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	<title>Droit de Cités &#187; CHRONIQUES EN COURS / PENDING</title>
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		<title>Chronique saturnienne 9 / la coupe du monde de football, l’appel du 17 (!) juin</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Jun 2010 09:50:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques saturniennes / Aymeric Monville]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Tillon]]></category>
		<category><![CDATA[coupe du monde de football]]></category>

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		<description><![CDATA[Football : pour un vrai professionnalisme !
Sarkozy a déclaré avec cynisme que le football pouvait être un remède à la crise. Déclaration qui concorde avec sa volonté d’instaurer le modèle allemand à l’école (étude le matin, sport l’après-midi) alors qu’outre-Rhin l’on prend conscience de la faillite du procédé. Le sport avait été inventé pour que les hommes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Football : pour un vrai professionnalisme !</h2>
<p>Sarkozy a déclaré avec cynisme que le football pouvait être un remède à la crise. Déclaration qui concorde avec sa volonté d’instaurer le modèle allemand à l’école (étude le matin, sport l’après-midi) alors qu’outre-Rhin l’on prend conscience de la faillite du procédé. Le sport avait été inventé pour que les hommes ne se fissent plus la guerre. Aujourd’hui, il sert à ce qu’ils ne mènent pas la lutte des classes. Il est le <em>panem et circenses</em> caractéristique des pays du Tiers-monde ou comme le nôtre en voie de tiers-mondisation.</p>
<p>Il est bien sûr évident que ce n’est pas l’essence du football qui est en cause mais la manière dont il se présente dans les rapports sociaux. Le monde du football professionnel est devenu un symbole parfait de l’aliénation propre au mode de production actuel : des milliardaires blasés  adulés par des masses hagardes. On touche aux limites de l’absurde : à l’instar de ces travailleurs qui s’abîment les yeux avec des produits chimiques pour que les jeans puissent avoir le côté usé à la mode.</p>
<p>Il n’y a pas à transiger contre cette manière de dégrader le sport : il faut décréter le boycott complet. Soit dit en passant, il était d’ailleurs fort regrettable que les pays socialistes se soient livrés à la mascarade des jeux olympiques.</p>
<p>Néanmoins, au lieu de remettre en cause l’environnement socio-économique du football, de bonnes âmes prétendent avoir la solution miracle : il suffirait de revenir à l’amateurisme, comme c’était le cas du rugby il y a peu. Comme toujours la solution aux problèmes ne peut être trouvée que dans le passé. Mais que je sache, ce ne seront pas les amateurs qui vont faire progresser la physique. Pourquoi interdirait-on au football d’accéder à l’excellence et au dépassement de soi ? Le professionnalisme n’est pas en question ; c’est la manière dont il s’organise qui pose problème. C’est précisément en payant raisonnablement les joueurs qu’on les fera retourner à plus de professionnalisme et en arrêtant le battage médiatique que l’on pourra retrouver des équipes dignes de ce nom.</p>
<p><span id="more-6539"></span></p>
<h2>L’appel du 17 juin</h2>
<p>En ces jours anniversaires, on nous parle à juste titre de l’appel du 18 juin. Mais au fait, connaissez-vous l’appel lancé un jour plus tôt par Charles Tillon, qui allait devenir le fondateur et commandant en chef des FTP ? :</p>
<p>« <em>Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche,</em></p>
<p><em>l’Albanie et la Tchécoslovaquie&#8230; Et maintenant, ils livrent la France.</em></p>
<p><em>Ils ont tout trahi.</em></p>
<p><em>Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses</em></p>
<p><em>ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays entier au fascisme.</em></p>
<p><em>Mais le peuple français ne veut pas de la misère de l’esclavage du fascisme.</em></p>
<p><em>Pas plus qu’il n’a voulu de la guerre des capitalistes.</em></p>
<p><em>Il est le nombre : uni, il sera la force.</em></p>
<p><em>Pour l’arrestation immédiate des traîtres</em></p>
<p><em>Pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs,</em></p>
<p><em>établissant la légalité du parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200</em></p>
<p><em>familles, s’entendant avec l’URSS pour une paix équitable, luttant pour l’indépendance</em></p>
<p><em>nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes.</em></p>
<p><em>Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et</em></p>
<p><em>intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, UNISSEZ VOUS DANS</em></p>
<p><em>L’ACTION !</em> »</p>
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		<title>Chronique saturnienne 8 / L’exposition Aragon et l’art moderne, les Mémoires de guerre au bac</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Jun 2010 07:39:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques saturniennes / Aymeric Monville]]></category>
		<category><![CDATA[Aragon]]></category>
		<category><![CDATA[Argenteuil]]></category>
		<category><![CDATA[de Gaulle]]></category>
		<category><![CDATA[Denis Kessler]]></category>
		<category><![CDATA[Guy Moquet]]></category>
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		<category><![CDATA[Martine Aubry]]></category>
		<category><![CDATA[Matisse]]></category>
		<category><![CDATA[Mémoires de guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Ségolène Royal]]></category>

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		<description><![CDATA[Le poète et les peintres
L’exposition « Aragon et l’art moderne » au Musée de la poste commémore cette tradition qui fait se rejoindre peintres et poètes : de Baudelaire à Aragon en passant par Apollinaire.
Les quotidiens se sont étonnés des contradictions dans le choix du poète sur le grand écart entre Matisse et Fougeron, entre Picasso et Lorjou, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Le poète et les peintres</h2>
<p>L’exposition « Aragon et l’art moderne » au Musée de la poste commémore cette tradition qui fait se rejoindre peintres et poètes : de Baudelaire à Aragon en passant par Apollinaire.</p>
<p>Les quotidiens se sont étonnés des contradictions dans le choix du poète sur le grand écart entre Matisse et Fougeron, entre Picasso et Lorjou, c’est-à-dire entre les recherches les plus avancées en matière de peinture et un art beaucoup plus figuratif conforme aux critères du « réalisme socialiste ». De là à conclure que L’auteur d’<em>Henri Matisse, roman </em>n’avait pas de principes en art, il n’y a qu’un pas. <em>Le Figaro</em> pérore « Un bon écrivain ne fait pas forcément un bon critique d’art » ; <em>Le Monde </em>parle quant à lui de « schizophrénie ».</p>
<p>Pourtant, Aragon n’a jamais caché ses contradictions. Mais il en a fait un principe dynamique, de recherche. Recherche, d’ailleurs collective, qui va culminer au congrès d’Argenteuil, où l’on considère précisément que les recherches formelles en art ne sont pas du formalisme.</p>
<p>C’est pourquoi Aragon est l’inventeur d’un réalisme socialiste qui ne ressemblait qu’à lui. C’est d’ailleurs le seul qui vaille : un réalisme qui ne fétichise pas le réel. Mais est-ce que Gorki avait abandonné ce « caractère actif de la connaissance » cher à Marx ?</p>
<p>Et si le mérite d’Aragon consistait à ne s&#8217;être pas perdu dans le dilemme néokantien du formalisme vide et de l&#8217;empirisme aveugle ?</p>
<p>« Le grave est, justement, qu&#8217;habitué de toute ma vie à regarder un dessin de Picasso, par exemple, en fonction de l&#8217;œuvre de Picasso, j&#8217;aie perdu de vue le lec­teur, qui regarderait cela sans se préoccuper du trait, de la technique. C&#8217;est là mon erreur. Je l&#8217;ai payée très chèrement. Je l&#8217;ai reconnue. Je la reconnais encore. »</p>
<p>« Le poète fonde ce qui demeure. »</p>
<p><span id="more-6390"></span></p>
<h2>Le PS contre de Gaulle et Guy Moquet</h2>
