. Ca allait.</p>
<p>Après quelques cacahuètes et deux ou trois boissons la conversation  est revenue sur les certitudes printanières. On parlait des parents.  Ceux d’Eric se faisaient du souci et malgré les assurances de leur fils  ils aménageaient un pied-à-terre à New York. Les parents de Françoise  étaient prêts à accueillir les experts, Attali en tête chez eux, avenue  Paul Doumer. Mais pour les communistes…. Ce que leur fille comprenait  bien même si elle en souriait, moqueuse en nous le racontant.</p>
<p>La droite serait battue à plates coutures, Sabine en était certaine.  Elle avait ajouté que la bourgeoisie ne s’en remettrait pas avant vingt  ans. Paul quant à lui était plus inquiet. Il craignait les réactions de  cette bourgeoisie écrasée. Il imaginait bien un truc à la chilienne,  avec tanks, militaires au carrefour et stades remplis. Eric n’avait pas  trop d’avis là-dessus. Il faisait glisser sa chevalière sur  l’auriculaire.</p>
<p>« Les affaires repartiront, vous verrez. L’économie compte plus que tout. »</p>
<p>« Et toi, m’a demandé Sabine, qu’est-ce que tu sens dans les casernes ? »</p>
<p>Je ne sentais rien, j’avais le nez bouché, la vue brouillée, les  oreilles gelées par le froid naissant. Si je n’avais pas mangé des  cacahuètes en leur compagnie, je n’aurais même pas su que j’étais chez  mes vieux amis.</p>
<p>Sabine a apporté un plat. C’était du poulet et sans y penser, comme  si un autre parlait, j’ai dû dire, ah bon, encore du poulet ? »</p>
<p>Et puis le vrai « moi » est revenu au galop pour signaler que dans  les casernes, du moins dans la mienne, rien ne se passait. Mais la  remarque de l’autre ahuri sur le poulet avait atteint la maîtresse de  maison et dans les mois qui ont suivi je ne suis pas souvent revenu chez  Sabine et Paul.</p>
<p>A la fin mars, je suis de nouveau sorti en permission pour voter.  J’ai appelé Paul. Il était de plus en plus inquiet malgré son immense  désir de voir la gauche passer.</p>
<p>« Les social-démos et les stals ne tiendront pas en cas de coup  d’Etat. La LCR et LO se feront casser tout de suite. Tu verras, le parc  des Princes sera rempli. »</p>
<p>Je lui ai demandé des nouvelles d’Eric. Il allait très bien.  Françoise était très occupée avec les experts. C’était tout bon pour son  mari ; les affaires allaient reprendre et il serait informé.</p>
<p>Le dimanche 31, j’ai repris un Corail pour l’Alsace dans  l’après-midi. A 20 heures, dans une des salles de télévision du foyer,  j’ai compris, à la mine réjouie ou soulagée de Duhamel et Péricard que  le coup d’Etat n’était pas pour ce soir.</p>
<p>Eric quant à lui devrait prendre son mal en patience.</p>
<p>En 1981, la brillante avocate devenait attachée parlementaire du  Ministre de la Justice. Son mari pouvait investir sans souci dans  l’immobilier.</p>
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<p align="center"><strong>PARIS-STRASBOURG</strong></p>
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<p>En même temps que le « service national », c’est tout un petit monde qui a disparu, et les mots pour le dire, les gestes et les rituels, désuets ou grossiers, des compagnonnages louches ou sublimes.</p>
<p>Je suis trop jeune pour avoir connu les fêtes de conscrits qui occupaient certains dimanches villages et bourgs de province. L’ami Bidasse, l’adjudant Flick ou Scrogneugneu, les « Vous m’ferez huit jours », le rata et tout le reste, je ne l’ai pas davantage connu.</p>
<p>J’ai passé quelques nuits dans de vieux trains bondés, dans des compartiments remplis jusqu’aux porte-bagages, hamacs de fortune. Cela sentait la sueur, la fumée et la bière, et les filets d’air qui passaient par la fenêtre entr’ouverte étaient surtout bons à vous donner la crève.</p>
<p>Les contrôleurs passaient, menaçaient de confisquer la carte d’identité militaire, vous privant d’une prochaine permission. Pire, vous risquiez de finir au bureau de la Police militaire qui attend à Strasbourg. Vers six heures, on arrivait dans la nuit alsacienne et la micheline de Bitche vous attendait avec son lot de voyageurs somnolents barbouillés de sommeil et de tabac.</p>
<p>Paris-Strasbourg c’était notre ligne à partir de vingt-deux heures le dimanche soir. La gare de l’Est était peuplée de silhouettes en jean et blouson, basket de supermarché au mieux, selon les moyens qu’on avait. Mais à Laval ou Saint-Brieuc, on n’avait pas encore le budget Nike Sergio Tacchini des ados d’aujourd’hui.</p>
<p>Silhouettes et groupes, grappes de garçons hurlant, courant de Gare de l’Est à Montparnasse, le vendredi soir pour attraper un Paris Quimper, la quille dans le sac de sport et ces chiffres devenus magiques, « 50, « 35 », « 47 » ou « 13 », chiffres qu’on jouera au loto chiffres jetés à la face de passants indifférents ou agacés.</p>
<p>Comment vieillit-on sans la bêtise, la sienne et celle des autres ? comment apprend-on que la vie est sale et belle si on ne la voit pas traîner tristement sur un quai de gare déserté ?</p>
<p>A tous ceux qui regrettaient de me voir encaserné à Bischwiller quand j’aurais fait un si bon agrégatif à Nanterre, je ne pouvais expliquer cela, je ne pouvais pas dire que j’étais libre, que j’étais près des autres, avec eux et contre eux, parfois aussi pauvre, aussi médiocre qu’eux, parfois sevré de sexe, de femme, d’amour, mais si souvent aussi au cœur d’une beauté insoupçonnable, insoupçonnée, dans la lumière d’un dimanche silencieux à Oberhoffen sur Moder.</p>
<p>Je menais l’existence anodine d’un employé de bureau et le service terminé, je m’étais construit un monde. Un vieux lecteur de cassettes et dans la tranquillité de la chambre, j’écoutais Schumann ou Miles Davis. Ou bien j’allais rejoindre des amis, dans leur chambrée, et nous écoutions les premiers succès de Supertramp en buvant du thé Lipton. Benoît, Jean-Yves et Jean, ils ont vingt ans pour toujours et n’ont jamais quitté La Flèche, une HLM du Boulevard Lefebvre ou une ferme, au Conquet. Nous parlions peu de littérature et pourtant je n’ai jamais autant aimé les livres.</p>
<p>Ce petit monde désuet va disparaître. Tant mieux pour ceux qui l’éviteront. La bêtise nous a tellement envahis que nous en faisons l’apprentissage ce cent façons différentes. Un dimanche après-midi dans une galerie commerciale suffira ; la caserne ne sert plus à rien. Elle n’a jamais fait de nous des hommes. On n’a d’ailleurs pas besoin d’hommes.</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Erich Fried / choix de poèmes</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/11/28/erich-fried-choix-de-poemes/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/11/28/erich-fried-choix-de-poemes/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 28 Nov 2010 07:27:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actuellement]]></category>
		<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=9155</guid>
		<description><![CDATA[. Traduits de l&#8217;allemand par Chantal Tanet et Michael Hohmann

 .
Was es ist
.

 
Es ist Unsinn
sagt die Vernunft
Es ist was es ist
sagt die Liebe
.

 
Es ist Unglück
sagt die Berechnung
Es ist nichts als Schmerz
sagt die Angst
Es ist aussichtslos
sagt die Einsicht
Es ist was es ist
sagt die Liebe
.

 
Es ist lächerlich
sagt der Stolz
Es ist leichtsinnig
sagt die Vorsicht
Es ist [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong><span style="color: #ffffff">.<span style="color: #000000"> </span></span></strong></em><span style="color: #ffffff"><span style="color: #000000"><em>Traduits de l&#8217;allemand par Chantal Tanet et Michael Hohmann</em><br />
</span></span></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><em>Was es ist</em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Es ist Unsinn</em></p>
<p><em>sagt die Vernunft</em></p>
<p><em>Es ist was es ist</em></p>
<p><em>sagt die Liebe</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Es ist Unglück</em></p>
<p><em>sagt die Berechnung</em></p>
<p><em>Es ist nichts als Schmerz</em></p>
<p><em>sagt die Angst</em></p>
<p><em>Es ist aussichtslos</em></p>
<p><em>sagt die Einsicht</em></p>
<p><em>Es ist was es ist</em></p>
<p><em>sagt die Liebe</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Es ist lächerlich</em></p>
<p><em>sagt der Stolz</em></p>
<p><em>Es ist leichtsinnig</em></p>
<p><em>sagt die Vorsicht</em></p>
<p><em>Es ist unmöglich</em></p>
<p><em>sagt die Erfahrung</em></p>
<p><em>Es ist was es ist</em></p>
<p><em>sagt die Liebe</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"><span id="more-9155"></span><br />
</span></em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>Ce que c’est </strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</strong></p>
<p align="center"><strong> </strong></p>
<p>C’est du non-sens</p>
<p>dit la raison</p>
<p>C’est ce que c’est</p>
<p>dit l’amour</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>C’est de la malchance</p>
<p>dit le calcul</p>
<p>Ce n’est rien que douleur</p>
<p>dit la peur</p>
<p>C’est sans issue</p>
<p>dit le bon sens</p>
<p>C’est ce que c’est</p>
<p>dit l’amour</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>C’est ridicule</p>
<p>dit l’orgueil</p>
<p>C’est insouciant</p>
<p>dit la prudence</p>
<p>C’est impossible</p>
<p>dit l’expérience</p>
<p>C’est ce que c’est</p>
<p>dit l’amour</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span><span style="color: #ffffff"><br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span><strong><em>Denn</em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Denn </em></p>
<p><em>ist das Alpha</em></p>
<p><em>und das Omega</em></p>
<p><span style="color: #ffffff"><em>.</em></span></p>
<p><em>Denn am Anfang</em></p>
<p><em>Denn ich habe Hunger</em></p>
<p><em>Denn ich habe Angst</em></p>
<p><span style="color: #ffffff"><em>.</em></span></p>
<p><em>Denn ich bin da</em></p>
<p><em>Denn ich will leben</em></p>
<p><em>Denn ich liebe</em></p>
<p><span style="color: #ffffff"><em>.</em></span></p>
<p><em>Denn in der Mitte</em></p>
<p><em>fragt</em></p>
<p><em>„Wie lange denn noch ?“</em></p>
<p><span style="color: #ffffff"><em>.</em></span></p>
<p><em>Denn in der Mitte</em></p>
<p><em>fragt :</em></p>
<p><em>„Wozu denn das alles ?“</em></p>
<p><span style="color: #ffffff"><em>.</em></span></p>
<p><em>Denn am Ende</em></p>
<p><em>wird nicht einmal sagen</em></p>
<p><em>„So stirb denn“</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Car</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</strong></p>
<p>Car</p>
<p>c’est l’alpha</p>
<p>et l’oméga</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Car au commencement</p>
<p>Car j’ai faim</p>
<p>Car j’ai peur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Car je suis là</p>
<p>Car je veux vivre</p>
<p>Car j’aime</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Car à mi-chemin</p>
<p>demande</p>
<p>« Encore donc combien de temps ? »</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Car à mi-chemin</p>
<p>demande</p>
<p>« À quoi bon donc tout ça ? »</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Car à la fin</p>
<p>ne dira pas même</p>
<p>« Eh bien meurs donc »</p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></em></strong></p>
<p><span style="color: #ffffff"><strong><em>.</em></strong></span></p>
<p><strong><em>Die Letzten werden die Ersten sein</em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Weil die vorigen Dinge noch nicht </em></p>
<p><em>genau untersucht sind, wendet</em></p>
<p><em>sich der Gewissenhafte</em></p>
<p><em>den vorvorigen zu</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Doch der Gewissenlose</em></p>
<p><em>übt schon Kunstgriffe, um die nächsten</em></p>
<p><em>und übernächsten Dinge</em></p>
<p><em>in den Griff zu bekommen</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Der Gewissenhafte</em></p>
<p><em>hat mittlerweile entdeckt</em></p>
<p><em>daß der Schlüssel</em></p>
<p><em>zu den vorvorigen Dingen</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>in älteren Dingen liegt</em></p>
<p><em>die noch vor diesen Dingen waren</em></p>
<p><em>oder noch tiefer in deren</em></p>
<p><em>Vorvorbedingungen</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Der Gewissenlose aber</em></p>
<p><em>macht raschere Fortschritte. Deshalb</em></p>
<p><em>wird er vielleicht uns alle</em></p>
<p><em>und auch den Gewissenhaften</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>schon zu den letzten Dingen</em></p>
<p><em>gebracht haben, lange bevor</em></p>
<p><em>der Gewissenhafte</em></p>
<p><em>die tiefsten Wurzeln des Übels</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>das den Gewissenlosen</em></p>
<p><em>gewissenlos werden ließ</em></p>
<p><em>zurückverfolgt hat</em></p>
<p><em>bis zu den ersten Dingen</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff"> </span></span><strong>Les derniers seront les premiers</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span></strong>Parce que les choses passées ne sont pas encore</p>
<p>précisément examinées,</p>
<p>l’homme de conscience se tourne</p>
<p>vers celles qui les ont précédées</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Mais l’homme sans conscience</p>
<p>se sert déjà d’artifices</p>
<p>pour se saisir des choses à venir</p>
<p>et des suivantes</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>L’homme de conscience</p>
<p>a entretemps découvert</p>
<p>que la clé d’accès aux choses d’avant</p>
<p>les choses passées</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>se trouve dans des choses</p>
<p>plus anciennes encore</p>
<p>ou plus profondément encore</p>
<p>au sein</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>de ce qui les a précédées</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Mais l’homme sans conscience</p>
<p>va beaucoup plus vite</p>
<p>se pourrait-il</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>qu’il nous conduise tous</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>nous et l’homme de conscience</p>
<p>à la fin des fins, bien avant</p>
<p>que l’homme de conscience</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>ait remonté</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>jusqu’au commencement</p>
<p>le fil des profondes racines du mal</p>
<p>qui ont fait perdre la conscience</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>de l’homme sans conscience</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong><em>Mitmenschen</em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Einer der Leute</em></p>
<p><em>die herumtanzen vor meinen Augen</em></p>
<p><em>wenn ich sie zumache</em></p>
<p><em>um niemand mehr sehen zu müssen</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>hat keinen Kopf</em></p>
<p><em>aber oben aus seinem Hals</em></p>
<p><em>wächst eine Schmuckkette</em></p>
<p><em>mit zwei silbernen Totenköpfen</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>und seine Frau die zu dick ist</em></p>
<p><em>sagt zu jedem den er erwürgt :</em></p>
<p><em>„Geben Sie ihm doch alles</em></p>
<p><em>Was er sich nimmt!</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Sie sehen ja er ist behindert!“</em></p>
<p><em>Dann schneuzt sie sich und muß weinen</em></p>
<p><em>weil er ihr jedes Begräbnis</em></p>
<p><em>vom Haushaltsgeld abzieht</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Mich mahnt sie liebevoll :</em></p>
<p><em>„Iß doch bevor es kalt wird!“</em></p>
<p><em>Aber ich wäre lieber allein</em></p>
<p><em>als in solcher Gesellschaft</em></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff"> </span>Nos semblables</strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>L’un de ces hommes</p>
<p>qui défilent devant mes yeux</p>
<p>quand je les ferme</p>
<p>pour ne plus être obligé de voir quiconque</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>n’a pas de tête</p>
<p>mais en haut à son cou</p>
<p>sort un collier</p>
<p>avec deux têtes de mort en argent</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>et sa femme qui est trop grosse</p>
<p>dit à chacun de ceux qu’il étrangle :</p>
<p>« Donnez-lui donc tout</p>
<p>ce qu’il prend !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Vous voyez bien qu’il est gêné ! »</p>
<p>Puis elle se mouche et ne peut s’empêcher de pleurer</p>
<p>parce qu’il déduit de l’argent du ménage</p>
<p>chaque enterrement</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Elle me met en garde aimablement :</p>
<p>« Mange donc avant que ce soit froid ! »</p>
<p>Mais je préférerais  être seul</p>
<p>qu’en pareille compagnie</p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff"> </span>Der einzige Ausweg</em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Im aufgeschlagenen Stein</em></p>
<p><em>liegt ein Ei</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Aus dem Ei</em></p>
<p><em>fliegt ein Vogel</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Aus seinem Schnabel</em></p>
<p><em>ein Stein</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Wer den aufbrechen kann</em></p>
<p><em>findet drinnen</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>nichts</em></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"> </span>L’unique issue</strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Dans une pierre brisée</p>
<p>il y a un œuf</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>De l’œuf</p>
<p>s’envole un oiseau</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>De son bec</p>
<p>tombe une pierre</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Celui qui pourra l’ouvrir</p>
<p>trouvera à l’intérieur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>rien</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></strong></p>
<p><strong><em><span style="color: #ffffff"> </span>Mißverständnis zweier Surrealisten</em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><em>für Katja Hajek</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>„es regnet“</em></p>
<p><em>sagte sie</em></p>
<p><em>„männer in schwarzen Mänteln</em></p>
<p><em>gehen vorbei“</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>sagte sie</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Magritte aber</em></p>
<p><em>hörte sie</em></p>
<p><em>nicht mehr genau</em></p>
<p><em>(sie sagte es nämlich erst Jahre</em></p>
<p><em>nach seinem Tod)</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>So hörte er nicht mehr</em></p>
<p><em>ihre letzten zwei Worte</em></p>
<p><em>und verstand nur</em></p>
<p><em>„es regnet männer in schwarzen mänteln“</em></p>
<p><em>Das malte er</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Malentendu entre deux surréalistes</strong></p>
<p><em>pour Katja Hajek</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>« il pleut »</p>
<p>disait-elle</p>
<p>« des hommes en manteau noir</p>
<p>passent »</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>disait-elle</p>
<p>Mais Magritte</p>
<p>ne l’entendait</p>
<p>plus très bien</p>
<p>(puisqu’elle ne le dit que des années</p>
<p>après sa mort)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Il n’entendit donc pas</p>
<p>le dernier mot</p>
<p>et comprit seulement</p>
<p>« il pleut des hommes en manteau noir »</p>
<p>C’est cela qu’il a peint</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>poèmes extraits du recueil <strong>Es ist was es ist </strong>(1983)</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff">.</span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff">.</span></span></span></p>
<p><strong>Erich Fried<br />
</strong></p>
<p>Né à Vienne en 1921 de parents juifs, Erich Fried quitte l’Autriche après l’Anschluss en 1938 et s’exile à Londres, collaborant notamment au service allemand de la BBC. Profondément marqué par le spectre du nazisme et la condition juive – son père est mort lors d’un interrogatoire par la Gestapo –  Fried incarne en Allemagne, à partir des années 1950, la figure de l’écrivain engagé, au service d’une conscience politique toujours tenue en éveil (guerre du Vietmam, Israël).</p>
<p>Aux côtés d’écrivains comme Ingeborg Bachmann, Heinrich Böll, Peter Weiss, Martin Walser ou Paul Celan, il a fait partie du Groupe 47, initié par Hans Werner Richter en 1947 dans le but de nettoyer la langue allemande des séquelles du nazisme, en prônant une écriture dépouillée.</p>
<p>L’oeuvre d’Erich Fried porte la marque claire de cette démarche et se caractérise par la dimension ludique du travail d’écriture. Il est l’auteur de quelques romans (<em>Les Enfants et les Fous</em>, <em>Le Soldat et la Fille</em>) mais surtout d’un nombre considérable de recueils de poèmes. Ce sont eux qui lui ont assuré une grande popularité en Allemagne, notamment <em>Cent poèmes sans frontière</em>, lauréat du Prix International des Éditeurs en 1977, et plus encore ses <em>Liebesgedichte </em>(<em>Poèmes d’amour</em>) en 1979. Certains poèmes comme <em>Was es ist</em> (<em>Ce que c’est</em>) sont devenus des &laquo;&nbsp;classiques&nbsp;&raquo; de la littérature allemande des années 1980. Erich Fried est aussi un grand traducteur de l’anglais, en particulier de Shakespeare, Dylan Thomas, T.S Eliot, Sylvia Plath.</p>
<p>Le prix Georg Büchner lui a été décerné pour l’ensemble de son oeuvre en 1987, un an avant sa mort à Baden-Baden.</p>
<p><strong>Bibliographie en français</strong></p>
<p><em>Le Soldat et la fille</em>, traduit par Robert Rovoni, Gallimard, 1962 (réédition, 1992).</p>
<p><em>Les Enfants et les fous</em>, traduit par Jean-Claude Schneider, Gallimard, 1968.</p>
<p><em>Cent poèmes sans frontière</em>, traduit par Dagmar et Georges Daillant, Christian Bourgois, 1978.</p>
<p><em>La Démesure de toutes choses</em>, traduit par Pierre Furlan, Actes Sud, 1984.</p>
<p><strong>Bibliographie sélective en allemand</strong></p>
<p>1944, <em>Deutschland</em>.</p>
<p>1945, <em>Österreich</em></p>
<p>1960, <em>Ein Soldat und ein Mädchen</em></p>
<p>1965, <em>Kinder und Narren</em></p>
<p>1966, <em>und Vietnam und</em></p>
<p>1967, <em>Anfechtungen</em></p>
<p>1968, <em>Zeitfragen</em></p>
<p>1972, <em>Die Freiheit den Mund aufzumachen</em></p>
<p>1974, <em>Höre, Israel !</em></p>
<p>1978, <em>100 Gedichte ohne Vaterland</em></p>
<p>1979, <em>Liebesgedichte</em></p>
<p>1981, <em>Zur Zeit und zur Unzeit</em></p>
<p>1982, <em>Das Unmaß aller Dinge</em></p>
<p>1983, <em>Es ist was es ist</em></p>
<p>1985, <em>Von Bis nach Seit</em></p>
<p>1987, <em>Gegen das Vergessen</em></p>
<p>1988, <em>Unverwundenes</em></p>

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		</item>
		<item>
		<title>petite anthologie / Aymen Hacen</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/11/27/petite-anthologie-aymen-hacen/</link>
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		<pubDate>Sat, 27 Nov 2010 05:49:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actuellement]]></category>
		<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=9007</guid>
		<description><![CDATA[

pour PHILIPPE BECK
.
.
.

