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	<title>Droit de Cités &#187; 02 / Qu&#8217;est-ce que la technocratie ?</title>
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			<title>Droit de Cités</title>
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		<title>EDITO : Qu&#8217;est-ce que la technocratie ? / David Christoffel</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 05:00:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
		<category><![CDATA[automatisation]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans les débats, des fois, le souci écologique passe pour une résistance au progrès technologique. Alors qu&#8217;on ne peut quand même pas dire qu&#8217;il en va de même de l&#8217;exigence de démocratie. Mais à considérer l&#8217;histoire des résistances à la technique, on s’aperçoit que les technophobies ne sont pas systématiquement écologiques puisqu&#8217;on peut même considérer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Dans les débats, des fois, le souci écologique passe pour une résistance au progrès technologique. Alors qu&#8217;on ne peut quand même pas dire qu&#8217;il en va de même de l&#8217;exigence de démocratie. Mais à considérer l&#8217;histoire des résistances à la technique, on s’aperçoit que les technophobies ne sont pas systématiquement écologiques puisqu&#8217;on peut même considérer que les écologies elles-mêmes feraient quelquefois mieux d’être un peu moins technophiles… Comme l’écrit François Jarrige, dans son histoire des résistances à la technique, <em><a href="http://www.imho.fr/Face-au-monstre-mecanique">Face au monstre mécanique</a> </em>: « […] plutôt que les actes de barbaries et d’ignorance tant dénoncés, les résistances au monstre mécanique s&#8217;apparentent le plus souvent, hier comme aujourd’hui, à des appels à faire entrer les techniques en démocratie… » N’est-il maintenant question, au point où nous en sommes, le débat étant arrivé à un tel degré de technicité, d&#8217;aller se satisfaire d’une gentille quasi-rétrograde  séparation de la technique comme simple moyen et de la technique sous-jacente à la modélisation de tel ou tel régime politique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-3531"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Le temps de durcir le consensus autour du fait qu’on ne peut pas revenir sur les décisions déjà automatisées que continuent de s’automatiser des <a href="http://fonzibrain.wordpress.com/">procédures d’automatisation</a> de la validation par les utilisateurs…</p>
<p style="text-align: justify;">On peut aussi se souvenir de la manière dont Deleuze identifiait le propre du capitalisme comme l&#8217;intégration systématique de sa limite externe dans sa limite interne. À considérer sa dynamique argumentative, une écologie ainsi extra-capitalistique en tant qu’elle désintègre systématiquement ses limites internes au-delà des affaires d’externalisation. C’est pourquoi nous avons soupçonné le capitalisme d’avoir tellement intégré le technocratisme que les procédures d’automatisation des évolutions sociales comme des décisions politiques auront tôt mécanisé jusqu’aux protocoles de leur justification.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est-à-dire que la machine fait aussi ce qu’elle peut. Dès que la machine le permet, la réorganisation en cours désagrège la question de la pertinence de l’ordre du jour : « L’immense facteur d’incertitude semble diminuer au point que la société technologique perfectionne la calculabilité de la domination scientifique de l’homme et de la nature, et qu’en même temps le concept même de rationalité, en tant qu’étalon du changement social, devient incertain <a class="blueLink" name="_ftnref1" href="#_ftn1">[1]</a>. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi nous avons sollicité des contributions pour explorer quelques aspects de <a href="http://indiscipline.fr/fr/culture-et-savoirs-aux-prises-avec-la-deraison-technocratique/">l&#8217;actualité</a> dans le champ de ce qu&#8217;en conséquence il peut être rupestre d’appeler les productions de l&#8217;esprit. Pour envisager les réponses les plus variées possible à la question, nous pourrons consulter deux contributions sur les rapports entre l&#8217;avancée dans l&#8217;ère numérique et l&#8217;évolution des discours : l&#8217;article de Thierry Morineau (<em><a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/thierry-morineau">Pour une analyse écologique du travail et de la technologie</a></em>) sur les altérations de la cognition au contact des environnements virtuels et l&#8217;étude de Marie Chagnoux (<em><a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/marie-chagnoux/">Subjective objectivité</a></em>) sur les procédures d&#8217;effacement énonciatif dans la production de l&#8217;information contemporaine. Question de répondre théoriquement aux <a href="http://indiscipline.fr/fr/culture-et-savoirs-aux-prises-avec-la-deraison-technocratique/">étaux technocratiques des entreprises théoriques</a>&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le paradoxe énorme, c’est que plus la technologie semble autonomiser ses finalités (au point que les ontologistes entendent l’intelligence artificielle dépasser les consciences collectives), plus la substitution avec le principe de réalité paraît indépassable pour autant que ses effets n’ont sûrement jamais été aussi intolérables. Nous pourrions même soutenir que le <a href="http://multitudes.samizdat.net/-Theories-du-capitalisme-cognitif-">capitalisme cognitif</a> arrive à ce point de maturité où son renouvellement n’a plus besoin de s’adresser à quelque conscience tout à fait incarnée. Au plus peut-il ménager le bon « fonctionnement de ses utilisateurs ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour essayer de relever de quel nouvel ordre il nous faut rendre compte, nous avons associé deux entrées qui cherchent à qualifier anthropologiquement le rapprochement de l&#8217;homme et de ses machines : l’essai de Nathanaël Wadbled (<em><a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/nathanael-wadbled">L’homme est un animal cybernétique</a></em>) et la présentation de Jean-Paul Baquiast (à propos de son ouvrage, <em><a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/jean-paul-baquiast/">Le Paradoxe du Sapiens</a></em>).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme on voit tout de même le monde évoluer, on sent que son évolution automatique est intenable et on semble troublé à garder une vision joyeuse de ce qui peut être fait. S’agit-il de le compter à ce qu’il est raisonnable d’attendre ? Le calcul est-il sur ce point pensable ? Peut-on seulement se refuser avec l&#8217;allure luxueuse qu&#8217;en prend le raisonnement ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« La démocratie est le minimum, qu’il faut absolument exiger, mais le minimum. À l’autre bout, dans ce qu’en mathématiques on appelle un treillis (entre borne inférieure et borne supérieure), on a le maximum. Le maximum, c’est le communisme. Le maximum sans le minimum, c’est la dictature comme privation des libertés. Mais le minimum sans le maximum, c’est le marasme, la déperdition. Et peut-être même aussi, à l’horizon, la dictature <a class="blueLink" name="_ftnref2" href="#_ftn2">[2]</a>. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour terminer, quelques descriptions, aux genres variablement décampés : la fiction post-algorythmique de Sabrina Issa (<em><a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/sabrina-issa/">Le point de vue du technocrate</a></em>), le mashup de Loïc Le Bertern (<em><a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/loic-le-bertern/">Météo du contre-emploi</a></em>), la liste des effets secondaires du floxyfral (<a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/insenses-sensibles">extrait du n° 1</a> des <em><a href="http://www.nomades-celestes.org/entre.html">Insensés sensibles</a></em>) et la collection des visuels-qui-impressionnent extrait du <a href="http://fonzibrain.wordpress.com/">blog de Fonzibrain</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir, l&#8217;analyse de Franck Lirzin (<em><a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/franck-lirzin/">L&#8217;invention de la crise</a></em>) sur l&#8217;incapacité des gouvernants à répondre, sera suivie par deux entretiens radiophoniques avec <a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/francine-lambert/">Francine Lambert</a> et <a href="http://droitdecites.org/2009/12/15/frederique_bredouille/">Frédérique Bredouille</a>, cadres de très grandes entreprises, qui détaillent respectivement la gestion des ressources humaines dans une multinationale et la désagrégation du travail dans tertiarisation des délocalisations.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://droitdecites.org/2009/10/02/comite-editorial/"><strong>David CHRISTOFFEL</strong></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn1" href="#_ftnref1">[1]</a> Herbert Marcuse, <em>Le problème du changement social dans la société technologique</em>, Paris, Éditions Homnisphères, 2007, p. 36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn2" href="#_ftnref2">[2]</a> Rémy Bac, « du communisme », revue <em>de(s)générations </em>n° 08, Édition Huguet, Saint Julien Molin Molette, 2009,<em> </em>p. 30.</p>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<h3 style="text-align: justify;"><a href="http://droitdecites.org/category/dossiers/02-quest-ce-que-la-technocratie/"><strong>ACCEDER A L&#8217;ENSEMBLE DU DOSSIER</strong></a></h3>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
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		<title>Pour une analyse écologique du travail et de la technologie / Thierry Morineau</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/12/15/thierry-morineau/</link>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:55:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
		<category><![CDATA[écologie du travail]]></category>
		<category><![CDATA[environnement numérique]]></category>
		<category><![CDATA[homme-machine]]></category>
		<category><![CDATA[Thierry Morineau]]></category>

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		<description><![CDATA[Résumé : Alors que la dimension sociale dispose d’une place centrale dans les analyses sur l’homme au travail, nous souhaiterions mettre en avant la dimension écologique du travail, au sens de l’écologie comme science étudiant les comportements des organismes vivants au sein d’un environnement de vie. Une approche écologique du travail présente l’intérêt de mettre en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Résumé : Alors que la dimension sociale dispose d’une place centrale dans les analyses sur l’homme au travail, nous souhaiterions mettre en avant la dimension écologique du travail, au sens de l’écologie comme science étudiant les comportements des organismes vivants au sein d’un environnement de vie. Une approche écologique du travail présente l’intérêt de mettre en relief la technologie comme médium dans la relation entre le travailleur et l’environnement. Ce médium a pris une place telle, qu’il éloigne le travailleur des objets de l’environnement, jusqu’à rendre ces objets virtuels. La présence uniquement virtuelle de l’environnement a forcément un impact significatif sur la psychologie humaine et plus généralement sur la définition de la notion de travail.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span id="more-3240"></span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le travail comme objet d’étude est généralement appréhendé à travers sa dimension sociale : objet de lutte des classes, moyen pour s’insérer dans un groupe, dans une communauté, support à la définition d’une identité personnelle et à l’épanouissement par la reconnaissance sociale qu’il implique. Dans cette optique, les événements récents vécus en entreprise, révélateurs d’une souffrance au travail, sont considérés comme relevant d’une problématique psychosociale. La problématique est posée, comme à l’accoutumée, sur la base d’une relation conflictuelle entre le travailleur (l’opérateur) et le prescripteur de tâche, dont les prescriptions reflètent une certaine forme d’organisation du travail plus ou moins bien adaptée.</p>
<p style="text-align: justify;">Selon nous, si le mécanisme rendant compte des problèmes auxquels se confronte l’individu au travail peut s’observer a priori dans la relation conflictuelle entre lui et l’organisation, l’explication causale peut être située ailleurs. Elle se situerait dans <em>la relation</em> instituée entre d’une part, le système de travail englobant l’opérateur, l’organisation et la technologie utilisée et d’autre part, les objets sur lesquels se porte le travail, c’est-à-dire le domaine de travail. L’analyse des conditions de travail posée en termes de relations opérateurs/prescripteurs du travail conduit à évincer ce qui fait qu’un système de travail existe : la nécessité de réaliser des opérations sur un domaine. Un domaine de travail peut se définir comme une partie de l’environnement, au sens écologique du terme, c’est-à-dire comme élément de la niche écologique dans laquelle vit l’humain, partie sur laquelle un système de travail réalise des opérations (Morineau, 2009). C’est ainsi que le débit du fleuve est contrôlé par l’humain à travers un système de travail comprenant un barrage, des barragistes et une organisation, ou bien encore le maçon travaille la pierre qui constitue un domaine avec ses propriétés de résistance, de friabilité, de forme, de poids.</p>
<p style="text-align: justify;">Le domaine de travail représente un ensemble de ressources sur lesquels un groupe d’humains va opérer afin d’atteindre un but donné. Mais ce qui est important à souligner, c’est que ce groupe d’humains sera plus ou moins en contact direct avec le domaine. La tâche et son organisation d’une part, et les instruments, la technologie d’autre part, constituent des éléments de mise à distance de l’humain vis-à-vis de l’environnement sur lequel il opère. Sur le plan de la tâche, l’individu effectuant les opérations sur le domaine (l’opérateur) sera plus proche des objets du domaine de travail que l’individu chargé de l’organisation du travail (le prescripteur). Au quotidien, les modifications se produisant dans le domaine de travail conduiront l’opérateur à s’adapter, à adapter ses stratégies pour mener à bien les opérations en tenant compte de ces changements, alors que l’organisation du travail ne changera pas pour autant, où à plus long terme à travers une réorganisation sociale compliquée et à grande inertie.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, si la proximité des opérateurs vis-à-vis du domaine de travail est plus grande que celle des prescripteurs, il n’en reste pas moins que cette proximité peut être faible dans l’absolue. En effet, la distance entre l’opérateur et le domaine sera dépendante du niveau de technologie des instruments qu’il utilise. En ingénierie cognitive, Rasmussen (1986) a montré que la complexification technologique des instruments éloigne progressivement les opérateurs des objets sur lesquels ils opèrent. Des instruments de plus en plus sophistiqués prennent en charge les opérations sur les ressources du domaine. Les engins mécaniques, automates, puis robots téléopérés à distance, voire semi-autonomes éloignent progressivement l’environnement des opérateurs. L’opérateur n’agit plus sur le domaine, mais sur des interfaces Homme-Machine. Il programme une machine qui se charge d’opérer sur l’environnement et il perçoit cet environnement à travers la médiation effectuée par la machine. Aujourd’hui, cette évolution technologique des instruments a atteint un seuil critique, celui de la numérisation de l’environnement. Le domaine de travail n’est plus distant, il est absent, virtuel. L’opérateur ne perçoit et n’agit plus sur un domaine de travail plus ou moins médiatisé par une technologie, mais perçoit et agit sur des patterns d’informations numériques générés par l’ordinateur, c’est-à-dire par l’instrument lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La dématérialisation de l’environnement constitue une révolution pour l’humain. Nous avons ainsi pu montrer à travers quelques travaux expérimentaux, l’impact cognitif que pouvait constituer la manipulation d’objets virtuels dans le cadre de la réalisation de tâches simples de résolution de problème (Morineau, 2000). Des participants adultes étaient immergés à l’aide d’un casque et d’un joystick 3D dans un bureau virtuel. Après une visite de ce bureau où la résistance des objets et la gravité étaient absentes, les participants devaient résoudre des problèmes élémentaires habituellement posés à des enfants entre 7 et 9 ans dans le réel (problèmes piagetiens). Les résultats montrent qu’une partie des participants échouent à ces problèmes, alors que dans le réel, les participants réussissent à trouver la solution à ces mêmes problèmes. Pour trouver un champ interprétatif à ces résultats, il faut considérer la perte d’ancrage des informations présentées vis-à-vis du réel. Pour l’individu, cette situation ouvre un champ de possibilités qui modifie d’emblée les opérations cognitives qu’il doit effectuer. La question du statut ontologique d’un objet virtuel se pose constamment. Ceci est flagrant dans le cas des avatars en monde virtuel dont l’identité est toujours interrogeable. Est-ce vraiment une représentation de la personne auquel l’avatar se réfère ? N’est-ce pas une usurpation d’identité par autrui, voire par un ordinateur ? Aujourd’hui, sur le web, nous trouvons des <em>Chatbots</em> qui sont des représentations d’individus contrôlés par l’ordinateur. Ces avatars sont là pour « être » guichetier ou conseiller, pour simuler un individu qui n’existe pas. Nous retrouvons ainsi une problématique de perte potentielle d’identité de l’individu en situation de travail, mais qui ne relève pas d’une analyse en termes de conflit entre une organisation et un opérateur, mais en termes de conflit entre une machine simulant le réel et un opérateur. Le test que Alan Turing (1950) avait posé pour permettre d’évaluer si une machine est capable de simuler un humain est devenue une question fondamentale pour l’utilisateur d’environnements numériques. De manière troublante, nous observerons que ce test est parfois inversé. Aujourd’hui des sites web vous demande avant de vous inscrire de réécrire un message difficilement lisible pour s’assurer que vous êtes bien un humain (test <em>Captcha</em>). Autrement dit, ce n’est pas l’humain qui interroge pour identifier la machine, mais c’est la machine, devenue proéminente, qui interroge pour identifier l’humain.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La proéminence des instruments numérisant le réel a pour conséquence un déploiement de ses instruments au-delà de la situation de travail proprement dite (téléphone portable, ordinateur de poche, web à la maison, etc.) et de ce fait conduit à la disparition d’un territoire réel assigné uniquement au travail. Au bureau réel se substitue un bureau virtuel, visitable quelque soit l’endroit physique où se situe l’opérateur, à n’importe quel moment, mais dans lequel l’opérateur ne peut pas vivre. Un tel territoire virtuel peut-il prendre le pas sur le territoire réel ? En plus des problèmes psychosociaux que cette nouvelle configuration de travail pose, l’abstraction numérique de l’environnement peut conduire à une perte de contact avec l’environnement naturel, alors que le défi planétaire de préservation de l’environnement de vie se présente aujourd’hui de manière pressante.