<p>Les <em>Mémoires de guerre </em>seront-elles au programme du bac littéraire ? Des professeurs s’en sont émus. Une pétition étrange circule : <em>« Nul ne songe à discuter l&#8217;importance historique de l&#8217;écrit de de Gaulle : la valeur du témoignage est à proportion de celle du témoin. Mais enfin, de quoi parlons-nous ? De littérature ou d&#8217;histoire ? Nous sommes professeurs de lettres. Avons-nous les moyens, est-ce notre métier, de discuter une source historique ? d&#8217;en dégager le souffle de propagande mobilisateur de conscience nationale ? »</em></p>
<p>Sous le Second empire, l’amendement Riancey visait interdisait de faire du roman-fiction sans étiage historique (cf. <em>Angélique </em>de Nerval). Aujourd’hui, c’est l’inverse : il faut absolument que la littérature ne soit que du roman. Et si possible du Musso ou du Gavalda.</p>
<p>Une autre pierre d’achoppement est bien sûr les arrière-pensées politiques du Président. Et alors ? Il faudrait au contraire profiter de cette intention louable de magnifier la Résistance pour les mettre en contradiction avec la volonté manifeste de saper l’édifice de protection sociale que cette dernière a érigé. Denis Kessler, numéro 2 du Medef, ne déclarait-il pas qu’il fallait en finir avec le programme du CNR ?</p>
<p>En vérité, il se produit la même chose qu’au moment des hommages rendus à Guy Moquet : un certain nombre de profs séduits par le PS sont fâchés avec la réalité historique et ont bien des raisons de l’être. La Résistance française est principalement due aux gaullistes et communistes (pour la résistance armée, elle est majoritairement le fait des communistes). Ces professeurs qui prennent le « care » de Martine Aubry et la « fraternité » de Ségolène Royal pour une planche de salut sont gênés aux entournures. Ils haïssent l’histoire et « tout ce qui n’est pas littérature » comme disait Kafka pour une raison simple : si l’on fait le bilan serein de ces années noires, ce que l’on retient des socialistes, c’est que la majorité des députés SFIO a voté les pleins pouvoirs à Pétain.</p>
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		<title>Chronique saturnienne 7 / 50 ans après l’indépendance de l’Afrique, la tension entre les deux Corées</title>
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		<pubDate>Mon, 31 May 2010 08:01:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques saturniennes / Aymeric Monville]]></category>

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		<description><![CDATA[D’un colonialisme l’autre
Le 25e sommet France-Afrique nous rappelle que cette année marque les cinquante ans de l’indépendance africaine. Il est bon de parler de « Françafrique », des réseaux Foccart, voire de souligner, pour donner une touche exotique, l’intrusion de la Chine sur le continent. Mais le vrai étant le tout, énoncer ces vérités ne doit pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>D’un colonialisme l’autre</h2>
<p>Le 25<sup>e</sup> sommet France-Afrique nous rappelle que cette année marque les cinquante ans de l’indépendance africaine. Il est bon de parler de « Françafrique », des réseaux Foccart, voire de souligner, pour donner une touche exotique, l’intrusion de la Chine sur le continent. Mais le vrai étant le tout, énoncer ces vérités ne doit pas contribuer à cacher le phénomène vraiment nouveau : l’arrivée des Etats-Unis à la faveur de la fin de la Guerre froide. Car c’est la cause majeure de la dégradation profonde de la situation depuis les vingt dernières années. L’Afrique est en effet sortie du néocolonialisme pour rentrer dans l’ère des rivalités sanglantes entre puissances coloniales. La Côte-d’Ivoire en est l’exemple le plus frappant, mais pas le seul.</p>
<p>Toutes les ingérences étrangères sont mauvaises, y compris celles qui prennent le masque de missions humanitaires. La seule intervention légitime, s’il en fut jamais, fut celle des Cubains pour aider en Angola le MPLA d’Agostinho Neto. A l’époque, rappelons que ce dernier faisait face à des plusieurs fronts soutenus par des pays aussi divers que l’Afrique du Sud, le Zaïre, la Chine, Israël, la France et les Etats-Unis ! Cinquante ans après l’indépendance, nous devons admettre qu’il existe aujourd’hui une situation assez similaire à celle de la Chine au XIXe siècle, dépecée par de multiples puissances étrangères mais officiellement souveraine. Comparaison qui montre aussi qu’une pareille sujétion n’a d’ailleurs rien de fatal. Il faudrait une Longue marche à l’Afrique.</p>
<p><span id="more-6329"></span></p>
<h2>Corées : la démocratie ne viendra pas de l’extérieur</h2>
<p>Les tensions redoublent entre les deux Corées. A défaut d’en savoir vraiment les causes, essayons d’en comprendre les raisons.</p>
<p>Le régime de Corée du Nord est visiblement dans l’impasse. Il est criant que ce pays a besoin de démocratisation <em>interne</em>, car l’apport de la démocratie de l’extérieur est toujours une illusion. A défaut, il est évident, qu’un développement à la chinoise qui a au moins le mérite de maintenir la souveraineté nationale est préférable à un scénario d’implosion à la soviétique et à la yougoslave. Voire à l’Est-allemande : la disparité de revenus entre les deux Corées étant telle que le Nord serait mis encore plus sous tutelle que l’ex-RDA.</p>
<p>C’est pourtant vers cette situation que l’on s’achemine, si on laisse faire les faucons de Washington. Pour se développer économiquement et politiquement, un pays quel qu’il soit a besoin de paix. On parle des pays socialistes comme un <em>en soi</em>, comme s’il n’existait pas d’impérialisme. On fait abstraction de l’impérialisme et après l’on s’étonne que ce genre de pays aient l’aspect de camps retranchés spartiates. Les rigueurs de ce que Lénine avait appelé le « communisme de guerre » s’expliquent pourtant assez facilement par la présence de quatorze armées étrangères sur le territoire soviétique. Elles ne sauraient en tout cas décrire le fonctionnement normal d’un mode de production en soi.</p>
<p>Le néocolonialisme moderne consiste à exiger des pays pauvres qu’ils aient des mœurs et des institutions de pays riches. On attend une démocratie parlementaire bien huilée venant d’un pays qui sortait à peine de la colonisation japonaise et du sous-développement. On oublie la longueur du parcours depuis la révolution anglaise pour que la bourgeoisie occidentale atteigne un relatif consensus démocratique <em>en son sein</em> et qui fait bien vite la place au fascisme lorsque ses privilèges sont réellement menacés.</p>
<p>La Corée du Nord est aussi le prétexte pour ne pas parler de la Corée du Sud. Trouve-t-on normal de fêter un pays qui, jusqu’à il y a peu, était une dictature encore plus féroce que celle de Pinochet (voir les massacres de Gwangju), qui avait envoyé un contingent très important et des plus redoutables au Viêt-Nam pour aider les Etats-Unis et continue aujourd’hui à le faire en Irak (troisième contingent en nombre présent sur place)?</p>
<p>Serait-ce trop demander que de reconnaître que la Corée du Nord est un pays souverain ? Serait-ce être un stalinien obtus que de montrer que les Coréens du Nord n’ont pas vocation à devenir les esclaves de ceux du Sud et ceux du Sud à rester ceux des Américains ?</p>
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		<title>Chronique saturnienne 6 / A propos du débat Badiou – Finkielkraut L’Explication (éditions Lignes)</title>
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		<pubDate>Mon, 24 May 2010 08:09:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques saturniennes / Aymeric Monville]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Badiou]]></category>
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		<description><![CDATA[Bile noire ou drapeau rouge ?
Cette semaine, cette chronique se bornera à commenter des commentateurs, en l’occurrence Alain Badiou et Alain Finkielkraut qu’a réunis non sans mal et sans mérite la journaliste Aude Lancelin.