 

Bourgeons et prémices, préface de Fredj Lahouar,
 Sousse, éd. La Balance, 1999, 78 pages.
.
.


 
 
Le joueur d’échecs
Tu vas t’asseoir dans ton destin
Parmi les autres sans figures
Ô joueur aux idées obscures !
 Qui menace un Roi clandestin
.
Avec eux tu creuses ta tombe
Avec eux tu comptes les minutes
Qui t’épargneront la chute
Ô maudit joueur qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><br />
</strong></p>
<p align="center"><strong>pour PHILIPPE BECK</strong></p>
<p align="center"><strong><span style="color: #ffffff">.<br />
.</span></strong></p>
<p align="center"><strong><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></strong></p>
<p align="center"><strong> </strong></p>
<p align="center">
<p align="center"><strong><em>Bourgeons et prémices</em></strong><strong>, préface de Fredj Lahouar,</strong></p>
<p align="center"><strong> Sousse, éd. La Balance, 1999, 78 pages.</strong></p>
<p align="center"><strong><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span><br />
</strong></p>
<p align="center"><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Le joueur d’échecs</strong></p>
<p>Tu vas t’asseoir dans ton destin</p>
<p>Parmi les autres sans figures</p>
<p>Ô joueur aux idées obscures !</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Qui menace un Roi clandestin</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Avec eux tu creuses ta tombe</p>
<p>Avec eux tu comptes les minutes</p>
<p>Qui t’épargneront la chute</p>
<p>Ô maudit joueur qui succombe !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Vivre ou mourir as-tu choisi ?</p>
<p>Je te conseille d’être philosophe</p>
<p>Oublie les échecs des théosophes</p>
<p>Pauvre joueur d’échecs maudits.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>(Samedi 20 mars 1999)</p>
<p>[pp. 41-42]</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span id="more-9007"></span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong>Ma rose</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>La rose de ma vie</p>
<p>M’a offert une rose</p>
<p>Riche comme une prose</p>
<p>Ô que je suis ravi !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Surtout, rime ma passion</p>
<p>Sur le vert ruisselant</p>
<p>Chante l’amour vigilant</p>
<p>Danse sans discrétion…</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Ô ma jolie Rose !</p>
<p>Ta couleur est claire</p>
<p>De la nature princière</p>
<p>Approche que je t’arrose !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span>Puisque c’est le printemps</p>
<p>Tu auras une eau fraîche,</p>
<p>On ira dans ma calèche</p>
<p>Vagabonder dans les champs…</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Tous deux dans la nature,</p>
<p>En Reine et Rois solitaires</p>
<p>Régnant sur les ravières,</p>
<p>Que je t’offre en parure !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>(Mardi 20 avril 1999)</p>
<p>[pp. 65-66]</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
</span></p>
<p><span style="font-family: Garamond;text-decoration: none"><em><br />
</em></span><span style="font-family: Garamond;text-decoration: none"> </span></p>
<p><!-- @font-face {   font-family: "Times New Roman"; }@font-face {   font-family: "Garamond"; }p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; font-size: 12pt; font-family: "Times New Roman"; }h1 { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: center; page-break-after: avoid; font-size: 14pt; font-family: "Times New Roman"; text-decoration: underline; }table.MsoNormalTable { font-size: 10pt; font-family: "Times New Roman"; }div.Section1 { page: Section1; } --></p>
<h1 style="text-align: center"><span style="font-family: Garamond;text-decoration: none"><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;</span>Dans le creux de la main</em>, Paris, L’Harmattan, coll. « Poètes des Cinq continents »,</span></h1>
<h1 style="text-align: center"><span style="font-family: Garamond;text-decoration: none"> 2003, 62 pages.</span></h1>
<p><span style="font-family: Garamond;text-decoration: none"><span style="color: #ffffff">.</span></span></p>
<p><span style="font-family: Garamond;text-decoration: none"><span style="color: #ffffff"><br />
</span></span></p>
<p><strong>Archipels</strong></p>
<p>Entre nous l’isthme se prolonge. La parole qui fut jadis s’est tue.</p>
<p>Quelques broussailles te couvrent le visage Quelques toiles te masquent la face</p>
<p>Entre nous se prolonge le strident silence et la parole qui fut se ramollit,</p>
<p>La roche écarlate se dissout taillée par le vent, la pluie et les vagues</p>
<p>Alors, l’effluve se faufile entre le fruit et sa chair. L’isthme se prolonge jusqu’à l’affliction.</p>
<p>Je guette le sens dans l’aurore,</p>
<p>Entre les rivages éloignés, l’azur accueille les vivants</p>
<p>L’atmosphère inondée se charge de toutes les voix Alors naît la parole.</p>
<p>Le silence n’a pas de place dans l’isthme de mes jours</p>
<p>Lentement, ma mémoire croît, bâtie de paroles, de talismans aux sons aigus</p>
<p>Des cris des oiseaux d’outre-mer. Je guette le sens dans l’aurore. <strong> </strong></p>
<p>(p 13)<strong><br />
</strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong>Litanies à Lumumba</strong></p>
<p>-1-</p>
<p>Des hommes sont à la recherche d’une gloire, d’autres l’ont, mais ils ne s’en rendent pas compte<br />
Ma gloire appartient au pays des maures là où le soleil couronnant le zénith embaume mes frères les nègres de sueur et de sang<br />
La chaleur pèse lourd sur les corps nus et sur les âmes déshéritées, tel est mon châtiment  d’être né dans ce pays où la gloire est une profanation<br />
Sous la férule d’une terre assoiffée, je songe à cultiver une gloire que j’arroserai d’une eau puisée dans l’univers des anciens et dans leur narcissisme bourgeonnant en moi depuis maintes saisons, depuis le jour de la rupture ombilicale.<br />
Ce jour-là, on vit naître un enfant de braise ! Un homme de feutre grinçant  qui aimait laisser ses traces là où il passait<br />
Ce fut moi cette abominable créature, cet homme, qui fut tantôt jeté sur le bitume et les chaussées<br />
Et ma gloire prit naissance  ce jour-là<br />
Puis vint le poème pour stimuler ma rage de nègre assoiffé<br />
Le paysage était couvert d’âmes possédées, de corps putréfiés, de terres violées, de femmes stériles<br />
Seul un spectre lointain apparaissait dans les horizons, c’était le visage de Lumumba.<br />
La toile  était prête  pour témoigner de l’orgie des hyènes</p>
<p>-2-</p>
<p>Je suis un Maure<br />
Je  tente de briser mes chaînes<br />
j’essaye de replanter l’espoir dans mon domaine<br />
Je suis un Maure<br />
je raccommode mes haillons<br />
je console les cours d’eau calmes et vaillants<br />
Je suis un Maure<br />
un homme en apprentissage<br />
mes origines s’étendent jusqu’aux sources du Tamazight<br />
j’ai une culture puisée dans la ferveur des Tziganes et des Incas<br />
Je porte en moi le culte épique des âmes ancestrales<br />
Je suis un Maure<br />
le soleil se couche dans les profondeurs de mon sein<br />
Je suis un Maure<br />
ma gloire est d’abriter la lumière après chaque crépuscule du soir</p>
<p>-3-</p>
<p>Mon sang coule à flot pour atteindre les fleuves en coalition<br />
Ma nausée est un tam-tam aux battements languissants<br />
Ma rage et mes cris ont traversé la forêt<br />
Ma voix a violé la sérénité des ancêtres<br />
Ma voix a parcouru la Savane encerclée pour réveiller les Lions endormis :<br />
Lumumba ! Lumumba ! Toute la forêt a crié<br />
Lumumba ! Lumumba ! Toute l’Afrique a chanté<br />
Lumumba ! Lumumba ! De ton sang dissipé nos terres sont assoiffées<br />
Ô Afrique ! Que ta terre soit purifiée par les cendres du Lion vénéré !</p>
<p>(pp. 31-34)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span></p>
<p><strong><em>Alphabet de l’heure bleue,</em><br />
préface d’Yves Leclair, postface de Pierre Garrigues,<br />
Saint Julien Molin Molette, France, Jean-Pierre Huguet, éditeur, 2007.</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</strong></p>
<p>− a −</p>
<p>Que le ciel pose son masque de jour<br />
que cette impénétrable clarté<br />
s’en aille à vau-l’eau<br />
Vienne la nuit où les mots<br />
grumeaux de larmes<br />
s’abyment dans le blanc des yeux</p>
<p>bleu de nuit<br />
lumière<br />
de l’heure bleue<br />
(p. 15)</p>
<p>– z –</p>
<p>Maintenant tout le ciel est ton alphabet braille<br />
signes saillants larmes enceintes de lumière<br />
dont nulle cécité ne peut voiler l’éclat</p>
<p>maintenant seul tu peux réciter ton bréviaire<br />
la nuit gisant dans tes yeux : vois sans regarder</p>
<p>― Et de la nuit l’heure bleue couronne les veilles</p>
<p>(p. 42)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Jeudi 1er janvier 2004.<br />
Trois heures et quart du matin.<br />
L’idée de tenir un journal me vint en marchant. Cela se passa à peu près de la manière suivante : je traversais une grande route à plusieurs voies, je risquais d’être heurté par un engin quelconque, mais l’idée de tenir un cahier où je ferai état de l’écriture des poèmes de l’Alphabet de l’heure bleue s’imposa violemment à moi.<br />
La précarité de mon corps de piéton correspond au moment de l’écriture. Le poème exclut toute tentative de commentaire. Même l’inspiration, s’il en est, y est occultée. Ces pages tenteront, enfin je l’espère, d’immortaliser des heures d’attente, de travail, d’hésitation et surtout les contraintes qui précèdent la mise au propre d’un fragment, celle qui menace d’être la mise au tombeau à la fois du poème et du poète.<br />
J’entame à cette heure la rédaction de ce « Cahier », alors que huit lettres de l’Alphabet de l’heure bleue ont été épelées.<br />
(p. 47)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Dimanche 18 janvier 2004.</p>
<p>Une heure du matin.<br />
Une semaine s’écoula depuis la composition de la lettre « i » de l’Alphabet de l’heure bleue. La première image, la matrice du poème, me vint de je ne sais où ; elle me sembla si étrange et, en même temps, si intime qu’elle m’horripila, parce qu’elle me mit en face d’un problème que j’avais toujours refoulé. C’est que je pensais que mes différends avec mon père étaient réglés, que je m’étais émancipé de la figure de mon géniteur. Certes, je ne pouvais tenir les mêmes propos qu’un Sartre : « En vérité, la prompte retraite de mon père m’avait gratifié d’un Œdipe fort incomplet : pas de Sur-moi, d’accord, mais point d’agressivité non plus », ou un Cioran : « Avoir commis tous les crimes, hormis celui d’être père. » Mais, avec le recul nécessaire à la compréhension d’un pareil imbroglio de l’âme, je m’imaginais être parvenu à une sorte de paix intérieure qui me permettrait de vivre à l’abri de nombreuses complications. Seulement voilà que cette image, qui s’exprima de surcroît en vers et de la manière la plus dense, mit à bas sans coup férir toutes mes défenses.<br />
À la vérité, je fus tenté de me voiler la face en raturant ces mots ; cependant, conscient de la gravité de la situation, je résolus de ne point me faire l’avocat du diable. Les paroles de saint Rémi à Clovis — que la tradition situe le 25 décembre 496, à la suite de la victoire de Tolbiac, lors du baptême du roi —, me furent indispensables : « Courbe humblement la tête, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré. »<br />
J’ai besoin de dire que c’est dans des moments pareils que l’on se rend compte de l’importance de chaque mot appris, de toute histoire ou anecdote retenue, de n’importe quelle idée accueillie…<br />
Je passai donc une nuit blanche à transcrire la suite de ce vers qui, en s’adressant à mon autre moi, celui que j’ai tenté vainement d’effacer, fit appel à un texte orphelin que j’avais écrit il y a plus de deux ans, m’obligeant à le parfaire et à le greffer sur le corps naissant de l’Alphabet de l’heure bleue.<br />
Cette pratique consistant à « copier » un texte et à le « coller » sur un autre, selon le jargon en vogue de l’informatique, n’est nullement indigne de l’écriture, qu’elle soit poétique ou autre. Un texte ne naît jamais ex nihilo, il lui faut toujours un commencement ; cela se nomme l’inspiration, ce dont je parlais tout à l’heure, car j’y crois fermement, dans la mesure où les mots me viennent d’eux-mêmes, même si parfois il faut tout réécrire. Bref, je voudrais dire que l’écriture tient à ces moments où l’on prend la plume la fleur au fusil, sans jamais être ni tout à fait lucide ni inconscient de ce moment d’euphorie.<br />
« Tu n’as pas les yeux bleus de ton père » : ce vers m’a écrit, il m’a révélé à moi-même.<br />
(pp. 49-51)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Certains vivent dans l’expectative d’un mot qui contiendrait à lui seul tous les autres mots. Un mot dont la présence seule suffirait à parfaire pour ensuite défaire tous les mécanismes de la langue. Un mot qui mettrait fin à la diaspora des voix depuis la malédiction de Babel.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Ce mot serait à la fois l’espace et le temps, la présence et l’absence, l’être et le néant, le parfait et l’imparfait.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Bref, un mot qui couvrirait l’infini. ― Mais ce mot existe déjà. Il existe dans toutes les langues de la terre, est connu de tous les hommes et jusqu’aux autres vivants qui ne possèdent pas la parole.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Ainsi parlait Schéhérazade, avant qu’elle ne se tût, surprise par la voix du coq chantant les premiers rayons du soleil.</p>
<p>(pp. 67-68)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong><em>Stellaire. Découverte de l’homme gauche,</em><br />
avec deux photographies de Yan Tomaszewski,<br />
Fontfroide-le-Haut, Fata Morgana, 2006, livre non paginé</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.<br />
</span><br />
</strong></p>
<p><strong>Tombeau</strong></p>
<p><em>C’est là qu’on commence enfin à voir, dans le noir.</em><br />
Samuel Beckett</p>
<p><strong>Noircir</strong></p>
<p>Ta main gauchère et gauche écrit sur ses tablettes<br />
entrer n’est pas sortir mourir n’est pas naître<br />
une seconde fois sur des pages blanches<br />
noircies autant de fois que la main de feu<br />
a serré le vide entre ses doigts d’argile</p>
<p>pages épaisses à couper au couteau<br />
et le brouillard danse au son informel des<br />
cliquetis de mots tintant entre les mots<br />
viduité de la lumière face obscure<br />
sur les pages épaisses vides à souhait</p>
<p>— comme la nuit noire se lève dans tes yeux<br />
toi qui vas loin en toi laisse tout espoir</p>
<p><strong>Job</strong></p>
<p>Tu n’es pas Job pour dire que par ta patience<br />
tu as encor donné raison à l’Éternel<br />
ni que tes cris adamiques ont fait prosterner<br />
le Négateur ni que ta main gauche et tremblante<br />
a fait pencher la balance du côté du<br />
Bien<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>Tes yeux repus de nuit et de désespoir<br />
souffriront-ils de nous voir broyer du noir ?<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>Non<br />
L’homme qui a ouvert les yeux sur la nuit du<br />
tombeau n’a plus à maudire le jour de sa<br />
naissance ni à se gratter les plaies par un<br />
tesson<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;.</span>ses cris adamiques ont l’effet d’un charme<br />
sur notre soif de vivre humaine trop humaine<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><strong>La mort</strong></p>
<p>Nuit arme blanche qui se coupe les veines<br />
goutte à goutte l’encre répand un sang d’encre<br />
la mort porte aux vivants un regard d’amitié<br />
regard blanc langue frugale pierre tombale<br />
légère inimitié cependant défaillance<br />
syntaxique quand on écrit son testament</p>
<p>sais-tu aujourd’hui gré à la pensée de la<br />
mort de t’avoir libéré des théodicées<br />
de jadis et naguère qui ne valent leur<br />
pesant d’or que lorsque le jour est espoir seul</p>
<p>— Enfin le soleil s’est couché sur ton tombeau</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong><em>Erhebung,</em></strong><br />
(Vingt et un textes<br />
en regard de vingt et une photographies<br />
de Yan Tomaszewski),<br />
Saint-Julien-Molin-Molette, Jean-Pierre Huguet éditeur, 2008, 56 pages.</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Je considère les photos qui constituent <em>Erhebung</em> selon l’ordre qui leur a été attribué par le photographe. Au total vingt et une prises entre poses et instantanés se succèdent créant un nouvel alphabet. De <em>a</em> à <em>z</em>, de <em>alif </em>à <em>ya</em>, et bien au-delà des lettres dont se composent ces deux abécédaires — les seuls que je connaisse.<br />
<em><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>À vous la pose</em>, dit-on dans le langage des joueurs de dominos. Et Yan Tomaszewski de poser ses pièces dans l’euphorie me laissant piocher. Comme il le fit avec ces inconnus dont il subtilisa l’image, celle du corps en mouvement et de l’âme insaisissable. Mais les voilà qui piochent ces personnages qu’il fit siens, immobiles, immobilisés, pétrifiés, voire médusés, et néanmoins libres et vivants, puisque chacun a son histoire propre et sa manière d’être exprimée sensiblement par sa propre présence physique. Comme si ces différents personnages puisaient dans l’inaction pour se mouvoir et poursuivre sur l’échiquier du monde le mouvement qui n’en finit pas de naître.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;..</span>Il en va de même aussi bien de l’alphabet que des dominos : l’ « ordre immotivé », placé en dehors de « toute imitation », n’est pas cependant « arbitraire », puisque nous l’acceptons tel qu’il se présente à partir du moment où l’artiste — ou le joueur — le propose comme tel. Nous devons, donc, jouer le jeu, composer avec, faire comme si, tout en veillant à « casser l’alphabet, comme l’écrit Barthes, au profit d’une règle supérieure : celle de la rupture (de l’hétérologie) : empêcher qu’un sens “prenne”. »<br />
<span style="color: #ffffff"> </span> <span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Cette défiance à l’égard d’un sens unique et, partant, inique ne me déroute pas. C’est <em>le</em> Sens qui me semble le plus approprié tant à l’ordre choisi par Yan Tomaszewski qu’à sa manière sensiblement naturelle de l’indiquer comme le seul acheminement possible vers quelque chose qui soit tout à la fois spolié et donné, affranchi et imposé, visible et lisible. La rupture est de fait évidente, c’est l’évidence même, dans la mesure où l’art de la photographie n’a lieu d’être que sous forme fragmentaire, suivant un itinéraire qui n’existe qu’en l’absence d’une feuille de route tracée au préalable. Épeler les lettres de l’alphabet, jouer une partie de dominos ou prendre des photos relève du même principe de déchiffrage du monde dont les règles sont écrites noir sur blanc. C’est le même mouvement de l’intelligence qui, en appréhendant l’ordre apparent des choses, opte aussitôt pour le désordre afin de dérégler et le sens et les sens. […]</p>
<p>(Extrait de la « Liminaire », pp. 3-4)</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>À l’angle de ce mur blanc qui cache un jardin secret. Un homme. Une femme. Octogénaires. Que cherchent-ils ? À quelle aune jugent-ils l’étendue de ce chemin ? Et ont-ils réussi à voir de la même façon au bout de Dieu sait combien d’années de vie commune ? De toute façon, ils ne regardent pas dans la même direction.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Chacun porte sa montre au poignet gauche. Que leurs bras, alourdis par l’âge, jouxtent leurs corps et tombent délicatement un peu en bas de la ceinture, ils ne se tiennent cependant pas de la même façon. Je vois bien la main de la dame caresser doucement le bras du monsieur en lui indiquant le chemin à prendre. Je vois bien le monsieur lever sa canne d’un air autoritaire en montrant à sa compagne une destination qui ne les mènera nulle part…</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Je n’ai pas assez vécu pour projeter ma vie sur celle de ces deux personnes âgées. Si mes grands-parents maternels sont morts sans un cheveu blanc sur la tête, mes grands-parents paternels ont vécu plus de quatre-vingts ans. Mais jamais il ne leur serait venu à l’esprit de se promener comme ces deux personnes. Cela est impossible. Ce sont les us et coutumes des miens. À l’angle de ce mur blanc qui cache un jardin secret. Un homme. Une femme. Octogénaires. La vie est toujours devant soi, que l’on soit à quatre, à deux ou à trois pattes.<br />
(p. 10)</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Un homme qui marche, seul, dans la rue, n’est pas un homme seul. Il est inconcevable de le voir seul, cet homme qui marche, seul, dans la rue, seul. Quand bien même il serait seul — nu et seul, c’est-à-dire affranchi de toute appartenance quelle qu’elle soit, l’homme qui marche, seul, dans la rue, n’est pas un homme seul.<span style="color: #ffffff"> </span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Ce n’est pas la Potsdamer Platz. Ce n’est pas Homer, le vieux conteur dans le film de Wim Wenders, Les Ailes du désir. L’ange Cassiel n’est pas là non plus. Mais il se peut qu’un ange, un autre ange, soit là, se tenant derrière ou devant cet homme qui marche.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Et néanmoins, le monologue de Homer résonne par-delà son for intérieur, au-delà de la Potsdamer Platz et des limites de l’espace et du temps, en dépit de ses quatre-vingts ans et de son souffle haletant : « Seules les voies romaines…<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>mènent encore au loin,<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>seules les traces les plus anciennes mènent plus loin. Où est ici le col ? Même le pays plat, même Berlin a ses cols cachés, et là seulement commence mon pays, le pays du récit.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Pourquoi tous ne voient-ils pas dès l’enfance les passages, portes et interstices, en bas sur terre et en haut au ciel ?<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Si chacun les voyait…</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>… il y aurait une histoire sans meurtre ni guerre. »</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Car, réflexion faite, me voyant à la place de cet homme qui marche, seul, dans la rue, je ne me considère pas comme un homme seul. Il y a toujours une histoire.<br />
(p. 24)</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Ce jour-là, je compris que même la mort avait un matin. Elle se tenait là, debout, de pied ferme, comme au jour de notre première rencontre. Entre le tronc d’arbre coupé et moi. Mais, à ce même endroit, le jour de notre première rencontre, le tronc d’arbre coupé n’existait pas, il y avait un arbre entier comme celui qui me soutient le dos. Là, derrière moi.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;..</span>Ce jour-là, je compris que même la mort avait un matin. Elle se tenait là, enfin ! j’imagine aujourd’hui qu’elle soit là, debout, de pied ferme, comme au jour de notre première rencontre. Entre le tronc d’arbre coupé et moi. J’imagine également que l’arbre soit entier comme au jour de notre première rencontre. — Toi qui, au creux de moi, me révéla à moi.</p>
<p>(p. 44)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong><em>le silence la cécité</em>, préface de Bernard Noël,<br />
Saint-Julien-Molin-Molette, Jean-Pierre Huguet éditeur, 2009, 52 pages.</strong></p>
<p><strong>BLANC SUR NOIR<br />
Découverte de la neige</strong></p>
<p><em>J’aime                            car<br />
la hauteur qu’en te parlant                pour peu de chose<br />
j’ai prise                        était désaccordée, comme par la neige,<br />
sans avoir                        la cloche dont<br />
on sonne<br />
pied.                            pour le repas du soir.</em><br />
André du Bouchet                    Friedrich Hölderlin</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Prologue : Posthume</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</strong></p>
<p>Cette TERRE n’est pas                ta terre, et tu sais             tout désormais de tes             fins et                    commencements.<br />
Le feu corps, blanc        et     froid — de NEIGE, va en TERRE.</p>
<p>Mantra</p>
<p>Ni la TERRE n’aime la Neige                 ni la Neige n’aime la TERRE, mais une fois entremêlées (quand bien même elles seraient entremêlées), elles se repoussent aussitôt sans pouvoir pour autant                      se désarticuler.</p>
<p>Toujours est-il que la TERRE et la Neige ne s’aiment pas, peut-être parce qu’elles ne prennent pas le temps de se connaître.<br />
Est-ce leur faute,<br />
cependant ?</p>
<p>Oui, la ligne claire n’aime pas se faire briser ; elle n’aime pas être dépareillée    de la     ligne d’horizon.</p>
<p>Horizon de TERRE ou horizon de NEIGE ?                      Aller savoir</p>
<p>Interzone, image d’un centre qui se veut espace plein, centre situé dans  l’entre-entre.<br />
Centre à jamais décentré.            Les voilà déconcertées : ni la Neige ne veut être TERRE ni la TERRE ne veut être NEIGE. Malentendu, car même le silence de la TERRE et de la NEIGE est source de malentendu.<br />
La NEIGE parle néanmoins à coup de flocons continus, d’assauts progressifs, horizontalement de haut en bas, verticalement comme un filet blanc, cousu de fil blanc, fil blanc réel, ténu et tenace, qu’une main,                 invisible, a jeté, pour mieux envelopper la TERRE qui, pourtant, ne bat pas en retraite, qui, pourtant, n’a que sa couleur pour arme, couleur de la TERRE, couleur éternellement immanente — de la poussière fragile à la pierre la plus dure, passant par le sable blanchâtre, jaunâtre ou rougeâtre, la boue solennelle et mystique, et la terre meuble et sarrasine.</p>
<p>TERRE         de neige, la terre se réécrit        blanche comme neige ; encre blanche            jetée à perte de vue                                                 sur les yeux         vitreux                                   de la TERRE, inhabitable.</p>
<p>La TERRE se tuméfie sous la NEIGE.         La NEIGE gagne à posséder la TERRE ; ainsi, comme il en va de la parole et du silence, la NEIGE, pour se défaire de sa coquille informe, adopte-t-elle le corps de la TERRE.<br />
Vides et pleins,     plis et failles,     ombres et lumières,     vie et mort — couples insolubles dans le corps de la TERRE, obstacles,         autant d’obstacles que la NEIGE aussitôt déjoue par intendance.</p>
<p>Mais combien de feux enfin faudra-t-il pour fendre<br />
la flamme de la foi pourtant fin feu follet<br />
insuffisant dans la fournaise des ténèbres ?</p>
<p><strong>Canéphore</strong></p>
<p>À l’infini                         Présence fée                      Le corps, lui,<br />
<em>est</em> Comment couper l’herbe sous le pied de la NEIGE ?                                             Pax nivea Qui sème la NEIGE                           récolte-t-il la TERRE ? Pax nivea                                       Qui sème la TERRE récolte-t-il le sel ?                                         Pax nivea Qui sème le sel, blanc, récolte-t-il l’oubli ?               Corbeille pour porter des raisins<br />
rouge sang                                              Vin salé, suffit-il de retourner la TERRE                               pour sculpter     de nouveau                                      de mémoire et de<br />
TERRE             une statue de sel                          à jamais immortelle,                          tache de lumière                                                 in soluble dans la NEIGE ?</p>
<p>(pp. 29-32)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><strong>Présidentielles</strong></p>
<p>(Cause toujours)</p>
<p>peut-être y a-t-il de quoi s’étonner<br />
où ça quand ça<br />
trembler comme voix qui parle lorsque à travers claquement<br />
de langue contre palais<br />
comprendre entre autres ceci<br />
: <em>bravitude</em></p>
<p>peut-être y a-t-il de quoi s’étonner<br />
où ça quand ça<br />
imposer alors silence ou s’y résigner<br />
constriction de finitude<br />
ça parle plus que de raison<br />
déraison — langue à l’usage des palais</p>
<p>(Cause toujours, aussi)</p>
<p>aux blessures les épines se plaindront de vous<br />
les épines diront : une par une vous<br />
nous avez triées une par une vous nous avez<br />
séparées de notre mère cactus une par une<br />
vous nous avez aiguisées avec votre couteau de poche<br />
une par une vous nous avez enduites de votre salive<br />
poison une par une vous nous avez semées au vent<br />
une par une vous nous avez nommées blessures une par<br />
une vous nous avez baptisées racailles</p>
<p>(Inédits, 2007-2010)</p>
<p>Aymen Hacen est né en 1981 à Hammam-Sousse en Tunisie. Ancien élève de l’École normale supérieure de Tunis, agrégé de lettres modernes, il a été, entre 2006 et 2008, allocataire-moniteur de l’École normale supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon. Il est aujourd’hui assistant permanent à l’Institut Supérieur des Langues Appliquées aux Affaires et au Tourisme de Moknine (Tunisie).<br />
Poète et essayiste, il est l’auteur de <em>Stellaire. Découverte de l’homme gauche</em>, Fata Morgana, 2006 ;<em> Alphabet de l’heure bleue,</em> Jean-Pierre Huguet, 2007 ; <em>Le Gai désespoir </em>de Cioran (Miskiliani, Tunisie, septembre 2007), essai sur le tragique en littérature ; <em>Erhebung</em> (avec des photographies de Yan Tomaszewski, Jean-Pierre Huguet éditeur, 2008 ; <em>le silence la cécité</em> (Découvertes), paru en mars 2009, avec une préface de Bernard Noël.<br />
Directeur de la collection « Bleu Orient » chez Jean-Pierre Huguet éditeur, Aymen Hacen traduit de l’arabe vers le français et vice versa. Ainsi, a-t-il aidé, en 2007, à la traduction en arabe de <em>Poème d’attente</em> de Bernard Noël (éd. Tawbad, Tunisie), ainsi que <em>L’instant de ma mort </em>de Maurice Blanchot et <em>Le Voyageur sans titre</em> d’Yves Leclair (en collaboration avec Mounir Serhani), à paraître prochainement dans la collection « ‘Ayn » qu’il vient de fonder aux éditions Walidoff. Il prépare de même une version en langue arabe de <em>Mythologie de l’homme</em> d’Armel Guerne et d’<em>Absent de Bagdad</em> de Jean-Claude Pirotte. En avril 2009, il a publié une version française de <em>Il a tant donné, j’ai si peu reçu</em> du poète tunisien Mohamed Ghozzi, aux éditions Cénatra (Centre National de Traduction, Tunis, Tunisie).<em> Présentielle. Fragments du déjà-vu,</em> récit, a paru en mars 2010 aux éditions Walidoff (Tunisie).</p>