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l&#8217;un de ses essais sur l&#8217;essence de la technique, Heidegger (1958) rappelle que l&#8217;étymologie grecque du mot « technique » signifiait le faire de l&#8217;artisan, son art, mais également les beaux-arts. Durant la Grèce antique, la technique tout comme la poésie correspondait à une manière de dévoiler la réalité de la Nature sous un certain jour. Il s&#8217;agissait d&#8217;un mode de dévoilement du domaine naturel. L&#8217;artisan ou l&#8217;artiste réalise ce dévoilement par pro-duction, tandis que la nature par elle-même peut se dévoiler en elle-même sans l&#8217;intermédiaire d&#8217;un agent, comme l&#8217;exemple donné par Heidegger de la fleur qui s&#8217;ouvre dans la floraison. Avec la technique moderne, le dévoilement du domaine sur lequel travaille l&#8217;opérateur ne se fait plus par production mais par pro-vocation : la nature est « mise en demeure » de livrer une énergie qui puisse être extraite. Dans ce cadre, la représentation du domaine de travail s’est transformée.  Il ne s&#8217;agit plus d&#8217;une nature que l&#8217;on doit aider dans le développement de ses potentialités pour l&#8217;humain. Il s’agit d&#8217;un fonds dans lequel on peut puiser des ressources : l&#8217;écorce terrestre se transforme en bassin houiller, le sol en entrepôt de minerai ou en zone de stockage de déchets. Heidegger parle d&#8217;arraisonnement qui conduit à ne plus considérer la réalité comme des entités, mais comme des ressources. Le Rhin n&#8217;est plus un fleuve, mais une ressource pour une centrale énergétique. Le fleuve de poète Hölderlin, à la grande tristesse de Heidegger, est muré dans la centrale. L&#8217;avion sur la piste d&#8217;aéroport n&#8217;est pas vu comme un objet, mais comme un fonds de ressources disponible à la mise en oeuvre de la possibilité de transport dans un espace et un moment donné. Aujourd’hui, les risques liés à cette logique de pro-vocation de la nature seront difficilement accessibles à l’individu, si celui-ci reste retranché derrière un environnement numérique.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette analyse qui peut sembler marquée d’un certain pessimisme à l’égard des technologies constitue en fait pour nous un champ d’hypothèses. Ces hypothèses serviront à aller au-delà d’une simple critique pour diriger une démarche ergonomique d’adaptation des nouvelles technologies aux besoins écologiques humains. Aujourd’hui concrètement, nous travaillons en ergonomie cognitive pour concevoir une méthode d’analyse du travail et des interfaces Homme-Machine aidant à rendre mieux visibles les caractéristiques du domaine de travail. L’une des idées dirigeant ces travaux est de représenter certaines propriétés critiques du domaine de travail au sein des environnements numériques, afin que l’utilisateur puisse conserver le maximum de liens avec l’environnement sur lequel il travaille. Cela signifie aussi lui apporter la possibilité de développer de multiples points de vue sur un même environnement, en fonction de ses besoins, de ses buts et non pas arraisonner sa perception des informations à un point de vue fonctionnel particulier. Le numérique doit pouvoir permettre l’émergence de la complexité du réel auquel l’humain, animal lié à un environnement, doit rester rattaché.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Thierry MORINEAU</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Références</span></p>
<p style="text-align: justify;">Heidegger M. (1958). <em>Essais et conférences</em><strong>. </strong>Paris : <a href="http://%3cli/"></a>Gallimard, 1973.</p>
<p style="text-align: justify;">Morineau, T. (2009). <em>Contribution à l’analyse écologique et cognitive du travail. La question posée par la manipulation d’objets virtuels</em>. Note de synthèse pour l’Habilitation à Diriger des Recherches. Vannes : Université de Bretagne-Sud.</p>
<p style="text-align: justify;">Morineau T. (2000). Context effect on problem solving during a first immersion in a Virtual Environment. <em>Current Psychology of Cognition, 19</em>, 533-555. [disponible en ligne : http://thmorineau.cabanova.fr/]</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Rasmussen, J. (1986<em>). Information processing and human–machine interaction</em>. Amsterdam: Elsevier.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Turing A. (1950). Computing machinery and intelligence, <em>Mind</em>, vol. LIX, n°36, oct., 433-460. [disponible en ligne <a href="http://www.loebner.net/Prizef/TuringArticle.html">http://www.loebner.net/Prizef/TuringArticle.html</a>]</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Subjective objectivité : l’effacement énonciatif dans le discours journalistique / Marie Chagnoux</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:50:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
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		<category><![CDATA[presse d'opinion]]></category>
		<category><![CDATA[surénonciation]]></category>

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		<description><![CDATA[Résumé : la presse grand public tente souvent d’éviter d’entrer en conflit avec les différentes sensibilités politiques, culturelles ou communautaristes de son lectorat. La neutralité – apolitique, respectueuse de toutes les religions, de toutes les idéologies et de toutes les convictions – apparaît alors comme le gage d’une honnêteté intellectuelle avec laquelle délivrer impartialement une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Résumé</strong><strong> : la presse grand public tente souvent d’éviter d’entrer en conflit avec les différentes sensibilités politiques, culturelles ou communautaristes de son lectorat. La neutralité – apolitique, respectueuse de toutes les religions, de toutes les idéologies et de toutes les convictions – apparaît alors comme le gage d’une honnêteté intellectuelle avec laquelle délivrer impartialement une information présentée comme objective. Le discours médiatique se prévaut alors de toute controverse et dépolitise les sujets sensibles en invoquant des autorités, experts ou témoins des faits rapportés : plus les points de vue seront nombreux et hétérogènes et plus le contrat journalistique semblera respecté. Nous illustrerons dans cet article différents procédés linguistiques qui permettent au journaliste de s’effacer pour se tenir en retrait des faits rapportés. Ces procédés peuvent être repérés formellement et modélisés afin de faire émerger une structure discursive révélatrice du degré d’effacement de l’auteur d’un article. Nous montrerons ensuite que cet effacement est paradoxal puisqu’en tant que grand organisateur de la parole experte, l’auteur constitue par le choix des autorités convoquées et par la représentation qu’il en fait un référentiel de valeurs éminemment subjectif.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-3244"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Les médias et l&#8217;information: L&#8217;impossible transparence du discours</em>, Patrick Charaudeau décrit l’évolution de la notion de point de vue dans la presse quotidienne : alors qu’au XIX° siècle, elle était le « vecteur de la parole de l’homme politique ou de celle du citoyen tribun », au début du XX° siècle, elle a souvent été la voix des partis. Aujourd’hui, la presse joue le jeu de la parole démocratique en convoquant les multiples voix de l’espace public comme l’illustrent les extraits suivants :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;"><em>1.</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(a) Selon M. McHugh, Barack Obama aurait choisi d’effectuer le retrait des troupes américaines d’Irak d’ici août 2010.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(b) Nokia pourrait attaquer le marché des PC portables.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(c) Selon les services secrets de ce dernier pays, Téhéran pourrait disposer de sa première bombe atomique en 2010.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour diffuser ces informations sans se prononcer réellement sur leur véracité, les journalistes recourent à des tournures linguistiques qui délivreront un message informatif sans en assumer complètement la prise en charge.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet effacement énonciatif passe, entre autres, par le recours à la citation et la modalisation du propos. Le recours à la citation permet de convoquer des sources légitimes dont l’autorité, par projection, met à l’abri de toute accusation de parti pris. Le contenu informationnel ne sera pris en charge que par la personne dont on rapporte les propos : dans l’exemple 1.a, c’est M. McHugh, et non le journaliste, qui indique que Barack Obama aurait fait un choix et, en 1.c, ce sont les services secrets  qui assument que Téhéran disposera de sa bombe atomique en 2010. La modalisation du propos caractérise la manière dont un énonciateur va évaluer la véracité ou la nécessité de ses propos : en utilisant par exemple un conditionnel comme dans l’exemple 1.b, le journaliste n’endosse pas la complète responsabilité de l’information. Identifier et analyser les marques formelles de rupture énonciative ou modale permet de repérer les textes journalistiques qui se distancient de leur sujet.</p>
<h2 style="text-align: justify;">1. La mise à distance de l’information</h2>
<p style="text-align: justify;">Comme le note (Darde 1998), dans la plupart des cas, le journaliste n’a accès aux faits « qu’à travers des discours intermédiaire qui prétendent eux-mêmes à la représentation de ces événements ». Entre l’événement réel et sa narration dans l’article, d’autres discours ont pu intervenir : récits de témoins directs, déclarations institutionnelles, dépêches d’agence de presse, autres articles de presse, etc. Il est donc normal que subsistent, à des degrés divers, des indices de ces autres discours auxquels le journaliste se réfère. En revanche, la prise en charge énonciative <a class="blueLink" name="_ftnref1" href="#_ftn1">[1]</a> prendra des formes variées selon son attitude à l’égard d’un énoncé vis à vis duquel il voudra plus ou moins se distancer.</p>
<h3 style="text-align: justify;">1.1 Gradualité de la prise en charge énonciative</h3>
<p style="text-align: justify;">(Adam 2005) propose une typologie des catégories linguistiques qui révèlent cette attitude : les différentes sortes de discours rapportés, les indications de cadres médiatifs, les modalités, etc <a class="blueLink" name="_ftnref2" href="#_ftn2">[2]</a>. La manière dont ces catégories s’appliquent au discours permet de proposer une gradualité dans la distance que l’énonciateur instaure entre lui et son propos. Les exemples 2 illustrent cette gradualité.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;"><em>2.</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(a) Le président a un plan B.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(b) Le président aurait un plan B.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(c) Le président aurait un plan B si la situation l’exigeait.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(d) Le président dit qu’il a un plan B.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(e) Selon un membre républicain, le président a un plan B.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(f) Selon un membre républicain, le président dit qu’il aurait un plan B.</p>
<p style="text-align: justify;">En 2.a, l’énonciateur assume pleinement son énoncé. En 2.b, le changement de mode permet d’introduire une distance dans la prise en charge, cette distance est ampliﬁée si elle est complétée par une subordonnée conditionnelle comme dans 2.c. On parlera alors de modalisation de l’énoncé. En attribuant les propos à une instance, comme dans 2.d ou 2.e, l’énonciateur se démarque très clairement des propos rapportés. L’exemple 2.f montre comment les catégories, discours rapporté, modalisation, médiation, peuvent interagir entre elles pour introduire une distance forte entre l’énonciateur et son énoncé.</p>
<h3 style="text-align: justify;">1.2 Marqueurs linguistiques et référentiels</h3>
<p style="text-align: justify;">Chacune de ces catégories est repérable par la présence de marqueurs formels de nature typographique (présence de deux points suivis de guillemets par exemple), strictement grammaticale (temps verbaux, groupes adverbiaux) ou lexico-syntaxique (structures introduites par « selon » ou des verbes introducteurs comme « déclarer » ou « affirmer »).</p>
<p style="text-align: justify;">Il est ainsi possible de formaliser et d’automatiser la reconnaissance des segments qui ne sont pas entièrement assumés par le journaliste. Deux types de référentiels <a class="blueLink" name="_ftnref3" href="#_ftn3">[3]</a> doivent être alors distingués :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">-       un référentiel énonciatif global (noté RE<sub>G</sub>) qui est le référentiel du journaliste et à l’intérieur duquel le contenu est pleinement assumé,</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">-       des référentiels locaux convoqués à différents moments du texte et dont la portée sera variable. On distinguera les référentiels énonciatifs locaux (noté RE<sub>L</sub>) à l’intérieur desquels le contenu est directement assumé par un énonciateur tiers et les référentiels possibles, notés RP, qui sont les référentiels à l’intérieur desquels le contenu est soit éventuel, (noté RPE), soit contrefactuel (noté RPC).</p>
<p style="text-align: justify;">Considérons les extraits suivants :</p>
<p style="padding-left: 60px;"><em>3.</em></p>
<p style="padding-left: 60px; text-align: justify;">(a) Le gouvernement sud-africain a lancé mercredi des consultations avec des scientifiques sur son projet de lever l&#8217;interdiction de l&#8217;abattage des éléphants, qui suscite un débat passionné. Le ministre de l&#8217;Environnement et du Tourisme, Marthinus van Schalkwyk, s&#8217;est réuni au Cap (sud-ouest) avec dix experts sud-africains et zimbabwéens. <strong>&laquo;&nbsp;</strong><span style="color: #ff6600;">Le ministre <strong>a déclaré</strong></span><strong> </strong><span style="color: #0000ff;">que sa décision définitive <strong>serait</strong> basée sur les considérations scientifiques, éthiques et sociales disponibles, sur la culture indigène, ainsi que l&#8217;impact sur l&#8217;environnement et le tourisme</span>&laquo;&nbsp;, <strong>a précisé </strong>son porte-parole, JP Louw. <a class="blueLink" name="_ftnref4" href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">(b) Le président Obama, qui doit annoncer vendredi ses intentions sur le sujet, &laquo;&nbsp;<span style="color: #800000;"><span style="color: #ff6600;"><strong>m’a assuré</strong></span> </span><span style="color: #0000ff;">qu’il reconsidérerait son plan si la situation sur le terrain se détériore et que la violence augmente</span>&laquo;&nbsp;, <strong>a afﬁrmé</strong> M. McHugh dans un communiqué. <a class="blueLink" name="_ftnref5" href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’extrait 3.a articule un référentiel énonciatif global RE<sub>G</sub>, celui de l’auteur, en noir et deux référentiels énonciatifs locaux RE<sub>L</sub>, celui de Marthinus van Schalkwyk, en rouge, et celui de son porte parole, en bleu. La rupture énonciative est marquée dans le texte par les structures « déclarer que » et « préciser » précédé de guillemets. En outre, l’utilisation du conditionnel « serait » au lieu d’un futur introduit un référentiel énonciatif possible : il est possible mais non certain que la décision du ministre se basera sur des considérations.</p>
<p style="text-align: justify;">L’extrait 3.b articule un référentiel énonciatif global RE<sub>G</sub>, celui de l’auteur, en noir et deux référentiels énonciatifs locaux RE<sub>L</sub>, celui de McHugh, en rouge, et celui d’Obama, en bleu. La rupture énonciative est marquée dans le texte par les structures « assurer que » et « affirmer » précédé de guillemets. En outre, l’introduction de la conjonction « si» associé au conditionnel « reconsidérerait » et aux présents « détériore » et « augmente » introduit un référentiel énonciatif possible.</p>
<h2 style="text-align: justify;">2. Représenter la prise en charge énonciative</h2>
<h3 style="text-align: justify;">2.1 Emergence de la structure discursive</h3>
<p style="text-align: justify;">Un texte peut donc être considéré comme une suite de segments, les propositions, organisés au sein de référentiels distincts. Cette organisation structurelle peut être représentée par un arbre au sens mathématique. Il s’agit d’un arbre enraciné dont la racine (r) correspond au référentiel énonciatif global, dont chaque nœud possède une étiquette d’identification qui indique le type de référentiel qu’il dénote et une étiquette de contenu qui indique l’ensemble des propositions qui se rattachent à ce référentiel. Nous illustrons ici la construction d’un arbre à partir de l’exemple 3.b. Les étapes suivies correspondent à celles du traitement informatique qui permet de repérer automatiquement des référentiels à l’œuvre dans les textes. L’exemple 4 montre le texte segmenté en propositions, l’objectif est de situer ces propositions dans l’arborescence de la structure discursive.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;"><em>4.</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">P1 :  Le président Obama, qui doit annoncer vendredi ses intentions sur le sujet,</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">P2 : &laquo;&nbsp;m’a assuré qu’</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">P3 : il reconsidérerait son plan</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">P4 : si la situation sur le terrain se détériore</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">P5 : et que la violence augmente&nbsp;&raquo;,</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 60px;">P6 : a afﬁrmé M. McHugh dans un communiqué.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-6524" title="Cliché 2010-06-13 20-30-07" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-13-20-30-07.jpg" alt="Cliché 2010-06-13 20-30-07" width="600" height="130" /></p>
<p><img title="Cliché 2010-06-13 20-30-21" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-13-20-30-21.jpg" alt="Cliché 2010-06-13 20-30-21" width="600" height="130" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-6526" title="Cliché 2010-06-13 20-30-41" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-13-20-30-41.jpg" alt="Cliché 2010-06-13 20-30-41" width="600" height="130" /></p>
<p><img title="Cliché 2010-06-13 20-30-54" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-13-20-30-54.jpg" alt="Cliché 2010-06-13 20-30-54" width="600" height="130" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-6528" title="Cliché 2010-06-13 20-31-14" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-13-20-31-14.jpg" alt="Cliché 2010-06-13 20-31-14" width="600" height="130" /></p>
<p style="text-align: center;">
<div style="text-align: justify;"><strong>2.2 Exploitation de la structure  discursive</strong></div>