Celui qui n’appartient pas comme moi à une culture intellectuelle minoritaire (en l’occurrence le marxisme), ne pourra pas comprendre ce que ce livre, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Bile noire ou drapeau rouge ?</h2>
<p>Cette semaine, cette chronique se bornera à commenter des commentateurs, en l’occurrence Alain Badiou et Alain Finkielkraut qu’a réunis non sans mal et sans mérite la journaliste Aude Lancelin.</p>
<p>Celui qui n’appartient pas comme moi à une culture intellectuelle minoritaire (en l’occurrence le marxisme), ne pourra pas comprendre ce que ce livre, malgré son aspect anecdotique, peut avoir d’attrayant. Celui qui n’a pas été un « enfant du siècle » (douze ans à la chute du mur) ne pourra pas se représenter ce qu’induit la possibilité même d’un débat à armes égales entre un communiste et un libéral. Ce livre porte un titre accrocheur, <em>L’Explication</em>, comme s’il s’agissait d’un ultime règlement de compte par intellectuels interposés, ce qui bien entendu relève du fantasme : ce livre n’est pas la lutte finale. Mais cette confrontation est déjà un progrès par rapport à l’unicité de l’idéologie dominante, inimaginable avant la crise.</p>
<p>J’ai suffisamment exprimé quels étaient mes désaccords avec Badiou, notamment par deux fois dans l’<em>Humanité</em>, pour ne pas bouder mon plaisir. Et s’il est tentant de se perdre dans le « narcissisme des petites différences » qui opposent les courants historiques du communisme, force est de reconnaître que Badiou ne lâche rien sur l’essentiel. Et tant qu’à faire, reconnaissons également que son contradicteur a du talent.</p>
<p>Cela dit, méfions-nous de la fantasmatique que ce genre d’affrontement induit. L’idéologie dominante aime gloser sur l’opposition spéculaire de Sartre et d’Aron. C’est qu’il est confortable d’attribuer à Sartre la qualité d’interprète obligé de la pensée marxiste, alors que pour des raisons qui tiennent à l’époque, au retard théorique de la France et à son équation personnelle, le chef de file de l’existentialisme ne pouvait avoir de la riche pensée de Marx qu’une notion vague ou incomplète, quel que fût son génie. C’était, de plus, retomber dans ce travers de l’ « intellectuel » au-dessus de la mêlée, conception désuète, pré-gramscienne du « c’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau ».</p>
<p>Pour avancer, il s’agirait donc d’aller plus loin en analysant ce qui, malgré leurs divergences, réunit nos duellistes ou leur échappe à tous deux.</p>
<p><span id="more-6258"></span></p>
<p>Ce qui parcourt le livre comme un leitmotiv, c’est une certaine mélancolie commune face à la décadence des temps. Mélancolie au sens fort, étymologique : celui de « bile noire ». Il aurait certainement fallu mettre la gravure de Dürer en couverture. Et l’on songe presque à une définition clinique, d’autant que vient de reparaître en poche <em>La Mélancolie</em>, <em>vie et œuvre d’Althusser</em>, qui nous rappelle qu’il s’agit là de choses graves et dont je ne cherche pas à me moquer. Mais, sans m’aventurer dans les contingences personnelles de nos auteurs, je me bornerai à constater qu’à défaut de mélancolie, un certain « blues » est en fait assez banal chez les clercs aujourd’hui. Un travers typique de cette corporation consiste à ne voir l’ensemble de la société que par le prisme de la décadence de l’enseignement. On sait que l’élève, par définition, ne sera pas à la hauteur du prof. Cependant, la société active n’est pas composée d’élèves, mais d’adultes. Les élèves en difficultés sont de deux sortes : ceux qui deviennent des délinquants et ceux qui deviennent des travailleurs. Dans les quartiers pauvres, de deux choses l’une : soit l’on appartient au prolétariat soit au Lumpen. Et si l’on échappe au Lumpen, ce qui est le cas de la majorité, on peut tout de même aller à l’école de rattrapage de la vie et des luttes. Et c’est tout de même ce qui compte pour la vie politique d’un pays.</p>
<p>C’est pourquoi nos deux auteurs, soucieux de mettre des mauvaises notes et de corriger l’orthographe, sont en réalité en train de manquer la radicalisation de la jeunesse, à la faveur de la crise. « Avant de signifier quelque chose, toute parole signifie avant tout pour quelqu’un. » A qui s’adressent-ils ? Aux leurs. Finkielkraut croit évoquer les mânes des ancêtres, le trésor culturel des siècles passés ; il parle surtout aux retraités terrorisés par TF1 qui votent Sarkozy. Badiou croit haranguer le prolétariat ; il s’adresse surtout à ses ouailles gouroutisées, fiers d’exhiber leurs pauvres, à la sortie de la messe.</p>
<p>Leur condamnation commune d’internet est symptomatique à cet égard. Editeur de livre papier (Editions Delga), je suis bien placé pour savoir à quel point il ne faut pas se bercer d’illusions sur le numérique, qui peut induire une déprofessionnalisation de toute la chaîne du livre, donc un tarissement de la production de qualité. Mais quand nos débatteurs stigmatisent l&#8217;internet où se déverse le ressentiment sourd du populo, ils ne font que défendre des privilèges de classe. C’est une constante que l’on retrouve aussi chez Onfray crachant du haut du <em>Monde</em> sur le bas peuple. Cette morgue est typique des aristocraties décadentes vacillant sur leur base. Car le phénomène majeur, ce n’est pas la vulgarité sur internet – que je ne nie pas –, c’est avant tout la perte de crédibilité de la presse écrite. Après tout, c’est certainement internet qui a fait gagner le Non en 2005 que toute la presse écrite ou presque pourfendait.</p>
<p>On peut également déplorer que le débat récurrent que nos deux auteurs mènent sur la nation s’enferme dans la binarité : nation contre internationalisme, identité contre universalisme etc. Autrefois, une terminologie univoque servait à désigner le patriote qui défend son pays du nationaliste agressif. Il est dommage que ni l’un ni l’autre ne puissent recourir à ces distinctions pourtant simples : le nationalisme impérialiste est haïssable, mais lorsqu’un peuple asservi par un autre dit « La liberté ou la mort », il accède à l’ordre du sacré.</p>
<p>Mais le fin mot du livre, ce sur quoi se clôt l’entretien, c’est la disparition de la France, qu’ils déplorent tout deux, à leur manière, avec des trémolos dans la voix. Cependant, cela fait plus d’un siècle qu’on en parle ; c’est même devenu un argument idéologique du capitalisme mondialisé, une prophétie auto-réalisatrice visant à détruire les acquis de 1789 et du CNR. Heureusement que sous la botte nazie, au pire de la débâcle, certains ont cru encore à la France. Et heureusement que les générations suivantes, avec ou sans orthographe, y croiront également. Après tout, Jean-Pierre Timbaud n’avait pas non plus d’orthographe.</p>
<p>La France n’est pas morte, parce que c’est une réalité vivante, et non momifiée, n’en déplaise à Finkielkraut. Badiou a du moins le mérite de voir que le salut du pays passe par un sursaut révolutionnaire, mais dans ce cas, on comprend beaucoup moins un thème récurrent chez lui, celui d’une fusion France-Allemagne. Quel surcroit de conscience politique, la RFA, pays le plus anticommuniste de la planète après quelques dictatures fascistes, pourrait-elle apporter aux travailleurs en lutte ?</p>
<p>On l’aura compris, malgré l’ouverture au débat qu’ils représentent, il ne faut pas exiger la lune de ces chants amébées du désespoir et du général abstrait, qui n’embrayent jamais sur un tableau permanent des luttes. Face à cette désespérance douillette, du pessimisme à la de Maistre au maoïsme puritain traquant l’embourgeoisement des ouvriers parce qu’ils s’achètent une voiture ou un frigo, il faut rappeler cette évidence : non, la classe ouvrière ne s’est pas vendue pour un plat de lentilles. A chaque moment de son histoire où on l’a crue assoupie, elle a su « monter à l’assaut du ciel ». Ce qui est nouveau en revanche, c’est que bon nombre d’intellos sombrent dans le précariat. D’où une certaine « mélancolie ». C’est la rançon de la fin du plan Marshall, et de ce point de vue, ce n’est pas forcément un mal.</p>
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		<title>La fin du désir dans l’art contemporain? / Dario Caterina</title>
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		<pubDate>Wed, 19 May 2010 20:45:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dario Caterina</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sur l'art / Dario Caterina]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
		<category><![CDATA[art contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[Désir]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>

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		<description><![CDATA[Ou, l’hermaphrodisme de l’art contemporain et son auto fécondation artistique. L’auto reproduction dans son biotope naturel, les foires d’art contemporain. L’eugénisme comme solution politique à la reproduction de l’art contemporain et assurer sa pérennité cultuelle]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify">Ou, l’hermaphrodisme de l’art contemporain et son auto fécondation artistique. L’auto reproduction dans son biotope naturel, les foires d’art contemporain. L’eugénisme comme solution politique à la reproduction de l’art contemporain et assurer sa pérennité<em> cultuelle</em>.</h2>