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		<item>
		<title>COMMENT TROUVER COMMENT CHERCHER / Emmanuel MOSES</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/10/07/comment-trouver-comment-chercher-emmanuel-moses/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/10/07/comment-trouver-comment-chercher-emmanuel-moses/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 07 Oct 2010 07:36:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=8051</guid>
		<description><![CDATA[..
.
.


&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;PREMIER MOUVEMENT
.
.
.
Ouvre la fenêtre et laisse entrer le soir…
&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.◊
L’ormeau était blessé dans la lumière du matin
l’humiliation l’emmurait
&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..face au ciel : un remue-ménage
de lumière et de nuages
il dressait son langage oublié
ses feuilles hésitaient à la croisée des routes
le tronc avait cela qu’ont les nuits sans amour
qu’on taira pour ne pas attraper la tristesse
pour laisser aux choses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff">..</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>PREMIER MOUVEMENT</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
</span>Ouvre la fenêtre et laisse entrer le soir…</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>◊</p>
<p>L’ormeau était blessé dans la lumière du matin<br />
l’humiliation l’emmurait<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>face au ciel : un remue-ménage<br />
de lumière et de nuages<br />
il dressait son langage oublié<br />
ses feuilles hésitaient à la croisée des routes<br />
le tronc avait cela qu’ont les nuits sans amour<br />
qu’on taira pour ne pas attraper la tristesse<br />
pour laisser aux choses précieuses leur odeur de secret<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>car la rareté inestimable est là<br />
tu le sais:<br />
toi à qui je m’adresse au fond de moi<br />
l’album qui s’épaississait d’occasion en occasion<br />
c’est le livre de notre vie<br />
il parle de pauvreté plus que de ruse<br />
et vaut son pesant d’étoiles  argentées<br />
aussi fausses que vraie fut la nuit…</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<span id="more-8051"></span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p>On te dépose et te bénit<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>comme la lumière oblique du matin automnal<br />
et ce lit de plumes où tu fus porté<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>où tu fus déposé sans ton nom épineux<br />
avec quelle légèreté et brillance!</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>L’ouvrage est lent<br />
et le devoir ressemble à l’aiguille qui retarde<br />
l’action se succède si elle n’a pas précédé sa propre âme<br />
ce miel blanc sortira de nos bouches<br />
et viendra emplir ta bouche et tes orbites</p>
<p>Peut-être qu’ensemble nous formerons enfin un sablier<br />
et que le temps sera aussi blanc</p>
<p>Un mouvement délicat pliera la lumière à l’approche du soir<br />
nous serons au moins quatre<br />
et c’est déjà foule ou en tout cas son début<br />
sur l’aire débarrassée du grain</p>
<p>Nous serons eau avec toi<br />
le ruisseau rose du soir<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>brodé d’argent<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;.<span style="color: #ffffff">.</span></span>à travers l’aire</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>Des os de squales qui éclataient dans l’aube<br />
une fin de procession après tous les cauchemars<br />
la jument ne cessait de s’enfoncer en terre<br />
frémissant au coeur de la nuit -</p>
<p>Il y avait écume de bouche et d’horizon<br />
l’envergure des mouettes planait encore comme un seul fantôme<br />
assigné à un rôle de dédoublement<br />
pour que la mer s’agite en plein du ciel</p>
<p>Au sortir du vieux parcours voilà sur le sable la blancheur des enfants<br />
qu’elle est sèche et fine!<br />
tu sauras protéger leur signe -</p>
<p>Quel corps a chu parmi les fougères<br />
quel autre toi issu de la femme à la mésange<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>de la femme à la tourbe?<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>- -</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>On sifflait des airs gais sur le ponton<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>et des complaintes entre les pilotis -</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>Reprends tes ombres claires et plus sombres<br />
je te devinerai au fond des halliers<br />
là où il n’y a nul passage pour le gibier<br />
je maudis ton penchant qui te hisse jusqu’aux êtres faibles<br />
sans lesquels tu errerais encore dans la pierraille</p>
<p>Ou les lits de ruisseaux semblables à des chemins sans espoir<br />
quand tu gagnes la partie,vous êtes deux à avoir perdu<br />
tu me rappelles les intermédiaires aux abords des gares<br />
dont les mains contiennent le paradis &#8212;<br />
c’est-à-dire cette petite clé pour ouvrir et fermer les coeurs</p>
<p>La journée est bien entamée<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>on pressentirait presque déjà le soir<br />
un étrange vent glacé épargne le corps et fond sur l’âme<br />
ô mon plateau d’argent qui récolte des miniatures!<br />
ô &#8211; presque miroir&#8230;</p>
<p>À chacun son souffle et sa ténacité<br />
un autre aurait parlé de gloutonnerie<br />
quand je passe devant l’hôpital<br />
je cherche toujours des yeux les pies sur la pelouse<br />
rien ne les distrait &#8211; elles filent par bonds à mi-monde</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.</span>Qui va là? &#8211; cette affreuse lumière anté-crépusculaire<br />
qui va là? &#8211; mon âme, le vent…<br />
quelques gouttes qui sont comme la transsubstantiation du temps<br />
qui va là?<br />
Qui va là, mon tocsin, mon petit renard -<br />
qui monte des déserts du temps?<br />
J’ai entonné ma complainte<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>j’ai poussé ma chansonnette<br />
disais-tu quand on voulait bien te payer pour entrer en scène<br />
qui va là &#8211; encore une charrette pleine de fantômes<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>encore un quadrille -<br />
mes pauvres pieds perclus d’ampoules n’en peuvent plus de danser<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;..</span>où sont les rondes d’autrefois?<br />
Même marcher devient difficile<br />
même supporter le poids infime du vent<br />
il était une fois un roi et son fils&#8230;<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>la chanson s’arrêtait toujours là<br />
se tenaient-ils sur une falaise<br />
se tenaient-ils sur un rempart -<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>l’histoire ne le dit pas<br />
mais le porteur de nouvelles était jeune<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>et voué au trépas<br />
qui va là? Le jour se relève et secoue ses cendres<br />
la terre a cent visages de lumière &#8211; - -</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>Ton château arrivait au bout du sentier<br />
et rien qu’un haillon sur le portail -<br />
était-ce un drapeau de misère ou d’espoir?<br />
Le musicien t’imaginait en train de chanter<br />
et le jongleur se voyait passer ses mains dans ton cou<br />
moi, je ne savais pas si tu serais silencieuse<br />
si tu rirais<br />
parce que je t’avais quittée petite et joyeuse<br />
tu avais des yeux qui ressemblaient à un feuillage doré<br />
et une peau fine<br />
tes lèvres répandaient une ombre bleue<br />
maintenant tu serais peut-être l’air lointain qui souffle de la lune<br />
et se moque du voyageur<br />
tu serais peut-être la terre lourde<br />
un lourd manteau<br />
appesanti de pluie -<br />
<span style="color: #ffffff"> </span> <span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>◊</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span>Toute une nuit obscure<br />
pour un moment de clarté<br />
et autant de douleurs pour le plaisir<br />
j’ai vu la lune et sa promesse<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>quand personne ne la voyait<br />
la ville gronde au lieu de dormir<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>les accents du violoncelle passent entre les côtes<br />
montent et descendent avec le sang<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>qui refuse de dormir</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>Les grues reviennent dans ce ciel bleu d’arrière-plan<br />
l’âme a fait des rêves!<br />
elle a suivi les yeux et toute la trôlée des sens<br />
elle se glisse dans les maisons roses<br />
les agite de son infini<br />
il y a alors du mystère qui s’allume aux fenêtres<br />
la porte vibre comme la peau du ventre<br />
les grues ont détrôné les autres oiseaux<br />
elles volent en formation à travers le jour<br />
sortes de fourmis aériennes<br />
des petits chemins se déroulent sur la pente des collines<br />
ou se tendent à la manière de cordes<br />
on peut sérieusement dire que les nuages nous trompent<br />
de arbres chargés de fruits naissent du soleil<br />
ils respirent silencieusement<br />
ils fendent la pensée silencieusement</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>Les persiennes grincent dans le soir<br />
il a pitié de nous<br />
il est beau de paraître ne pas vouloir finir<br />
les bandes d’oiseaux passent<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>quelques nuages aussi<br />
mais l’instant demeure<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>et l’or!        Le ciel habillé<br />
il a plu naguère<br />
la lumière avait été chassée<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..;&#8230;.</span>par un ciel pierreux<br />
comme une traînée peut l’être des quartiers nobles<br />
<span style="color: #ffffff">. &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>vers une périphérie pauvre et vile<br />
mais une cloche a annoncé son retour<br />
quelqu’un a sifflé dans le soir<br />
un amoureux attend sa belle<br />
les corps se trouveront plus tard<br />
sous le feuillage dense de la nuit<br />
il semble tenir le bourdon à tous les battants qui se ferment<br />
son coeur un peu alarmé<br />
a bu l’apaisement aux vastes couleurs<br />
à cette eau éclatante…</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span></p>
<p>Et le coeur ne s’ouvre pas…<br />
la nuit les trottoirs sont plus noirs que des gouffres<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>les lumières ont l’éclat de la glace<br />
le coeur devient l’intermittence même<br />
il pompe la vie et la non-vie<br />
il propulse la plus rouge des vies<br />
pour l’ouvrir des dents s’arrogent des droits<br />
des lames rêvent<br />
elles se mettent à rêver au moment où le soleil décline et qu’arrivent les                                         <span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>grands froids<br />
le coeur est un papillon qui meurt et renaît<br />
il n’a pas peur de vivre<br />
pour ouvrir il fallait appuyer<br />
comme le front contre le carreau<br />
comme la bouche s’appuie à la bouche<br />
quand le matin se lève la ville a repris ses mystères<br />
toutes traces effacées<br />
à cette heure-là ceux qui cherchent une réponse dans les bassins des<br />
<span style="color: #ffffff">. /&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>jardins publics<br />
trouvent un ciel déjà bien entamé<br />
parce que le monde a un coeur<br />
et que les hommes pèsent dessus de leur poids accablant<br />
on pourrait dire que l’hiver sort d’une saison usée elle aussi<br />
sarments secs grains gelés que mord le vent qui passe<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>deçà delà</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.</span><span style="color: #ffffff">.</span><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>pour C.V.</em><br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
</span>Horace est assis sur un banc<br />
Virgile descend acheter du raisin noir d’Alsace<br />
et Catulle dérive de café en café<br />
ce raisin donne un vin délicieux<br />
qui a la couleur de l’amour et des voyages<br />
la belle couleur de l’amitié aussi<br />
en le regardant remplir le verre<br />
on pense au passé, à la lointaine enfance, là-bas,<br />
au milieu des vignes,<br />
à la vie qui a produit son propre vin<br />
mûri par les soleils, condensé par le givre<br />
on voit des scènes de baisers, de départs dramatiques,<br />
quelqu’un siffle dans notre dos une ancienne mélodie<br />
il y a bel âge qu’elle nous charme les oreilles<br />
qu’elle chauffe le sang et le creux du ventre<br />
qui marche derrière nous?<br />
Un inconnu, sûrement, il ne se doute de rien,<br />
qu’il rallume un feu que l’on croyait éteint,<br />
nous nous suivons à peu de distance<br />
la nuit d’automne est inhospitalière<br />
tout survient bien trop vite<br />
mais quand on lève la tête à n’importe quelle heure du jour<br />
les vols d’oiseaux en route pour les douceurs de l’Afrique ou de l’orient<br />
nous ramènent le temps qui a fui<br />
qui fuit<br />
la mesure, l’ordre<br />
une certaine raison terrestre<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>et même plus-que-terrestre</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>pour Judith H.</em></p>
<p>Toi &#8211; le plus précieux &#8211; oiseau solitaire dans le ciel du soir<br />
mon regard te répond<br />
tu suis ton chemin sans jamais laisser de traces<br />
tu es l’heure, chaude et vive,<br />
tu es le vent<br />
car ta vie elle-même fait rage<br />
tu es comme un poing crispé en travers du ciel<br />
comme l’homme de Dieu monté à Béthel<br />
tu lances à corps perdu ta parcelle de nuit<br />
sommes-nous les sacrifiants ou les sacrifiés?<br />
L’or nous entour pour un moment encore…<br />
le même que celui  des moissons…<br />
toi qui rachètes en un instant ce qui nous emplit et nous vide<br />
qui rachètes l’immensité immobile autour de nous<br />
esquif aux mille naufrages,<br />
une prière fugace monte vers toi<br />
des lèvres de ceux qui ne peuvent plus prier<br />
ou qui n’ont su comprendre leur propre silence -<br />
peut-être es-tu un fruit de l’astre céleste<br />
ou une espèce d’ange inconnue<br />
qui fait de nous des inconnus<br />
et tels nous donne au monde…<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>◊◊◊</p>
<p>Tels il nous donna le monde</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>Ce qui frappe le promeneur certains soirs<br />
c’est le silence qui fige la ville<br />
et pourtant, le mouvement n’a pas cessé<br />
ici une suite d’automobiles ou un bus<br />
là des amoureux qui glissent le long des trottoirs<br />
à la terrasse des restaurants les serveurs se penchent vers les clients<br />
avec leurs saucières et leurs bouteilles de vin rouge<br />
mais le silence étend partout son empire<br />
un silence discret et un peu triste<br />
il exhale une odeur de pierre et de feuillage<br />
c’est un extra-terrestre descendu de la lune qui l’illumine<br />
et qu’il enveloppe en retour<br />
une marée profonde aussi<br />
un vaste lit en plumes de cygne noir<br />
le promeneur aimerait s’échapper<br />
au lieu de quoi il se laisse entraîner vers l’amour<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>vers l’enfance<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>◊</p>
<p>Il cherche une logique, des symétries<br />
mais tout est asymétrique.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span></p>
<p>Les mots sont comme des murs derrière lesquels s’étendent de frais jardins<br />
on entend le ruissellement des fontaines<br />
un oiseau s’est perché sur un branche et il chante<br />
à l’heure où le jour commence à pâlir<br />
parfois des cris d’enfants montent joyeusement dans l’air<br />
ou la voix d’une jeune fille toujours irrésistible<br />
s’ils pouvaient s’ouvrir<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>et laisser se sauver l’image captive!</p>
<p>Il faudrait donner la parole aux choses et aux animaux<br />
prendre en échange leur silence<br />
s’en remplir à la façon d’une coupe<br />
ou d’une maison qu’inonde la lumière<br />
notre monde serait alors le plus beau<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>le plus difficile de tous<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>◊◊</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span>Et parfois tu entends un tintement assourdi<br />
comme si une main agitait une clochette au bout du jardin</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>pour P.S. et l’inconnue (C.)</em></p>
<p>Tu m’as troué de ta lumière<br />
dont quelques flocons sont tombés ce soir à l’intérieur d’une cage d’os<br />
pour éclairer son oiseau rose, peut-être,<br />
et le consoler de devoir patienter encore avant de s’envoler…</p>
<p>L’été tu perces des fenêtres à ta maison<br />
et au commencement de l’hiver tu les bouches,<br />
gardien des troupeaux lumineux.<br />
La neige n’est pas plus fraîche que la peau de ta bien-aimée<br />
ses lèvres fermées gardent le secret<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>sous ses yeux profonds -<br />
Elle crépite de joie, l’entends-tu?<br />
maçon, menuisier, vigneron &#8211; - artisan de ta vie<br />
bâtisseur, destructeur<br />
si seulement il te restait un manteau!</p>
<p>Ce soir l’arbre a pris une forme noire<br />
c’est son secret sous le ciel.<br />
De ta fenêtre tu vois la mer qui recueille le jour.<br />
Tu es fidèle à un grand amour<br />
et l’amour &#8211; tu le sais &#8211; descend vers la terre<br />
comme la vapeur mouvant du matin<br />
ombre sur l’ombre</p>
<p>Le feu ne brûla pas longtemps<br />
en tout cas le saule était toujours là<br />
et la pierre en dessous.<br />
Voilà qui la trouva et remplit ses poches de pierres<br />
pour construire les murs:<br />
un homme en noir dans la neige.<br />
On vous racontera dix histoires là où vous n’en demandiez qu’une<br />
on vous parlera des âmes aussi familièrement que de bétail.<br />
Si vous écoutez bien vous entendrez encore la vieille chanson,<br />
les psaumes doux d’autrefois qui étaient des berceuses.<br />
Donne-moi une cigarette, frère, et un verre d’eau-de-vie<br />
pour que je brûle aussi<br />
que je noie de fumée et d’alcool les vieux chagrins.<br />
Nous danserons dans la neige,<br />
nous respirerons avec la neige<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>tout miraculeux  ◊◊◊</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>