<p style="text-align: justify;">Les arbres discursifs ainsi construits permettent d’accéder directement à l’organisation référentielle des textes et rendent compte de la gradualité de la prise en charge énonciative. Ils peuvent être exploités (i) au niveau global, celui du texte, pour établir des typologies ; (ii) au niveau local, celui de la proposition, pour en évaluer la crédibilité : plus une proposition va se situer à un niveau profond de l’arbre et moins elle sera assumée par l’auteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau global, exploiter la structure discursive va permettre de qualifier le texte. La ﬁgure 1 illustre l’article complet dont est extrait l’exemple 3.b. Ainsi, par exemple, sans lire le contenu informatif de l’article, il est possible de déduire que le texte articule de nombreuses citations, parfois incluses dans d’autres citations comme le montrent les branches 2 et 4. Seules 11 propositions, soit 34% du texte, sont pleinement assumées par l’énonciateur : toutes les autres propositions sont soit modalisées (nœuds 5 et 7), soit situées sur le référentiel énonciatif d’une autre autorité énonciative.</p>
<p style="text-align: center; "><img class="alignnone size-full wp-image-6548" title="Cliché 2010-06-14 00-51-00" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-14-00-51-00.jpg" alt="Cliché 2010-06-14 00-51-00" width="600" height="542" /></p>
<p style="text-align: center; "><strong>Figure 1 : Structure discursive du texte 2</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’intérêt que présente la visualisation discursive apparaît dans la comparaison des textes. La figure 2 compare ainsi les représentations associées à quatre articles <a class="blueLink" name="_ftnref7" href="#_ftn7">[7]</a> : elle fait immédiatement émerger d’une part deux articles à la structure complexe, a et c, et deux articles à la structure simple, b et d. Dans les faits, a et c sont deux articles qui portent sur des sujets polémiques, l’abattage de éléphants et le conflit entre l’état israélien et le Hezbollah, alors que b et d sont deux articles définitoires, donc consensuels, tirés de <em>Wikipedia <a class="blueLink" name="_ftnref8" href="#_ftn8">[8]</a></em>. Les deux articles a et c présentent la controverse en faisant se croiser différents points de vue : les faits ne sont pas présentés par le journaliste lui-même mais mis sous l’autorité d’experts.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2009-12-14-11-26-47.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-6530" title="Cliché 2010-06-13 20-32-03" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-13-20-32-03.jpg" alt="Cliché 2010-06-13 20-32-03" width="600" height="305" /></a></p>
<p style="text-align: left; padding-left: 150px;">a) texte 3<span style="color: #ffffff;">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;</span>b) texte 6</p>
<p style="text-align: center;"><img class="alignnone size-full wp-image-6547" title="Cliché 2010-06-14 00-52-11" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-14-00-52-11.jpg" alt="Cliché 2010-06-14 00-52-11" width="600" height="210" /></p>
<p style="text-align: left; padding-left: 150px;">c) texte 1  <a class="blueLink" name="_ftnref9" href="#_ftn9">[9]</a> <span style="color: #ffffff;"> &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</span>d) texte 5</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Figure 2 : Comparaison de quatre articles</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est possible de qualifier quantitativement la structure en prenant en compte les propriétés des arbres textuels:</p>
<p><span style="color: #ffffff;">&#8230;. </span>- une hauteur <em>h</em> qui correspond à la plus grande profondeur d’une feuille de l’arbre,<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;. </span>- une taille <em>t</em> qui correspond aux nombres de noeuds en comptant les feuilles,<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;. </span>- une longueur de cheminement <em>l</em> qui correspond à la somme des profondeurs de chacune<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;. </span>- des feuilles,<br />
<span style="color: #ffffff;">&#8230;. </span>- <em>p</em> le nombre de propositions du texte.</p>
<p style="text-align: justify;">Les quatre articles de la figure 2 peuvent ainsi être résumés par le tableau suivant.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="alignnone size-full wp-image-6546" title="Cliché 2010-06-13 20-32-57" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/Cliché-2010-06-13-20-32-571.jpg" alt="Cliché 2010-06-13 20-32-57" width="499" height="169" /></p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau local, il est possible de mesurer le degré de confiance d’une information en fonction de sa position dans l’arbre. Tout processus de mise à distance provoque un recul de 1 dans la profondeur du graphe. On déﬁnit donc la profondeur d’un nœud comme la distance entre la racine et le nœud, c’est à dire le nombre d’arêtes qui les séparent. Ainsi dans l’analyse détaillée de l’exemple 4 les trois propositions P4, P5 et P6 ont une profondeur de 3 : l’information est possible, dans le référentiel d’Obama, lui-même situé dans le référentiel de McHugh.</p>
<h2 style="text-align: justify;">3. Le paradoxal effacement journalistique</h2>
<h3 style="text-align: justify;">3.1 Effacement énonciatif ou surénonciation ?</h3>
<p style="text-align: justify;">Le modèle de représentation que nous avons proposé permet d’illustrer les variations de prise en charge dans des textes. Plus un article présente une structure complexe et plus le journaliste créée de la distance avec ses propos et se réfugie dans une énonciation fuyante qui laisse la parole à d’autres autorités. (Rabatel, 2006) proposait la notion de <em>sousénonciateur </em>pour désigner cet énonciateur dominé par rapport à celle de <em>surénonciateur</em> qui désigne un énonciateur qui saturerait son propos de sa présence. La posture médiatique consiste à positionner le journaliste comme <em>sousénonciateur</em> dans la mesure où il laisse la parole à des énonciateurs seconds présentés comme experts.</p>
<p style="text-align: justify;">Les buts de cet effacement sont pluriels. Tout d’abord, il augmente l’apparente objectivité de l’article. La fuite énonciative du journaliste contraste avec l’accumulation des paroles expertes : le journaliste semble parfaitement respecter son rôle de réceptacle des bruissements du monde. Plus les points de vue des experts mis face à face seront nombreux et hétérogènes et plus l’impression d’objectivité sera forte.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, le degré de vérité de l’information est renforcé : le propos est digne de confiance parce que porté par une autorité le plus souvent digne de confiance et la présence d’une typographie claire (guillemets ou mise en italique par exemple) conforte l’exactitude des citations en mettant à l’abri des accusations de malhonnêteté informationnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, dans les textes portant sur des sujets polémiques, la juxtaposition de contenus contradictoires permet de traiter l’information en échappant à toute critique de parti pris. Dans (Chagnoux 2009), nous avons ainsi montré comment la presse occidentale avait pu traiter le conflit israélo-libanais sans se prononcer véritablement sur le fait d’actualité, la capture de soldats, qui l’avait provoqué. Le collage d’opinions d’autorités convoquées évite toute analyse argumentée .</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, en réalité, le journaliste a un réel statut de <em>surénonciateur</em> et ce, à plusieurs titres. Premièrement en tant que distributeur de la parole, il choisit et nomme les autorités. Comme le souligne (Charaudeau 2005), présenter ses sources implique un mode de dénomination qui peut traduire une certaine posture de déférence ou de familiarité. Privilégier « Sarkozy », « Nicolas Sarkozy », «  le président de la République », « monsieur Nicolas Sarkozy »  n’est pas anodin. Cet argument est celui invoqué par Pierre Bourdieu dans une critique parue dans <em>Le Monde Diplomatique <a class="blueLink" name="_ftnref10" href="#_ftn10">[10]</a></em> suite à sa participation à l’émission <em>Arrêt sur Image</em>. Il expliquait  que « [l]’apparence de l’objectivité est assurée par le fait que les positions partisanes de certains participants sont déguisées (à travers le jeu avec les titres ou la mise en avant de fonctions d’expertise : par exemple, M. Alain Peyrefitte est présenté comme « écrivain » et non comme « sénateur RPR » et « président du comité éditorial du Figaro », M. Guy Sorman comme « économiste » et non comme « conseiller de M. Juppé ».) »</p>
<p style="text-align: justify;">Deuxièmement,  la mise en mise en perspective et en représentation du contenu en modifie la portée argumentative ou la valeur de vérité. Tout d’abord, la citation est souvent tronquée sous forme d’îlots textuels. Ensuite, les marqueurs intégratifs du discours peuvent potentiellement jeter la suspicion sur la véracité des faits présentés dans la citation ou discréditer leur auteur. La sémantique des verbes introductifs est à cet égard particulièrement révélatrice. Ainsi dans l’exemple 6, la tournure « persiste à contester », qui fait écho à celle de « persiste à nier » présente un peu plus haut dans le texte, indique explicitement un jugement de valeur du journaliste, jugement qui sera également amplifié par « allant jusqu’à citer ».</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Dans une récente interview au Figaro Magazine, l&#8217;ancien ministre de l&#8217;Education Nationale, Claude Allègre <strong>persiste à</strong> contester le réchauffement climatique et s&#8217;en prend directement aux écologistes : « L&#8217;écologie des Verts, c&#8217;est la philosophie du déclin », <strong>allant jusqu&#8217;à</strong> citer Jean-Marie Le Pen, qui <strong>selon lui</strong> « dit la vérité : les écolos, c&#8217;est comme les pastèques, vert à l&#8217;extérieur, et bien rouge à l&#8217;intérieur ». <a class="blueLink" name="_ftnref11" href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le jugement de valeur négatif est également souligné par l’insistance de la mise à distance du propos avec « selon lui ». Ainsi, même le discours rapporté permet de déterminer les intentions communicatives du journaliste.</p>
<p style="text-align: justify;">Troisièmement, si l’analyse des textes montre que le discours journalistique recourt le plus souvent au discours rapporté pour convoquer une parole qui fait autorité (parole d’expert, de technicien ou de témoin direct), la citation est une construction qui n’a pour valeur que celle que le lectorat accordera au média. (Bondol 2007) montre ainsi que l’hypothèse d’une restitution fidèle des paroles effectivement énoncées est peu vérifiée dans la plupart des discours et particulièrement dans le discours journalistique.</p>
<h3 style="text-align: justify;">3.2 L’information est langage</h3>
<p style="text-align: justify;">Il est certes paradoxal de refuser à la citation ses valeurs originales : la parole de l’expert, au lieu d’être garante d’authenticité n’est finalement qu’une rumeur, parmi d’autres, qui pourra être niée ou contestée.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est suite à ce constat et à celui selon lequel plus de 50% des lecteurs doutaient de la véracité des informations rapportées par les médias, qu’une société, SpinSpotter avait proposé un outil collaboratif, Spinoculars, qui permettait d’éditer et de partager toute manifestation de parti pris dans un article en ligne. Lorsqu’il repèrait un terme ou un passage biaisé ou erroné, tout lecteur de l’article pouvait sélectionner le mot ou le passage incriminé pour le « spinPotter » en indiquant la nature de la faute repérée : opinion personnelle, sujet non défini, contexte oublié, conflit d’intérêt, etc. <a class="blueLink" name="_ftnref12" href="#_ftn12">[12]</a> Une icône était alors ajoutée pour signaler la correction aux autres lecteurs. Dans une approche communautaire, les annotations pouvaient être évaluées par les autres utilisateurs afin d’en évaluer la fiabilité. L’outil n’a pas connu de succès mais son projet témoigne de la fragilité du statut de l’information dans une société qui assiste paradoxalement à une inflation informationnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre un énonciateur principal qui refuse l’engagement et une parole d’expert à qui l’on peut refuser l’expertise, le fait journalistique apparaît bien davantage comme une construction langagière que comme une réalité sociale : il n’est que le fragment de cette réalité, amputé, isolé et reflété par des mots.</p>
<p style="text-align: center;">***********</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Représenter le discours par des graphes ainsi que nous le proposons permet d’accéder directement par la visualisation aux différents référentiels en jeu dans des textes et offre ainsi un autre regard sur l’organisation discursive. Ce modèle permet de discriminer significativement les articles selon qu’ils privilégient ou non le recours à des citations ou à des procédés de modalisation et de mesurer la distance à laquelle un journaliste situe une information. Inscrire ainsi une posture médiatique dans la linguistique discursive et computationnelle permet d’une part de proposer des éléments formels sur lesquels ancrer l’analyse et d’autre part de fournir des outils de représentation et d’analyse qui quantifient les phénomènes repérés.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En tant que représentation de la structure, ce modèle ne se propose pas d’analyser les phénomènes discursifs mais simplement de les identifier. Néanmoins, la sémantique des marqueurs formels de mise à distance énonciative traduit paradoxalement la réactivation de la prise en charge : en convoquant les opinions d’autorités, le discours médiatique établit avec son lectorat une relation de confiance qui éclipse les procédés subjectifs et insidieux de mise en scène de la parole. « Peut-être parce que le pouvoir pour s’exercer dans les sociétés occidentales, a de plus en plus besoin de l’alibi démocratique, lequel s’institue grâce à un jeu d’échange de paroles qui se masquent, se modifient, se transforment. »</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Marie CHAGNOUX</strong></p>
<p>LIP6 – Université Pierre et Marie Curie &#8211; <a href="mailto:marie.chagnoux@free.fr">marie.chagnoux@free.fr</a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Bibliographie</span></p>
<p style="text-align: justify;">Adam, J.-M. 2005. <em>Analyse de La linguistique textuelle &#8211; Introduction à l&#8217;analyse textuelle des discours, </em>Paris : Armand Colin, collection &laquo;&nbsp;Cursus&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Chagnoux, M. 2006. <em>Temporalité et aspectualité dans les textes français. Modélisation sémantico-cognitive et traitement informatique</em>. Paris : Thèse de l’Université Paris-Sorbonne.</p>
<p style="text-align: justify;">Chagnoux, M.<strong> </strong>2009. <em>&laquo;&nbsp;Informer sans s&#8217;engager : modélisation de la dynamique énonciative dans les sujets d&#8217;actualité</em> <em>&laquo;&nbsp;.</em> Corela , Volume 7, Numéro 1.(http://edel.univ-poitiers.fr/corela/document.php?id=2116)</p>
<p style="text-align: justify;">Charaudeau, P. 2005, <em>Les médias et l’information : L’impossible transparence du discours.</em> De Boeck – Ina coll. « Médias Recherches », Bruxelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Desclés, J.-P. 1995. <em>Les référentiels temporels pour le temps linguistique</em>.<em> </em>Modèles linguistiques<em> </em>16: 9-36.</p>
<p style="text-align: justify;">Darde, J.-N. 1998. « Ce qui se dit, ce qui se passe », in <em>Mimesis : Imiter, représenter, circuler</em>, Hermès, 22.</p>
<p style="text-align: justify;">Fauconnier, G. 1985.  <em>Mental spaces: Aspects of meaning construction in natural languag</em>e.  Cambridge : MIT Press.</p>
<p style="text-align: justify;">Bondol, J.-C. 2005. « La médiation journalistique dans le discours rapporté direct: mise en évidence du point de vue subjectivisant dans le langage de la télévision », <em>HAL-SHS</em>, http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00161205/fr/</p>
<p style="text-align: justify;">Rabatel A. 2005. « Les postures énonciatives dans la co-construction dialogique des points de vue : coénonciation, surénonciation, sousénonciation », in Bres, J., Haillet, P.-P., Mellet, S., Nolke, H., Rosier, L., (éds.). <em>Dialogisme, polyphonie : approches linguistiques</em>, pp. 95-110. Bruxelles : Duculot.</p>
<p style="text-align: justify;">Rabatel, A. 2006. « L’effacement de la figure de l’auteur dans la construction événementielle d’un « journal » de campagne électorale et la question de la responsabilité, en l’absence de récit primaire », <em>Semen</em> 22.</p>
<p style="text-align: justify;">Rosier, L.  1999.<em> Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques</em>, Bruxelles, Paris : Duculot.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Querler, N. 1996. <em>Typologie des modalités</em>, Caen : Presses Universitaires de Caen.</p>
<p style="text-align: justify;">Références des textes cités</p>
<p style="text-align: justify;">[1] « Abattage des éléphants: l&#8217;Afrique du Sud consulte des experts », Dépêche AFP (18/01/2006).</p>
<p style="text-align: justify;">[2] « Obama réexaminera le retrait d’Irak si la violence augmente, selon un parlementaire », <a href="http://www.lematin.ch/flash-info/monde/obama-reexaminera-retrait-irak-violence-augmente-parlementaire">http://www.lematin.ch/flash-info/monde/obama-reexaminera-retrait-irak-violence-augmente-parlementaire</a></p>
<p style="text-align: justify;">[3] « Israël en guerre contre le Hezbollah », <em>Libération</em>, <a href="http://www.liberation.fr/actualite/monde/193578.FR">http://www.liberation.fr/actualite/monde/193578.FR</a></p>
<p style="text-align: justify;">[4] « Duflot : Quand « Allègre ment pour exister&#8230; » », RMC, <a href="http://www.rmc.fr/edito/info/96246/duflot-quand-allegre-ment-pour-exister">http://www.rmc.fr/edito/info/96246/duflot-quand-allegre-ment-pour-exister</a></p>
<p style="text-align: justify;">[5] « Eléphant », <em>Wikipedia</em>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/El%C3%A9phant">http://fr.wikipedia.org/wiki/Eléphant</a></p>
<p style="text-align: justify;">[6] « Réfrigérateur », <em>Wikipedia</em>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9frig%C3%A9rateur">http://fr.wikipedia.org/wiki/Réfrigérateur </a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Article de la figure 1 (texte2)</p>
<p style="text-align: justify;">« Le président Barack Obama réexaminera son plan concernant le retrait des troupes américaines d&#8217;Irak si la violence augmente dans le pays, a indiqué jeudi John McHugh, un membre républicain de la commission des Services armés de la Chambre des représentants.</p>
<p style="text-align: justify;">Le président Obama, qui doit annoncer vendredi ses intentions sur le sujet, &laquo;&nbsp;m&#8217;a assuré qu&#8217;il reconsidérerait son plan si la situation sur le terrain se détériore et que la violence augmente&nbsp;&raquo;, a affirmé M. McHugh dans un communiqué.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Obama a pris cet engagement lors de discussions à la Maison Blanche en présence du vice-président Joe Biden, du secrétaire à la Défense Robert Gates et du chef d&#8217;état-major interarmées Michael Mullen, a dit McHugh.</p>