<h2 style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-6139" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/a.jpg" alt="a" width="600" height="451" /></h2>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Foire d’art contemporain de Bruxelles 2010. Photo / Dario Caterina.</span></p>
<p style="text-align: justify"><img class="alignnone size-full wp-image-6233" title="Les-Menines-de-Velasquez-1656-1657" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/Les-Menines-de-Velasquez-1656-1657.jpg" alt="Les-Menines-de-Velasquez-1656-1657" width="600" height="683" /></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Ménines. Diego Velázquez. Prado.</span></p>
<p style="text-align: justify"><strong>« … <em>J’ai vraiment l’impression que l’on assiste à un long processus d’enterrement de l’art. Je visite les foires d’art depuis la fin des années soixante-dix. Je n’ai pas le même plaisir ici que celui que j’éprouve dans les musées…</em> ». </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Voici exactement la réflexion que j’ai entendue par hasard, lors de notre dernière visite de la foire d’art contemporain de Bruxelles. Ce qui m’a donné envie de réaliser ma chronique en adoptant provisoirement ce point de vue, comme point de départ d’un essai sur la mort du désir dans la pratique de l’art contemporain. En fait, la question peut être tout simplement politique.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong><span id="more-6053"></span></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">A peine cette réflexion exprimée par un visiteur, j’ai entamé la visite de la foire en marchant le long des allées composant le premier hall. L’impression furtive de ce spectateur, je me suis demandé si je la ressentirais également lors de la vision des œuvres qui constituent le début du parcours. Nous devons être extrêmement nombreux à  ressentir cette impression, avec différents niveaux d’appréciation. Tout d’abord, il faut considérer ce point de vue comme relevant de l’expression du malaise qui nait au sein des non-amateurs d’art contemporain. Pour ma part, ma position est plus complexe, mais allons de l’avant. Ces non-amateurs opèrent un refus assez simple de l’art contemporain et de ses nouveaux codes. Surtout, ils n’adhèrent pas aux changements esthétiques qui en résultent. Toute nouvelle voie doit s’affranchir de sa non-comestibilité pour les tenants des voies anciennes qui, elles, font le fondement de cultures consommées avec le recul de l’histoire. Disciple secondaire, ou disciple postérieur, chuchoterait Kierkegaard ?</p>
<p style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-6166" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/roig-1.jpg" alt="roig-1" width="600" height="580" /></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Bernardi Roig. Art Bruxelles.<span style="color: #808080"> </span>Photo  / Dario Caterina. </span></p>
<p style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-6167" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/pieta-bonnes.jpg" alt="pieta-bonnes" width="600" height="598" /></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080"><span style="color: #808080">Michelangelo Buonarroti. Vatican.</span></span></p>
<p style="text-align: justify">Dans les années soixante- dix, dès les premiers évènements artistiques importants, apparait la structure discursive d’une nouvelle ère. Celle du prolongement conceptuel de l’œuvre de Duchamp. Il y a bien un entre-deux, en l’occurrence l’art moderne, qui a un peu freiné l’avancée spectaculaire du règne du concept. Et il faut tempérer en précisant qu’il est réducteur de croire que la seule œuvre de Marcel Duchamp soit à la base de l’art contemporain. Léonard de Vinci déjà optait pour une fonction cognitive de l’expression artistique. Goya, Cézanne, les symbolistes sont les préconceptuels qui annoncent la suite. Je pense que depuis une quinzaine d’années, le concept a cessé d’être le seul ferment en tant que fondement de l’art actuel. Celui-ci est remplacé actuellement par la sociologie discursive. Il est donc normal d’avoir des réticences à adouber des œuvres d’art, en tout cas annoncées comme telles, alors que les codes de la culture historique ont toute la peine à s’y accrocher…</p>
<p style="text-align: justify">On ne peut s’empêcher de penser à la teneur du substrat qui constitue l’acte créateur, quand l’on compare les gestes nécessaires à l’éclosion artistique du point de vue ancien ou moderne. Prenons par exemple les deux reproductions ci-dessus, l’une de l’artiste espagnol Bernardi Roig <span style="color: #000000">[1]</span> et l’autre de Michelangelo Buonarroti <span style="color: #000000">[2]</span><span style="color: #000000">.</span> La première joue l’objectivité réaliste, usant de la présence de l’effet <em>image</em> réelle, sans être véritablement de la sculpture. L’autre, celle de Michelangelo, harmonie sculpturale utilisant la tragédie, se sert de la présence du corps comme tragiquement empreinte de sentiments, mais réalise une véritable sculpture architectonique, jouant sur l’œuvre vue comme un univers au delà du réel. L’objectivité de Bernardi Roig s’exprime, elle, dans une relation à la réalité humaine qui produit la sensation d’existence de la réalité objectivée. La sculpture de Michelangelo traduit la valeur que l’on suppose comme la métaphore parfaite de ce qui constitue l’essence d’une œuvre d’art. Voilà peut-être confusément ce que peut ressentir un spectateur, sans oser ou pouvoir l’exprimer ? Bien sûr, cela ne disqualifie pas l’œuvre contemporaine. C’est bien là un des enjeux politiques de cette question. Porter une critique sûre en usant de valeurs anciennes porte à faire croire – en tout cas c’est le crédo des absolutistes pro art actuel – que c’est par conservatisme que les détracteurs de l’art contemporain usent de leur mépris face à la nouveauté.</p>
<p style="text-align: justify">On a souvent associé au passé le concept de détenteur du savoir juste. Ce sentiment s’est maintenu monolithiquement jusqu’au début du XX° siècle. Non sans raison, mais souvent par conservatisme, et cela a provoqué des réactions de rejet injustifiées par rapport aux avancées de l’art contemporain. Parce qu’il faut bien le reconnaître, il y en a eu et pas des moindres. Il n’y a qu’à se remémorer les enjeux des peintres théosophes <span style="color: #000000">[3]</span> du début du siècle passé. Ceux-ci ont permis d’identifier une part importante de l’expression artistique spirituellement axée sur l’indicible, la non-figure. Somme toute, cela nous amène à considérer l’art comme un soutien à la quête spirituelle d’un dépassement de l’esprit, annulant l’existence. L’on rejoint la beauté du dépassement de soi comme but à atteindre pour améliorer sa propre substance spirituelle.</p>
<p style="text-align: justify">Levinas vient quelque peu bousculer le postulat de la <em>non-figure</em> en posant la question de<em> l’autre </em>comme incontournable pour le siècle qui débute<em>…</em></p>
<p style="text-align: justify">Dans l’exemple suivant, nous nous confrontons à une problématique architecturale et picturale autour de deux conceptions qui s’affrontent par psychologisme <span style="color: #000000">[4]</span> induit. Cela peut nous sembler bizarre d’appeler à la rescousse la psychologie, surtout dans ces temps perturbés par la corrida orchestrée par les matadors anti freudiens. Cela dit en passant, cette question est d’importance, car le choix est bien de savoir si la psychologie peut remplacer la métaphysique, même si celle-ci est déjà depuis longtemps mise en cause par certain philosophe «…<em>nos philosophes ne sont-ils </em>pas <em>là pour ravaler au quotidien et au banal les choses surnaturelles ?</em>&#8230; » <span style="color: #000000">[5]</span><span style="color: #000000">. </span>On oublie un peu vite l’intérêt du mystère dans la construction mentale des êtres humains. Tout ne se voit pas, et tout ne s‘explique pas. Il ne s’agit pas de croyances religieuses ou superstitions moyenâgeuses, mais d’un point de vue que n’auraient peut-être pas renié les théosophes. Tout cela avec les nuances du libre arbitre, sentiment qui tend à disparaître sous les coups de boutoir de la pensée unique…</p>
<p style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-6097" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/cites-21.jpg" alt="cites-2" width="600" height="274" /></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Cité idéale / anti citée idéale ? Art Bruxelles. Photo / Dario Caterina.</span></p>
<p style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-6098" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/cite-21.jpg" alt="cite-2" width="600" height="151" /></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Cité idéale renaissante.</span></p>
<p style="text-align: justify">Si l’on compare les deux reproductions ci-dessus, la politique n’est pas absente de l’exercice auquel on se livre. L’interprétation kafkaïenne n’est pas loin quand nous regardons la première reproduction. Il s’agit sans doute d’une interprétation d’un certain rôle fascisant de l’architecture, du moins on peut le penser. L’artiste veut, peut-être, nous expliquer ce qu’il ne faut pas accepter ? Surtout, la déshumanisation architecturale du début du modernisme. Pourtant, nous savons que tout est éphémère. Même si beaucoup ont cru, comme pour la sculpture, que l’abstraction architecturale comme artistique avait balayé définitivement le pathos figuratif, nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien. Nous voyons resurgir des tentatives hybrides d’architecture écologiquement verte. Le musée Jean Nouvel à Paris et ses jardins exotiques est un bon exemple. L’impression ressentie est très éloignée des synthèses du constructivisme <span style="color: #000000">[6]</span> du XX° siècle.</p>