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		</item>
		<item>
		<title>Ici &#8211; / Elena Andreyev</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/10/04/ici-elena-andreyev/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/10/04/ici-elena-andreyev/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 04 Oct 2010 04:39:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7988</guid>
		<description><![CDATA[ .
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ICI – 
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SCROLL FANTAISIE, II


 
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 Ici
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 Tous
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 encore
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 accrochés, chers, très chers
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 -
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 -
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 aimés au centre
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 et bien visés
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-
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-
.
courses
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-
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-
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-
.
on va reprendre des notes nature
.
quadrillé lilas
.
c’est quoi, ton style ?
 
 
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-
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-
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propulsion – vitamines.
.
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-
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nous hésitions à parler du ciel gras
.
-
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-
.
vitesse !
 
 
.
-
.
-
.
-
.
Oh !
.
-
.
Le toucher va l’amble, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> <span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>ICI – </strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</strong></p>
<p><em>SCROLL FANTAISIE, II</em></p>
<p><em><br />
</em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff"> </span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Ici</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Tous</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>encore<span id="more-7988"></span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>accrochés, chers, très chers</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>aimés au centre</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>et bien visés</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
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<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>courses</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
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<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>on va reprendre des notes nature</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>quadrillé lilas</p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>c’est quoi, ton style</em><em> </em><em>?</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>propulsion – vitamines.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>nous hésitions à parler du ciel gras</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>vitesse</em><em> </em><em>!</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Oh !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Le toucher va l’amble, reste</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>un muet</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>inutilisé : mort,</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>après tout…</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>-</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>oh  -</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>risque de péremption</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>On en est tous plus ou moins là.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>-</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>-</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>jolies jolies jolies</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>blanc désordre  de  montagne<span style="color: #ffffff"> </span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>permanentée</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>-</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>juste avant d’être en vie : peignoir</p>
<p><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff">.</span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.</span><br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><em>pour E.M., buveur de laid</em></p>

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		<item>
		<title>D&#8217;abord ceci puis cela / Nachoem M. Wijnberg</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/09/11/dabord-ceci-puis-cela-nachoem-m-wijnberg/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/09/11/dabord-ceci-puis-cela-nachoem-m-wijnberg/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 11 Sep 2010 21:16:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7811</guid>
		<description><![CDATA[&#8230;..
.
.
.
.
Eerst dit dan dat
&#8230;&#8230;.Schrijven, dan wachten;
wachten, dan schrijven;
&#8230;&#8230;.gedicht, dan afscheid,
dan op bezoek gaan.
&#8230;&#8230;.Verlangen, dan uitkiezen;
examen, dan wakker schrikken van examen;
&#8230;&#8230;.op bezoek gaan,
dan zijn huis uit sturen.
&#8230;&#8230;.Hij is bang weggerend,
komt vast niet meer terug.
&#8230;&#8230;.De nacht in zijn huis blijven wachten,
’s ochtends doen wat ik anders zou vergeten.
.
.

D&#8217;abord ceci puis cela
&#8230;&#8230;.Écrire, puis attendre ;
attendre, puis écrire ;
&#8230;&#8230;.poème, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff">&#8230;..</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p><em><strong>Eerst dit dan dat</strong></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>Schrijven, dan wachten;<br />
wachten, dan schrijven;<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>gedicht, dan afscheid,<br />
dan op bezoek gaan.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>Verlangen, dan uitkiezen;<br />
examen, dan wakker schrikken van examen;<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>op bezoek gaan,<br />
dan zijn huis uit sturen.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>Hij is bang weggerend,<br />
komt vast niet meer terug.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>De nacht in zijn huis blijven wachten,<br />
’s ochtends doen wat ik anders zou vergeten.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.</span><br />
</em></p>
<p><strong>D&#8217;abord ceci puis cela</strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>Écrire, puis attendre ;<br />
attendre, puis écrire ;<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>poème, puis adieu,<br />
puis rendre visite.</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>Désirer, puis choisir ;<br />
examen, puis réveil en sursaut à cause de l&#8217;examen ;<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>rendre visite,<br />
puis chasser de sa maison.</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>Il s&#8217;est enfui en courant,<br />
ne reviendra sûrement pas.<br />
<span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;.</span>Passer la nuit dans sa maison à attendre,<br />
faire au matin ce qu&#8217;autrement j&#8217;oublierais.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
<span id="more-7811"></span><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p><strong><em>Shotetsu over Shunzei en Teika</em></strong></p>
<p><em>Teika gaat op bezoek bij zijn vader Shunzei als diens vrouw,<br />
de moeder van Teika, gestorven is.</em></p>
<p><em>Het is herfst geworden en er waait een harde koude wind.<br />
Shunzei ziet er bedroefd en verloren uit.</em></p>
<p><em>Als hij in zijn eigen huis terug is schrijft Teika dat de wind<br />
verlangt naar wie er niet meer is.</em></p>
<p><em>Shunzei antwoordt dat het herfst geworden is, dat een koude wind waait,<br />
dat hij nog steeds huilt van verdriet.</em></p>
<p><em>Shotetsu zegt dat hij niet hoeft uit te leggen waarom het gedicht<br />
dat Teika schrijft pijn doet.</em></p>
<p><em>Omdat Shunzei oud is en aan zijn zoon schrijft wil hij niet zeggen<br />
dat hij niet meer verder kan;</em></p>
<p><em>daarom zegt hij dat het herfst is en dat de wind koud is.<br />
Een moeilijk en goed gedicht.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">..</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"><br />
</span></em></p>
<p><strong>Shotetsu à propos de Shunzei et de Teika</strong></p>
<p>Teika rend visite à son père Shunzei dont la femme,<br />
la mère de Teika, est morte.</p>
<p>L&#8217;automne est arrivé et il souffle un vent fort et froid.<br />
Shunzei a l&#8217;air triste et perdu.</p>
<p>De retour dans sa propre maison, Teika écrit que le vent<br />
soupire après quelqu&#8217;un qui n&#8217;est plus.</p>
<p>Shunzei répond que l&#8217;automne est arrivé, qu&#8217;il souffle un vent froid,<br />
que le chagrin le fait encore pleurer.</p>
<p>Shotetsu dit qu&#8217;il n&#8217;a pas besoin d&#8217;expliquer pourquoi le poème<br />
écrit par Teika fait mal.</p>
<p>Parce que Shunzei est vieux et qu&#8217;il écrit à son fils, il ne veut pas dire<br />
qu&#8217;il ne peut plus continuer ;</p>
<p>voilà pourquoi il dit que c&#8217;est l&#8217;automne et que le vent est froid.<br />
Ce poème est difficile et bon.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<!--more--><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p><strong><em>Shotetsu en Shinkei</em></strong></p>
<p><em>Omdat Shotetsu niet lacht vertelt Shinkei een andere grap, nog een grap en nog een, alsof Shinkei ouder is dan hij, zegt Shotetsu.</em></p>
<p><em>Shotetsu zegt dat Shinkei gedichten kapot maakt met regels als: het stormt in het donker, de maan wordt uitgespuugd.</em></p>
<p><em>Shotetsu is precies en stil, voor of na wat Shinkei doet, maar dat is niet wat maakt dat Shinkei een minder goed dichter dan Shotetsu is.</em></p>
<p><em>Shinkei zegt over de dertig jaar dat hij zijn gedichten aan Shotetsu kon laten lezen: toen Shotetsu nog leefde liet hij vaak merken dat hij mijn werk alleen maar slechter vond worden, maar achteraf herinner ik mij geen keer dat hij iets tegen mij zei die niet als een cadeau was op een dag dat ik de hoop op een cadeau opgegeven had.</em></p>
<p><em>Eerder schreef Du Fu dat diep in de nacht een berg de maan uitspuugt en Huang Tingjian dat de zon ’s ochtends een vuurrood bos uitspuugt.</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Shotetsu et Shinkei</strong></p>
<p>Comme Shotetsu ne rit pas, Shinkei raconte une autre histoire drôle, puis encore une et encore une autre, comme si Shinkei était plus âgé que lui, dit Shotetsu.</p>
<p>Shotetsu dit que Shinkei gâche des poèmes avec des vers tels que : la tempête fait rage dans la nuit, la lune se fait recracher.</p>
<p>Shotetsu est précis et silencieux, avant ou après ce que fait Shinkei, mais ce n&#8217;est pas cela qui fait que Shinkei est moins bon poète que Shotetsu.</p>
<p>Shinkei dit à propos des trente années où il a pu lire ses poèmes à Shotetsu : quand il vivait encore, Shotetsu ne cachait pas qu&#8217;il trouvait mon travail de plus en plus mauvais, mais après coup je ne me souviens pas qu&#8217;il ne m&#8217;ait jamais dit une chose qui ne soit pas comme un cadeau offert un jour où j&#8217;avais abandonné tout espoir de cadeau.</p>
<p>Auparavant Du Fu a écrit qu&#8217;au cœur de la nuit une montagne recrache la lune et Huang Tingjian que le soleil au matin recrache une forêt couleur de feu.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p><strong><em>Einde van het bezoek</em></strong></p>
<p><em>Loop met je mee,<br />
kan afscheid van je nemen wanneer je wilt.</em></p>
<p><em>Ben hoogstens bang dat ik niet nog een keer wil zien<br />
wat ik samen met jou zag toen je kort op bezoek was.</em></p>
<p><em>Moet teruglopen langs een andere weg, die ik niet ken;<br />
zou mij verbazen als ik in mijn huis sta voordat het donker is.</em></p>
<p><em>Ben hoogstens bang dat ik het op een dag niet meer uithoud<br />
te luisteren naar muziek die ik ken.</em></p>
<p><em>Je hoeft niet te wachten, je gaat weg en mag zeggen<br />
wanneer afscheid genoeg is.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.</span><br />
</em></p>
<p><strong>Fin de la visite</strong></p>
<p>Vais faire un bout de chemin avec toi,<br />
peux te faire des adieux quand tu veux.</p>
<p>Ai tout juste peur que je n&#8217;aurai plus envie de revoir<br />
ce que j&#8217;ai vu avec toi pendant ta courte visite.</p>
<p>Dois rentrer par un autre chemin, que je ne connais pas ;<br />
serais étonné si j&#8217;étais de retour dans ma maison avant la nuit.</p>
<p>Ai tout juste peur qu&#8217;un beau jour je ne tiendrai plus<br />
à écouter la musique que je connais.</p>
<p>Tu n&#8217;es pas obligé d&#8217;attendre, tu pars et peux toujours dire<br />
quand les adieux suffisent.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p><strong><em>Su Dongpo leest gedichten van Meng Jiao en wil niet zo schrijven</em></strong></p>
<p><em>Meng Jiao heeft goede gedichten geschreven, maar was niet goed genoeg in wat hij probeerde; hij had beter iets anders kunnen proberen. Wie heeft genoeg tijd om dat soort gedichten te lezen?</em></p>
<p><em>De dag is koud en kort; tot rust komen als het donker wordt,<br />
maar het lukt hem niet.</em></p>
<p><em>Zij komen om hem heen staan, schreeuwen naar elkaar<br />
dat het hem niet gelukt is.</em></p>
<p><em>Hoe vrijgevig kan hij zijn<br />
om hieruit te komen?</em></p>
<p><em>De maan in tweeën gescheurd<br />
en nog een keer, als een blad papier.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span><br />
</em></p>
<p><strong>Su Dongpo lit des poèmes de Meng Jiao et ne veut pas écrire comme lui</strong></p>
<p>Meng Jiao a écrit de bons poèmes, mais n&#8217;était pas assez bon dans ce qu&#8217;il essayait de faire ; il aurait mieux fait d&#8217;essayer autre chose. Qui trouve encore le temps de lire ce genre de poèmes ?</p>
<p>Le jour est froid et court ; trouver la paix quand il commence à faire noir,<br />
mais il n&#8217;y arrive pas.</p>
<p>Ils viennent se mettre autour de lui, se crient l&#8217;un à l&#8217;autre<br />
qu&#8217;il n&#8217;y est pas arrivé.</p>
<p>Jusqu&#8217;où se montrer généreux<br />
pour s&#8217;en sortir ?</p>
<p>La lune déchirée en deux<br />
et encore une fois, comme une feuille de papier.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span><br />
<strong><em>Politiek als beroep, zegt Max Weber</em></strong></p>
<p><em>Gedichten zijn nutteloos om de wereld te besturen,<br />
zegt Huang Tingjian, wiens gedichten wonderlijk zijn als ze lukken.<br />
Als het een doen beter is dan het ander, als ze allebei goed gedaan worden,<br />
is iets doen wat op het een lijkt beter dan iets wat op het ander lijkt?<br />
Kan ik dat niet korter zeggen?<br />
Een gedicht verspilt toch niet.<br />
Nu kom ik pas bij het belangrijkere probleem:<br />
genoegen nemen met wat op het betere lijkt omdat het op het betere lijkt?<br />
Af en toe doe ik alsof ik iets goed kan, zegt Su Dongpo,<br />
zoals iets waaraan ik meteen daarna opnieuw moet beginnen.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"><br />
</span></em></p>
<p><strong>La politique comme profession, dit Max Weber</strong></p>
<p>Les poèmes sont inutiles pour gouverner le monde,<br />
dit Huang Tingjian, dont les poèmes sont étonnants quand ils sont réussis.<br />
Quand faire une chose est mieux qu&#8217;en faire une autre, quand toutes les deux sont bien faites,<br />
faire quelque chose qui ressemble à l&#8217;une est-ce mieux que faire quelque chose qui ressemble à l&#8217;autre ?<br />
Ne pourrais-je être plus bref ?<br />
Pas de gaspillage dans un poème.<br />
J&#8217;en arrive maintenant à un problème plus important :<br />
se satisfaire de ce qui ressemble à ce qui est mieux parce que cela ressemble à ce qui est mieux ?<br />
De temps à autre je fais comme si je savais bien faire quelque chose, dit Su Dongpo,<br />
comme une chose que je dois recommencer dès que finie.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
?<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span><br />
<strong><em>Mogen zeggen</em></strong></p>
<p><em>Bang niet meer om te kunnen gaan<br />
met wie niet weet wie ik ben<br />
zonder te schreeuwen wie ik ben.<br />
Ben jij dan iemand die ik mag zeggen?</em></p>
<p><em>De eerste dag gaf ik de dag op,<br />
de tweede dag de nacht,<br />
de derde dag alles behalve<br />
ik mogen zeggen.</em></p>
<p><em>De vierde dag werd mijn verlangen wanhopig.<br />
Een stem zei: je bent niet sterk genoeg om met mij alleen te blijven.<br />
Ik zei: daarom wil ik het.<br />
Gehoord.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span><br />
</em></p>
<p><strong>Pouvoir dire</strong></p>
<p>Peur de ne plus savoir comment faire<br />
avec quelqu&#8217;un qui ne sait pas qui je suis<br />
sans crier qui je suis.<br />
Et toi, est-tu quelqu&#8217;un qui peut dire je ?</p>
<p>Le premier jour, j&#8217;ai renoncé au jour,<br />
le deuxième jour, à la nuit,<br />
le troisième jour, à tout sauf<br />
pouvoir dire je.</p>
<p>Le quatrième jour mon désir est devenu sans espoir.<br />
Une voix m&#8217;a dit : tu n&#8217;es pas assez fort pour rester seul avec moi.<br />
J&#8217;ai dit : c&#8217;est pourquoi je le veux.<br />
Entendu.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
/</span></p>
<p><strong><em>Renpaard</em></strong></p>
<p><em>Neuken, eten en slapen. Op de deur van zijn stal<br />
een bord met zijn naam en de wedstrijden die hij zag winnen<br />
en wat hij verder zag, verteld dat hij goed genoeg was<br />
om mee te blijven doen, en nu: neuken, eten en slapen.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
?<br />
</span><br />
</em></p>
<p><strong>Cheval de course</strong></p>
<p>Baiser, manger et dormir. Sur la porte de son box<br />
une plaque avec son nom et les courses qu&#8217;il a vu remporter<br />
et ce qu&#8217;il a vu d&#8217;autre encore, s&#8217;est entendu dire qu&#8217;il était assez bon<br />
pour rester dans le coup, et maintenant : baiser, manger et dormir.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span><br />
<strong><em>Toen hij verdween</em></strong></p>
<p><em>Krachtige maar ingehouden stijl,<br />
alsof je naar iemand toeloopt,<br />
hij in het vroege zonlicht,<br />
jij nog omhuld door mist.</em></p>
<p><em>Hij verdween toen hij<br />
achter iemand aan liep,<br />
een diepe vallei in,<br />
gevuld met mist.</em></p>
<p><em>Het is het een of het ander.<br />
Kies wat je wilt.<br />
Was het zomer of winter?<br />
Zag je hem toen hij verdween?</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span><br />
</em></p>
<p><strong>Quand il a disparu</strong></p>
<p>Style puissant mais retenu,<br />
comme si tu marchais vers quelqu&#8217;un<br />
lui dans la lumière du matin,<br />
toi encore enveloppé de brume.</p>
<p>Il a disparu quand il<br />
a suivi quelqu&#8217;un<br />
dans une vallée profonde,<br />
remplie de brume.</p>
<p>C&#8217;est l&#8217;un ou l&#8217;autre.<br />
Choisis ce que tu veux.<br />
Était-ce l&#8217;été ou l&#8217;hiver ?<br />
L&#8217;as-tu vu quand il a disparu ?<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p><strong><em>Eerst dit dan dat</em></strong></p>
<p><em>Allebei de schoenen?<br />
Een schoen doe je uit<br />
als een vrouw bij je op bezoek komt<br />
en je niet met haar wilt trouwen.</em></p>
<p><em>Eerst stilte, dan uitleg;<br />
eerst duidelijk, dan verbazend;<br />
eerst de rechterschoen, dan de linkerschoen,<br />
dan de linkersok, dan de rechtersok.</em></p>
<p><em>Is er iemand die daarover geen gedicht zou willen schrijven?<br />
Er is nog iets wat ik niet moet vergeten te doen, maar ik hoef er nu niet aan te denken.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span><br />
</em></p>
<p><strong>D&#8217;abord ceci puis cela</strong></p>
<p>Les deux chaussures ?<br />
Une chaussure, ça s&#8217;enlève<br />
quand une femme vient vous rendre visite<br />
et que vous ne voulez pas l&#8217;épouser.</p>
<p>D&#8217;abord un silence, puis une explication ;<br />
d&#8217;abord claire, puis surprenante ;<br />
d&#8217;abord la chaussure droite, puis la chaussure gauche,<br />
puis la chaussette gauche, puis la chaussette droite.</p>
<p>Y a-t-il quelqu&#8217;un qui ne voudrait pas écrire de poème à ce sujet ?<br />
Il reste une chose que je ne dois pas oublier de faire, mais je n&#8217;ai pas besoin d&#8217;y penser maintenant.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
/</span></p>
<p><strong><em>Kreeg hij dit werk omdat hij onbeleefd geweest is?</em></strong></p>
<p><em>Zijn nieuwe benoeming: regeren over de kinderen van een provincie. Hij zegt dat hij elke dag minstens een uur niet gestoord wil worden, zoals wanneer hij ziek is. Als zij dat voor hem doen brengt hij hen aan het lachen door een heuvel op te strompelen en weer naar beneden te rollen. Zij klappen in hun handen alsof ze hem afscheid van iemand hebben zien nemen.</em></p>
<p><em>Doen wat hij kan<br />
omdat hij het niet zou uithouden<br />
het niet te doen</em></p>
<p><em>Bezig zijn met waaraan iets te doen is,<br />
oud en zonder macht<br />
dit nog steeds willen.</em></p>
<p><em>De gedichten die hij niet uithield niet te schrijven<br />
niet hoeven voltooien,<br />
maar er ook niet mee op mogen houden.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span><br />
</em></p>
<p><strong>A-t-il obtenu ce travail parce qu&#8217;il a été impoli ?</strong></p>
<p>Sa nouvelle fonction : gouverner les enfants d&#8217;une province. Il dit qu&#8217;il ne veut pas être dérangé pendant au moins une heure chaque jour, comme lorsqu&#8217;il est malade. Quand ils font cela pour lui, il les fait rire en grimpant péniblement au sommet d&#8217;une colline puis en se laissant rouler vers le bas. Ils battent des mains comme s&#8217;ils l&#8217;avaient vu faire ses adieux à quelqu&#8217;un.</p>
<p>Faire ce qu&#8217;il peut<br />
parce qu&#8217;il ne supporterait pas<br />
de ne pas le faire.</p>
<p>S&#8217;occuper de ce à quoi il peut encore travailler<br />
vieux et sans autorité<br />
encore vouloir cela.</p>
<p>Les poèmes qu&#8217;il ne supportait pas de ne pas écrire,<br />
ne pas devoir les terminer,<br />
mais ne pas avoir le droit d&#8217;arrêter.<br />
<span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span><br />
<em>Su Dongpo</em></p>
<p><em>Su Dongpo maakt zijn eigen wijn.<br />
Wie de wijn drinkt heeft een week later nog last van zijn maag.</em></p>
<p><em>Su Dongpo maakt zijn eigen inkt uit roet,<br />
verbrandt dit, verbrandt dat, en bijna het huis waarin hij woont.</em></p>
<p><em>Su Dongpo maakt zijn eigen medicijn om niet dood te gaan.<br />
Hij windt zich toch te snel op om niet dood te hoeven gaan.</em></p>
<p><em>Proberen aan een kalm landschap te denken waarin hij staat en rondkijkt.<br />
Misschien bestaat dat landschap, maar proberen helpt toch niet daarheen te komen.</em></p>
<p><em>Niet bitter worden om wat afgenomen is, maar ook niet vergeten wat afgenomen is.<br />
Wat afgenomen is verdient beter.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
</span><br />
</em></p>
<p><em><br />
</em><br />
<strong>Su Dongpo</strong></p>
<p>Su Dongpo fabrique son propre vin.<br />
Qui boit de ce vin aura l&#8217;estomac détraqué pendant une semaine.</p>
<p>Su Dongpo fabrique sa propre encre à base de suie,<br />
brûle ceci, brûle cela, et presque la maison où il habite.</p>
<p>Su Dongpo fabrique sa propre médecine pour ne pas mourir.<br />
Mais il s&#8217;énerve trop facilement pour ne pas devoir mourir.</p>
<p>Essayer de penser à un calme paysage où il se tient et regarde autour de lui.<br />
Ce paysage existe peut-être, mais essayer ne permet pas d&#8217;y entrer.</p>
<p>Ne pas se laisser aigrir par ce qui a été enlevé, mais ne pas oublier ce qui a été enlevé.<br />
Ce qui a été enlevé mérite mieux.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p>poèmes extraits de</p>
<p>Eerst dit dan dat (2004)<br />
[D'abord ceci puis cela]</p>
<p>traduits par Hans Hoebeke</p>