<p style="text-align: justify;">Selon M. McHugh, Barack Obama aurait choisi d&#8217;effectuer le retrait des troupes américaines d&#8217;Irak d&#8217;ici &laquo;&nbsp;août 2010&#8243;, soit en 19 mois, trois de plus que ce qu&#8217;il avait promis pendant la campagne présidentielle.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;L&#8217;Irak fait face à des défis importants en 2009, dont les élections législatives en décembre. Nos commandants doivent disposer de la souplesse dont ils ont besoin pour pouvoir y répondre, et le président Obama m&#8217;a assuré qu&#8217;il y avait un +plan B+&nbsp;&raquo;, a ajouté le parlementaire.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;L&#8217;objectif du président de retirer les troupes américains d&#8217;Irak est un de ceux pour lesquels nous devons prier, que nous devons planifier et en vue duquel nous devons travailler. Mais je reste préoccupé par la fragilité de la situation concernant la sécurité en Irak, et nous devons nous employer à réduire les risques pour nos troupes et pour leur mission&nbsp;&raquo;, a déclaré M. McHugh, ajoutant avoir soulevé ces questions lors de la rencontre de jeudi soir avec le président.</p>
<p style="text-align: justify;">Le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a indiqué jeudi que M. Obama annoncerait vendredi ses plans pour un retrait des soldats américains d&#8217;Irak. Le président américain doit prononcer un discours à la base de Marines de Camp Lejeune en Caroline du Nord (sud-est).</p>
<p style="text-align: justify;">M. Gibbs n&#8217;a pas précisé en combien de temps M. Obama comptait rapatrier les soldats américains. Il a seulement laissé entendre que M. Obama laisserait, comme prévu, une force résiduelle pour entraîner les forces de sécurité irakiennes, combattre les extrémistes et protéger les intérêts américains. »</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn1" href="#_ftnref1">[1]</a> La prise en charge énonciative des énoncés est parfois aussi désignée sous le terme de &laquo;&nbsp;point de vue&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn2" href="#_ftnref2">[2]</a> Il existe une large littérature scientifique consacrée aux champs du discours rapporté et de la modalisation, on pourra consulter respectivement (Rosier 1999) et (Le Querler 1996).</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn3" href="#_ftnref3">[3]</a> Nous utilisons ici le terme de « référentiel » tel qu&#8217;il est utilisé en physique. Les référentiels énonciatifs présentés ici sont issus d’une typologie proposée par (Desclés 1995) et précisée par (Chagnoux 2006).</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn4" href="#_ftnref4">[4]</a> Dépêche AFP (18/01/2006). « Abattage des éléphants: l&#8217;Afrique du Sud consulte des experts », (texte 1).</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn5" href="#_ftnref5">[5]</a> Dépêche AFP (27/02/2009)<em> </em> « Obama réexaminera le retrait d&#8217;Irak si la violence augmente, selon un parlementaire », (texte 2).</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="blueLink">[6]</span> (Tableau) Afin de faciliter la lecture, les référentiels énonciatifs sont en rose et les référentiels possibles en vert sur les graphes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn7" href="#_ftnref7">[7]</a> Les références détaillées de chacun de ces textes sont mentionnés en annexes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn8" href="#_ftnref8">[8]</a> <a href="http://fr.wikipedia.org">http://fr.wikipedia.org</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn9" href="#_ftnref9">[9]</a> Le nœud 6 est en bleu, il renvoie à un référentiel mental, type de référentiel que nous n’avons pas présenté dans cet article, mais qui peut être rapproché des «espaces mentaux » de (Fauconnier 1995).</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn10" href="#_ftnref10">[10]</a> <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/1996/04/BOURDIEU/2633">http://www.monde-diplomatique.fr/1996/04/BOURDIEU/2633</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn11" href="#_ftnref11">[11]</a> <a href="http://www.rmc.fr/edito/info/96246/duflot-quand-allegre-ment-pour-exister/">http://www.rmc.fr/edito/info/96246/duflot-quand-allegre-ment-pour-exister/</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a class="blueLink" name="_ftn12" href="#_ftnref12">[12]</a> La typologie des fautes s’appuyait sur les travaux d’un comité consultatif composé de journalistes ainsi que du code d’éthique du syndicat professionnel des journalistes américains</p>
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		<title>L’homme est un animal cybernétique. Haraway et Wiener critiques de la technocratie / Nathanaël Wadbled</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:45:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
		<category><![CDATA[cybernétique]]></category>
		<category><![CDATA[Cyborg]]></category>
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Exergue : « connaissant la force et les actions du feu, de l&#8217;eau, de l&#8217;air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer de même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Exergue :</strong><strong> « connaissant la force et les actions du feu, de l&#8217;eau, de l&#8217;air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer de même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maître</strong><strong>s et possesseurs de la nature. » (R. Descartes,<em> Discours de la Méthode</em>, 6<sup>e</sup> partie, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1966, p. 168) </strong>[1]</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><span id="more-3249"></span></p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>I. Usage utilitaire et usage prothétique des machines : l’homme et le cyborg (Haraway)</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dans l’<em>Étoile de cristal</em>, Vonda McIntyre [2] met en scène un certain rapport de l’homme aux machines. On y voit des individus doués d’implants bioniques qui ne se contentent pas de faire du corps une machine plus parfaite, mais qui modifient leur identité par une reconfiguration du corps et une action sur le code génétique. Aucun des personnages n’est simplement humain, tout en étant des évolutions de l’humain par incorporation de machines. Les machines ne semblent pas être ici des objets dont les hommes se serviraient, mais des prothèses incorporées. Cela signifie que l’identité même du sujet est transformée. Il n’est plus définissable par un ensemble de facultés humaines toujours déjà données et définies. Dans la mesure où il fusionne avec la machine, au lieu de l’utiliser, il change de nature. Il n’y a alors plus de sujet préalable, sujet de l’action dont la machine serait le moyen ; un nouvel individu est inauguré par l’action fusionnelle de l’homme et de la machine. Il s’agit d’un accouplement qui donne naissance. Ce que Vonda MacIntire met en scène c’est l’usage prothétique de la machine. Elle est incorporée dans un devenir homme-machine, c’est-à-dire cyborg.  Comme le remarque Donna Haraway, qui cite l’<em>Étoile de cristal</em> comme exemplification de ce qu’elle cherche à définir comme un paradigme cyborg, il devient alors difficile de dire qui est le sujet et qui est l&#8217;objet [3]. Il semble que ce soit essentiellement ce qu’est l’homme qui change, et non seulement ses propriétés.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme devenant cyborg connaîtrait ainsi un changement substantiel. En termes aristotéliciens, la substance, c’est l’être, la nature de la chose, toujours identique à elle-même, indépendamment des différentes configurations ou accidents que connaît l’individu. En ce sens, la substance existe en soi et l’accident existe par ou pour une substance. Cela signifie que l’accident n’existe pas en lui-même pour Aristote, mais par rapport à une substance qui demeure et à laquelle ils se rapporte, que d’une certaine manière il qualifie. En ce sens, si l’usage de la technologie qualifie l’homme, alors les propriétés et modifications qu’il en retire sont des accidents qui ne modifient pas substantiellement ce qu’est un homme. Cette distinction peut correspondre à celle, grammaticale, entre le substantif et l&#8217;adjectif ou entre le nom et le complément du nom.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans un usage que l’on peut qualifier d’utilitaire de la machine, celle-ci est le complément du nom définissant l’individu : la machine de l’homme. Elle est utilisée comme outil, sans modifier fondamentalement celui qui l’utilise comme un instrument d’extérieur à lui et dont il est le maître existant préalablement.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet usage correspond à celui que considère Marshall Mac Luhan à propos des techniques médiatiques. Il s’agit d’utiliser un outil qui « accélère et amplifie l&#8217;échelle des facteurs humains existante » [4]. Dans cette perspective, l’usage de la machine ne modifie pas substantiellement l’individu qui s’en sert, mais la perception qu’il a de lui-même au niveau accidentel [5]. Le seul changement est « le changement d&#8217;échelle, de rythme ou de modèles qu&#8217;il provoque dans les affaires humaines » [6]. D’une façon significative, lorsque Marshall Mac Luhan considère la relation de l’homme à l’outil technologique, il considère celui-ci comme un prolongement de facultés existantes maximalisées qui provoque non une transformation de l’individu mais l’« l&#8217;amputation de son propre être dans une forme technologique nouvelle » [7]. L’individu qui investit son être dans un prolongement technologique de lui-même perdrait du même coup la conscience de lui même. Cette situation, que Marshall Mac Luhan nomme la « narcose narcissique » [8], semble pathologique et destinée à être résorbée dans le retour de l’individu à la conscience de son identité d’origine. Si l’organisation du monde peut être changée, ce n’est pas le cas de l’individu qui non seulement, et dans la même dynamique, use utilitairement de ses outils et n’est pas substantiellement affectés par les modifications de son milieu que cet usage provoque : « s&#8217;il est une chose dont les (outils) technologi(ques) sont incapables, c&#8217;est bien de s&#8217;<em>ajouter </em>à ce que nous sommes déjà » [9]. Dans cette perspective, la machine est ainsi celle de l’individu ; il reste lui-même, qu’il l’utilise ou non.</p>
<p style="text-align: justify;">Par l’usage utilitaire des machines, l’homme cherche ainsi à mettre à distance son propre milieu et à se libérer de son influence. Un tel usage définit donc en un certain sens une ontologie de la sécurité. L’homme ne remet alors pas en cause, ni en jeu, les procédures de relation à son milieu et la structure propre qui définissent sa nature. Les machines seraient donc simplement un outil utilisé par un individu qui saurait quoi en faire pour se perpétuer malgré les changements de son milieu. Cela suppose bien qu’il n’y ait pas de relations ou d’influences rétroactives avec le monde que la technologie transforme. S’il y a modification du milieu par la technologie et si l’individu est en interrelation avec lui, il se trouverait lui-même modifié rétroactivement. Les deux termes de la relation qui définissent son milieu étant modifiés, l’usage de la machine devrait l’être également. S’il est toujours le même, c’est que la relation de l’homme au monde reste similaire. Sûrs de ce qu’ils se savent être et de la force autonome que leur confère l’usage des outils technologiques, les hommes se dispensent d’instaurer un <em>feedbak</em> avec leur environnement. Pour reprendre la formule cartésienne, ils peuvent alors se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » [10]. [11]</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au contraire, le cyborg n’est pas un homme utilisant un outil, mais une incorporation homme-machine. Dans le nom propre cyborg, qui signifie homme-machine, la machine est une partie du nom, non un complément du nom. Dans ce cas, le complément du nom décide de la nature du nom qui, privé de cet attribut, ne serait plus lui même – on peut à ce propos également songer au terme allemand <em>Seeigel</em> qui nomme l’oursin un hérisson marin. Il y aurait donc une transsubstantiation : l’individu ne serait pas, ou ne serait plus, que ce qu’il est déjà. C’est ce que signifie Donna Haraway lorsqu’elle écrit que « Les identités cyborg sont monstrueuses et illégitimes » [12]. C’est un monstre, au sens où l’individu ne correspond plus à ce qui est reconnu comme homme, bien qu’il garde une certaine ressemblance accidentelle avec ce qu’il était comme homme. Il ne s’agit pas, à proprement parler, d’une autre espèce, mais d’une transformation monstrueuse qui change la nature de l’espèce. Donna Haraway parle d’ailleurs de « renaissance » [13] monstrueuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Par l’incorporation de la machine, l’adaptation se fait par une remise en cause de la structure et des facultés de l’individu. Il ne s’agit plus de mettre à distance le milieu en usant d’un outil extérieur, afin de maîtriser ses influences sur l’individu, mais d’entrer en interrelation directe et d’accepter d’être transformé par cette interrelation. Une telle conception implique que la transsubstantiation est continue, dans la mesure où le milieu est en perpétuelle évolution, ne serait-ce que par l’action de l’individu sur lui. Pour Donna Haraway, cela signifie renoncer au mythe de la complétude originelle de l’homme à sa place définie et éternelle dans l’organisation du monde [14], qui est celle d’un homme non impliqué dans une relation rétroactive à son milieu. Le cyborg se désintéresse de la complétude dans la mesure où son histoire n’est pas celle d’une perfection et d’une innocence perdue. En fait, est remise en cause la trame narrative de la reproduction : les déconstructions et l&#8217;hétérogène ne sont plus considérées comme chute ou aliénation [15].</p>
<p style="text-align: justify;">Libérée de cette nostalgie, l’action du cyborg ne consiste donc pas à rechercher à nouveau cet état, ou un état définitif de complétude à construire. Pour Donna Haraway, c’est ce qui définit sa substance comme différée. Il s’agit de refuser toute matrice définitive naturalisée ou naturalisante, en affirmant «  qu&#8217;aucune construction ne se suffit à elle-même » [16]. Il semble alors que l’identité du cyborg soit difficilement définissable une fois pour toute. Au moment même où elle se pose, elle est déjà modifiée par une nouvelle interaction avec le milieu ou l’usage d’une nouvelle machine. Parler de transsubstantiation signifie en ce sens que l’identité substantielle du cyborg est constamment différée. Ce n’est pas dire qu’elle ne peut être donnée, mais qu’elle est toujours incomplète, partielle et fuyante, c’est-à-dire, comme l’écrit Donna Haraway, « ironique » [17]. Il s’agit bien d’ouvrir à de nouvelles possibilités d’être. C’est ce que signifie Donna Haraway lorsqu’elle écrit qu’« un, ce n&#8217;est pas assez, deux ne représentent qu&#8217;une possibilité» [18].</p>
<p style="text-align: justify;">Cette différence à soi correspond à une capacité d’apprentissage, c’est-à-dire de remise en cause et d’évolution de soi. « Les cyborgs [...] s&#8217;emploient à réécrire les textes de leur corps et de leur société. La survie est l&#8217;enjeu de ces lectures et de ces interprétations toujours provisoires » [19]. Il ne s’agit pas de se rendre maître de la nature par l’intermédiaire d’une sorte d’interface, mais d&#8217;une adaptation constante dont dépend la survie. Cette définition du cyborg peut au contraire être considérée comme celle de l’homme par opposition aux machines. C’est ce que suggère d’ailleurs Donna Haraway lorsqu’elle considère que « Le cyborg est <em>notre</em> ontologie » [20].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>II. Usage humain et usage inhumain de la technologie. Le cybernéticien et le technocrate (Wiener)</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Cette opposition entre cyborg et humain peut en effet correspondre à une reformulation radicale de celle que Norbert Wiener [21] établi entre un usage humain et un usage inhumain, non seulement des machines, mais surtout d’un point de vue plus général de la science et de la conception de leur fonctionnement. Pour Norbert Wiener, un des pères de la cybernétique qui consacre une partie importante de ses ouvrages à définir la relation homme-machine, l’usage humain correspond à la cybernétique et usage inhumain à la mécanique utilitaire. Le cyborg serait ainsi le paradigme de l’humanité. D’une certaine manière, l’homme serait un animal cybernétique. Il se définirait, dans un même mouvement, par l’adaptation au milieu et de l’usage prothétique des machines. Pour Norbert Wiener, ces questions sont en effet liées.</p>
<p style="text-align: justify;">Il considère que la machine est une technologie d’adaptation au milieu et que cette adaptation se fait par son usage prothétique. Il ne s’agit pas de maintenir ou d’augmenter la maîtrise de l’homme sur son milieu mais de transformer substantiellement la relation de l’homme à son milieu. Cela correspond à ce que Norbert Wiener nomme un feedback complexe [22] dans lequel l’organisme, non seulement corrige son fonctionnement, mais plus essentiellement fait évoluer son programme d’évaluation et de corrections. Il ne s’agit donc pas de corriger une faculté en fonction de l’évaluation de ses performances, afin de maximaliser un système existant, mais de changer et de faire évoluer la structure même du système.</p>
<p style="text-align: justify;">Une telle évolution est permise par l’usage prothétique des machines. Une machine n’est pas un outil ajouté à un processus ou à une faculté qui resterait par ailleurs inchangée, même si elle fonctionnait mieux. L’utilisation d’une nouvelle machine n’est ainsi pas pour Norbert Wiener le remplacement d’une technique plus performante et économique par une autre [23]. Il faut considérer une transformation du système dans son ensemble. « En général, au regard de l’histoire, nous sommes capables de voir que ce premier emploi était superficiel et dénué d’imagination, et que la nouvelle position de l’invention dépend d’un réaménagement complet de l’économie de la situation antérieure en fonction des potentialités présentes de l’invention qui n’étaient pas de prime abord apparentes ». [24]</p>