<p style="text-align: justify">Pourtant, nous pouvons penser que rêver la citée idéale n’est pas obsolète, puisque celle imaginée par la renaissance reste un rêve à atteindre. Pas pour tout le monde, mais en tout cas pour tous ceux qui pensent qu’il est primordial d’allier certaines exigences physiques avec celles de l’esprit…</p>
<p style="text-align: justify">Pour ce qui concerne la représentation politique en art, les deux exemples ci-dessous sont symptomatiques de deux vissions qui n’ont cessé d’apparaître dans l’histoire de l’art, jusqu&#8217;à nos jours.</p>
<p style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-6168" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/mao-bonne.jpg" alt="mao bonne" width="600" height="797" /></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Mao Tsé &#8211; Toung.<span style="color: #ffffff">.</span>Art Bruxelles. Photo / Dario Caterina.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080"><img class="aligncenter size-full wp-image-6169" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/Ch-2.jpg" alt="Ch-2" width="600" height="869" /></span></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Cardinal Richelieu. Musée du Louvre.</span></p>
<p style="text-align: justify">Le portrait en pied de Mao Tsé -Toung, doucement irrévérencieux, nous parle de la contestation <em>en</em> <em>chambre</em> de la politique d’un des plus grands autocrates de l’histoire. Le point de départ de son action a des résonances positives pour qui, spirituellement, porte dans son cœur l’amélioration de la condition humaine comme valeur absolue. Pour peu que l’on considère le noir qui recouvre la sculpture comme négatif, le message peut sembler clair : l’action politique de Mao Tsé -Toung fut néfaste à son peuple. On ne peut qu’être perplexe devant l’ambiguïté de cette posture : l’artiste ne fait que clamer, sans beaucoup de risques, ce que nous savions déjà, de surcroît dans les lieux feutrés d’une foire d’art contemporain. C’est l’occasion d’une petite digression, mais le propos est tout de même lié à ce qui précède. Ma visite n’a pas eu lieu lors du vernissage, mais j’ai reçu des échos du profil sociologique des visiteurs présents à cette soirée inaugurale. Paraît-il qu’il y avait beaucoup de jeunes collectionneurs bien peignés, col de chemise négligemment ouvert sur poitrail imberbe (là, j’en remets une couche). J’exagère à peine : en fait, il s’agit de jeunes riches, mis comme il faut, qui s’encanaillent au mimétisme suivant : l’art contemporain est jeune, insolent, incompréhensible, sexuel, bling-bling, indécent, torturé, fait de tout et de rien, il s’adresse à personne et à tout le monde, en un mot, c’est nous. Donc, ces acheteurs se représentent l’art contemporain comme un insigne militaire que l’on accroche à son veston, comme un grade d’élévation culturelle auquel on souscrit par l’acquisition des œuvres les plus pointues du marché. Quoi ? C’est exagéré ? Quand on y pense, déambuler dans une foire d’art contemporain, c’est un peu comme faire le tour de la foire agricole, l’aspect aristocratique en moins. En effet, il s’agit de présenter les plus belles <em>bêtes,</em> au sens de production et de reproduction. Les artistes n’échappent pas à ce mimétisme. Ils sont purs dans leurs ateliers, mais sans doute le pragmatisme de l’<em>enfoirement </em>leur fait-il perdre leur virginité. La politique s’en mêle depuis peu. La communication que l’on voit fleurir expliquant au grand public que l’art contemporain nécessite une pédagogie <em>explicatoire</em>, est <em>douteusement </em>tendancieuse. Car qui ne peut être d’accord avec le soutien porté aux artistes et l’intégration de ceux-ci comme acteurs culturels dans l’espace public ? D&#8217;abord, il existe un enseignement officiel des Beaux-Arts, donc un soutien s’inscrit dans la logique de l’action publique. Ensuite, soutenir la recherche, qu’elle soit scientifique ou artistique, est un devoir pour les élus. L’embêtant, c’est qu’en fait, il s’agit de marketing. La diaspora qui s’occupe de l’art contemporain est souterraine dans son action, elle tend à vendre une esthétique à l’insu des décideurs publics qui délèguent le pouvoir de décision à leurs collaborateurs. Elle est mi-publique, mi-privée. De fait, les décideurs sanctifient les choix opérés et abandonnent la culture à des opérateurs financiers qui se comportent avec l’art de la même façon que s’il s’agissait d’un produit marketing coté en bourse. Bref, on patauge dans la mélasse du terre-à-terre marchand. Ce n’est pas nouveau. Par contre, Philippe de Champaigne <span style="color: #888888">[<span style="color: #000000">7]</span></span><span style="color: #000000">,</span> en peignant le Cardinal Richelieu, clairement, fige une sorte de <em>bête</em> politique comme il en existe beaucoup dans l’histoire. À la seule différence près que la peinture<em> peinture</em> accompagne ici l’œuvre comme un élément extérieur au sens du sujet peint, racheté en quelque sorte par la grandeur de l’art du peintre. La question des convictions jansénistes de Philippe de Champaigne nous amène aussi à interroger la notion de commande, que doivent gérer les artistes assistés par le pouvoir. C’était la règle à l’époque : pas de salut sans protecteur. En effet, de Champaigne fut certainement en contradiction avec sa pensée quand il dut réaliser un portrait du plus fervent adversaire du jansénisme. Il n’est pas sûr que cette histoire ne recommence pas, mais sans art…</p>
<p style="text-align: justify">Un autre secteur ? Un art artisanal. Depuis quelque temps déjà, le design et les objets artisanaux réapparaissent dans les foires d’arts contemporains. Là aussi, les actions individuelles et publiques semblent agir de concert. Pourquoi pas, après tout : tout est dans tout, l’époque veut cela. Nous pouvons considérer que dans ce secteur, les mêmes questionnements</p>
<p style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-6171" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/vase-bon-gauche.jpg" alt="vase-bon-gauche" width="600" height="797" /></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Céramique contemporaine. Art Bruxelles. </span><span style="color: #808080">Photo   / Dario Caterina. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080"><img class="aligncenter size-full wp-image-6172" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/Grece-vases-cratere-bon1.jpg" alt="Grece-vases-cratere-bon" width="600" height="732" /></span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Vase cratère. Altes Muséum. Berlin.</span></p>
<p style="text-align: justify">peuvent assaillir les spectateurs. Les raisons sont moins franches, car un objet décoratif est plus soumis à la subjectivité douce que les chefs-d&#8217;œuvre de l’histoire de l’art. Quoique, peut-être avons-nous tort de penser cela, car la beauté <span style="color: #000000">[8]</span> des objets (ici, paradoxalement, ce n’est pas un problème de parler de beauté, alors que pour les chefs-d&#8217;œuvres…) participe elle aussi d’une approche philosophique. Surtout quand ces objets, comme ceux de la Grèce antique par exemple, sont intimement liés à une culture et véhiculent l’idée du monde et du cosmos que se fait une société donnée. Cette remarque est valable pour bien d’autres cultures anciennes. Il y a l’exemple, tristement négatif, des imitateurs africains de leurs propres sculptures anciennes, dont ils inondent le marché touristique. Ils tentent vainement de créer de nouveaux objets dans la veine de ce qui s’est réalisé de mieux tout au long de l’histoire africaine. Paradoxalement, c’est peut-être dans l’acceptation du monde contemporain que les artisans africains renoueront avec la nouveauté (voir la céramique de gauche ci-dessus).</p>
<p style="text-align: justify">Ce n’est pas parce que les Grecs anciens étaient de grands artisans que les artisans grecs contemporains en sont également. L’art produit au nom d’une culture résiste mieux au temps que l’art créé pour un marché…</p>
<p style="text-align: justify">Jaume Plensa, grand sculpteur catalan, sauve systématiquement ma visite à la foire de Bruxelles. Sa réinterprétation des styles anciens ne me laisse jamais indifférent. La faculté qu’il a d’utiliser toutes les esthétiques avec un grand sens de l’équilibre émotionnel, de la texture et de la profondeur spirituellement et métaphysiquement contemporaine, est remarquable. Je termine avec lui pour exprimer, à ceux qui en douteraient, mon adhésion à une forme d’art contemporain qui ne suit pas une voie de négation du <em>corpus poétique</em><span style="color: #000000">,</span> mais prolonge celui-ci par l’instinct de vie nécessaire à l’art. La proximité d’une œuvre ainsi que sa concordance avec des voies anciennes augurent de la pérennité d’une certaine émotion métaphysique immatérielle…</p>