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		</item>
		<item>
		<title>Isabelle Garron / Corps Fut (extrait)</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/09/05/isabelle-garron-corps-fut-extrait/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/09/05/isabelle-garron-corps-fut-extrait/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 05 Sep 2010 20:20:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7790</guid>
		<description><![CDATA[.
.
.
.
.
plus tard .plus vite encore   .un matin de course
par la cheville dans l’automne achevé
.
plus tard donc en un crac
.
fixant tel le vent  mon genou à terre  son point d’arrêt
l’espace nouveau fut donc comme ouvert
.
–suivi par ma claudication
.
puis à l’écoute des talons sur cette scène nous revoir
nous exclamer  .ensemble  –chantons !  dansons
.
faisons feu  .feu &#38;fi du miracle !
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
faisons fi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>plus tard .plus vite encore   .un matin de course</p>
<p>par la cheville dans l’automne achevé</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>plus tard donc en un crac</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>fixant tel le vent  mon genou à terre  son point d’arrêt</p>
<p>l’espace nouveau fut donc comme ouvert</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>–suivi par ma claudication</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>puis à l’écoute des talons sur cette scène nous revoir</p>
<p>nous exclamer  .ensemble  –chantons !  dansons</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>faisons feu  .feu &amp;fi du miracle !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<span id="more-7790"></span><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>faisons fi du miracle  s’il vous plait  -chantons  sur le retour</p>
<p>sois d’ironie .sois blessée  &#8211; en chemin  .banc</p>
<p>après banc .traversant  dans les clous</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>humant les rôtissoires sur le pas</p>
<p>des boucheries fi</p>
<p>du miracle !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span></p>
<p>moi en sueur  .identique à cette heure dont je</p>
<p>parle je pus  n’avancer</p>
<p>qu’un corps</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>un corps après l’autre</p>
<p><em>a fool</em>] qui de temps</p>
<p>en temps renâclait</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>en plein air et à zone</p>
<p>trop découverte</p>
<p>aussi</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p>je passais alors devant le plancher d’un fou</p>
<p>exposé sur un mur d’hôpital et</p>
<p>lacéré de paroles</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>de même je lisais chaque jour</p>
<p>au sol le merveilleux <em>ancien </em></p>
<p><em>lit de bras mort </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span></em></p>
<p>tu sembles d’ailleurs tu continues de marcher</p>
<p>sur ce cours d’eau enseveli</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>nous sommes en septembre et d’ici</p>
<p>à la fin de toute idylle</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>il n’y a toujours qu’un pas</p>
<p>une pie  .des tons ocres</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>un besoin de hurler aussi</p>
<p>dans le paysage</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</span>un pas puis un autre fut donc fait .au feu</p>
<p>toute ! à gauche ! lorsque nos</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>vœux furent formés .les lacets noués</p>
<p>au risque d’entrevoir</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>la forme d’un poème au creux des babils</p>
<p>de toi à mon oreille .à l’heure</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>du coucher soudain  celui-ci fit loi  .nous</p>
<p>changiions de registre : le vrai</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p>.avais sans doute su</p>
<p>ou bien cru savoir</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>–et déposer au bord de</p>
<p>quelque sommet</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>le e du mort le fi</p>
<p>du miracle</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>sans partition ni</p>
<p>voix ni jour</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>ni petite fée</p>
<p>ni rien</p>
<p><span style="color: #ffffff">..<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p>puis tu vins toi un peu Hopi  .lune interposée</p>
<p>et fille nue dans ton rituel fatigué</p>
<p>tu fis ce signe</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>par alliance dis</p>
<p>crète . oh !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>comme il</p>
<p>me fal</p>
<p>lut te</p>
<p>trou</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>ver !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p>oh !  signe de personne et sa définition – alors</p>
<p>que des trombes te gardaient</p>
<p>impassible  .alors</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>que tu psalmodiais au cadran</p>
<p>un texte de secrets –la</p>
<p>poupée  elle aussi</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>vint –déplaçant les formes</p>
<p>les chiffons .les</p>
<p>paravents  .la</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Chine</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span></p>
<p>sa mélodie au trait  .la ligne colportée</p>
<p>rouge .semblant issue</p>
<p><span style="color: #ffffff">. </span></p>
<p>il me faut l’écrire</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>d’autres couleurs et</p>
<p>vues de fleuves</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>au cœur du motif</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>tous larges .chargés</p>
<p>d’embarcations</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>de commerce</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>de longues peines</p>
<p>et de chants</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>communs</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span><br />
ainsi descendant le Niger</p>
<p>humeurs premières</p>
<p>furent celles</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>d’un corps-poème</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.</span>Isabelle Garron 2010</p>
<p>Extrait de <em>Corps Fut</em>, à paraître  en 2011, dans la collection Poésie Flammarion</p>

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		</item>
		<item>
		<title>Dix Poèmes / Erik Lindner</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/08/26/dix-poemes-erik-lindner/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/08/26/dix-poemes-erik-lindner/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 26 Aug 2010 06:50:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7751</guid>
		<description><![CDATA[Erik Lindner, Dix poèmes (trad. Kim Andringa)
.


 
Bomen buigen weg van de kust
voor het huis schuift een steiger
.

de rechte gevel en rechte steiger
zijn bomen die naar je wuiven
.

het huis vanuit een rijdende tram
helt in de wind die van zee komt
.

je buigt je hoofd onder de steiger
kijkt naar buiten als je thuis bent.
.
.


Des arbres s’écartent de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Erik Lindner, Dix poèmes (trad. Kim Andringa)</strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff"><br />
</span></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><em>Bomen buigen weg van de kust</em></p>
<p><em>voor het huis schuift een steiger</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>de rechte gevel en rechte steiger</em></p>
<p><em>zijn bomen die naar je wuiven</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>het huis vanuit een rijdende tram</em></p>
<p><em>helt in de wind die van zee komt</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>je buigt je hoofd onder de steiger</em></p>
<p><em>kijkt naar buiten als je thuis bent.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p>Des arbres s’écartent de la côte</p>
<p>un échafaudage se glisse devant la maison</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>façade droite et échafaudage droit</p>
<p>sont des arbres qui te saluent</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>la maison depuis un tram en marche</p>
<p>se penche dans le vent du large</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>tu baisses la tête sous l’échafaudage</p>
<p>tu vois dehors une fois chez toi.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span id="more-7751"></span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p>I</p>
<p><em>Een wit paard, de voorpoten aan elkaar gebonden</em></p>
<p><em>hinkt vooruit</em></p>
<p><em>naar een muur van betonblokken, dichtbegroeide rails</em></p>
<p><em>bergen buiten de stad</em></p>
<p><em>treinstellen naast het spoor</em></p>
<p><em>hoog naast het veld gloeit een lasvlam op een balkonhek</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>een man op een muurtje masseert de nek van de man</em></p>
<p><em>die naast hem zit</em></p>
<p><em>een koord spant langs de voegen tussen stenen</em></p>
<p><em>ritmisch knerpt het zadel op het stapvoets lopend dier</em></p>
<p><em>de stofwolk nadat een auto voorbijrijdt</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>hoe je de stad ook uit loopt, je keert terug langs de rivier</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span></em><em><span style="color: #ffffff;">.</span></em></p>
<p>I</p>
<p>Un cheval blanc, pieds de devant entravés,</p>
<p>avance en claudiquant</p>
<p>vers un mur de blocs de béton, rails envahis d’herbes</p>
<p>montagnes au-delà de la ville</p>
<p>wagons à côté des voies</p>
<p>Au-dessus du terrain une flamme à souder brûle sur un balcon</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>un homme sur un muret masse la nuque de l’homme</p>
<p>assis auprès de lui</p>
<p>une corde se tend le long des joints entre des pierres</p>
<p>sur l’animal au pas la selle grince en cadence</p>
<p>le nuage de poussière quand une voiture est passée</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>par où qu’on quitte la ville, on longe le fleuve au retour</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p>II</p>
<p><em>Jongens rennen langs de weg hun ellebogen in de zij</em></p>
<p><em>onderarmen breeduit zwaaiend</em></p>
<p><em>door een megafoon schalt het gebed over de daken</em></p>
<p><em>op een veld staat een stoel voor het doel</em></p>
<p><em>met tegenwind trekt een kabelliftje de berg op</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>een vrouw veegt de vloer van de onafgebouwde woning</em></p>
<p><em>waar haar was uithangt</em></p>
<p><em>strijkt het vuil langs groeven de tuin in</em></p>
<p><em>en buigt voorover aan de rand van het beton</em></p>
<p><em>als tegen de bergwand een steen weerkaatst</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>de plek waar de kogel het water raakt</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>de lasso om de nek van het paard valt</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>de hoeven hard op de oever slaan.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></em></p>
<p>II</p>
<p>Des garçons courent le long de la route coudes serrés</p>
<p>large balancement des avant-bras</p>
<p>un mégaphone déverse les prières sur les toits</p>
<p>sur un terrain de foot il y a une chaise devant la cage</p>
<p>un funiculaire grimpe la montagne contre le vent</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>une femme balaie le sol du logement inachevé</p>
<p>où est étendu son linge</p>
<p>pousse la poussière dans le jardin le long des rainures</p>
<p>et se penche au bord du béton</p>
<p>quand une pierre ricoche contre la montagne</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>l’endroit où la balle touche l’eau</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>le lasso tombe sur le cou du cheval</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>les sabots frappent fort la rive.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><em>Drie ranke hoge bomen voor een laan</em></p>
<p><em>bladeren buitelen er over de grond</em></p>
<p><em>vogeltjes schieten los uit de struiken</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>een man loopt met een lijst op de schouder</em></p>
<p><em>zijn arm steekt er doorheen</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>de draaiende ventilator bij het open raam</em></p>
<p><em>de gordijnen die over het kleed waaien</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>over de helft van de vierkante kamer</em></p>
<p><em>wiegt het licht van een vissenkom.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"><br />
</span></em></p>
<p>Trois arbres élancés pour une avenue</p>
<p>des feuilles y tourbillonnent sur le sol</p>
<p>des oiseaux s’éjectent des buissons</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>un homme marche un cadre sur l’épaule</p>
<p>son bras passe à travers</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>le ventilateur en marche près de la fenêtre ouverte</p>
<p>les rideaux qui s’envolent sur le tapis</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>sur la moitié de la pièce carrée</p>
<p>vacille le reflet d’un bocal à poissons.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">..</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>Zand welt op van de bodem voor de golf omslaat.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span></em><em>Surfers plat op hun buik op de plank</em></p>
<p><em>peddelen door repen schuim.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>Een draaikolk volgt de wand voor het strand</em></p>
<p><em>en de wind wijst de kustlijn verder langs, fixeert</em></p>
<p><em>het ongestreken laken van de zee</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>de moes die ronddraait. Drie bomen</em></p>
<p><em>op de heuvel aan de kust, de begroeide zandgrond</em></p>
<p><em>de glimmende naalden, de varens, het gras</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>en het berglandschap erachter zakt omlaag</em></p>
<p><em>de brokkelend blauwe laag van zee, de weg</em></p>
<p><em>gepoetste wolken, de einder die omhoogtrekt.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff"> </span>Herstel wat veraf is. Onderdruk wat</em></p>
<p><em>vooraan staat. Kiept het kantelraam</em></p>
<p><em>en duikelt de kijker in de tuin.</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Le sable s’élève du sol avant que la vague déferle.</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Des surfeurs à plat ventre sur la planche</p>
<p>pagaient dans des bandes d’écume.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Un tourbillon suit la paroi avant le rivage</p>
<p>et le vent prolonge  le contour de la côte, fixe</p>
<p>le drap froissé de la mer</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>bouillie qui tourne. Trois arbres</p>
<p>sur la colline du littoral, la végétation de sable</p>
<p>les aiguilles brillantes, les fougères, l’oyat</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>et le paysage montagneux derrière se couche</p>
<p>la couche de mer bleue qui s’effrite, les</p>
<p>nuages gommés, l’horizon qui s’élève.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Répare ce qui est loin. Réprime ce qui</p>
<p>est devant. La fenêtre bascule</p>
<p>et le regard dégringole dans le jardin.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>De monteur opent het hekwerk van de liftkooi</em></p>
<p><em>klikt met de sleutelhanger in zijn handpalm</em></p>
<p><em>tegen de magneet van de deurpost tot de lift komt</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>hij trekt de teugels vast loopt de trap op</em></p>
<p><em>daar passeert hem kuit en knie wil hij terug loopt door</em></p>
<p><em>klimt omlaag en denkt de komende en gaande –</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>hij tikt over haar billen met een blindenstok</em></p>
<p><em>als ze naast hem bijna slaapt in het gras</em></p>
<p><em>het kind door de vijver waadt de bomen verderop</em></p>
<p><em>voor het weiland staan het klokken van de fles</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>ze haalt een deken uit de auto en vouwt die open</em></p>
<p><em>maakt op het terrein een draai en een spagaat</em></p>
<p><em>dan valt de deken voor haar enkels neer</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>als bij dezelfde bomen</em></p>
<p><em>een ruiter aan komt lopen</em></p>
<p><em>en met wijd gespreide armen</em></p>
<p><em>de paardenkoppen uit elkaar houdt.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Le mécanicien ouvre la grille de la cage d’ascenseur</p>
<p>et fait cliquer le porte-clés dans sa main</p>
<p>contre la gâche en attendant l’ascenseur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>il serre les sangles il monte l’escalier</p>
<p>où le doublent genou et mollet il veut revenir avance</p>
<p>descend il pense le partant l’arrivant –</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>il tapote ses fesses avec une canne d’aveugle</p>
<p>quand elle s’endort dans l’herbe près de lui</p>
<p>l’enfant patauge dans l’étang plus loin les arbres</p>
<p>se dressent devant le pré le glouglou de la bouteille</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>elle sort une couverture de la voiture et la déplie</p>
<p>fait une pirouette sur le terrain et un grand écart</p>
<p>puis la couverture s’étale devant ses pieds</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>quand près des mêmes arbres</p>
<p>un cavalier s’approche</p>
<p>et les bras grands écartés</p>
<p>sépare les têtes des chevaux.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>Een tekenaar propt bomen in de straat. Krantenrek in fietsenstalling.</em></p>
<p><em>Erker en trapportaal. Hoek en boog worden uitgegumd in steen.</em></p>
<p><em>Een man die zijn kind de trap op draagt. Een zwarte zomerjurk</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>aan een knaapje tegen de muur op het balkon. Ruggelings</em></p>
<p><em>de vissers op banken aan het kanaal, schouders en hoofden</em></p>
<p><em>boven een lage muur. Onder de poort op het eind van de straat</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>liggen uitgevouwen dozen met bandensporen. Brievenbussen</em></p>
<p><em>zijn rood, dakgoot – de tekenaar breekt zijn potlood. Vijf</em></p>
<p><em>gekromde tanden van een hooivork prijken naar de hemel</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>boven de straat. Wandelaar die tegen tegels praat. Kinderen</em></p>
<p><em>met ellebogen op het raamkozijn. Schors dat van de stammen</em></p>
<p><em>waait. In een handomdraai draait een fietser zijn stuur..</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Un dessinateur entasse des arbres dans la rue. Porte-revues dans un range-vélos.</p>
<p>Loggia et palier. Angle et arche sont gommés dans la pierre.</p>
<p>Un homme porte son enfant dans l’escalier. Une robe d’été noire</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>sur un cintre contre le mur sur le balcon. De dos</p>
<p>les pêcheurs sur les bancs au bord du canal, épaules et têtes</p>
<p>au-dessus d’un muret. Sous la porte au bout de la rue</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>des cartons dépliés avec des traces de pneus. Les boîtes aux lettres</p>
<p>sont rouges, gouttière –  le dessinateur casse son crayon. Cinq</p>
<p>dents courbes d’une fourche pointent vers le ciel</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>au-dessus de la rue. Promeneur parlant aux dalles. Enfants</p>
<p>accoudés à la fenêtre. Bouts d’écorce emportés par le</p>
<p>vent. En un tour de main un cycliste tourne son guidon.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>Een kleine vrouw houdt een paraplu hoog boven haar hoofd</em></p>
<p><em>je houdt stil om iets op te schrijven en iemand botst tegen je op</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>een vrouw raakt haar paraplu kwijt en holt er achteraan</em></p>
<p><em>de paraplu kantelt over straat</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>alsof de wind en ik dezelfde zijn</em></p>
<p><em>alsof een paraplu een boot op het wegdek is</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>een muur hakt een stuk in de lucht</em></p>
<p><em>er valt regen in je notitieboek</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>een meisje vraagt je de weg</em></p>
<p><em>vertel je die dan raak je haar kwijt.</em><br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Une petite femme tient un parapluie haut au-dessus de sa tête</p>
<p>tu t’arrêtes pour prendre des notes et quelqu’un te bouscule</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>une femme perd son parapluie et le poursuit en courant</p>
<p>le parapluie dévale la rue</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>comme si le vent et moi n’étions qu’un</p>
<p>comme si un parapluie était un bateau sur la chaussée</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>un mur taille un bout du ciel</p>
<p>la pluie tombe sur ton carnet</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>une fille te demande son chemin</p>
<p>si tu lui dis tu la perdras.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>Bij de tramhalte houdt hij de bal tussen zijn knieën</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><em>ze wijst van het midden van de straat naar de rand</em></p>
<p><em>hij houdt de bal in een netje aan zijn hand</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>op het raam staat een telefoonnummer</em></p>
<p><em>in de kooi voor het raam een plant</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>haar slapende hoofd op tafel</em></p>
<p><em>een haarlok over de rand</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>de bal draait rond in het water</em></p>
<p><em>vlak op de kom ligt haar hand</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em>op een bumper waait een pauwenveer</em></p>
<p><em>hij loopt en begint plotseling te rennen.</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Il serre le ballon entre ses jambes à l’arrêt de tram</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>du milieu de la rue elle montre le bord.</p>
<p>il porte le ballon dans un filet à la main</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>sur la vitre un numéro de téléphone</p>
<p>dans la cage devant la fenêtre une plante</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>sa tête endormie sur la table</p>
<p>une mèche par-dessus le bord</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>le ballon tournoie dans l’eau</p>
<p>elle couvre le bol de sa main</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>sur un pare-chocs une plume de paon se balance</p>
<p>il marche et soudain se met à courir.<br />
<span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>De straat is breed. De huizen laag.</em></p>
<p><em>Ik lees </em><em>Theorema in Florencia.</em></p>
<p><em>Het is warm en ik ruik een regenbui.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">;</span></em></p>
<p><em>De barkruk draait als ik mijn been verzet.</em></p>
<p><em>Langs het in de muur gebouwd aquarium</em></p>
<p><em>zakt aan een steel een geel schuursponsje</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">;</span></em></p>
<p><em>kruipt dicht tegen de ruit terug omhoog.</em></p>
<p><em>Tropische vissen schikken in het wier.</em></p>
<p><em>De deur zwaait open. Betonballen op het plein.</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">;</span></em></p>
<p><em>Binnenkomers praten over een afrekening.</em></p>
<p><em>Het boek ligt open op het raamkozijn.</em></p>
<p><em>Een kind likt de ijsco van mijn hand.</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">;</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">;</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">;</span></p>
<p>La rue est large. Les maisons basses.</p>
<p>Je lis <em>Théorème </em>chez Florencia.</p>
<p>Il fait chaud et je flaire une averse.</p>
<p><span style="color: #ffffff">;</span></p>
<p>Le tabouret tourne quand ma jambe se déplace.</p>
<p>Le long de l’aquarium encastré dans le mur</p>
<p>descend une éponge jaune sur un manche</p>
<p><span style="color: #ffffff">;</span></p>
<p>remonte lentement tout contre la vitre.</p>
<p>Des poissons tropicaux se coulent dans les algues.</p>
<p>La porte s’ouvre. Boules en béton sur la place.</p>
<p><span style="color: #ffffff">;</span></p>
<p>Des arrivants parlent d’un compte à régler.</p>
<p>Le livre est ouvert sur le bord de la fenêtre.</p>
<p>Un enfant lèche la glace sur ma main.</p>
<p><span style="color: #ffffff">;</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff">;</span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff">;</span></span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff"><span style="color: #ffffff">;</span><br />
</span></span></span></p>