<p style="text-align: justify;">Norbert Wiener donne l’exemple du passage à l’utilisation du moteur électrique par l’industrie, qui précipite le système de production dans une configuration nouvelle permise par la multiplication des petites unités de production que ne permettait pas la machine à vapeur. C’est une modification de la structure même de la production et non pas remplacement d’un outil par un autre plus performant pour faire la même chose [25]. Cette transformation du système de production peut-être considérée comme similaire à celle que connaît l’homme qui utilise une nouvelle machine. C’est l’occasion et la condition d’une possible évolution de l’individu, donc, d’une certaine manière, de son adaptation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette transformation de la structure même de l’individu par l’usage d’une machine est ce que Norbert Wiener nomme le couplage [26] – ce que j’ai nommé l’usage prothétique – qu’il lie au cyborg en utilisant d’ailleurs le terme de prothèse pour qualifier l’usage fait de la machine. « Un nouveau type d’ingénierie prothétique est donc possible qui mettre en jeu la construction des systèmes hybrides comportant des éléments humains et mécaniques. Mais rien n’oblige qu’une telle approche se limite au remplacement de parties du corps ayant disparu. Des prothèses peuvent être envisagées pour des parties que nous n’avons pas et n’avons jamais eues » [27]. Les actions et évolutions des individus ne sauraient donc être l’objet de l’application d’un programme ou d’une connaissance de son fonctionnement établie une fois pour toutes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La non évolution correspond au contraire à la réduction mécanique à un programme qui a pour corollaire l’impossibilité de changer, mais au mieux de régler ou de maximaliser la structure. L’homme serait ainsi semblable au robot que Norbert Wiener condamne. Le robot fonctionne en effet pour Norbert Wiener de façon littérale, selon son programme – la cybernétique se sépare en cela des conceptions présidant au développement des programmes d’intelligence artificielle. Dans la mesure où aucune machine n’est capable d’apprentissage, il critique le mythe du robot dans lequel il n’y a aucune inter-communication ni aucune communication avec l’extérieur. L’illusion de choix de la machine serait soit un effet du programme, soit dû à des erreurs dans le programme ou des bruits dans l’effectuation du programme. Ce mythe est celui de l’autonomie, car un tel programme mécaniste ne prend pas en compte l’environnement et ses contingences. Il y a donc, dans le même mouvement, incapacité d’adaptation et usage utilitaire des machines. C’est en ce sens que Norbert Wiener parle d’usage inhumain à propos de cette rigidité [28]. Comme le remarque Mathieu Triclot, « La machine apparaît à ce moment-là, non plus tant comme une projection de l’action ou de l’organe humain (…), mais comme la projection de ce qu’il y avait de non-humain en l’homme. La fonction de la machine est de remplacer le travail servile » [29].</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, une telle conception programmatique ou mécaniste de l’homme ne laisse aucune capacité d’invention aux individus. La marge de manœuvre de leurs actions se limite à la maximalisation et à la meilleure utilisation possible des capacités permises par sa structure inamovible. Il s’agit donc de maîtriser le programme, plus que d’être ouvert et capable de réagir à l’environnement. C’est en ce sens que Norbert Wiener considère cette conception inhumaine de l’homme technocratique est fasciste.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue technique ou scientifique, l’homme fonctionnerait comme une horloge, exigeant précision et savoir centralisé. La connaissance technologique suffirait à le faire fonctionner au mieux. Cet usage serait organisé par une technocratie qui en a la science, c’est-à-dire qui maîtrise la technologie de ces techniques. Son pouvoir est équivalent à son savoir. Il n’est effectif que tant que la technologie est utilisée comme elle doit l’être. La technocratie définie un programme d’utilisation duquel on ne peut sortir qu’au prix d’une mésutilisation, qu’il s’agira de sanctionner comme inappropriée et non fonctionnelle (ça ne marche pas), ou d’une utilisation dangereuse. Les machines doivent donc être utilisées comme il convient et cette technologie est définie une fois pour toutes. Le management technocratique remplacerait donc légitimement la capacité de réponse et d’adaptation au milieu.</p>
<p style="text-align: justify;">L’individu ne serait donc pas touché par les modifications qu’il induit dans son milieu puisque la technologie de son action serait donnée une fois pour toutes. C’est le fondement même du pouvoir technocratique : ce qu’il doit reproduire pour se maintenir. Cela correspond à une certaine utopie soviétique dans laquelle, à terme, une armée de statisticiens et de scientifiques détermineraient les actions de chacun et de tous de manière parfaitement adéquate dans la mesure où ils maîtriseraient la science des différents programmes en jeu dans leur existence, c’est à dire la technologie.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Norbert Wiener, une telle gestion, incapable d’affronter la contingence et l’imprévisibilité de la relation au milieu extérieur, correspond à une logique mécaniste qu’il nomme fascisme [30]. Il s’agit de la recherche de l’efficacité permise par la limitation de la communication avec le milieu et par l’assignation à une position fonctionnelle dans le système qui peut être définie une fois pour toute, en raison, justement, de cette non-communication. « Ces dévots de l’efficience voudraient que chaque homme se meuve dans l’orbite sociale qui lui a été assignée depuis sa plus tendre enfance, et ne réalise qu’une fonction à laquelle il reste attaché comme le serf à son lopin de terre. » [31]. Chaque individu aurait une fonction définie et inaltérable sur un modèle que Norbert Wiener identifie à celui de la société des fourmis [32].</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit d’une conception inhumaine des êtres humains fondée sur la non-détermination et le non-apprentissage. Cela signifierait que la mécanisation s’est emparé de la vie [33] ; c’est ce à quoi Norbert Wiener s’oppose au nom d’une conception cybernétique et humaine [34]. Il s’agit d’ouvrir une conception cybernétique de soi, c’est-à-dire la possibilité d’un récit cybernétique de soi qui soit une éthique [35], et non une narration fondée sur une quelconque narcose narcissique mettant à l’écart ce qui devrait nous toucher.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Conclusion : les enjeux politiques de la cybernétique</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Une conception cybernétique de la technologie en fait le moyen pour chaque individu de dévier de ce qu’il est – c’est d’ailleurs le sens de la reprise du paradigme cybernétique dans une perspective féministe par Donna Haraway puis, par l’intermédiaire de son « Manifeste Cyborg », par la théorie et la politique <em>queer</em>. « Mon mythe cyborg est donc une histoire de frontières transgressées, de fusions redoutables et de possibilités dangereuses que les progressistes pourraient explorer en considérant qu&#8217;elles font partie de l&#8217;indispensable travail politique » [36]. Il ne s’agit pas d’appliquer la cybernétique au monde social, ce à quoi Norbert Wiener s’est opposé [37], mais de l’utiliser comme paradigme d’un certain usage de la technologie. Cet usage de la technologie, au sens ingénérique de Norbert Wiener et politique de Michel Foucault, ne vise pas à maximaliser un système ou des conditions existantes mais à en inventer d’autres. L’enjeu est « de subvertir le commandement et le contrôle » [38] technocrate en montrant que l’action humaine ne saurait se limiter à l’application correcte d’un programme performant. Le paradigme cybernétique offre ainsi une conceptualisation du trouble de l’identité [39], c’est-à-dire de l’impossibilité de définir une identité autre que différée d’elle-même. En même temps, il permet de dénoncer comme inhumaine la domination technocratique tout en accueillant sans crainte la fusion et le couplage avec les machines.</p>
<p style="text-align: justify;">Que le paradigme cybernétique ouvre cette possibilité radicale de critique de la technocratie, qui pousse à l’extrême les intuitions et les conceptions de Norbert Wiener tout en étant fidèle à son esprit, n’est peut-être pas étranger à la tombée en disgrâce de ce paradigme face à la montée de l’intelligence artificielle. Comme le remarque Mathieu Triclot, cette défaite doit s’analyser sur le plan des concepts et de la philosophie [40].</p>
<p style="text-align: justify;">Contre une certaine mythologie pour laquelle le rapport aux machines signifie la fin de l’humanité et contre une réduction technocratique de l’homme à une machine, il s’agit d’affirmer qu’un usage <em>humain</em> – pour reprendre le terme de Norbert Wiener – de la technologie, qui est indissociable d’une conception humaine des hommes, est une chance d’apprentissage et de transformation dans des directions insoupçonnées et riches de nouvelles possibilités. Le danger ne vient ni des machines ni des hommes, mais de leur usage utilitaire et mécaniste qui correspond, pour Norbert Wiener, à un usage <em>inhumain</em> de la technologie – et non seulement des machines. L’enjeu politique de la cybernétique pourrait être résumé par l’adaptation cinématographique de <em>I-Robot</em> d’Isaac Asimov par Alex Proyas : les hommes comme les robots sont sauvés de la mécanisation par un robot ayant la capacité d’apprendre. C’est un robot humain qui, en ce sens, même s’il est intégralement une machine, n’est pas si éloigné du cyborg de Norbert Wiener et de Donna Haraway – en tout cas qui est moins éloigné de l’humain que les hommes qui obéissent au programme d’une société technocratique, autonomes et magnifiés dans un même mouvement comme maître de la technologie, des machines et de son milieu. « Pour moi, même si les deux figures sont liées l&#8217;une à l&#8217;autre dans la danse en spirale, j&#8217;aime mieux être cyborg que déesse. [41]»</p>
<p><strong>Nathanaël WADBLED</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><a href="mailto:nathanael_3009@yahoo.fr">nathanael_3009@yahoo.fr</a></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Doctorant en philosophie esthétique et politique, Paris 8</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Associé au Centre d’Étude Féminine et d’Étude de Genre, Paris 8</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;">[1] Ce travail doit beaucoup aux échanges avec Yann Minh. Qu’il soit remercié pour m’avoir ouvert un certain nombre de pistes de réflexions, ainsi que Lucile Haute qui souvent participa à ces discussions.</p>
<p style="text-align: justify;">[2] V. McIntire, <em>L’Étoile de cristal</em>, fleuve noir, 2000</p>
<p style="text-align: justify;">[3] D. Haraway, « Manifeste Cyborg » in <em>Des singes, des cyborgs et des femmes. Réinvention de la nature</em>. Editions Jacqueline Chambon, 2008 , p. 314</p>
<p style="text-align: justify;">[4] M. Mac Luhan, « Le médium c’est le message », in <em>Pour comprendre les médias</em>, Seuil, 1964, p. 26</p>
<p style="text-align: justify;">[5] cf. l’analyse du cinéma et du cubisme in <em>Ibid</em>. p. 31</p>
<p style="text-align: justify;">[6] <em>Ibid</em>. p.26</p>
<p style="text-align: justify;">[7] <em>Ibid</em>. p. 29</p>
<p style="text-align: justify;">[8] M. Mac Luhan, « L’amateur de gadgets. Nacisse la Narcose » in M. Mac Luhan, <em>op. cit.</em></p>
<p style="text-align: justify;">[9] M. Mac Luhan, « Le médium c’est le message », <em>op. cit</em>. p. 30</p>
<p style="text-align: justify;">[10] R. Descartes,<em> Discours de la Méthode</em>, 6<sup>e</sup> partie, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1966, p. 168</p>
<p style="text-align: justify;">[11] Je laisse cette référence en exergue. Il faudrait développer pour voir en quoi l’ensemble de cette réflexion est en fait un commentaire critique, ou, pour paraphraser la formule consacrée par A. N. Whitehead<em> </em>(<em>Procès et Réalité</em> (1929)), une longue note de bas de page à la formule de R. Descartes.</p>
<p style="text-align: justify;">[12] D. Haraway, « Manifeste Cyborg » <em>op. cit.</em>, p. 276</p>
<p style="text-align: justify;">[13] <em>Ibid</em>. p.320</p>
<p style="text-align: justify;">[14] <em>Ibid</em>. p. 271</p>
<p style="text-align: justify;">[15] <em>Ibid</em>. p. 313</p>
<p style="text-align: justify;">[16] <em>Ibid</em>. p. 281</p>
<p style="text-align: justify;">[17] <em>Ibid</em>. p. 267 et 319</p>
<p style="text-align: justify;">[18] <em>Ibid</em>. p. 319</p>
<p style="text-align: justify;">[19] <em>Ibid</em>. pp.  313-314</p>
<p style="text-align: justify;">[20] <em>Ibid</em>. p. 269 Je souligne.</p>
<p style="text-align: justify;">[21] Les citations de N. Wiener seront données dans la traduction proposée par M. Triclot, <em>Le moment cybernétique. La constitution de la notion d’information</em>, Champs Vallon, 2008 (désormais noté Triclot)</p>
<p style="text-align: justify;">[22] N. Wiener, <em>The Human Use of Human Being, Cybernetics and Socie</em>ty, Londres, Free Association Books, 1989 (1954) (désormais noté CS), Ch 3 « Rigidity and Learning : Tow Patterns of Communicative Behavior »</p>
<p style="text-align: justify;">[23] N. Wiener et D. Campbel « Automatization, Norbert Wiener’s Concept of Fulloy Mechanized Industry », <em>Saint-Louis Dispatch</em>, Decembre 5, 1954, cit. et trad. in Triclot p. 390</p>
<p style="text-align: justify;">[24] <em>Ibid.</em>, cit in p. 392</p>
<p style="text-align: justify;">[25] Cf. CS p. 142</p>
<p style="text-align: justify;">[26] N. Wiener « The Electronic Brain and the Next Industrial Revolution », Western Reserve University, Cleveland, December 10 1952, cit. et trad.. in Triclot p. 397</p>
<p style="text-align: justify;">[27] N. Wiener, <em>God and Golen Inc., a Comment on Certain Points where Cybernetics Impinges on Religion</em>, Cambridge, MIT Press, 1953, p. 95, cit. et trad. in Triclot p. 399</p>
<p style="text-align: justify;">[28] CS, Ch.3 « Rigidity and Learning : Tow Patterns of Communicative Behavior »</p>
<p style="text-align: justify;">[29] Triclot p. 397</p>
<p style="text-align: justify;">[30] CS p. 180-181 cit. et trad.. in Triclot p. 403</p>
<p style="text-align: justify;">[31] CS p 59 cit. et trad.. in Triclot p 378</p>
<p style="text-align: justify;">[32] CS, Ch.3 « Rigidity and Learning : Tow Patterns of Communicative Behavior .</p>
<p style="text-align: justify;">[33] Cf. le chapitre 8 de N. Wiener <em>Cybernetics, or control and communication in the animal and the machine</em>, Cambridge, MIT Press, 2000 (1948) et la première version <em>The Human Use of Human Being</em>, Londres, Eyre and Spottiswoode, 1950 qui insiste plus sur les enjeux politiques et les dangers d’une mécanisation de l’homme que la réédition de 1954, qui est largement une réécriture.</p>
<p style="text-align: justify;">[34] N. Wiener, <em>The Human Use of Human Being</em> (1950) p. 15-16 cit. et trad.. in Triclot p 377</p>
<p style="text-align: justify;">[35] Ce terme est à prendre au sens que lui donne Judith Butler (<em>Le récit de soi</em>, Paris, Puf, 2007). Je ne développe pas, mais il faudrait examiner en quoi l’existence cybernétique peut correspondre à une vie éthique, que J. Butler défini, à l’instar de N. Wiener, comme humaine, c’est-à-dire l’acceptation de la relation ouverte à l’environnement et de la vulnérabilité de l’homme qui signifie d’une certaine manière sa rétroactivité avec son environnement. Il faudrait en ce sens considérer le caractère éthique de la cybernétique et ce que la cybernétique peut apporter à une certaine conception de l’éthique et de la politique. Se serait intégrer le paradigme cybernétique dans une perspective qu’il serait peut-être possible, de manière sûrement bien imprudente, de qualifier de <em>queer.</em></p>
<p style="text-align: justify;">[36] D. Haraway « Manifeste Cyborg », <em>op. cit.</em>, p. 275</p>
<p style="text-align: justify;">[37] N. Wiener <em>Cybernetics, or control and communication in the animal and the machine</em>, <em>op. cit.</em>, ch. 8</p>
<p style="text-align: justify;">[38] D. Haraway « Manifeste Cyborg », <em>op. cit.</em>, p. 310</p>
<p style="text-align: justify;">[39] Il serait en ce sens intéressant de relire les ouvrages de J. Butler qui théorise ce trouble du point de vue de la cybernétique. Voir en ce sens, non explicité comme tel, la première partie « Le corps comme organisme érogène (lire Butler avec Haraway) » de mon « Identité et organisation du corps. Les plaisirs troubles du sexe dans les dispositifs de sexualité », à paraître. Encore une fois, une lecture croisée de la pensée de J. Butler et de la cybernétique me semble être un champs prometteur.</p>
<p style="text-align: justify;">[40] Triclot p. 409</p>
<p style="text-align: justify;">[41] D. Haraway « Manifeste Cyborg », <em>op. cit.</em>, p. 321</p>
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		<title>Présentation du &#171;&#160;Paradoxe du Sapiens&#160;&#187; / Jean-Paul Baquiast</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:40:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
		<category><![CDATA[Biologie synthétique]]></category>
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		<category><![CDATA[illusionnisme]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans un livre à paraître très prochainement, Le Paradoxe du Sapiens, préfacé par Jean-Jacques Kupiec (Jean-Paul Bayol éditions), j’essaye de répondre à une question qui nous concerne tous : pourquoi les humains, capables de réalisations extraordinaires dans tous les domaines, se montrent-ils incapables  de prévenir les très probables catastrophes environnementales futures ? La faute en est-elle au développement devenu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Dans un livre à paraître très prochainement, </strong><em><strong>Le Paradoxe du Sapiens</strong></em><strong>, préfacé par Jean-Jacques Kupiec (Jean-Paul Bayol éditions), j’essaye de répondre à une question qui nous concerne tous : pourquoi les humains, capables de réalisations extraordinaires dans tous les domaines, se montrent-ils incapables  de prévenir les très probables catastrophes environnementales futures ? La faute en est-elle au développement devenu incontrôlable des technologies ? Est-ce au contraire que l’homme serait resté en profondeur ce qu’étaient sans doute ses lointains ancêtres : des chasseurs-cueilleurs prédateurs et belliqueux ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><span id="more-3260"></span></p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans le cadre de cette angoissante question du futur que nos sociétés, notamment en Europe,  s’interrogent sur la pertinence de la technocratie ou au contraire du capitalisme financier pour organiser le développement des technologies, y compris en ce qui concerne la biologie et les neurosciences. La généralisation de l’artificialisation, sous forme de biologie synthétique ou d’intelligence artificielle, l’une et l’autre de plus en plus autonomes, fait peur.  Faut-il et comment réglementer ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Le Paradoxe du Sapiens</em>, si vous me permettez de me citer, je réponds autrement à cette question. J’y raconte, avec je l’espère des arguments scientifiques solides, une histoire extraordinaire : comment des générations de primates étroitement associés à des outils ont depuis quelques 2 millions d’années pris possession de la Terre en la transformant radicalement. L’histoire se poursuit et s’accélère aujourd’hui, avec précisément l’artificialisation croissante des outils et des corps vivants.</p>