<p style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-6173" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/jaume-plensa-b1.jpg" alt="jaume-plensa-b" width="600" height="797" /></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Jaume Plensa. Art Bruxelles.  <span style="color: #808080">Photo / Dario Caterina. </span></span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080"><span style="color: #808080"><img class="aligncenter size-full wp-image-6174" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/05/art_khmer-b1.jpg" alt="art_khmer-b" width="600" height="672" /></span></span></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><span style="color: #808080">Portrait du roi Jayavarman VII. Art khmer.</span></p>
<p style="text-align: justify">En conclusion,  mon périple dans les foires d’art contemporain depuis quelques années tend à se terminer. La lassitude d’une manifestation artistique light lui donne bien des apparences sociologiques lassantes. On y découvre de façon récurrente l’appauvrissement en vitamines du discours artistique vu sous l’angle de la métaphore de la nourriture. Dans notre société tout est light, les rapports humains, la conscience politique et les enjeux culturels en générales. Les foires d’arts n’échappent pas à ce constat. Les actions culturelles sont multipliées par mille, qui s’en plaindrait. Pas moi, mais la profondeur du substrat qui s’en préoccupe ? Si nous perdons les liens avec les notions qui étayent la profondeur d’une culture, nous participons bien involontairement à l’acculturation des pratiques artistiques. La question est immense:  il s’agit de savoir comment faire vivre la cité, telle que l&#8217;ont rêvé différent moment de l’histoire, y compris les mouvements de gauche avec le constructivisme, même si ceux-ci sont tombés dans les mêmes pièges du pouvoir que l’extrême droite la plus dure…</p>
<p style="text-align: justify">Je n’ignore pas que l’art contemporain appelle de toutes ces forces le<em> corps</em> à la rescousse. Comme le dit Michela Marzano<span style="color: #000000"> [9]</span> dans le titre de son livre, la pornographie ou l’épuisement du désir, <em>« …les conduites  pornographie finissent par effacer le corps en dépouillant l’individu de sa subjectivité&#8230; ».</em> Il n’est pas dit que le désir soit présent de facto dans toutes les productions artistiques contemporaines pour perpétuer l’espèce&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">Il y a la volonté de puissance des politiques et celui de l’art. À nous de choisir…</p>
<hr size="1" />
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">[1]</span><span style="color: #808080"><span style="color: #000000"> </span></span>Le hasard d’une rencontre, Bernardi Roig  que je redécouvre à Bruxelles, bien que je pense avoir déjà vu ces sculptures au musée d‘Ostende il y a quelque temps de cela. L’œuvre m’interpelle par l’absence du sculpteur (il s’agit ici d’une œuvre moulée sur nature), cela pose la question de savoir si  nous avons à faire à une sculpture ou à un objet mimant une sculpture. Toutes les apparences sont là pour pouvoir répondre oui, mais l’artiste lui-même le dit (voir l’article de Guy Guilsoul dans le vif l’express), « Cela n’est pas une sculpture », mais une présence. Cela a au moins le mérite d’être clair, l’art d’occupation de l’espace prend le pas sur la sensibilisation de l’espace. Progrès ? Quand tu nous tiens.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #888888"><span style="color: #000000">[2]</span></span> Quand j’ai découvert pour la première fois la Piéta de Michelangelo au Vatican, j’ai tout de suite été frappé par la vision architectonique de l’œuvre. Je n’ignore pas que cette appellation convienne mieux aux sculptures des cathédrales, qui elles sont conçues comme des éléments constitutifs de celles-ci, mais je persiste. L’architectonie de la piéta est totale dans l’élévation de la matière comme substrat expressif et sa présence métaphysique dans l’espace. Sa présence dépasse l’objet sensible, il est.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #888888"><span style="color: #000000">[3]</span></span> Les artistes qui se réclamaient de la théosophie au début du XX° siècle furent de grands artistes, importants pour l’histoire de l’art. Cette doctrine a pour crédo de relier entre elles toutes les religions sur un point de convergence qui consiste à dire que l’homme tente d’approcher le divin à travers elles. On peut en déduire que la vérité est en fait partagée par l’ensemble des religions, qui possèdent toutes une part de vérité. Grâce à des artistes tels que, Kandinsky, Mondrian, Pollock, Ensor, il y a eu des avancées esthétiques considérables pour l’art moderne et l’art contemporain, je pense ici à l’expressionnisme figuratif, l’expressionnisme abstrait et au mouvement minimaliste des années soixante.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">[4]</span> Je pense sincèrement que ce qui arrive à Freud est une bonne chose. Car la simplification qui consiste à croire que tout peut trouver une explication dans l’étude du mental  psychologique est  réductrice. L’amour ne serait de ce point de vue qu’échange physiologique et n’existerait pas ? La colère le résultat d’un mauvais équilibre hormonal ? Etc. Il doit y avoir une part de vérité à ces affirmations, certains philosophes s’opposent à ce sujet ; Hegel ou Kant ? Mais ce qui importe c’est la désobéissance de la nature à vouloir toujours présenter des exceptions à la règle aux exégètes de celle-ci. Pourquoi n’en serait-il pas de même avec le mystère ?</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #888888"><span style="color: #000000">[5]</span></span> Shakespeare : <em>Tout est bien qui fini bien</em>, II,3.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">[6]</span> Le constructivisme architectural est né en Union soviétique dans les années vingt. Le mimétisme avec une certaine vision philosophique plus qu’architecturale de l’architecte du Reich d’Albert Speer n’est pas sans exprimer une morale. La beauté architecturale est neutre du point de vue de la fonction de <em>super sculpture</em>, mais perd toute sympathie quand son rôle devient un asservissement à une métaphore à visée  politique.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">[7]</span> Philippe de Champaigne fut, quand j’étais étudiant, un des peintres que j’appréciais le plus. Je ne le rejoins pas dans son époque sur la question de sa religiosité, mais plus sur la réalité de sa peinture. Bien que le Jansénisme propose une vision plus profondément sincère et exigeante du religieux  que ce qui avait cours à l’époque. Il est certainement un des peintres qui s’est occupé le mieux de la texture du <em>corps</em> de sa peinture. C&#8217;est évident essentiellement dans les portraits des personnages qu’il peignit dans ces compositions solennelles. Mais surtout dans les tableaux qu’il a réalisé de sa fille à Port Royal.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #888888"><span style="color: #000000">[8]</span></span> La beauté est un terme que l’on utilise plus en art, de peur de faire resurgir des concepts anciens. Sublime est plus adéquat, mais bon, de temps à autre la beauté apparaît comme une récompense la ou on ne l’attend pas.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">[9]</span> Michela Marzano : «  La pornographie ou l’épuisement du désir ». Éd. Buchet Chastel, 2003, 294 p.</p>
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		<title>Chroniques saturniennes 5 / Les apéro-géants, Les fantasmes à propos de la Chine, du franglais dans les traductions</title>
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		<pubDate>Mon, 17 May 2010 09:57:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques saturniennes / Aymeric Monville]]></category>
		<category><![CDATA[apéros géants]]></category>
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		<description><![CDATA[L’histoire se répète en apéro
Les apéros géants organisés dans les grandes villes à partir de réseaux comme Facebook prennent de l’ampleur, à l’instar des désormais démodées rave parties. Le gouvernement fait mine de s’inquiéter alors que somme toute, on ne compte pour l’instant qu’un mort, bilan bien moindre que celui des sorties de boîtes. Ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>L’histoire se répète en apéro</strong></h2>
<p>Les apéros géants organisés dans les grandes villes à partir de réseaux comme Facebook prennent de l’ampleur, à l’instar des désormais démodées <em>rave parties</em>. Le gouvernement fait mine de s’inquiéter alors que somme toute, on ne compte pour l’instant qu’un mort, bilan bien moindre que celui des sorties de boîtes. Ce qui est nouveau, ce ne sont pas les beuveries de jeunes à la dérive, c’est le gigantisme, une frénésie à quitter l’anonymat du « nulmérique » pour rentrer dans celui de « l’homme des foules » d’Edgar Poe : « <em>Ce vieux homme, — me dis-je à la longue, — est le type et le génie du crime profond. Il refuse d’être seul. Il est l’homme des foules. Il serait vain de le suivre ; car je n’apprendrai rien de plus de lui ni de ses actions.</em> »</p>