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		</item>
		<item>
		<title>Echos / Michaël La Chance</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/08/24/echos-mickael-la-chance/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/08/24/echos-mickael-la-chance/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 24 Aug 2010 15:54:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actuellement]]></category>
		<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7744</guid>
		<description><![CDATA[.
 ÉCHOS
.
&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;1
quand rien n’a été dit
tout reste à dire
je commencerais à parler
si j’avais une voix
pour jeter mes châteaux de sable
dans la tempête
pour m’étonner de vivre
m’étonner de vivre
.
.
&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;2
 quand tout sera dit
nul besoin d’aller au désert
quelques limailles ici
sauront tout enrayer
je fabriquerais des mots
avec ce qui danse dans nos yeux
si j’avais une voix
avec ce qui reste de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>ÉCHOS</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>1</p>
<p>quand rien n’a été dit<br />
tout reste à dire<br />
je commencerais à parler<br />
si j’avais une voix<br />
pour jeter mes châteaux de sable<br />
dans la tempête<br />
pour m’étonner de vivre<br />
m’étonner de vivre</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>2</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>quand tout sera dit<br />
nul besoin d’aller au désert<br />
quelques limailles ici<br />
sauront tout enrayer<br />
je fabriquerais des mots<br />
avec ce qui danse dans nos yeux<br />
si j’avais une voix<br />
avec ce qui reste de moi<br />
j’y tiens par les dents<br />
tiens par les dents</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span id="more-7744"></span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>3</p>
<p>si j’avais une voix<br />
le gouffre jamais refermé<br />
sur nos âmes-cannibales<br />
j’arriverais à l’idée de l’univers,<br />
par des passerelles de sensations<br />
qui cisaillent le ciel<br />
des spectres arc-boutés<br />
entre l’animal et l’esprit<br />
vous allez par mille sillages<br />
vers une mer inconnue<br />
une mer inconnue</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>4</p>
<p>si j’avais une voix<br />
je nommerais les possibles<br />
et défierais le hasard<br />
j’irais crier des énigmes<br />
et polir les miroirs<br />
pour voir le monde<br />
au fond d’un lac brûlé<br />
de face et de côté<br />
pour répondre à l’impossible<br />
répondre à l’impossible</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>5</p>
<p>lorsque tout sera dit<br />
par des images éteintes<br />
je chanterai contre-sirènes<br />
sur un chemin éventré d’épaves<br />
je suivrai du doigt<br />
en chaque trace<br />
un appel venu d’ailleurs<br />
le fossé le plus creux<br />
donne des leçons de courage<br />
si j’avais une voix<br />
je convoquerais un vide plus pur<br />
avec des souffles qui montent<br />
des souffles qui montent</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>6</p>
<p>si j’avais une voix<br />
je demanderais quelle farce m’est jouée<br />
n’est-ce pas moi le bouffon ?<br />
qui prend  le vent à plein poumon ?<br />
qui prend la vie au sérieux<br />
parce qu’il aime le goût du sel ?<br />
toutes choses sont liées<br />
dedans comme dehors,<br />
par l’amour et le massacre<br />
si j’avais une voix<br />
je dirais quel murmure<br />
suspens les étoiles,<br />
quel murmure tourne le sang<br />
tourne le sang</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>7</p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>si j’avais une voix<br />
par delà l’étouffée<br />
je trouverai en chaque mot<br />
le vertige comprimé<br />
de la mer qui va avec le soleil<br />
et du soleil  qui va avec les cendres<br />
de tout ce qu’il faut tuer<br />
pour vivre, faire vivre<br />
et connaître le monde<br />
on le reconnaît disparaissant<br />
sur le seuil de l’immensité<br />
le seuil de l’immensité.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>8</p>
<p>si j’avais une voix<br />
je neutraliserais le poison mortel<br />
que distille la parole<br />
je débusquerais les fantômes<br />
logés dans les coeurs<br />
de n’être plus personne<br />
sans toucher le sol<br />
je trouverais une multitude<br />
dans le  débordement<br />
qui me conduit au-delà de moi-même<br />
au-delà de moi-même.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p>Michaël La Chance</p>
<p><em>Dans « la poésie qui vient », il y a des échos de la poésie passée.  Ce texte a été lu à la 4e Nuitte [sic] de poésie du Saguenay (Québec), 30 avril 2010. L’exercice consistait à lire un choix de citations et de composer un texte en écho. Avec des citations de Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Tchouang Tseu, Henri Michaux, Georges Bataille, Mallarmé, Eugenio Montale, François Mauriac, Martin Heidegger, R. M. Rilke, Maurice Blanchot, Kimura Kyûho, Witold Gombrowicz, Romain Gary, Prajnaparamita, Georges Bataille, André Gide, Georges Bataille,  Annie Le Brun.</em></p>

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		<title>Séquences Mémorielles (essai) / Sandra Moussempès</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/07/26/sequences-memorielles-essai-sandra-moussempes/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/07/26/sequences-memorielles-essai-sandra-moussempes/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 26 Jul 2010 05:46:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7451</guid>
		<description><![CDATA[-
-
Une histoire naturelle avec son muséum d’origine
Etablissement à but non luxuriant, orgueil de la Nation
objets tremblants remontés après mise en serre
.
quelque chose se brouille, la présentatrice balbutie des excuses
un visage d’homme prend sa place on ne comprend plus
.
Comme les larves dans la texture du plafond
le seul à se dédoubler
Glissent et survivent en bandes armées
quand la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff">-</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">-</span></p>
<p>Une histoire naturelle avec son muséum d’origine</p>
<p>Etablissement à but non luxuriant, orgueil de la Nation</p>
<p>objets tremblants remontés après mise en serre</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>quelque chose se brouille, la présentatrice balbutie des excuses</p>
<p>un visage d’homme prend sa place on ne comprend plus</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Comme les larves dans la texture du plafond</p>
<p>le seul à se dédoubler</p>
<p>Glissent et survivent en bandes armées</p>
<p>quand la conséquence du mobile se vide : une bonne action la remplace</p>
<p><span style="color: #ffffff">-</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">-</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span id="more-7451"></span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff">-</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">-</span></p>
<p><em>Melencholia X</em></p>
<p><strong><span style="color: #ffffff">.</span></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>le lit défait en priorité parce que faire le lit n’est pas la priorité</p>
<p>d’un piano qu’on s’accorde à seriner</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Plus tard une chanson répétitive dans le taxi en direction de l’hôtel</p>
<p>Avec vue sur</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;.</span>je ne me souviens pas</p>
<p><span style="color: #ffffff">..</span></p>
<p>Tout ça est tellement soft : ce site érotique sur le plaisir bourgeois</p>
<p>Robe à lacets noirs version nippone meurtrie</p>
<p>J’organise une fuite, une version originale non sous-titrée avec ou sans jetons</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Avant, la voix enregistrée du monologue s’associait au funambule/performer</p>
<p>Maintenant les curateurs se contentent de prévenir :</p>
<p>- chaque fois qu’elle essaye de faire comme toi, toujours en moins bien chaque fois</p>
<p>qu’elle ferme les yeux, la bouche, en citant des noms connus, le cœur ne scintille pas</p>
<p>en pendentif</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>reste une scène gravée dans mon esprit</p>
<p>petit moteur silencieux de l’avaloir ou proposition forcée sur vue antérieure</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>Juillet 2010</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>

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		<title>Toutes ces coutures, IV / Elena Andreyev</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 23:51:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7361</guid>
		<description><![CDATA[.
.
.
.
.
Sans les vapeurs d’alcool
Maintenant expressive
Je vois mademoiselle
Bouder
Cerclée, maintenue
Décompose-t-elle l’humeur en tercets
Ne pas se distraire
De l’autre côté d’ici on envie ceux du rythme.
Minute après minute aux chevilles du sens et de vos mains
.
- Bonté ?  Pourriez-vous m’écrire cette page complexe ?
.
.
.

.
.
.
 
 
Examen
Maintenant, et tout le temps
Belle, peinte crème sur blanc
Lignes à vous faire douter du déhanchement
Léger gauche droite [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p>Sans les vapeurs d’alcool</p>
<p>Maintenant expressive</p>
<p>Je vois mademoiselle</p>
<p>Bouder</p>
<p>Cerclée, maintenue</p>
<p>Décompose-t-elle l’humeur en tercets</p>
<p>Ne pas se distraire</p>
<p>De l’autre côté d’ici on envie ceux du rythme.</p>
<p>Minute après minute aux chevilles du sens et de vos mains</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>- Bonté ?  Pourriez-vous m’écrire cette page complexe ?</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em><span id="more-7361"></span></em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Examen</p>
<p>Maintenant, et tout le temps</p>
<p>Belle, peinte crème sur blanc</p>
<p>Lignes à vous faire douter du déhanchement</p>
<p>Léger gauche droite avec la tête en entrant – maelström</p>
<p>Voiles réglées dans l’écho</p>
<p>Personne ?</p>
<p>Bravo. En route. Sombre et gai : c’est l’aventure.</p>
<p>Bicyclette, clous : grille encore</p>
<p>Mélodie lambeaux mélodie</p>
<p>Ce sont des rayons, leur son est à nous</p>
<p>En route. Dévers. Gaieté.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>- vous ! une partie ?</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><em><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</em></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><em> </em></p>
<p>Plissons les oreilles les enfants rient à chaque fois</p>
<p>Repeindre et rire encore,</p>
<p>Persée saisi dans sa chute : ça vient,</p>
<p>Nous irons là.</p>
<p>J’entends guerroyer, c’est</p>
<p>autour n’assourdissant rien : compression secours</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>- in good time .</em></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><em> </em></p>
<p>Seconde peau marbre supplémentaire d’amour</p>
<p>Back to those whispering bushes, friend, back</p>
<p>Reprise travail avec vue</p>
<p>élégance  outil</p>
<p>nécéssaire</p>
<p>Travailler debout, mains debout  le reste</p>
<p>Plus que voir, y travailler :</p>
<p>Effraction, trois fois, pieds, feuilles bruissantes et fatigue,</p>
<p>Fuite intelligente juste à temps victoire</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>Sûre, fière, feu et fer d’une seule  main – any pretty trees around here ?</em></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><em> </em></p>
<p>Until a gentler bird</p>
<p>through  brassy wind lifts</p>
<p>the  deep to its nest.</p>
<p>Effort –   briller, alléger  – Essor</p>
<p>Sortie toujours pas de campagne</p>
<p>: et si le monde is brittle and the world</p>
<p>sa campagne (verdure, pas russie)</p>
<p>est friable</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>- le goût du délit,  si la flèche s&#8217;ôte ?</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff;"><em>.</em></span></p>
<p><em> </em></p>
<p>des battements.</p>
<p>pour personne. enfin .</p>
<p>dans l’air.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>

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		</item>
		<item>
		<title>Poèmes / Tal Nitzán</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/07/18/tal-nitzan-poemes/</link>
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		<pubDate>Sun, 18 Jul 2010 10:02:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7306</guid>
		<description><![CDATA[ 
 