<p style="text-align: justify;">De quoi s’agit-il ? Dès que quelques  primates isolés dans la faune africaine de l’extrême fin du miocène ont appris par hasard à utiliser des objets et forces du monde matériel et du monde biologique comme outils,  ils ont engagé un cycle de transformations qui se poursuit et s’amplifie de plus en plus aujourd’hui. Une véritable co-évolution s’est mise en place. L’évolution accélérée des outils a provoqué une évolution plus lente mais tout aussi profonde de leurs utilisateurs. Associés aux technologies, les hominiens primitifs sont devenus des humains modernes, profondément transformés par elles. Ils ont ce faisant bouleversé les équilibres naturels. Aujourd’hui les technologies continuent à évoluer de plus en plus vite, entraînant des modifications continues des sociétés et des individus, y compris au plan biologique. Plus gravement, ce sont comme on le sait dorénavant les écosystèmes qui sont impliqués, ce qui entraîne notamment la destruction massive des espèces actuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">L’opinion éclairée a pris généralement conscience de cette évolution et s’en effraie. Elle est donc à la recherche de solutions les unes sérieuses, relevant de la science, les autres plus ou moins farfelues, proches souvent de l’illusionnisme délibéré. Mais pour que ces solutions puissent être efficaces, elles devraient reposer sur une analyse pertinente de la nature et des causes du problème à résoudre. Ce n’est pas encore le cas, même chez les scientifiques et philosophes des sciences.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense pour ma part que la co-évolution symbiotique des vivants et des techniques, évoquée ci-dessus, est généralement mal comprise. On perçoit bien l’évolution des techniques mais très mal celle des corps et des cerveaux qui se déroule en association. De plus, avec l’illusion que l’intelligence humaine (éventuellement renforcée de la morale) est potentiellement toute puissante, on se refuse à voir que cette co-évolution relève de la logique darwinienne stricte, résumée par le principe du hasard et de la sélection. Elle n’est pas complètement prévisible et est moins encore contrôlable par la raison. Les facteurs en cause, dont d’ailleurs beaucoup nous échappent, obéissent à des lois que la science n’identifie, quand elle le fait, qu’avec retard.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceci ne veut pas dire que la raison, la morale et plus généralement les politiques publiques n’aient pas d’influence sur les transformations du monde. Tout ce qui relève de l’action culturelle (idées nouvelles, projets de réformes, contestations diverses) entraîne des conséquences. Manifestons, manifestons, il en restera toujours quelque chose. Il serait irresponsable de « désespérer Billancourt » en prétendant que le volontarisme n’a pas d’effets.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais d’abord, il n’existe pas en nous d’homoncule volontariste capable de décider dans quel sens manifester. Si nous le faisons, c’est parce que le besoin en a émergé depuis longtemps dans les corps physiques et dans les corps sociaux et qu’il emprunte nos voix pour se faire entendre. De plus l’influence de nos discours et de nos actions est contrebalancée en permanence par de nouveaux phénomènes hors de notre portée directe, souvent provoqués par nous et surgissant de façon imprévue. Nul malheureusement n’a signalé l’apparition d’un « cerveau global » capable de produire des représentations du monde et de son évolution susceptibles d’aider à mieux maîtriser les processus évolutionnaires qui nous impliquent tous.</p>
<p style="text-align: justify;">En tant que darwinien orthodoxe, je ne prétends pas prévoir l’avenir. Un effondrement des civilisations telles que nous les connaissons peut très bien survenir à échéance de quelques décennies. A l’inverse, avec le développement des technologies de la communication intelligente, ce que l’on nomme parfois une hyper-science pourrait peut-être se développer. Elle renforcerait, au profit d’humains de plus en plus « augmentés », biologiquement et intellectuellement, les capacités d’action collective rationnelles encore trop dispersées. Cette hyper-science commencera par accumuler, loin des barrières disciplinaires et des enjeux de pouvoir, le plus grand nombre de descriptions subjectives du monde, provenant du plus grand nombre d’observateurs et du plus grand nombre d’instruments.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sera peut-être alors là un des nouveaux paradoxes de l’Homo sapiens de demain, associé aux sciences et technologies du futur, s’il survit aux crises actuelles : devenir un hyper-sapiens étendu  à la partie du monde vivant qui aura survécu aux déprédations actuelles. Mais ne rêvons pas.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.automatesintelligents.com/"><strong>Jean-Paul BAQUIAST</strong></a></p>
<p style="text-align: justify;">* Le biologiste Jean-Jacques Kupiec, qui a bien voulu préfacer mon livre, s’est fait connaître du monde scientifique par une théorie profondément originale réintroduisant le darwinisme à tous les niveaux de l’évolution organique.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Le point de vue du technocrate / Sabrina Issa</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:35:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
		<category><![CDATA[coextensivité]]></category>
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		<description><![CDATA[Au moment du passage à l&#8217;acte, je, le technocrate se confronte à son passé et à son propre présent objectivé. Le technocrate se présente alors à lui-même comme produit et production d&#8217;une réalité, la technocratie, allant de pair avec des problèmes qu&#8217;il ou elle doit analyser et résoudre. Ici la technique n&#8217;est pas seulement la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Au moment du passage à l&#8217;acte, je, le technocrate se confronte à son passé et à son propre présent objectivé. Le technocrate se présente alors à lui-même comme produit et production d&#8217;une réalité, la technocratie, allant de pair avec des problèmes qu&#8217;il ou elle doit analyser et résoudre. Ici la technique n&#8217;est pas seulement la source d&#8217;une solution aux problèmes, mais aussi et surtout, la source des problèmes eux-mêmes.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><span id="more-3269"></span></p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;un processus qui se mord la queue, c&#8217;est le luxe d&#8217;une attribution de la raison séduite par son savoir faire qui entre en processus dans un large champ de savoirs et de techniques incarnées. Le technocrate en tant que technicien,  acquiert la capacité de décider et/ou de déterminer en place et   de manière prépondérante, les choix d&#8217;un responsable officiel.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette question de responsabilité est traversée, dit-il quand à l&#8217;évidence et sans complot, je, les technocrates se sont saisis du pouvoir, au moment  d&#8217;une valorisation de la fonction technique. Les débouchés « précoces » de ces solutions d&#8217;ordre technico-économique me laissent parfois à penser qu&#8217;il n&#8217;existe de connaissance ou de réponse à un problème qu&#8217;« efficace ».</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;essentiel de ma vie amoureuse, le choix d&#8217;un partenaire et d&#8217;une tendre profession m&#8217;invite en justice, à l&#8217;adresse d&#8217;une science dure et conquise. C&#8217;est à se demander si ma volonté d&#8217;obtenir le rendement maximal et sans faille n&#8217;est pas de nature à susciter l&#8217;engrenage sociétal, qui conduirait à une monopolisation du pouvoir décisionnel par les compétences.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est la faute de mes « hormones », je pourrais vous l&#8217;expliquer de tellement de façons, de tellement de manières. C&#8217;est à n&#8217;y rien comprendre&#8230; Sauf, que démontré ainsi, le processus est clair, l&#8217;objectif distinct et donc bon et accepter comme tel. Le propre des sciences humaines chez moi serait de  mettre en place des dispositifs de validation empirique. Comme de celui que je fus, <em>in fine</em> reconnaissant à être pénétré d&#8217;intégrales et de fonctions.</p>
<p style="text-align: justify;">La coextensivité du savoir technique à l&#8217;ordination de ma vie a exclu la problématique du sens et de la signification, sans prétexte et sans recours à une introspection subjective du je, celle d&#8217;un locuteur étudié. La linguistique se constitue ici, comme science.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre si une domination du technocrate reste encore une anticipation, le processus sociétal est entamé. La nécessite est de ne pas surestimer ou nier ce jeu destiné à recueillir de plus en plus de pouvoir, et qui se jauge à l&#8217;apanage actuel d&#8217;une taille au mérite.</p>
<p style="text-align: justify;">L’échec à présent de la Traduction Automatique, est là pour témoigner d&#8217;un débouché de mise en pratique élargie des outils technocratiques dans d’autres espaces que celui de la bureaucratie, traçant ainsi les contours d’un « pouvoir impudent».</p>
<p style="text-align: justify;">La technocratie est une forme de gouvernement (d&#8217;entreprise, d&#8217;état et d&#8217;attention) où :</p>
<p style="text-align: justify;">la place des techniciens spécialisés dans <strong>n</strong> domaines est centrale dans les <strong>x</strong> prises de décision.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>t </strong>puissance <strong>n</strong> =<strong>x</strong></p>
<p style="text-align: justify;">ERRATUM</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le point de vue du</em> technocrate, <em>auteur de la</em> Note <em>sur la théorie monétaire qui a paru dans le N°</em>5, <em>septembre 1964 de la</em> Revue, <em>nous prie de publier le rectificatif suivant:</em></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size:1.8em"><strong>t</strong></span><span style="font-size: 0.8em"><strong>n</strong></span><strong> </strong><span style="font-size: 1.8em"><strong>= x</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">« à la page 666, dans les équations (1) et (2) »</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-3271" title="page 666" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/issa-visuel-1.jpg" alt="issa visuel 1" width="600" height="401" /></p>
<p><strong>Sabrina ISSA</strong></p>
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		<title>Météo du contre-emploi / Loïc Le Bertern</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:32:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
		<category><![CDATA[canon de beauté]]></category>
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		<category><![CDATA[météo]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Ci-joint ce mashup entre météo, offre d&#8217;emploi et conseil bien-être&#160;&#187;
Si vous êtes une femme, si vous n’avez pas eu le premier concours d’intégration 88-61-89, mais si vous avez du caractère et une volonté de fer, il reste des débouchés pour devenir canon. Simplement, quelques précautions : ne vous laissez pas épingler, pour ne pas faire pin-up. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Ci-joint ce mashup entre météo, offre d&#8217;emploi et conseil bien-être&nbsp;&raquo;</p>
<h2 style="text-align: justify;">Si vous êtes une femme, si vous n’avez pas eu le premier concours d’intégration 88-61-89, mais si vous avez du caractère et une volonté de fer, il reste des débouchés pour devenir canon. Simplement, quelques précautions : ne vous laissez pas épingler, pour ne pas faire pin-up. Partez avant de vous faire jeter, pour éviter de passer pour bombe ou bimbo. C’est canon qu’il vous faut devenir. Ne vous surexposez pas, paraissez heureuse sans trop vous pavaner. Avant l’embauche, déclarez-vous d’office canon. Vous aurez droit à fierté et mauvais caractère. Cela permettra d&#8217;accéder à tous les postes de canon qui se présentent. Quant à la rémunération, elle est prometteuse. C’est tout ce qu&#8217;on peut dire ici.</h2>
<p><em> </em><br />
<strong>Loïc LE BERTERN</strong></p>
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		<title>Effets secondaires / Insensés sensibles</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:30:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
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		<category><![CDATA[achatisie]]></category>
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		<description><![CDATA[Risques suicidaires, nausées, vomissements, sueurs, maux de têtes, malaise, constipations, diarrhée, douleurs abdominales, bouches sèches, dyspepsie, anorexie, modification du goût, fatigue, agitation, anxiété, sensations vertigineuses, insomnie, nervosité, somnolence, tremblements, difficulté à coordonner les mouvements, confusion, modification de la tonicité musculaire et de la régulation des mouvements involontaires et automatiques, hallucinations, convulsion, épisode maniaque, agitation psychomotrice, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="line-height:2em">Risques suicidaires, nausées, vomissements, sueurs, maux de têtes, malaise, constipations, diarrhée, douleurs abdominales, bouches sèches, dyspepsie, anorexie, modification du goût, fatigue, agitation, anxiété, sensations vertigineuses, insomnie, nervosité, somnolence, tremblements, difficulté à coordonner les mouvements, confusion, modification de la tonicité musculaire et de la régulation des mouvements involontaires et automatiques, hallucinations, convulsion, épisode maniaque, agitation psychomotrice, achatisie : impossibilité de rester assis ou debout tranquillement accompagné d’un sentiment d’anxiété et de désarroi et d’une agitation générale, anomalie de la perception des sensations du toucher, douloureuses, thermiques ou vibratoires, syndrome sérotoninergique en association avec certains autres médicaments, hépatite, diminution de la quantité de sodium dans le sang, troubles sexuels divers : éjaculations retardées, anorgasmie, modification de certaines sécrétions hormonales, écoulement anormal de lait, diminution de l’excrétion d’urine, réactions allergiques dont éruptions cutanées, démangeaisons, gonflement du visage et du cou, photosensibilité, ecchymoses, hémorragies gynécologiques, saignements gastro-intestinaux, saignements cutanéo-muqueux, douleurs des articulations, douleurs musculaires, palpitations, accélération du rythme cardiaque, hypotension orthostatique, prise ou perte de poids, sensations vertigineuses, fourmillements, troubles visuels, sensation de brûlure voire de décharge électrique, troubles du sommeil, agitation, anxiété, irritabilité, confusion, instabilité émotionnelle, transpiration excessive, palpitations, maux de tête, tremblements.</p>
<p style="text-align: right;">Effets secondaires du floxyfral</p>
<p>(extrait de la revue <em>les insensés sensibles</em>, n° 1, Marseille, Éditions pour parler, 2008, p. 59)</p>
<p><a href="http://www.nomades-celestes.org/entre.html">Visiter le site des Nomades Célestes de Marseille</a></p>
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		<title>Collection de visuels-qui-impressionnent / extraits du blog de Fonzibrain</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:28:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
		<category><![CDATA[DERNIER DOSSIER / LAST]]></category>
		<category><![CDATA[graphes]]></category>
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		<description><![CDATA[













  
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-full wp-image-7006" title="DDC#2 - dessin 9" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-9.JPG" alt="DDC#2 - dessin 9" width="600" height="583" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7007" title="DDC#2 - dessin 0" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-0.JPG" alt="DDC#2 - dessin 0" width="600" height="852" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7008" title="DDC#2 - dessin 4" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-4.JPG" alt="DDC#2 - dessin 4" width="600" height="450" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7009" title="DDC#2 - dessin 8" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-8.JPG" alt="DDC#2 - dessin 8" width="600" height="1169" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7012" title="DDC#2 - dessin 6" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-6.JPG" alt="DDC#2 - dessin 6" width="600" height="1183" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7013" title="DDC#2 - dessin 5" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-5.JPG" alt="DDC#2 - dessin 5" width="300" height="473" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7014" title="DDC#2 - dessin 7" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-7.JPG" alt="DDC#2 - dessin 7" width="600" height="468" /><img class="alignnone size-full wp-image-7015" title="DDC#2 - dessin 10" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-10.JPG" alt="DDC#2 - dessin 10" width="600" height="437" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7016" title="DDC#2 - dessin 18" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-18.JPG" alt="DDC#2 - dessin 18" width="600" height="360" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7017" title="DDC#2 - dessin 17" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-17.JPG" alt="DDC#2 - dessin 17" width="600" height="398" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7019" title="DDC#2 - dessin 15" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-15.JPG" alt="DDC#2 - dessin 15" width="399" height="597" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-7020" title="DDC#2 - dessin 20" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/12/DDC2-dessin-20.JPG" alt="DDC#2 - dessin 20" width="600" height="301" /></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">
<p><span style="color: #ffffff;"> </span><span style="color: #ffffff;"> </span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Les &#171;&#160;crises&#160;&#187;, malaise d&#8217;une gouvernance contemporaine / Franck Lirzin</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/12/15/franck-lirzin/</link>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:15:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
				<category><![CDATA[02 / Qu'est-ce que la technocratie ?]]></category>
		<category><![CDATA[administration]]></category>
		<category><![CDATA[Banque Centrale Européenne]]></category>
		<category><![CDATA[bureaucratie]]></category>
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		<description><![CDATA[Crise économique, crise écologique, crise alimentaire, crise énergétique, voire crise sociale, crise générationnelle, l’époque est aux crises de toutes sortes. Décennie instable ou banalisation d’un mot qui montre les peines de la technocratie à saisir les révolutions en cours ? L’omniprésence du vocable de « crise » montre les limites de la gouvernance économique et politique contemporaine et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Crise économique, crise écologique, crise alimentaire, crise énergétique, voire crise sociale, crise générationnelle, l’époque est aux crises de toutes sortes. Décennie instable ou banalisation d’un mot qui montre les peines de la technocratie à saisir les révolutions en cours ? L’omniprésence du vocable de « crise » montre les limites de la gouvernance économique et politique contemporaine et son incapacité à garder prise avec la réalité. C’est sous cet angle qu’il faut lire en particulier la crise financière de 2008 et tous les plans de relance et autres mesures de secours qui ont été mis en place. En s’appuyant sur cet exemple, en suivant l’évolution du discours de Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne, au cours de la période 2007-2009, nous verrons comment la technocratie utilise la notion de crise pour nommer une réalité qui lui échappe et tenter de résoudre les maux en appliquant des théories parfois inadaptées.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span id="more-3280"></span></strong>La technocratie est un art de la routine : des procédures, des circuits administratifs, des projets de long-terme, une réflexion stratégique, tout s’y déroule dans la continuité. Lorsque survient un imprévu, que les circuits habituels ne peuvent résorber seuls, la technocratie est prise au dépourvu et se doit d’improviser. Mais pas n’importe comment. Certes il y aura les réponses apportées, la mise en place de procédure d’exception, mais avant toute chose, il y aura la désignation de cet imprévu en « crise ». Crise alimentaire, crise écologique, crise financière, l’époque semble à la succession des crises. Mais, le monde devient-il plus instable ou la technocratie et les modes d’organisation économique deviennent-ils plus incapables d’appréhender l’évolution du monde et veulent-ils tout appeler « crise » à défaut de pouvoir s’adapter à ces bouleversements ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Parler de technocratie à l’âge de la mondialisation, de la libéralisation de l’économie et des échanges et du libéralisme, malgré le bref retournement de situation induit par la crise des subprimes, semble un anachronisme. Certes, le Plan n’existe plus en France, l’Union soviétique a disparu, tous les symboles d’un certain dirigisme économique que l’on associait facilement avec la technocratie ont disparu. Mais, au-delà de l’apparence, les mécanismes de contrôle de l’économie par les pouvoir publics n’ont pas disparu et sont devenus plus subtils. La technocratie ne s’est pas évaporée, mais s’est faite plus discrète.</p>