<p>Pour commenter la chose, d’aucuns ont tôt fait de convoquer des images héroïques du passé : la Révolution avec un grand R, l’irruption des masses dans l’histoire. Oui, et non. Les révolutions réussies, à la différence des jacqueries, ont été provoquées par des avant-gardes, et non par facebook. En Iran, l’année dernière, les foules ont été mobilisées par le numérique mais matraquées par des pasdarans beaucoup moins virtuels. La seule nouveauté dans l’histoire politique contemporaine, c’est l’organisation de la classe ouvrière, c’est le passage du socialisme utopique au socialisme scientifique ; ce n’est pas facebook.</p>
<p>Qui plus est, il y a tout lieu de se méfier d’un dispositif qui, en étalant au grand jour ce qu’on hésite encore à appeler des vies privées, mâche littéralement le travail aux Renseignements généraux. Aujourd’hui, 500 convives se sont réunis pour un apéro géant au Mans devant… 200 CRS ! On se demande si cette sollicitude maternante de la police à prévenir les débordements ne serait pas un test pour des provocations de grandes envergures : les masses déchaînées à coup de clic en vue d’une répression générale, le chaos organisé par une partie de l’appareil d’Etat contre une autre. On sait comment la « Révolution culturelle » a servi à liquider le parti de la Longue marche.</p>
<p>Pour éviter les provocations anarchistes et policières, on rappellera qu’en ces moments climatériques, le Parti communiste de Grèce, fort de son organisation forgée pendant la guerre civile et la dictature, organise à part ses propres défilés refusant de se mêler aux idiots utiles de l’altermondialisme béat qui confondent happening et manifestation.</p>
<p><span id="more-6014"></span></p>
<h2><strong> « Leur Chine m’inquiète » </strong></h2>
<p>Puisque nous parlions de Révolution culturelle, je prends ici l’occasion d’évoquer un pays dont on parle beaucoup mais qu’on connaît trop peu : la Chine. Pour dire qu’on manque cruellement primo de sinologues, deuxio de marxistes, c’est-à-dire de faits mais également de la capacité à les articuler.</p>
<p>Certes, il est heureusement loin le temps où on osait encore dire que « la Chine sortait du féodalisme » alors que ce mode de production n’a jamais existé ! Mais une fois ces maladies infantiles guéries, il est vrai que cette réalité nous pose toujours des défis méthodologiques. Il faudrait comprendre que, peut-être ici plus qu’ailleurs, divers modes de production se superposent et s’affrontent et qu’on ne peut faire abstraction de l’un au détriment de l’autre. Tout d’abord la Chine impériale et le mode de production asiatique. Ensuite l’humiliation de la domination étrangère, puis la libération nationale sur des fondements socialistes. Puis les dégâts du maoïsme (Grand bond en avant et Révolution culturelle) et sa conséquence : une gigantesque NEP sous contrôle du parti qui menace toujours de retomber dans le capitalisme pur et simple. Le tout en tenant compte de diverses contraintes : impérialisme des Etats-Unis, population à nourrir, disparités villes-campagnes etc. On ne peut traiter de la Chine sans histoire, sans géographie, et sans dialectique.</p>
<p>C’est pourquoi il faut renvoyer dos à dos deux approches mutilantes trop fréquentes dans la bourgeoisie française : le maoïsme radical chic des Badiou et Zizek et la Chine éternelle des sinologues de service comme François Jullien. Car les uns comme les autres se complaisent dans une vision simpliste qui flatte l’inculture de leur public, mondain pour les premiers, affairiste pour le second. En effet, on sait que Jullien aime à exposer aux chefs d’entreprise la « philosophia perennis » de la Chine centrée sur les moyens, l’efficacité et non sur les fins, la recherche de vérité et de justice, philosophie qui n’est en fait que l’expression dans ce pays de la répression de la pensée dans un contexte impérial et ne saurait représenter tout le génie d’un pays et les espoirs que porte tout un peuple. Badiou et Zizek, qui présentent au moins le mérite de préférer le socialisme à Confucius, ignorent néanmoins tout de ce monde mais aussi du marxisme en ce qu’ils font passer quelques élucubrations maoïsto-taoïstes du type « un se divise en deux » pour la <em>Science de la logique</em> etc. Alors qu’il y aurait tant à faire dans une approche marxiste de ce pays, comme l’avait fait Ferenc Tökei. En attendant, comme antidote, je ne saurais trop conseiller au lecteur de se pencher sur les ouvrages de Jean-François Billeter – le plus intelligents de tous les Suisses sinologues ! – dont le mérite principal est d’adopter le point de vue de l’universel, de la « totalité » hégélienne, refusant de faire de la Chine un monde à part, n’ayant aucun rapport avec le nôtre.</p>
<p>Bref, un peu de « connaissance de l’Est » ne nous nuirait pas. Cela éviterait les représentations comiques comme celle qui consiste à dire que le salut de l’Occident consiste à « conquérir des marchés » en Chine, alors qu’avec le renchérissement croissant des matières premières, on serait bien mieux avisé de développer hic et nunc le pouvoir d’achat. Il faudrait également faire comprendre que les délocalisations n’ont surtout fonctionné que comme menaces et comme chantage pour imposer la déflation salariale, au mépris de la réalité. Car malgré le bas prix de la main-d’œuvre en Chine, la productivité là-bas est très faible et délocaliser a un coût. Il faudrait également arrêter démentir les fantasmes concernant l’agressivité de la Chine à l’étranger, sans commune mesure avec l’impérialisme des puissances occidentales. Rappelons que lorsque cet âne bâté de Guillaume II parlait de « péril jaune », la Chine croulait sous les invasions étrangères. C’est un cas princeps de paranoïa de la persécution de la part de celui qui persécute. Mais sont-ils différents ceux qui nous disent comme Big brother que l’Europe c’est la paix, et de l’autre que c’est la seule manière de résister aux méchants Chinois ? Bref, ce n’est pas la Chine qui devrait nous inquiéter, pour reprendre une expression consacrée ; c’est la conception que les Occidentaux s’en font.</p>
<h2><strong>Désappointée d’avoir été abusée de manière explicitement inappropriée</strong></h2>
<p>Rebondissement dans l’affaire Polanski : une actrice anglaise vient de jeter de l’huile sur le feu en affirmant avoir été violée par le cinéaste il y a trente ans. Appelant un chat un chat, je dis bien « violée » et non « abusée », parce que « abusée » n’est pas français, contrairement à ce que pourraient laisser croire les journalistes qui, de la radio à la presse écrite, se sont passés le mot toute la journée.</p>
<p>C’est sur ce seul point que je me permets d’intervenir, ne connaissant pas plus qu’un autre les ressorts de l’affaire. Ce psittacisme grégaire qui consiste à ânonner tels quels urbi et orbi une dépêche mal traduite de l’AFP révèle surtout la déchéance d’une profession, qui non contente de lancer des chasses à l’homme au mépris de la présomption d’innocence, le fait avec une bonne conscience machinale. On le voit régulièrement, par exemple lorsque un journaliste affirme qu’ « Obama a été désappointé », et non tout simplement « déçu » puisque c’est pourtant la traduction de ce mot. En ne traduisant pas les faux amis de l’anglais, certains folliculaires imposent un franglais autrement plus dangereux que l’emploi inoffensif des mots <em>flipper</em>,<em> jogging </em>ou <em>baby foot </em>(mot qui d’ailleurs n’est pas anglais).</p>
<p>Outre les « abusées », on parle aussi beaucoup de contenu « inapproprié » ou de paroles « explicites ». C’est l’<em>american way of life</em> qui rentre dans la langue et donc dans les mœurs. Ce que tout cela véhicule, c’est une logique protestante qui ajoute au péché la tromperie, le mensonge et l’indécence et non une logique catholique fondée sur la faute stricto sensu. La civilisation anglo-saxonne voudrait éteindre son emprise à une morale de l’intention qui prend possession de l’intériorité, au-delà d’une simple morale du fait, objective. Cela peut avoir des conséquences incalculables. On a vu dans l’affaire Lewinsky qui, d’une minable passe sous un bureau s’est transformée en une histoire de « mensonge devant la nation américaine ». Le comble étant la guerre d’Irak : peu importe qu’on colonise un pays en massacrant sa population après l’avoir affamée par embargo ; le plus grave, c’est d’avoir menti ou non sur la question des armes de destruction massive. Si l’on s’était contenté de juger les faits : véniels au possible dans le cas Lewinsky et génocidaire dans le cas irakien, on aurait évité ce détournement dans la représentation que certains ont appelé, non sans raison, le « spectacle ».</p>
<p>Moralité : il faudrait que les journalistes consacrassent – <em>indeed</em> ! – au moins une heure par jour à l’étude du français. Il faudrait remettre le fameux prix de la Carpette anglaise non à ceux de nos compatriotes qui s’expriment parfois en français mais à ceux qui n’osent pas trahir/traduire. Sinon, <em>trespassers will be prosecuted </em>! Les trépassés seront persécutés ! Pardon, je voulais dire : les contrevenants seront poursuivis.</p>
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		<title>Chroniques saturniennes 4  / 30 ans de cambriolage, Roland Dumas à la rescousse de Louis Aliot, Publication d’un livre de Gilles Châtelet</title>
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		<pubDate>Mon, 10 May 2010 14:45:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
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		<description><![CDATA[30 ans de cambriolage