Une après-midi et une petite fille
Tu t’éveilles les pommettes brûlantes,
le visage crispé par le mécontentement du réveil.
Un chagrin de trois ans :
Pressentiment des chagrins que t’attendent.
Qu’est-ce qui aurait pu te consoler?
Je continue à taper d’une main,
te caressant de l’autre.
Tu ne penses pas à moi -
Peut-être à un bonbon ou à un lion,
peut-être à un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Une après-midi et une petite fille</strong></p>
<p>Tu t’éveilles les pommettes brûlantes,<br />
le visage crispé par le mécontentement du réveil.<br />
Un chagrin de trois ans :<br />
Pressentiment des chagrins que t’attendent.<br />
Qu’est-ce qui aurait pu te consoler?<br />
Je continue à taper d’une main,<br />
te caressant de l’autre.<br />
Tu ne penses pas à moi -<br />
Peut-être à un bonbon ou à un lion,<br />
peut-être à un train.<br />
Je ne pense pas à toi non plus -<br />
mais à un janvier sombre, froid,<br />
qui s’effondrerait entre moi et l’écran<br />
si tu n’avais pas forcé ton chemin jusqu’ici .<br />
Maintenant c’est l’impatience qui te saisit<br />
et me saisit moi aussi:<br />
Tu m’empêches d’écrire le poème sur toi.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><strong>RÉVEIL</strong></p>
<p style="text-align: center">Le vil cri strident des colombes a déchiqueté mon sommeil<br />
Le rêve-aquarium se brisa<br />
Des poissons éblouissants tressaillirent dans les éclats<br />
et moururent<br />
Reculant devant un autre jour<br />
Pas assez bouleversant pas assez tourmentant<br />
Pas assez dur pas assez doux<br />
terne, oppressant<br />
Tel une plume de colombe.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span id="more-7306"></span></span><span style="color: #ffffff"> </span><strong>LE CANARI</strong><br />
(Décoration intérieure)</p>
<p>Nous déménagerons le canari de la cuisine à la salle de bains<br />
Nous déménagerons l’ordinateur de la terrasse à la cuisine<br />
Le fils et sa chambre nous les déménageront à la terrasse<br />
Nous pousserons notre lit dans le coin de sa chambre<br />
Nous installerons la fille dans l’espace qui reste<br />
Nous prendrons un autre travail<br />
Nous prendrons un autre emprunt<br />
Nous dormirons un peu moins<br />
Nous demanderons un ultime délai<br />
Nous effacerons de nos cœurs<br />
Le souvenir tant aimé<br />
De la voiture volée<br />
Du porte-monnaie perdu<br />
De la fenêtre brisée<br />
Et si c’est trop exigu nous pousserons<br />
Et si c’est amer nous sucrerons<br />
Et si ça menace de craquer<br />
Nous le prendrons dans nos bras et nous l’enserrerons.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Tendres mâchoires</strong></p>
<p>Tu m’aurais  dévorée<br />
certainement<br />
ne m’avais-tu pas défiée pour me dénuder<br />
tendres mâchoires<br />
si j’avais laissé seulement la musique<br />
si je n’avais pas écouté les paroles<br />
je t’aurais eu<br />
insatiablement</p>
<p>C’est le crépuscule de l’ardeur<br />
recueillant  dans les coins<br />
celui-là seul qui y rampe à merveille<br />
la possèdera<br />
c’est  comme ça, mon cher,<br />
et celui qui persiste, droit, au milieu,<br />
gelé<br />
disons comme un violoncelle<br />
enveloppé dans sa housse<br />
l’abritant contre la poussière et le remords<br />
entendra toujours<br />
la clameur atroce<br />
du temps</p>
<p><span style="color: #ffffff">..</span></p>
<p><strong>Nuit</strong></p>
<p>Le ronronnement d&#8217;une machine bienveillante.<br />
Nos vêtements, notre vaisselle ou nos mots roulent dedans.</p>
<p>L&#8217;enfant légère sera lourde de sommeil<br />
portée d&#8217;un lit  à un autre.<br />
Un livre sera retiré.de l’emprise de sa main</p>
<p>A ce moment mon corps se divise en ennemis sans nombre<br />
Aux yeux du chat.<br />
Si je gronde, il attaque<br />
Si je ne gronde pas, il attaque.</p>
<p>Encore un homme a été abattu aujourd&#8217;hui avant d&#8217;arriver chez-lui.<br />
Les plantes flétrissent leurs feuilles résignées ou à regret:</p>
<p>«A partir de maintenant vous êtes tout seuls»</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><strong>Je me souviens d’Ettie Hillesum</strong></p>
<p>Murmura-t-elle encore<br />
<em>‘Pourquoi anticiper les ennuis’</em><br />
quand elle fût transportée de Westerbroek<br />
à Auschwitz dans le wagon numéro 12,<br />
<em>‘Elles auraient dû être exterminées comme des puces<br />
ces mesquines peurs de l’avenir’</em><br />
comme son avenir se ruait vers elle<br />
pour l’exterminer?<br />
Peut-être devrais-je attendre, me retirer<br />
ou tout au moins réciter<br />
<em>‘Pourquoi anticiper la joie’</em><br />
comme je passe vite le long des carrés jaunes de la vie<br />
qui autrefois furent scellés et éloignés<br />
et ce soir ouverts vers moi<br />
pour me laisser à ma guise entrer ou sortir<br />
pendant qu’un bête espoir de bonheur<br />
se balance comme une jarre trop grosse<br />
sur ma tête</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><strong>La cible</strong></p>
<p>Ils fermaient leur œil non viseur<br />
et alignaient la cible<br />
et choisissaient un point précis<br />
et ajustaient le tranchant de la lame<br />
au cran de mire arrière<br />
avec tous les viseurs droits<br />
et laissant un fil blanc<br />
ils tiraient.<br />
Mais rataient.<br />
Ils sont arrivés à tuer Muhamad El-Hayk, 24 ans,<br />
et  à blesser sévèrement son père Abdalla, 64 ans,<br />
tout ‘selon les besoins et en accord avec les règlements’,<br />
mais ils manquèrent Maisun El-Hayk,<br />
la blessant légèrement<br />
en dépit de son énorme ventre<br />
pourtant une cible parfaite<br />
(mais ne l’ont-ils pas déshabillée devant la barricade, avant,<br />
pour s’assurer que son ventre était un vrai ventre<br />
et  douleur de l’enfantement – la douleur de l’enfantement<br />
avant qu’ils ne s’en aperçoivent pour passer<br />
aux ‘procédures valables dans les cas d’arrestation suspecte ’?)<br />
et ils ont aussi raté la fille fœtus<br />
et son envoi au paradis<br />
avant qu’elle ne vienne au monde<br />
- ils ont dû oublier ce fil blanc –<br />
mais ils ont réussi à coudre indissociablement<br />
le jour de sa naissance et le jour de l’enterrement de son père<br />
et  à renforcer la promesse<br />
‘désormais tu enfanteras dans la douleur’<br />
- il n’y eut pas de douleur plus grande -<br />
comme le tir cessa<br />
et que Maisun appela Muhamad<br />
et que la terreur ou la douleur atroce<br />
tordit sa voix<br />
(‘Respire doucement et profondément,<br />
trouve la position la plus confortable,<br />
pense à quelque chose de joli et d’agréable,<br />
demande à ton compagnon de baisser la lumière,<br />
de faire jouer ta musique préférée,<br />
de masser doucement le bas de ton dos’)<br />
et lui, a cessé soudainement de répondre,<br />
parce que si vous n’avez pas vu une photo de Maisun,<br />
ses mains frémir sur sa fille,<br />
rose, calme, innocente<br />
comme le sont les nouveaux-nés<br />
- cependant, elle avait de la chance<br />
de lui avoir donné naissance sur un lit d’hôpital<br />
plutôt que d’avoir accouché comme ses sœurs le faisaient avant<br />
comme un animal devant les soldats<br />
et d’avoir alors  titubé pendant dix kilomètres,<br />
marchant et saignant,<br />
portant son enfant mort comme une offrande -<br />
si vous n’avez pas ouvert un œil non viseur<br />
pour regarder le visage de Maisun El-hayk,<br />
vous n’avez jamais vu<br />
l’enfantement dans les douleurs.</p>
<p><em>Traduit de l&#8217;hébreu par  Denise Boucher, Montréal,  juillet 2005</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span></em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><strong>Discret</strong></p>
<p>Rien de plus discret<br />
que les coups infligés à d’autres;<br />
rien ne menace moins<br />
la paix d’une âme repue.<br />
La défaite dans leurs yeux est muette,<br />
leurs bras<br />
pendent immobiles.</p>
<p>Quel agréable silence</p>
<p>excepté un son grêle et perçant,<br />
qui dérange surtout le matin,<br />
mais se laisse facilement étouffer<br />
par le bruissement apaisant des pages des journaux.</p>
<p>Avant d’être enterrés dans les ruines,<br />
ils disparaîtront dans le supplément spectacles,<br />
la tasse de café pleine à demie,<br />
la porte qui claque</p>
<p>dans notre foyer<br />
inébranlable.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><strong>Arraché</strong></p>
<p>A la nuit il vient vers moi,<br />
le garçon de l’autobus calciné.<br />
arraché, il m’est arraché,<br />
comme lui sont arrachées ses mains et ses jambes,<br />
et je suis sa mère.<br />
Un mot bref<br />
mère,<br />
peut-être arrêté dans sa bouche<br />
quand le feu l’avala.<br />
Toute la nuit j’essaie de le ramener<br />
à son enfance qui trouvait<br />
consolation dans mes baisers<br />
de tous ses bleus, de toutes ses meurtrissures.<br />
Au matin l’oiseau radio<br />
vole d’une voiture à ma fenêtre<br />
criant vengeance :<br />
ils ont tiré ou pas,<br />
un obus ou non,<br />
sur la cuisine ou sur la chambre à coucher,<br />
troisième génération ou quatrième,<br />
deux enfants (enfin qu’est-ce qu’ils faisaient là-bas)<br />
ou juste une femme enceinte,<br />
un vieil homme sourd ou un conquérant aveugle -<br />
lève-toi, passe donc<br />
de cauchemar en cauchemar.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><strong>Grâce</strong></p>
<p>Tu n’apaiseras pas l’humiliation du pauvre affamé<br />
et tu n’éteindras pas la soif brûlante de revanche<br />
ni ne protégeras de ton corps<br />
la maison qu’on démolit<br />
et le landau de la petite fille montant au ciel en tempête<br />
tu ne le saisiras ni ne le reposeras doucement à terre –<br />
tu n’extirperas pas le règne du Malin.</p>
<p>Retourne donc chez toi</p>
<p>va vers ton compagnon, ton unique,<br />
celui que tu aimes, *<br />
vers la supplique jaune de ses yeux fendus<br />
et enfouis ton visage dans sa fourrure.</p>
<p>Une caresse<br />
au chat unique<br />
au monde.</p>
<p>* Cf. Genèse 22, 2 : « Ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes – Isaac ».</p>
<p><span style="color: #ffffff">..</span></p>
<p><strong>Au temps du choléra</strong></p>
<p>Nous sommes face à face,<br />
dos tourné aux malheurs du monde.<br />
Derrière nos yeux et nos rideaux clos<br />
d’un coup la vague de chaleur<br />
et la guerre déferlent.<br />
C’est la chaleur qui s’apaisera en premier,<br />
un vent léger<br />
ne ramènera pas<br />
les adolescents abattus,<br />
ni ne rafraîchira<br />
le courroux des vivants.<br />
Même s’il tarde,<br />
le feu viendra,<br />
des torrents d’eau ne sauraient éteindre, etc. *<br />
Nos mains, elles aussi,<br />
n’atteignent que nos corps :<br />
nous sommes une petite foule<br />
poussée à mordre, à agripper,<br />
à nous barricader au lit<br />
alors que dans l’ozone sur nos têtes<br />
un sourire moqueur s’élargit</p>
<p>*Cantiques des cantiques 8, 7 : « Des torrents d’eau ne sauraient éteindre l’amour, des fleuves ne sauraient le noyer. »</p>
<p><em>Traduit de l&#8217;hébreu par Colette Salem, Jérusalem, 2005</em></p>
<p><span style="color: #ffffff">..</span></p>
<p>.</p>
<p>Croire que nous deviendrons amour<br />
c’est croire qu’un mouchoir se transforme en lapin.<br />
Ainsi, je croirai en ton corps.<br />
Pourquoi ta peau est-elle si douce, mon amour ?</p>
<p>Pourquoi tes cheveux sont-ils si longs et lointains?<br />
Plus forte que ma faim de toi est ma passion<br />
d’être toi : trancher le monde<br />
d’une lame de beauté.</p>
<p>Tous les instruments d’orientation entre nous – le téléphone,<br />
l’ordinateur, la voiture – s’effondrent, l’un après l’autre.<br />
Les lampes éclatent.<br />
Ce n’est pas l’obscurité que nous convoitions.</p>
<p>Trois jours ont passé<br />
et ton visage est déjà fictif,<br />
il s’efface comme l’encre<br />
sur une vieille lettre de non-amour.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Rengaine</strong></p>
<p>Je n’ai pas cherché<br />
la maison de mon enfance à Buenos Aires –<br />
Pourquoi me perdre dans les rues qui ont déjà changé de nom,<br />
déranger un couple de vieillards ou un adolescent somnolant<br />
pour jeter un coup d’œil sans envie dans les chambres obscures<br />
qui autrefois, étaient déjà pour moi des alcôves<br />
et dont, de toute façon, je ne me souviens pas –<br />
Non, je renonce à<br />
la grâce illusoire de la nostalgie<br />
à laquelle tant de monde s’adonne, surtout,<br />
me semble-t-il, les animateurs de radio, et surtout<br />
les veillées de fête quand ils ressortent soudain la vieille rengaine<br />
d’un chanteur qui, depuis longtemps,<br />
est parti au Canada ou s’est reconverti à l’immobilier.<br />
Et à ma honte, je me rends compte<br />
que je n’ai oublié aucun des mots<br />
que je chantais dans mon ardeur adolescente,<br />
sans comprendre la débauche qui ressortait de chaque ligne<br />
et je frissonne en entendant la voix limpide<br />
qui s’unit maintenant au chant<br />
et ce n’est pas celle des fantômes de mon enfance,<br />
car c’est la voix de ma petite fille.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Soirée ordinaire</strong></p>
<p>Nos repas du soir sont légers et<br />
pris de bonne heure.<br />
Aujourd’hui, laitue rouge et roquette à la vinaigrette,<br />
asperges à la moutarde, poires brunes<br />
et un morceau de brie. Peut-être un Merlot de la cave.<br />
Tu laveras, j’essuierai, on éteindra tout<br />
sauf la petite lumière à l’entrée.<br />
Je te passerai la veste de velours côtelé,<br />
tu poseras le foulard de lin sur mon épaule.<br />
L’automne est doux cette année, mais un vent froid<br />
monte de la rivière le soir.<br />
L’obscurité est fraiche et parfumée<br />
sous les deux citronniers du jardin<br />
mais dans la rue, la lumière est bleue et vive<br />
et la nuit ne tombera pas avant dix heures.<br />
Sacha la chatte sautera sur le muret<br />
pour une dernière caresse. Pascal nous devancera en courant,<br />
boitant comme une ombre bouclée<br />
jusqu&#8217;à l’avenue des marronniers, limite de sa bravoure<br />
où il nous quittera en aboyant.<br />
La mousse brille d’un vert singulier<br />
sur le vieux pont au bout de l’avenue,<br />
nos pieds accoutumés aux pierres grises de la place,<br />
la table orientée vers le scintillement des<br />
réverbères éclairant déjà la muraille et les tourelles.<br />
Une tisane à la verveine pour moi, un petit verre d’anisette<br />
pour toi et pour Georges, le plaisir du silence à trois.<br />
Avant de revenir au comptoir<br />
il laissera sur la table, comme en cachette,<br />
les deux petits péchés qui ne passeront pas<br />
le seuil de notre porte : une cigarette pour nous deux,<br />
tirée de la poche de son tablier immaculé,<br />
et le journal du soir. A la page du milieu<br />
encore une chronique de l’atrocité du monde.<br />
On oscillera tristement de la tête, stupéfiés par la folie de vengeance,<br />
par la fureur de destruction au Proche-Orient.<br />
Il arrive qu’une photo me donne des frissons.<br />
Tu fermeras le journal, me caresseras la main<br />
et me rappelleras : loin. Loin.<br />
Demain c’est dimanche, les roses<br />
ont poussé, sauvages, il faut les tailler, puis le marché de midi,<br />
des œufs brunâtres, des pommes,<br />
et n’oublions pas les glaïeuls et le savon à la lavande.<br />
Sur le chemin du retour, le bleu tourne au violet.<br />
Les deux livres patientent au chevet du lit,<br />
et jusqu’à demain, patienteront sur la terrasse, le sécateur,<br />
tes gants en plastique jaune, les miens bleu ciel,<br />
le chapeau en paille, déchiré, fidèle.</p>
<p><em>Traduit de l&#8217;hébreu par Dr. Isabelle Dotan</em></p>
<p>Publié <em>in</em> : Chacune a un nom, Femmes poètes et artistes d’Israël,<br />
Anthologie établie par Ester Orner, Paris: Editions    Caractères, March 2008.</p>
<p><em>Israélienne, Tal Nitzá</em><em>n  est poète et traductrice de l’espagnol et de l’anglais vers l’hébreu.<br />
Elle a remporté en 1998 le prix des femmes écrivains, en 2001  le prix du ministre de la Culture attribué aux poètes débutants, et en 2009 le prix du premier ministre pour écrivains. Son livre “Domestica” (2002) a reçu le prix du ministre de la Culture attribué à un premier recueil de poésie. Son second ouvrage, “Un soir ordinaire” (2006) a reçu le prix de l&#8217;association des éditeurs , “Café Soleil Bleu” a été publié en 2007. “La première qui oublie” (2009) a reçu le Prix de la Société des artistes et écrivains récompensant une œuvre poétique remise anonymement.<br />
Ses poèmes ont été traduits en anglais, en français, en espagnol, en arabe, en portugais, en japonais, en allemand, en lituanien, en letton,  etc..<br />
Elle est également la rédactrice de l’anthologie “D’un burin de fer” (2005), incluant 99 poèmes israéliens contre l’occupation Israélienne. Ses traductions ont obtenu plusieurs prix, dont, en 1995 et 2005, le prix de la création attribué à des traducteurs par le ministre de la Culture. La  médaille du président chilien lui a été attribuée en 2004 pour ses traductions de la poésie de Pablo Neruda.</em></p>
<p><strong><br />
</strong></p>

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		</item>
		<item>
		<title>Vingt-huit poèmes évidents / Guy Bennett</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/07/17/guy-bennett-vingt-huit-poemes-evidents/</link>
		<comments>http://droitdecites.org/2010/07/17/guy-bennett-vingt-huit-poemes-evidents/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 17 Jul 2010 15:28:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour Jacques Roubaud et Ron Padgett
.

Poème préliminaire
Ce poème est autonome
et auto-suffisant.
Il ne nécessite ni commentaire critique
ni explication quelconque
pour véhiculer son sens
qui est évident.
Ne dépassant pas une page,
il convient à la publication en revue
comme en anthologie.
Il peut se lire d&#8217;une seule traite,
et ne mettra pas à l&#8217;épreuve le lecteur ou l&#8217;auditeur
car il n&#8217;a besoin ni ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Pour Jacques Roubaud et Ron Padgett</em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p><strong>Poème préliminaire</strong></p>
<p>Ce poème est autonome<br />
et auto-suffisant.<br />
Il ne nécessite ni commentaire critique<br />
ni explication quelconque<br />
pour véhiculer son sens<br />
qui est évident.</p>
<p>Ne dépassant pas une page,<br />
il convient à la publication en revue<br />
comme en anthologie.</p>
<p>Il peut se lire d&#8217;une seule traite,<br />
et ne mettra pas à l&#8217;épreuve le lecteur ou l&#8217;auditeur<br />
car il n&#8217;a besoin ni ne bénéficie<br />
d&#8217;une réflexion post-lecture excessive.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème court</strong></p>
<p>Ce poème<br />
est particulièrement concis.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème obscur</strong></p>
<p>Le vrai sens de ce poème<br />
est difficile à déterminer.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span id="more-7256"></span><br />
</span></p>
<p><strong>Poème écrit par temps pluvieux</strong></p>
<p>Pendant que j&#8217;écris ces vers<br />
il pleut.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème concentré</strong></p>
<p>Ce que d&#8217;autres ont mis<br />
des pages et des pages à dire,<br />
moi j&#8217;ai pu le communiquer<br />
dans les quelques vers concis<br />
de ce poème.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème auto-référentiel</strong></p>
<p>Ce poème se réfère à lui-même<br />
et à rien d&#8217;autre.</p>
<p>Ce serait une exagération<br />
que de prétendre qu&#8217;il s&#8217;engage auprès du monde<br />
autrement qu&#8217;en poème,<br />
c&#8217;est-à-dire en tant qu&#8217;un objet à un autre<br />
(ou d&#8217;autres).</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème à base de comparaison</strong></p>
<p>Ce poème<br />
n&#8217;est pas différent d&#8217;un petit animal<br />
qui vit, imperceptiblement,<br />
à la périphérie du monde humain,<br />
se cachant dans les buissons,<br />
glissant par les hautes herbes,<br />
ou nageant silencieusement<br />
dans une eau si trouble<br />
que jamais personne ne le verra.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème monostiche</strong></p>
<p>Le voici.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème monostiche </strong>(variante)</p>
<p>Encore un.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème avec rime</strong></p>
<p>Tout le monde sait<br />
que le poème ne rime<br />
plus.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème sur la mort de l&#8217;auteur</strong></p>
<p>Ce poème a été écrit<br />
antérieurement à la mort de l&#8217;auteur,<br />
évidemment.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème destiné à être lu</strong></p>
<p>Ce poème<br />
est destiné à être lu,<br />
ou silencieusement ou à voix haute,<br />
à soi-même ou à d&#8217;autres,<br />
aussi fréquemment ou rarement<br />
que l&#8217;on voudrait.</p>
<p>Vu ainsi,<br />
il n&#8217;est pas différent<br />
d&#8217;aucun autre poème.</p>
<p>Vu autrement,<br />
il l&#8217;est.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème destiné à être traduit</strong></p>
<p>Je souhaite vivement<br />
que ce poème soit traduit.</p>
<p>Afin d&#8217;encourager les traducteurs<br />
je l&#8217;ai fait court et direct,<br />
évitant les mots difficiles et rares,<br />
les complexités syntaxiques,<br />
et des structures formelles compliquées<br />
qui seraient difficiles à traduire<br />
ou rebutantes pour des lecteurs éventuels.<br />
J&#8217;ai aussi refusé d&#8217;aborder des sujets<br />
qui seraient inconnus ou incompréhensibles<br />
dans des pays et des cultures<br />
autres que les miens.</p>
<p>Pour encourager les rédacteurs et les éditeurs étrangers,<br />
par le présent document je déclare<br />
que vous pouvez utiliser ce poème gratuitement<br />
dans toutes vos publications,<br />
et vous accorde mon autorisation<br />
de le réimprimer<br />
autant que vous voudrez.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème en langue étrangère</strong></p>
<p>En ce moment même,<br />
quelque part dans le monde,<br />
un poète persiste à écrire<br />
un poème en langue étrangère.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème sans idée aucune</strong></p>
<p>Pour séduisant qu’en soit l&#8217;idée,<br />
il est tout bonnement impossible<br />
d&#8217;écrire un poème sans idée<br />
aucune.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème conceptuel</strong></p>
<p>Sur le plan esthétique,<br />
ceci n&#8217;est pas un poème conceptuel.</p>
<p>Sur le plan linguistique,<br />
c&#8217;en est un.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème en prose</strong></p>
<p>On ne sait pas au juste ce qui différencie un poème en prose de tout autre texte en prose de longueur similaire. Ainsi ne peut-on jamais être certain que ce qu&#8217;on lit soit en fait un poème.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème-palindrome</strong></p>
<p>Un poème-palindrome<br />
se lit de la même manière<br />
du début à la fin<br />
que de la fin au début.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème expérimental</strong></p>
<p>Je suppose que même ceci<br />
pourrait passer<br />
pour un poème expérimental.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème elliptique</strong></p>
<p>Ce poème<br />
[…]<br />
.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème d&#8217;après Josef Sudek</strong></p>
<p>Quand j&#8217;ai commencé à écrire de la poésie<br />
je l&#8217;ai considérée un art ;</p>
<p>plus tard dans la vie<br />
j&#8217;ai commencé à rejeter<br />
cette idée.</p>
<p>Et aujourd&#8217;hui<br />
je m&#8217;en moque.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème engagé</strong></p>
<p>Je n&#8217;en avais jamais écrit<br />
avant celui-ci.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème élitiste</strong></p>
<p>Le changement paradigmatique<br />
implicite dans le titre de ce poème<br />
échappera forcément à l&#8217;homme du commun.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème populiste</strong></p>
<p>Je n’étais pas capable<br />
d’en écrire un.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème anti-intellectuel</strong></p>
<p>Ce poème est contre l&#8217;intellectualisme<br />
dans toutes ses formes.<br />
Il rejette les résultats<br />
de l&#8217;analyse et du raisonnement abstraits<br />
qui contredisent souvent les simples vérités<br />
crues depuis toujours par la plupart.<br />
Il se méfie profondément<br />
de toute personne ou chose<br />
qui ne soit immédiatement et manifestement<br />
compréhensible,<br />
et reste sur ses gardes quant aux explications,<br />
élucidations, et démonstrations<br />
de toute espèce.<br />
Il préfère la scolarisation à domicile à l&#8217;éducation,<br />
la foi aux connaissances,<br />
l&#8217;opinion à l&#8217;évidence,<br />
le divertissement à l&#8217;information,<br />
l&#8217;acte à la réflexion,<br />
les cowboys aux Indiens,<br />
Oprah à l&#8217;opéra,<br />
le ketchup au kimchi,<br />
et nous à eux.<br />
Dans son égotisme insouciant<br />
et son assurance sans fondement,<br />
il s&#8217;oppose viscéralement à tout ce qui<br />
n&#8217;est pas aussi ouvertement évident<br />
que ce poème.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème anti-autoritaire</strong></p>
<p>Vous êtes libre de penser ce que vous voudrez<br />
de ce poème,<br />
et d&#8217;en dire tout ce que vous voudrez<br />
à qui que ce soit à tout moment.<br />
Vous pouvez également écrire des poèmes<br />
contre ce poème,<br />
et le condamner, ainsi que son auteur,<br />
dans des termes aussi virulents et injurieux<br />
que vous le voudrez.</p>
<p>Si vous le lisez,<br />
vous pouvez déchirer le papier sur lequel il est imprimé<br />
le brûler ou le détruire autrement<br />
en toute impunité.<br />
Vous pouvez également n&#8217;en tenir aucun compte<br />
sans craindre de représailles.</p>
<p>Si, par contre,<br />
vous avez continué à lire ce poème<br />
ou si vous l&#8217;entendez lire,<br />
il n&#8217;y a malheureusement rien<br />
que vous puissiez y faire<br />
à ce moment-là.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème post-consommateur</strong></p>
<p>Ce poème est composé<br />
de langage à 100% post-consommateur,<br />
un matériau qui depuis longtemps<br />
a fini son cycle de vie<br />
de produit de consommation<br />
et dont on peut se débarrasser<br />
comme déchet non-physique.<br />
Étant immatériel,<br />
ce matériau ne saurait respecter davantage<br />
l&#8217;environnement ;<br />
c&#8217;est donc un article de consommation<br />
que vous pouvez consommer sans remords :<br />
quelque soit le poème que vous lisez,<br />
vous pouvez être certain de lire<br />
un produit fait de matériaux recyclés<br />
ayant la plus haute proportion<br />
de contenu post-consommateur recyclé.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><strong>Poème final</strong></p>
<p>Tous ces poèmes,<br />
bien qu&#8217;indépendants les uns des autres<br />
et donc autonomes et auto-suffisants,<br />
pourraient néanmoins former<br />
une série.</p>
<p>Vus ainsi,<br />
ils retiennent une certaine autonomie<br />
tout en promettant une expérience<br />
« supérieure à la somme de ses parties »<br />
quand on les considère<br />
comme un groupe.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Traduits  de l&#8217;anglais par l&#8217;auteur</p>