<p style="text-align: justify;">Prenons l’exemple le plus contre-intuitif : les banques. Rien, ne semble-t-il, n’est plus libre de toute entrave qu’un établissement bancaire, et la preuve en pourrait être leur récent naufrage. Pourtant, rien sans doute n’est plus contrôlé et suivi qu’une banque. Un fonds de gestion par exemple se doit de suivre à la lettre une ribambelle de règlementations, pour répertorier les risques, suivre les engagements financiers, tant et si bien qu’un tiers de ses effectifs sont dédiés à cette seule mission. Certes, cette information est utile à l’entreprise également, mais elle s’inscrit dans un maillage fin qui encadre les activités spéculatives et ne laisse au gestionnaire que la seule liberté d’augmenter ou non la part de son portefeuille investie dans telle ou telle entreprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faudrait faire la cartographie de toutes les institutions publiques qui suivent le système bancaire, soit pour le contrôler, ou pour en avoir de l’information, ou pour investir avec lui, pour se rendre compte à quel point la gestion technocratique de l’économie s’y est installée, fragmentée dans les faits, mais cohérente dans l’esprit. Il n’y a plus un pilotage de l’économie, mais l’installation d’un réseau d’agents publics maillant le système économique et lui fixant ses règles. La technocratie diffuse fixe les règles du jeu des acteurs économiques : leur liberté s’exprime dans le faisceau de ces contraintes [1].</p>
<p style="text-align: justify;">C’est sans doute la grande différence avec la technocratie classique : la part laissée au libre arbitre des acteurs de l’économie, comme un postulat dogmatique. Sans doute aussi là que peuvent naître les plus grandes aventures industrielles comme les plus grands échecs : si la plupart des marchés financiers sont bien verrouillés, certains nouveaux se développent si vite qu’ils prennent de court le réseau des autorités publiques, et peuvent alors déboucher sur des crises.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, il est facile de fixer les règles et de laisser vivre leur vie aux acteurs économiques : il suffit de vérifier que les règles sont bien suivies, de les adapter à la marge si besoin est, le réseau technocratique s’organise et vit autour de cette routine. Il se contente de regarder de loin en loin le monde économique et d’en tâter le pouls par des indicateurs bien choisis. Tout change quand survient un évènement imprévu. « La technologie moderne n’a pas besoin de légitimité ; on « gouverne » avec elle, parce qu’elle fonctionne de façon optimale et aussi longtemps qu’elle fonctionne ainsi de façon optimale » disait le sociologue Helmut Schelsky [2].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« L’objet que l’on voit le plus mal, c’est la paire de lunettes qu’on porte devant les yeux » disaient le philosophe Martin Heidegger. C’est elle qui pourtant nous permet de lire le monde – mais quel monde ? Selon le professeur de gestion des entreprises, Claude Riveline, les décideurs ne peuvent connaître le monde qu’au travers d’indicateurs, ce qui rend leur vision partielle et leur empêche de voir tout ce qui sort du champ [3]. Peut-être les indicateurs rendaient-ils bien compte de la réalité il y a dix ans, mais maintenant ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quand survient l’imprévu, les règles fixées sont aussi inefficaces que les acteurs économiques sont démunis. Comment empêcher l’effondrement du système bancaire sans sortir radicalement du cadre règlementaire ? Comment intervenir après un ouragan comme Katrina sans improviser de nouveaux moyens d’actions ? [4] La technocratie de réseau est démunie face aux évènements hors cadre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le vocable de « crise », employé si souvent, est typiquement technocratique : c’est un concept large qui rend sensible ce qui est inconnu. « Nommer c’est toujours appeler, c’est déjà ordonner » disait Roger Caillois [5]. Parler de crise, c’est faire état de son impuissance et tenter d’y répondre par un mot.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comment comprendre ce qui se passe ? Les institutions publiques ont un ensemble de capteurs qui leur permettent de suivre l’économie : statistiques, sondages, registres,… De cette profusion d’informations il est parfois difficile d’extraire l’important ; il l’est plus quand les indicateurs existants sont muets sur ce qui se passe. Ainsi, la crise des subprimes a pu se propager par manque d’information sur la situation réelle des banques : personne ne pouvait dire si une banque était ou non fragilisée et, par crainte, tous les flux interbancaires se sont figés. Le réseau technocratique a bien les lunettes pour suivre la routine, mais pas celles pour anticiper ou comprendre l’imprévu. Ce flou, ce manque de compréhension participent à l’aggravation de la crise comme source d’angoisse et d’incertitudes quant aux décisions à prendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, le plus important, est sans doute de disposer d’un cadre théorique pour comprendre ce qui se passe. Faute de données complètes ne se dégage qu’une vue partielle des évènements qu’il faut tâcher de reconstituer. On reconstruit l’image totale à partir de ses lambeaux, patchwork théorique qui sera la base des actions à venir. Pour ce faire, les décideurs se raccrochent à la fois à leur expérience personnelle, à leur intuition et aux théories en vogue [6]. « Tous les hommes politiques appliquent sans le savoir les recommandations d&#8217;économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom. » disait John Maynard Keynes. C’est effectivement dans les situations de crise et d’incertitude qu’on tente le plus de se raccrocher à un savoir abstrait. Quant les pieds se dérobent, on s’accroche aux nuages.</p>
<p style="text-align: justify;">L’évolution des discours du président de la Banque Centrale européenne, Jean-Claude Trichet, est sur ce point très éclairante. En octobre 2007, peu après le déclenchement de la crise des subprimes, Jean-Claude Trichet devant le Parlement européenne explique que « Some tentative signs of improvement can now be seen in the money markets, in particular in  the commercial paper market. ». Première phase, les indicateurs existants sont incapables de comprendre l’ampleur de la crise à venir. Ils regardent à côté.</p>
<p style="text-align: justify;">Un peu plus tard, le 14 avril 2008, à l’Université de New York, Jean-Claude Trichet reconnaît que, « As the turmoil has progressively spread across the global financial system, it has become increasingly accepted that there were several vulnerabilities present beforehand and that no single factor or culprit can be pointed to as the cause of it ». La notion de crise apparaît ; la complexité de la situation aussi. L’imprévu apparaît comme tel et l’heure est au diagnostic. La situation est alors, rappelons-le, délicate, l’hiver a vu les banques et les marchés financiers plongés dans de grandes difficultés. Mais, on pense encore que la crise n’est que financière et le printemps augure d’une embellie qui prendra fin le septembre suivant.</p>
<p style="text-align: justify;">Il complète en disant que « therefore short-term interest rates did no longer follow the celebrated “martingale hypothesis”. Using the baseline model of Poole 1968, they tended rather to behave as if each individual bank perceived their distribution of liquidity shocks to be strongly biased to the tight side, even if this was of course not the case at an aggregate level. » Autrement dit, on passe d’un cadre théorique à un autre pour tenter de comprendre ce qui se passé. L’hypothèse de la martingale ne colle plus avec les indicateurs et lui est substituée le modèle de Poole datant de 1968. Pour comprendre la crise, qui fait entrer le monde dans un cadre nouveau, les dirigeants se raccrochent aux théories existantes : que pourraient-ils faire d’autre ? La théorie économique a joué un rôle déterminant dans la résolution de la crise des subprimes.</p>
<p style="text-align: justify;">Il complète dans une interview données au journal Le Monde le 17 novembre 2008 : « Observons aussi que pendant la période de chute libre de l&#8217;économie mondiale qui a duré six mois, les décideurs n&#8217;ont pas pu se reposer sur des instruments analytiques fiables. Les banquiers centraux en particulier ont constaté pendant cette période que la réalité économique déjouait de semaine en semaine les analyses et les projections des modèles les plus éprouvés. Nous avons donc dû pendant toute cette période plus encore que d&#8217;habitude nous reposer sur la sagesse et sur l&#8217;expérience de nos instances collégiales de décision. Aujourd&#8217;hui, nous avons retrouvé un niveau de confiance raisonnable dans nos outils analytiques. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et plus loin, « J&#8217;ai été frappé de voir au niveau mondial une certaine convergence des économistes en particulier en ce qui concerne leurs outils analytiques. Nous avons vu se généraliser les modèles néo-keynésiens d&#8217;équilibre général qui peuvent être interprétés comme incorporant une partie de la  leçon&nbsp;&raquo; keynésienne et les analyses néoclassiques. En tout état de cause lorsque l&#8217;on revient aux textes fondateurs, ce qui est très frappant c&#8217;est de voir à quel point les grands économistes étaient plus profonds et beaucoup plus problématiques que leurs épigones ! C&#8217;est vrai de Keynes, comme c&#8217;est vrai de Friedmann.Et s&#8217;il me fallait citer aujourd&#8217;hui deux économistes qui donnent aussi des clés pour comprendre la crise, je citerais Minsky pour ses analyses sur l&#8217;instabilité financière et Knight pour ses analyses sur l&#8217;&nbsp;&raquo;incertitude&nbsp;&raquo; opposée au &laquo;&nbsp;risque&nbsp;&raquo;. »[7]</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Plus prosaïquement, les plans de relance des gouvernements relèvent de la même logique. Ne pouvant appréhender la nouveauté de la crise, ses spécificités, celle-ci a été comparée avec 1929. Là encore, il est rassurant de savoir que la crise en cours n’est qu’une copie, une redite, et que nous avons eu près de 80 ans pour méditer aux moyens de l’éviter. Pourtant, ces deux crises sont très différentes, l’une survenant dans un contexte économique d’après-guerre fragile et d’émergence de la puissance industrielle américaine, l’autre au moment où cette même puissance s’est désindustrialisée et fortement endettée et que la mondialisation semble apporter une paix durable [8].</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc apporter à la crise de 2007 les réponses à la crise de 1929 [9]. Rien sur le déséquilibre des balances commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, rien sur le financement de la croissance par l’endettement du consommateur américain, rien sur l’avenir du Dollar, rien finalement sur quelques uns des facteurs clé et spécifiques de la crise. La conséquence de cette confusion pourrait se révéler lourde si les déficits publics augmentaient dramatiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car, plus généralement, et c’est une hypothèse que je fais, les réponses aux crises s’inscrivent dans le même cadre théorique qui ont causé la crise. Par exemple, la crise de 1929 a été provoquée par l’essoufflement du modèle économique libéral et de la théorie classique qui le soutenait. Mais, dans un premier temps, la réponse des décideurs a été dans la droite ligne de cette théorie : autrement dit, croyant éteindre le feu, ils y jeté de l’huile. On reste enfermé dans son <em>epistémè [10]</em>, même si celui-ci est en crise.</p>
<p style="text-align: justify;">De même aujourd’hui, le consensus veut que la croissance doive être tirée par la consommation, donc l’innovation qui permet de renouveler suffisamment vite les produits et d’ouvrir de nouveaux marchés et l’endettement qui rend tout ceci possible. La crise n’est pas analysée comme une crise de ces deux facteurs – l’innovation s’essouffle et n’est plus nécessaire pour assurer le bien-être des populations, l’endettement est devenu trop lourd – mais comme une simple crise bancaire et financière à laquelle il faut répondre par plus d’innovations et d’endettement – public cette fois.</p>
<p style="text-align: justify;">La mécanique des crises financières de ces dernières années s’inscrit dans cette logique [11]. L’essoufflement d’une croissance tirée par les nouvelles technologies de l’information a provoqué la bulle internet ; la croissance n’a pu repartir qu’en se fondant sur une frénésie financière jusqu’à la bulle actuelle. Et aujourd’hui, le nouveau moteur de la croissance semble être les « technologies vertes », ce qui ne manquera pas de former une nouvelle bulle. Chaque crise s’échine à reproduire les erreurs des précédentes, dans une course en avant qui ne semble pas avoir de fin. Chaque crise est pire que la précédente, mais chacune continue plus lourdement encore sur les schémas établis.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, une crise n’est pas qu’un phénomène social, politique ou économique, c’est d’abord un jeu de langage pour signifier l’impuissance face à une réalité mouvante. En nommant des phénomènes incontrôlables, on se donne l’impression de les comprendre et de les maîtriser. Mais, tous les outils alors déployés, tous les efforts alors fournis ne font que reproduire ce qui préexistait à la crise ; la crise est d’abord l’expression d’une révolution silencieuse que nos cadres de pensée, nos mots, nos théories ne peuvent saisir pleinement. Nos réactions, nos réponses et nos interprétations pas plus que notre compréhension des crises ne se détachent des théories anciennes pour appréhender la radicale nouveauté du moment. Pour ne pouvoir accoucher d’un autre monde, pour ne pouvoir changer nos façons de penser, nous sommes condamnés à attiser le feu en croyant l’éteindre et à sauter sans façon d’une crise à l’autre, chaque fois plus dangereuse, chaque fois plus proche de tout révolutionner.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Franck LIRZIN</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, est ingénieur des Mines. Il est chargé de mission pour les questions économiques auprès du préfet de la région PACA et enseigne la macro-finance à l’Ecole Centrale de Marseille. Il écrit ici à titre personnel, cet article n’exprime aucunement la position de l’administration ou de l’ECM.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;">[1] Ce concept se rapproche de celui de biopolitique. Voir à ce propos Foucault M., (1978 – 1979), <em>Naissance de la biopolitique, Cours au collège de France 1978-1979</em>, Hautes études, Gallimard-Seuil, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">[2] <em>Cf</em>. Schelsky H. (1961), Der Mensch in der wissenschaftlichen Zivlisation, in Auf der Suche nach Wirklichkeit : Gesammelte Aufsätze, Düsseldorf, Eugen Diederichs, 1961, P ;439-480, cité dans Müller J-W (2007), <em>Carl Schmitt, un esprit dangereux</em>, Armand Collin où il est question de la technocratie allemande d’après-guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">[3] <em>Cf. </em>Riveline C. (1997), <em>Les lunettes du prince, </em>Annales des Mines, décembre 1997.</p>
<p style="text-align: justify;">[4] On pourra se reporter utilement aux travaux de Patrick Lagadec disponibles sur son site <a href="http://www.patricklagadec.net/fr/">http://www.patricklagadec.net/fr/</a> ainsi que d’autres travaux de même teneur.</p>
<p style="text-align: justify;">[5] <em>Cf. </em>Caillois R. (1939), <em>L’Homme et le sacré</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">[6] C’est « l’effet halo », c’est-à-dire un biais cognitif en faveur des théories à la mode : le jugement est biaisé par l’opinion générale. Voir à ce propos Rosenzweig P. (2009), <em>L’effet halo ou les mirages de la performance</em>, Le journal de l’Ecole de Paris, septembre 2009, n°79.</p>
<p style="text-align: justify;">[7] Trichet J-C. (2009), <em>Monnaies, bonus, déficits, G20&#8230; M.Trichet tire les leçons de la crise</em>, interview au journal Le Monde du 17 novembre 2009.</p>
<p style="text-align: justify;">[8] Gauchet M. (2009), <em>Les effets paradoxaux de la crise</em>, Journées d&#8217;études du CEVIPOF , Sciences po Paris.</p>
<p style="text-align: justify;">[9] Les crises suédoise et japonaise des années 90 ont également servi d’inspiration pour tout ce qui a concerné l’aide au système bancaire.</p>
<p style="text-align: justify;">[10] Voir Foucault M.(1966), <em>Les mots et les choses</em>. Il s’agit d’une convergence de tous les discours scientifiques, et donc économiques ou sociologiques, qui forme l’épistémé d’une époque.</p>
<p style="text-align: justify;">[11] Voir à ce propos des travaux de Michel Aglietta.</p>
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		<title>Le turn-over est assez faible / Un entretien de David Christoffel avec Francine Lambert</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:05:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Francine Lambert est responsable niveau de postes dans une multinationale. Elle explique sa méthode pour évaluer les postes de 9000 et quelques collaborateurs&#8230;
(à sa demande, nous avons filtré sa voix et bipé le nom de l&#8217;entreprise) :
&#171;&#160;A l&#8217;issue de mon travail, je suis capable d&#8217;identifier si un maillon hiérarchique est en trop ou non.&#160;&#187;
&#171;&#160;Un pourcentage [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Francine Lambert est responsable niveau de postes dans une multinationale. Elle explique sa méthode pour évaluer les postes de 9000 et quelques collaborateurs&#8230;</p>
<p>(à sa demande, nous avons filtré sa voix et bipé le nom de l&#8217;entreprise) :</p>
<p>&laquo;&nbsp;A l&#8217;issue de mon travail, je suis capable d&#8217;identifier si un maillon hiérarchique est en trop ou non.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;Un pourcentage de résolution de problèmes, basé sur la complexité de ces problèmes et la récurrence de ces problèmes.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;Tous les collaborateurs sont pas forcément au courant de tous les types de poste qui existent.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;Le bonheur du collaborateur à son poste de travail est vecteur de productivité.&nbsp;&raquo;</p>
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		<title>Il faut être &#171;&#160;values&#160;&#187; / Un entretien de David Christoffel avec Frédérique Bredouille</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 04:00:22 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Frédérique Bredouille a publié un texte, Manuel de business à l&#8217;usage des théâtreux et autres intermittents du spectacle dans le n° 139 de le revue Ironie (consultable ici).
Suite à la publication de ce texte, nous avons voulu lui donner la parole (et, à sa demande, nous avons filtré sa voix) :
&#171;&#160;Tout ce que je fais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Frédérique Bredouille a publié un texte, <em>Manuel de business à l&#8217;usage des théâtreux et autres intermittents du spectacle</em> dans le n° 139 de le revue Ironie (<a href="http://ironie.free.fr/iro_139.html">consultable ici</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Suite à la publication de ce texte, nous avons voulu lui donner la parole (et, à sa demande, nous avons filtré sa voix) :</p>
<p>&laquo;&nbsp;Tout ce que je fais maintenant, dans six mois, plus personne s&#8217;en souviendra.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;L&#8217;objectif est très facile à bricoler.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;Quelquefois, à la fin, on arrête complètement de faire des organigrammes.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;L&#8217;ampleur de la machine à broyer les gens, personne n&#8217;en a la mesure.&nbsp;&raquo;</p>
<p><a href="http://mademoiselledusk.canalblog.com/">Visiter le site de Mademoiselle Dusk</a></p>
<p style="text-align: justify;">NB: Frédérique Bredouille ne regarde pas que les films de Francis Veber. Elle commente aussi, sur <a href="http://eco.rue89.com/2009/12/10/sachez-detectez-la-prison-qui-se-cache-dans-votre-entreprise-127610#comments">Rue 89</a>, le dernier film de Jacques Audiard&#8230;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>SUPPLEMENT : Equilibre thermodynamique (extrait du roman Les Travaillants) / Grégoire Courtois</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/12/15/gregoire-courtois/</link>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 02:18:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Droit de Cités</dc:creator>
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		<category><![CDATA[algorithme d'attaque]]></category>
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		<description><![CDATA[Aussi étonnant que cela puisse paraître, aucune guilde ne tenta donc d&#8217;approcher Hick à la pause de 17h45.
Nombreuses étaient celles qui pourtant possédaient, posés sur leurs écrans, plans, tactiques et prospectives supposés infaillibles. Des heures durant, les puissants logiciels de simulation avaient bruyamment ronflé au creux des box clos, évaluant avec précisions hypothèses éventuelles et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Aussi étonnant que cela puisse paraître, aucune guilde ne tenta donc d&#8217;approcher Hick à la pause de 17h45.</p>
<p style="text-align: justify;">Nombreuses étaient celles qui pourtant possédaient, posés sur leurs écrans, plans, tactiques et prospectives supposés infaillibles. Des heures durant, les puissants logiciels de simulation avaient bruyamment ronflé au creux des box clos, évaluant avec précisions hypothèses éventuelles et conjonctions possibles, pour finalement cracher, des entrailles de la science pure, sens et méthode prêts à l&#8217;emploi. Les travaillants, fébriles, avaient accueilli ces lignes de résultats tels des pèlerins volontaires, en extase devant ces prophéties hyper-rationalistes, interminables rangées de probabilités, chacune calculée en fonction de milliers de facteurs incertains.</p>
<p style="text-align: justify;">Des éventuelles oppositions armées jusqu&#8217;aux replis de la moquette, chaque variable prévisible avait été intégrée à l&#8217;algorithme d&#8217;attaque, bouquet de courbes entremêlées et dont l&#8217;aboutissement ultime &#8211; noté &laquo;&nbsp;objectif&nbsp;&raquo; dans le programme de probabilités &#8211; consistait pour certains à l&#8217;enrôlement du jeune remplaçant, et pour d&#8217;autres tout simplement, à son exécution.</p>
<p style="text-align: justify;">Compositions chaotiques, canevas tissulaires de matière mathématique en langage de métal, ces évaluations à la peau rêche comme la pierre avaient enroulées, serpents, leur longue queue de chiffres après la virgule sur les bureaux des assaillants probables et de fait, impuissants.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> <span id="more-5706"></span></strong></p>
<p><strong>if</strong></p>
<p>(rangées infinies d&#8217;éventualités, A1, A2,&#8230;, Ax)</p>
<p><strong>then</strong></p>
<p>{rangées finies d&#8217;instructions, C1, C2,&#8230;,Cx-1}</p>
<p style="text-align: justify;">Car tombait avec l&#8217;arrivée de Hick sur la foule agglutinée des immaculées prévisions un crachat noir qui maintenant dégoulinait et tachait en grinçant la perfection de tous les avenirs possibles.</p>
<p style="text-align: justify;">Aucun ordinateur, ni aucun logiciel logé à l&#8217;intérieur, n&#8217;avait pu prévoir en effet que ce jour serait celui où de la porte des Hairaches ne sortirait pas un remplaçant, mais Hick, cette créature énigmatique cachant au fond de son cerveau particulier une étonnante, indéfinissable et opaque matière qu&#8217;aucun de nous jusque là n&#8217;avait jamais pu observer. De la folie, de l&#8217;idiotie poussée jusqu&#8217;à son plus profond paroxysme, ou pire encore : une dangereuse capacité à comprendre plus vite que nous tous les enjeux du bureau, ses dangers et ses secrets.</p>
<p style="text-align: justify;">Personne ne pouvait être certain de la confirmation de l&#8217;une ou l&#8217;autre de ces hypothèses, les machines non plus, et c&#8217;est pour cette raison que le programme de prévision des actions à venir était resté bloqué, en boucle, dans tous les box, sur le même insoluble problème.</p>
<p><strong>if</strong> ( Ax == Hick)</p>
<p>{</p>
<p>{</p>
<p><strong>if</strong> (Hick == fou)</p>
<p><strong>then</strong> instruction Cx</p>
<p>}</p>
<p>{</p>
<p><strong>if</strong> (Hick == idiot)</p>
<p><strong>then</strong> instruction Cy</p>
<p>}</p>
<p>{</p>
<p><strong>if</strong> (Hick == génie)</p>
<p><strong>then</strong> instruction Cz</p>
<p>}</p>
<p>}</p>
<p style="text-align: justify;">Et logiquement, ça n&#8217;était aucune de ces raisons particulières qui avaient fait reculer les combattants &#8211; nous y compris &#8211; mais justement l&#8217;incapacité totale de pouvoir choisir entre les trois, quand l&#8217;heure sonna enfin et que le moment arriva de mettre à exécution les stratégies savamment étudiées qui devaient chacune mener à la prise de possession du box de Piotr.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il faut faire quelque chose » lisait-on sur le réseau fermé de la guilde, sans que personne ne prête vraiment attention, ni à l&#8217;expéditeur, ni à la pertinence du propos.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ainsi, contre toute attente, rien ne bougea à 17h45, si ce n&#8217;est Hick lui-même, braillant à qui voulait l&#8217;entendre qu&#8217;il était heureux de rejoindre cette si belle et si fière famille des travaillants, et qu&#8217;il serait par ailleurs ravi de partager un café avec un nouvel ami à côté de la nano-cantine, ou peu importait quelle autre provocation insensée.</p>
<p style="text-align: justify;">Rien ne bougea non plus à 21 heures, et quand arriva la trêve nocturne de 00h15, et qu&#8217;une partie des travaillants cessa de travailler alors que d&#8217;autres continuèrent de surveiller le bon fonctionnement des machines infaillibles à la faveur d&#8217;une heure de bonus qui leur rapporterait quelques écus supplémentaires, rien ne bougea non plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Hick avait passé sa première nuit, s’en était sorti indemne, protégé qu’il avait été par un champ de force puissant, bouclier d’incertitude qui avait tenu à l’écart toutes les guildes du bureau.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette nuit là, nous n&#8217;avions pas dormi. Nous n&#8217;avions pas parlé. Nous avions à peine pensé, imitant nos machines qui elles aussi étaient fatiguées de laisser tourner une équation sans autre solution que sa qualité insoluble.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avions observé, dans la pénombre, les barres de métal gris qui tenaient nos box debout et avions songé aux forces physiques en action pour préserver cette immobilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions des box de métal. Des objets stables coincés entre l&#8217;attraction douce de la Terre qui nous portait et la résistance des matériaux qui nous constituaient. Avec une attraction plus forte, ou une résistance plus faible, nous nous étions imaginés pulvérisés, ou bien éjectés vers le ciel gris.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, souriants, nous nous étions rêvés en équilibristes physiques, éléments assemblés d&#8217;un système fixe au milieu duquel toutes les constantes s&#8217;annulaient, et nous étions au fond sentis rassurés de ne pas bouger. De ne pas nous écraser sur le sol. Ni foncer tout droit vers les cieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Toute la nuit, nous nous étions tenus assis. Et aucun de nos mouvements n&#8217;avait perturbé l&#8217;intégrité du système, rendant ainsi hommage aux lois physiques et thermodynamiques apprises dans les nurseries, lesquelles nous aidaient à accepter le fait que nous étions tristement impuissants face à la nouvelle donnée qui venait de verrouiller notre équation d&#8217;attaque.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cas de Hick, en effet, posait ce même problème, un problème thermodynamique simple, et c&#8217;est pour cette raison que les machines n&#8217;y avaient trouvé aucune solution. Car les lois régissant notre monde stable l&#8217;interdisait. Et qu&#8217;une intervention menant à la prise de possession du box de Piotr faisait courir le risque d&#8217;une déstabilisation du système global. Aucune machine, ni aucun travaillant, ne pouvait se résoudre à flirter avec cette éventualité, puisque malgré nos luttes et nos gesticulations guerrières, il nous était insupportable d&#8217;imaginer que le bureau puisse disparaître, l&#8217;ordre s&#8217;évanouir ou le travail ne pas être fait.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;un point de vue physique, nous vivions dans un espace clos. Nous étions un système fermé.  Et toutes les lois précisaient que ces systèmes particuliers étaient fragiles. Sans échange d&#8217;énergie avec l&#8217;environnement extérieur, ou avec un autre système, une perturbation, même minime risquait de provoquer la désorganisation complète du système, sans espoir de stabilisation, et s&#8217;ouvrait alors la possibilité pour que tout le monde connu plonge alors dans une boucle de chaos sans fin.</p>
<p>C&#8217;était pour éviter ce chaos perpétuel que les machines s&#8217;étaient tues.</p>
<p>Et nous aussi.</p>
<p style="text-align: justify;">Le matin était donc arrivé, les chauffe-eau avaient ronflé, et les écrans affiché les traditionnelles informations personnalisées.</p>
<p>Le point sur notre humeur&#8230; Des instructions sur Hick&#8230; Et une chanson&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Une journée de travail pouvait commencer, sans que personne dans le bureau n&#8217;ait pu prendre la moindre décision concernant la manière de traiter le phénomène « Hick ».</p>
<p>Le temps présent, identique à lui-même, nous possède à nouveau.</p>
<p style="text-align: justify;">Et à 8h50, alors que le travail progresse et que les travaillants peinent à oublier qu&#8217;ils sont encore plus pathétiques que la veille, un message s&#8217;affiche sur le canal privé de la guilde :</p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>Ne rien faire est une erreur.</p>
<p>Personne ne répond, et quelques secondes passent.</p>
<p>Approuver ce propos est illégal.</p>
<p style="text-align: justify;">Prétendre que « autre chose » peut être « mieux » n&#8217;enfreint certes aucune loi en soi, mais toutes les actions qui peuvent être élaborées sur cette base sont, pour leur part, illégales.</p>
<p>Alors nous attendons que l&#8217;expéditeur du message précise sa pensée. Ce qu&#8217;il fait.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>Les machines, et nous, essayons de préserver l&#8217;intégrité du système.</p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>Nous pensons qu&#8217;agir remettra en cause l&#8217;ordre et la stabilité.</p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>Mais nous avons posé une mauvaise question aux machines, car nous avons supposé que même <span style="text-decoration: underline;">après</span> l&#8217;arrivée de Hick, le système était stable.</p>
<p>Certains d&#8217;entre nous froncent les sourcils et s&#8217;approchent de leur écran.</p>
<p>Nous commençons à comprendre.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>Mais il ne l&#8217;est plus.</p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>L&#8217;élément perturbateur du système, c&#8217;est Hick lui-même, et toute action menée pour canaliser son énergie tendra vers le retour à la stabilité.</p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>Ne rien faire est une erreur, car ne rien faire ne préserve rien.</p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>Ne rien faire laisse le système se dégrader et plonger dans le chaos perpétuel.</p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>C&#8217;est ne pas agir qui est désormais dangereux.</p>
<p style="text-align: justify;">La démonstration est évidente pour chacun d&#8217;entre nous. Bien sûr, il nous est difficile d&#8217;accepter que la nurserie elle-même puisse injecter dans le bureau un élément perturbateur, mais d&#8217;un autre côté, les actualités matinales indiquaient clairement que tous les travaillants devaient épauler l&#8217;entreprise dans la remise sur les rails du pas si jeune Hick.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>Hick est un problème. Et un danger.</p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>L&#8217;entreprise le sait, et veut que nous agissions.</p>
<p><strong>[chan#9926]</strong>L&#8217;entreprise compte sur nous.</p>
<p>Les informations générales de l&#8217;étage 122 étaient bien contradictoires en effet, et cela ne ressemblait pas à l&#8217;entreprise de semer le trouble de cette manière. D&#8217;un côté, on nous interdisait de fréquenter Hick, et de l&#8217;autre, on nous sommait de le guider sur la bonne voie du travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Puisque l&#8217;entreprise ne pouvait pas se tromper, il n&#8217;y avait qu&#8217;une seule explication à cette apparente incertitude. Il s&#8217;agissait en fait d&#8217;un ordre voilé.</p>
<p style="text-align: justify;">En demandant ouvertement aux travaillants, c&#8217;est-à-dire aux guildes, de prendre en charge le destin de Hick, l&#8217;entreprise savait qu&#8217;elle officialisait une guerre qui déjà menaçait d&#8217;éclater. Et l&#8217;entreprise ne favorisait ni n&#8217;autorisait aucune guerre, ni aucun combat au sein du bureau, jamais. Tout au plus, elle tolérait ce qui s&#8217;y passait, et considérait ces pertes comme des mouvements nécessaires à l&#8217;équilibre du système. Mais reconnaître officiellement que les travaillants avaient le droit d&#8217;attaquer d&#8217;autres travaillants revenait à modifier la structure même de notre organisation qui ne connaissait qu&#8217;une seule loi : le travail. Les pauses, telles que nous les vivions, n&#8217;avaient comme seul but que celui de permettre à nos organismes de se reposer afin de mieux travailler ensuite. En aucun cas, il n&#8217;était autorisé officiellement de faire autre chose que se reposer ou se nourrir pendant ces moments morts de la journée. Les informations matinales, nous le comprenions mieux désormais, avaient donc pour but de nous faire agir, tout en conservant active la traditionnelle interdiction d&#8217;agir. Et si tel était le cas, une seule terrible conclusion s&#8217;imposait : Hick était bel et bien une menace pour le système thermodynamique du bureau.</p>
<p>Et par conséquent, pour notre travail.</p>
<p style="text-align: justify;">(extrait du roman de Grégoire Courtois, <em>Les Travaillants</em>)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://presquelune.com/">Consulter le site des éditions Presque lune</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://troudair.free.fr">Consulter le site de Grégoire Courtois</a></p>
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