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		<title>Intérieur par Satellite (extraits) / Marcos Siscar</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/07/17/marcos-siscar-interieur-par-satellite-extraits/</link>
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		<pubDate>Sat, 17 Jul 2010 08:34:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=7165</guid>
		<description><![CDATA[.
FICTION D’OUVERTURE
commencer du dedans. de l’intérieur d’où les choses commencent. là où elles finissent leur ellipse vertigineuse. l’intérieur c’est la fin du départ.  c’est le début du retour. s’en aller comme celui qui revient. revenir comme celui qui part. la fiction voyage.
être près de sa propre chose n’est pas loin de l’égarement. regardez les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>FICTION D’OUVERTURE</p>
<p>commencer du dedans. de l’intérieur d’où les choses commencent. là où elles finissent leur ellipse vertigineuse. l’intérieur c’est la fin du départ.  c’est le début du retour. s’en aller comme celui qui revient. revenir comme celui qui part. la fiction voyage.</p>
<p>être près de sa propre chose n’est pas loin de l’égarement. regardez les mains froides de l’adolescent transpirant sans savoir tourner les pages d’un livre.</p>
<p>l’intérieur c’est le lieu de l’égarement. là où on ne reste pas. de quelle sorte est un lieu où on ne reste pas? quand on arrive à la limite. la limite est intérieure.</p>
<p>de l’intérieur on part. comme des petits villages <em>you know you have to leave</em>. on ne reste pas. à l’intérieur on arrive.de l’intérieur on part. là où on arrive à l’intérieur on ne reste pas. du sable de la chèvre des cris. mais on ne reste pas.</p>
<p>l’intérieur se trahit soi-même il a lieu. il n’a lieu que quand il se trahit. l’extérieur des choses c’est quand l’intérieur se trahit. et donc il n’y a pas d’extérieur pur de la poésie pure. ce qui ne se trahit pas.</p>
<p>il n’y a pas de silence qui soi-même ne se trahisse pas.</p>
<p>à l’intérieur les choses résonnent creuses. rien à voir. ici on n’entend que la chose creuse sonner. un bateau plein de rouille résonne rendu par le fleuve sous le mûrier.</p>
<p>la fiction origine. la fiction doit d’être cultivée mémoire sculptée mensonge tenu. avec piété. vieille histoire leurre tiède de la littérature.</p>
<p>la fiction intérieure est bien réelle. c’est la terre. c’est un sol où on peut tomber. avoir où tomber mort c’est une raison pour partir.</p>
<p>intérieur. si je dois partir il vaut mieux que ce soit pour ne pas te laisser. ici tout commence comme une forme ne pas se laisser tomber. celui qui n’est jamais tombé d’un arbre a-t-il besoin d’être assuré? celui qui s’est déjà jeté du haut d’un arbre connaît-il la douleur de la chute?</p>
<p>(silence) le silence dit</p>
<p>tu ne te plains pas ne demande pas n’accepte pas ne fais pas de pas en arrière. l’intérieur se clôt il se met à disposition. carrapicho ta rugueuse miséricorde.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><span id="more-7165"></span></span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>BLEU EN ENTIER</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>pendant qu’ apollo 12 prend des photos de la terre bleue en entier. le miel</p>
<p>commence à durcir dans une bouteille d’eau-de-vie) en l’an 2000</p>
<p>j’aurais 36 ans. je saurais fondre le miel fabriquer des syntaxes mesurer</p>
<p>les sphères du globe terrestre. comme un anti-télémaque sur la plage</p>
<p>serrant dans ses bras le père retrouvé avec ses mots ailés. des moralités</p>
<p>de science pataphysique des péripèces picares pour un nouveau millénaire</p>
<p>tardif. père tu es mon satellite qui tourne (je vais te donner une tombe</p>
<p>et pour te donner une tombe je vais te conduire par le bras à l’espace.</p>
<p>comme un astronaute. je vais te laisser t’éloigner je te verrai</p>
<p>prendre distance. tes yeux rougis par ce qui aurait pu avoir lieu.</p>
<p>prendre distance dans le vide à l’infini. et à mon dos le globe</p>
<p>terrestre mesurable et tragique la terre. bleue en entier</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>LA JOIE DE PARTIR</p>
<p><em></em><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>Ma uno solo una mattina senza dire niente </em></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>a nessuno partì da vero.</em> I Vitelloni (Fellini)</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em>uno solo</em></p>
<p>en effet l’un et seul.</p>
<p>cela a été la</p>
<p>condition de partir</p>
<p>la seule.</p>
<p>de sauver ou de se sauver</p>
<p>de faire face avec le fait</p>
<p>de devenir le narrateur.</p>
<p>d’avoir la voix</p>
<p>et de donner la voix</p>
<p>à ceux qui ont voulu</p>
<p>partir</p>
<p>mais qui dans le silence</p>
<p>sont restés.</p>
<p>partir c’est un art</p>
<p>de fait et de solitude.</p>
<p>sauver à soi-même</p>
<p>vouloir partager l’art</p>
<p>de la voix.</p>
<p>vivre</p>
<p>sans silence sans même</p>
<p>une vie</p>
<p>parmi mille ou plus.</p>
<p>beaucoup</p>
<p>plus</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Traduction de l’auteur avec la collaboration de Raymond Bozier.</p>

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		<title>Dix poèmes de Yadollah Royaï</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/06/10/versees-labiales-yadollah-royai/</link>
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		<pubDate>Thu, 10 Jun 2010 15:56:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://droitdecites.org/?p=6461</guid>
		<description><![CDATA[.inédits retirés du recueil Versées labiales
.
.
.
.
.
&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..I
.
À regarder une herbe
Dans la cause de l’herbe on s’arrête
Où se regarde la distance courue
La tête tourne
Et l’herbe s’opacifie
.
.
.
.
.

.
.
.
.
&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;II
.
Roule la route de toi à toi
Roule la route de moi à moi
Dans une apparence obscure elle roule
&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;soudain
.
Sur ta route rit la fosse en moi
Et la route
Tombe
.
Tombe sur le rire de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffffff">.</span>inédits retirés du recueil <em><strong>Versées labiales</strong></em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>I</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>À regarder une herbe</p>
<p>Dans la cause de l’herbe on s’arrête</p>
<p>Où se regarde la distance courue</p>
<p>La tête tourne</p>
<p>Et l’herbe s’opacifie</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span id="more-6461"></span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>II</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Roule la route de toi à toi</p>
<p>Roule la route de moi à moi</p>
<p>Dans une apparence obscure elle roule</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>soudain</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Sur ta route rit la fosse en moi</p>
<p>Et la route</p>
<p>Tombe</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Tombe sur le rire de la fosse la route</p>
<p>Autre chose de toi tombe avec moi</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
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<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>III</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Libère ton souffle et montre- moi</p>
<p>Ma route passe par ton soupir</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Je fais mon corps léger et m’envole</p>
<p>Sur les routes que toi tu me fais</p>
<p>Ce toi né de ton souffle chemine avec moi</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span><span style="color: #ffffff">.</span>Moi le fétu</p>
<p>Fétu, ton aile perdue, qui bat en moi</p>
<p>Souffle sur la route du devant</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>Homme !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230; </span>IV</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Par quel flanc l’étirement dessine-t-il la plaine</p>
<p>Pour que l’à côté de toi dépasse le désir ?</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Quand tes yeux firent de ma paume</p>
<p>Plateau de ta monnaie</p>
<p>Le geste généreux transmua</p>
<p>La taille de la lune</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><br />
</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.. </span>V</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Du rythme</p>
<p>Mes tempes sont rouges</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Quand au couchant le vent</p>
<p>Frappe sur ma tempe les blessures de l’horizon</p>
<p>Il rougit</p>
<p>De mon toujours le toujours du monde</p>
<p>Et ce toujours de la tempe du monde</p>
<p>Rouge rythmé de mes toujours</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span> VI</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Qui est-ce</p>
<p>Brule dans la roue</p>
<p>Voit la face de la roue</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Quand a brisé les voix la crénelure</p>
<p>Quand la crénelure s’est bleuie</p>
<p>Qui est-ce brule bleu</p>
<p>Roule dans la roue</p>
<p>Et la roue l’ignore</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.</span>VII</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Toute la route</p>
<p>Assaut de longueur</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Les étriers se ruent sur la citadelle</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Toute la tour</p>
<p>Gorge de route</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La bête s’interroge</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
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<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;.</span> VIII</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>El</p>
<p>En quel coin de l’horizon va-t-el s’enfouir</p>
<p>Quand el se blesse</p>
<p>S’enfouit tel l’horizon ?</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>El</p>
<p>Où dans la blessure de l’horizon</p>
<p>- Tel l’horizon qui traine sa grande blessure</p>
<p>En un coin</p>
<p>S’enfuit dans la blessure –</p>
<p>Dort-t-el avec sa blessure enfouie ?</p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
.<br />
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<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;. </span>IX</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Une empreinte pour ton pas</p>
<p>C’est ta genèse</p>
<p>Ton empreinte ta genèse</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Ta genèse dans tes temps n’est point façonnée</p>
<p>Et toi qui prélèves un autre toi</p>
<p>En ces temps non advenus</p>
<p>Sure l’empreinte laissée tu poses un toi autre</p>
<p>Sur la route</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>Pose – le !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.. </span>X</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La ruine sur le doigt</p>
<p>Enroule le secret</p>
<p>Et sans cesse dans d’anciens étriers les cuisses</p>
<p>Eperonnent les chevaux d’ivoire</p>
<p>Et le secret dans un vacarme en ruine</p>
<p>S’enroule enroule</p>
<p>Au point que la tour invisible le doigt</p>
<p>Toujours lance la ruine assaut de secret</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.<br />
</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>Traduit  du persan par  Christophe Balaÿ</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>

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		<title>Poème du commencement de la pensée / Yadollah Royaï</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jun 2010 15:28:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

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		<description><![CDATA[Poème du commencement de la pensée
visage abscons de mes natures égaré dans les rapports multiples avec mon univers quand dans la nature tout autour je suis en éveil ce qui change m’éveille et ce qui change est la scène des rapports qui égarent ma lucidité sur la vie tout autour et chaque regard poursuit un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Poème du commencement de la pensée</strong></p>
<p>visage abscons de mes natures égaré dans les rapports multiples avec mon univers quand dans la nature tout autour je suis en éveil ce qui change m’éveille et ce qui change est la scène des rapports qui égarent ma lucidité sur la vie tout autour et chaque regard poursuit un visage immobile qui lui doit sa naissance et mon univers dans mes contemplations découvre une autre présence il se remplit de contemplation traversée de vision de visages qui relient ma passion mon espoir et ma peur ma décision et ma poésie Ma conscience se conjugue et mon intention se dresse et se consume en référence invitation compréhension ainsi je me répands dans la diversité tout autour et ses hasards épargnés par la diversité tout autour familier du monde immédiat tout autour de cette nature ordonnée intacte Moi je pense et au commencement de la pensée ordre intact tout autour quand je pense à moi je pense j’entre dans le champs de la pensée d’un autre qui pense et au commencement de sa pensée commence la fin de ma propre pensée et de la fin de ma pensée s’élèvent les mondes objets de mon intention désirée Qui se pense ? Quel passage obligé de l’esprit ai-je emprunté à me rendre fou dans l’intuition du volume et détruit par la pensée d’un moi plus transcendant Quelle architecture utiliser pour que la forme trouve place Le mouvement de mon esprit arrête-t-il les volumes Je suis la soudaine victime de la lumière lumière intense soudaine je suis la proie de la sombre bénédiction du Sinaï alors par où par quels ponts passent mes principes Où est l’ancrage de ma parole quand l’intuition du volume rend mes yeux malades quand la structure des volumes se diversifie se répète se multiplie je rassemble la pluralité des volumes je les réunis les ordonne j’édifie leur unité je suis la proie du Sinaï je dois être créateur de volumes et pour que le Sinaï soit ma proie je suis un créateur aveugle de volumes tant que dans l’axe tremblant de l’orbite qui m’emporte je puisse mettre en ordre cette poussée féconde en face de moi Ainsi quand je suis architecte de volume les objets oubliés absents dans le tremblé d’un ordre qui est sans tremblement l’ordre du tremblement</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Traduit du persan par</p>
<p>Christophe Balaÿ et Claude Esteban</p>
<p>(atelier Royaumont)</p>

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		<title>La Bougie Ouverte (extraits) / Thierry Clermont</title>
		<link>http://droitdecites.org/2010/06/08/la-bougie-ouverte-extraits-thierry-clermont/</link>
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		<pubDate>Tue, 08 Jun 2010 16:55:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe BECK</dc:creator>
				<category><![CDATA[La poésie qui vient / Philippe Beck]]></category>

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		<description><![CDATA[
LA BOUGIE OUVERTE (extraits)
à Rachel Guilloux 
.
.
.

C’est 1759 &#38;
Sophie attend Denis.
Sur la sanguine :
deux près de l’escarpolette.
Autour : des arbres un puits un ciel en morceaux
aux fresques bleues qui blessent
près de l’eau là tout près.
On revient aux teintes râpées de Cimabue.
L’herbe est courte elle chante au vent.
On l’entend. Voici les baisers par
l’aise et l’envie.
Cuicuis d’oiseaux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center">
<p><strong>LA BOUGIE OUVERTE</strong> (extraits)</p>
<p><em>à Rachel Guilloux </em></p>
<p><span style="color: #ffffff"><em>.</em></span></p>
<p><span style="color: #ffffff"><em>.</em></span></p>
<p><em><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</em></p>
<p>C’est 1759 &amp;</p>
<p>Sophie attend Denis.</p>
<p>Sur la sanguine :</p>
<p>deux près de l’escarpolette.</p>
<p>Autour : des arbres un puits un ciel en morceaux</p>
<p>aux fresques bleues qui blessent</p>
<p>près de l’eau là tout près.</p>
<p>On revient aux teintes râpées de Cimabue.</p>
<p>L’herbe est courte elle chante au vent.</p>
<p>On l’entend. Voici les baisers par</p>
<p>l’aise et l’envie.</p>
<p>Cuicuis d’oiseaux dans le loin-loin.</p>
<p>Un air : <em>L’objet qui règne dans mon âme</em></p>
<p><em>Vient animer ce beau séjour.</em></p>
<p>Sophie et Denis : lequel des deux avalera l’autre ?</p>
<p><em>Vous savez, ces vordes me charment</em>.</p>
<p>On y passe doucement les heures.</p>
<p>Et nous sommes nos rivages. Vous qui le savez.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff"><span id="more-6401"></span></span></p>
<p>Le parc s’est posé dans l’attente.</p>
<p>Détours d’escaliers.</p>
<p>Eux deux : leurs façons d’attraits.</p>
<p>Aréole arrondie soulevée retombée.</p>
<p>Sans moins d’illusions.</p>
<p>Quoi sous les jupons leurs secrets ?</p>
<p>Diderot et la Volland : glouts l’un dans l’autre.</p>
<p>Quintal oisif des gros émois.</p>
<p>Mains des hanches et deux poignets pris.</p>
<p>Languetées promises et bouleversées.</p>
<p>Culbutes amusées dans l’encre les envois l’envie</p>
<p>le pur négoce des absents.</p>
<p>En sanguine le gémir qui meurt ici</p>
<p>et perd ses ressemblances.</p>
<p align="center">
<p align="center">
<p align="center">
<p align="center">§</p>
<p align="center">
<p align="center"><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Elle est toujours là</p>
<p>la pute à décolleté.</p>
<p>Aujourd’hui du blanc sur elle</p>
<p>foulard nombril jambes et les outrances.</p>
<p>Vœux de sévices en l’air.</p>
<p>Qu’il pleuve alors sur ses parties !</p>
<p>Elles abondent maintenant.</p>
<p>Elle en sera toute fanfiolée.</p>
<p>Avant l’outrage elle va s’appeler Rose Amilaville.</p>
<p>Elle est supplémentaire non sans blues et boogie même</p>
<p>au bar-tabac de la rue des Martyrs.</p>
<p>A l’habitude on l’interpelle Miss !</p>
<p>Boîteux le garçon la frôle :</p>
<p>ça on peut pas le faire dans la langue française…</p>
<p>on n’a pas le droit…</p>
<p>Double cognac glacé et fromage, comme d’hab’ ?</p>
<p>Malgré toute la pacotille d’ici</p>
<p>les envies que l’on cochera en tumescence.</p>
<p>Et Rose Amilaville mise</p>
<p>en bel objet de joie</p>
<p>de pute à décolleter.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em> </em></p>
<p align="center">§</p>
<p align="center"><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Irène Ociaga pleure aux pigeons morts.</p>
<p>Irène et pigments en sollicitation décisifs.</p>
<p>Moins de poitrine opprimée.</p>
<p>Ingénue restituée.</p>
<p>C’est la solution la rebute qui la fascine.</p>
<p>Salauderies en boulettes de maïs.</p>
<p>L’état général abusif à l’égard des becs.</p>
<p>Résulte que ses bottines en écrasaient</p>
<p>impliquées jusqu’au dur</p>
<p>des chevilles la fin molle des muqueuses.</p>
<p>Invinciblement distraite impatiemment</p>
<p>(sans valeur à l’audace)</p>
<p>dans ses applications de niaise.</p>
<p>Tel à l’inattendu et dans sa méfiance naturelle</p>
<p>prestige possible et ses duvets préférés</p>
<p>Irène Ociaga apparaît-elle.</p>
<p>Il court sur elle</p>
<p>rumeurs porismes et définitions.</p>
<p>Ainsi dans les roucoulis</p>
<p>en est-il chère âme</p>
<p>qui revient séduire.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p align="center">§</p>
<p align="center"><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>La serveuse n’est pas une petite amie.</p>
<p>Ses doigts fins de pape.</p>
<p>Elle pourrait avoir des attitudes,</p>
<p>et elle a du sang.</p>
<p>Des yeux pillés aux anges.</p>
<p>Elle aurait alors trente ans. N’a pas d’âge.</p>
<p>En esquisse c’est : seins faiblement avancés,</p>
<p>cheveux clairs, crédits à tire-larigot,</p>
<p>goût fort pour le Martini rosé cuir des désirs</p>
<p>peur des horizons sensible aux feux d’artifice</p>
<p>bouche infiniment vivace</p>
<p>satisfaite des nuits obsession pour le bleu,</p>
<p>et pas mère encore.</p>
<p>Elle avait aimé un pilote de chasse.</p>
<p>Mort sous Coty en service aux colonies.</p>
<p>Un jour elle s’est lassée des cochons d’Inde</p>
<p>et des ventrées de hamsters</p>
<p>qu’elle gardait sous cage rouge ou peinte.</p>
<p>Elle pense désormais aux chinchillas et même lémuriens</p>
<p>légers tordus de Madagascar. Où les dénicher ?</p>
<p>Elle s’appelle Marie Boulard.</p>
<p>Elle ne travaillera plus. Le social est mort.</p>
<p>L’été là, elle erre sur des plages froides</p>
<p>et pense que la mer c’est le rivage.</p>
<p>Marie Boulard a un secret c’est son désir :</p>
<p>se réincarner en plateau de fruits de mer</p>
<p>entre l’église et la Normandie vers les Roches Noires.</p>
<p>Etrille de sa bouche moule de son sexe</p>
<p>bulot de l’anus crevettes des avant-bras doux.</p>
<p>Le citron aux lèvres.</p>
<p>La tête à jamais</p>
<p>sous les vagues.</p>
<p>Loin des campings.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p align="center">§</p>
<p align="center"><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Dans cette zone de bronzage</p>
<p>à partir de 17 h</p>
<p>Henriette Zonzon fait sa petite fière</p>
<p>à partir de la taille.</p>
<p>Avant la nuit des bigoudis et des peignoirs ouverts.</p>
<p>Pousse l’amour pousse.</p>
<p>Doux doux le rappel des signes.</p>
<p>Les abdominaux tendus sous les doigts.</p>
<p>Zonzon cajoleuse de cette tension</p>
<p>et baragouinette d’elle-même</p>
<p>dans la vie des autres.</p>
<p>Manucure en force.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Dire qu’il y a vingt-cinq ans</p>
<p>elle accompagnait les Swingo Porkies…</p>
<p>et fracassait</p>
<p>oï oï !</p>
<p>crânes et roupettes sur Magenta</p>
<p>près Bonsergent. Oï !</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p align="center">§</p>
<p align="center"><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Dans la tête</p>
<p>ce qu’on a failli faire</p>
<p>c’est comme si on l’avait fait</p>
<p>consenti au bout.</p>
<p>Hors les conséquences qui butent et nombre d’agios.</p>
<p>Ludo Leguay s’en persuadait</p>
<p>crachant dans la soupe</p>
<p>celle épaisse de tous les soirs.</p>
<p>Oui oui entre tambouille et philo :<span style="color: #ffffff"> </span></p>
<p><span style="color: #ffffff"> </span>c’est la mesure pensée du monde</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;<span style="color: #ffffff">..</span></span><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;</span>l’exact dans l’oblique</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;<span style="color: #ffffff">..</span></span><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;</span>les cisailles en pensées.</p>
<p><span style="color: #ffffff">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>Du moins l’issue qu’elle s’invite.</p>
<p>Oui oui c’est pas loin de ça :</p>
<p>défaillir défaire dépenser.</p>
<p>Mais lallation arrive</p>
<p>et retourne ses mots jusqu’au soc.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Ludo dans sa tête l’acte en pointe</p>
<p>réalisé bafouille du rêve.</p>
<p>Le naître et mourir.</p>
<p>Fabrique trop tard aux souvenirs.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Bousingots.</p>
<p>Combien de doutes pour s’avouer</p>
<p>aux vaincus entre deux potages gras</p>
<p>le soir encore le soir</p>
<p>près de la fenêtre.</p>
<p>La fenêtre encore</p>
<p>dans le défaire du faillir.</p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p>Thierry Clermont</p>
<p><em> </em></p>

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