La seule France aura donc déboursé 360 milliards d’euros pour aider les banques et cela, sans la moindre contrepartie (et ne parlons pas des autres pays). Pour la Grèce, l&#8217;Europe entière versera 100 milliards, mais en échange d’une mise en coupe réglée : déflation salariale, retraites ponctionnées et relevées à soixante-sept ans, non [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>30 ans de cambriolage</strong></h2>
<p>La seule France aura donc déboursé 360 milliards d’euros pour aider les banques et cela, sans la moindre contrepartie (et ne parlons pas des autres pays). Pour la Grèce, l&#8217;Europe entière versera 100 milliards, mais en échange d’une mise en coupe réglée : déflation salariale, retraites ponctionnées et relevées à soixante-sept ans, non remplacement de quatre fonctionnaires sur cinq, coupes claires dans toutes les dépenses publiques, privatisations massives, réforme de l’administration territoriale vers plus de dirigisme, attribution d’un droit de veto au ministre des finances, casse du droit du travail, adoption de la fameuse directive Bolkestein.</p>
<p>Et tout cela n’est que le prélude d’une partition qu’il va falloir jouer symphoniquement. Fillon a déjà annoncé un plan de rigueur, au prétexte qu’il faut conserver le AAA+ des agences de notation. On croyait que notre destin se jouait désormais à Bruxelles ; c’est encore pire. Désormais le salut de l’Etat est suspendu à la férule sourcilleuse des loups-cerviers de la finance, et de leurs valets, les Jérôme Kerviel et autres traders en culottes courtes qui prétendent « noter » au crayon rouge l’histoire en marche. Ubu avait inventé la « pompe à phynances », mais il n’avait pas encore pensé aux agences de notation.</p>
<p>Mais qui nous aura enchaînés pieds et poings liés aux marchés ? Qui aura creusé les déficits publics à coups de cadeaux fiscaux ? Qui aura favorisé l’évasion fiscale par la suppression du contrôle des changes ? Qui aura livré au privé nos entreprises les plus rentables ? Qui aura vendu nos grandes entreprises aux investisseurs étranger (jusqu’à 40% du Cac 40) ? Qui aura laissé acheter notre dette non par l&#8217;épargne nationale mais par les investisseurs étrangers (67%)? Qui aura promu l’euro pour mieux déconnecter la monnaie des Etats ? Qui aura déréglementé les marchés financiers ? Qui aura effectué ce gigantesque cambriolage derrière notre dos ? Qui aura fait que le destin de la France se joue désormais « à la corbeille » ? Qui, sinon cette caste, qui des bureaux du FMI aux ors de Matignon, se partage alternativement le pouvoir depuis les années Mitterrand ?</p>
<p><span id="more-5949"></span></p>
<h2><strong>La Mitterrandie telle qu’en elle-même </strong></h2>
<p>A propos d’années Mitterrand, on vient d’apprendre que Roland Dumas vient d’apporter sa caution d’ancien président du Conseil constitutionnel à Louis Aliot, ancien secrétaire-général du FN, en écrivant pour lui une lettre de recommandation pour le faire admettre au barreau. Coup de pouce qui perpétue une vieille tradition de la mitterrandie, de la réhabilitation des généraux putschistes en 1982 à l’amitié longtemps entretenue avec Bousquet. Fut un temps, Roland-les-belles-godasses n’aurait pas osé. Mais désormais, tout cela paraît bien artisanal à côté des alliances monstrueuses, des accouplements tératologiques du FMI et de l’internationale sociale-démocrate, de l’Europe et de l’Otan, des agences de notation et des gouvernements, dans la mise sous coupe réglée des peuples.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h2><strong>Crise mondiale. Non, crise de l’Occident</strong></h2>
<p>La seule bonne nouvelle dans tout cela, c’est que ceci n’est nullement une crise mondiale. C’est tout simplement une crise de l’Occident, c’est-à-dire en dernier ressort de l’Otan. Car cette crise monétaire va également emporter le navire amiral de la flotte occidentale. Les Etats-Unis ont tout fait pour annihiler la souveraineté nationale des différents pays européens, en les réduisant à une zone de libre échange. Mais il en va de l’Union européenne comme des talibans : ces Frankenstein conçus à Washington deviennent ingérables. En Europe, l’absence d’Etat (appelez cela UE) empêche toute prise réelle sur l’économie, ce qui amène la crise à se propager jusqu&#8217;à Washington. L’euro et la livre sont les ultimes murs d’enceinte du dollar. Jeudi dernier à Wall Street, une confusion entre millions et milliards de dollars a fait plonger la bourse de 10%. Une erreur informatique explique-t-elle à elle seule une pareille baisse ? Il a pourtant fallu de longues heures pour redresser la barre, ce qui montre qu’erreur technique ou pas, une faillite pareille était tout simplement plausible.</p>
<h2><strong>Survivre et penser au XXIe siècle</strong></h2>
<p>Dix ans après sa mort, on publie « Les animaux malades du consensus », des textes inédits du mathématicien et philosophe Gilles Châtelet, l’auteur de « Vivre et penser comme des porcs » écrit en 1998. Tout cela me rappelle le temps où, en pleine bataille pour la défense de la qualité de la radio publique, une ancienne directrice de France Culture avait fait un grotesque procès à un auditeur qui, avait osé la représenter sur un dessin en train de porter des pancartes « Vive le Medef ! », « Vive la pensée unique ! » et surtout « Vivre et penser comme des porcs ! ».</p>
<p>Plus sérieusement, ce livre, qui regroupe des textes des années 80 et 90 me rappelle aussi « notre jeunesse », c’est-à-dire la Belle époque d’avant la crise généralisée. C’était le bon temps insouciant où un intellectuel comme Châtelet pouvait se faire un nom en dissertant au débotté sur les mérites de Marcuse et Deleuze, les vertus du cannabis, les ridicules de l’affaire Diana, en se contentant d’être par-ci par-là contre la guerre du Golfe. Une objection se pose néanmoins : en plein déluge où nous sommes, on peut avoir a l’impression que Châtelet – qui n’était pourtant pas l’un des moins lucides – n’a rien vu venir de la réalité présente. En restant frivolement au niveau des mœurs, de la surface idéologique, il est passé à côté de la mutation caractéristique de ces années : le passage du Capitalisme monopoliste d’Etat au Capitalisme financiarisé et mondialisé et la destruction des peuples qui va avec. Ce reproche ne doit pas tant s’adresser à l’auteur qu&#8217;à toute une génération, celle des gauchistes d’après 68. Car au fond, ces derniers se sont plutôt accommodés des années Mitterrand, qui leur auront apporté ce qu’ils espéraient tant : la disparition des deux forces de la Résistance, gaullistes et communistes. Bien qu’ils aient parfois su dire la laideur et la bêtise de leur époque, bien qu’ils n’aient pas tous fini à l’Otan ou au FMI, la réalité était pire que ce qu’ils décrivaient. A l’heure actuelle ou l’on négocie le sort des Etats à l’encan, chacun peut le constater : durant ces années où l’on parlait de Marcuse, du cannabis et de Diana, c’est vraiment le sol qui s’est dérobé sous nos pieds. Le sol de la patrie.</p>
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		<title>Chroniques saturniennes 3 / L’ « aide » à la Grèce, la burqa et les « maîtresses » de Lies Hebbadj, Charles Pasqua</title>
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		<pubDate>Sun, 02 May 2010 20:19:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques saturniennes / Aymeric Monville]]></category>
		<category><![CDATA[burqa]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Pasqua]]></category>
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		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>

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		<description><![CDATA[Les gentlemen prêteurs
Selon les principaux médias, nous ne serions pas passés bien loin du KO, du krach obligataire. Voire. Quand on veut noyer son chien on l’accuse de la rage. Nous avons assisté cette semaine à une dramatisation artificielle mettant en scène comme d’habitude les fameux déficits publics de plusieurs pays : la Grèce mais aussi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>Les gentlemen prêteurs</strong></h2>
<p>Selon les principaux médias, nous ne serions pas passés bien loin du KO, du krach obligataire. Voire. Quand on veut noyer son chien on l’accuse de la rage. Nous avons assisté cette semaine à une dramatisation artificielle mettant en scène comme d’habitude les fameux déficits publics de plusieurs pays : la Grèce mais aussi le Portugal et l’Espagne. Et cela pour mieux préparer le terrain à une offensive généralisée contre les peuples.</p>
<p>L&#8217;Union Européenne gère la crise actuelle en pleine conformité avec ses orientations néo-libérales et son autoritarisme politique et économique, lesquels sont à l&#8217;origine de la crise actuelle et l&#8217;ont aggravée avec l&#8217;entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Ce prêt à intérêt que l’on donne à la Grèce cautionne en réalité une politique de casse sociale généralisée. Dans l’intérêt de ceux-là mêmes qui ont creusé les déficits en faisant des cadeaux exorbitants au patronat et aux banques, qu’ils ont renfloués, pour ensuite mieux nous endetter auprès d’elles, pour mieux nous dicter leurs lois. Sans parler du diktat de l’euro dont la fonction est d’empêcher toute dévaluation compétitive, c’est-à-dire une politique indépendante à l’échelle d’un pays.</p>
<p>Le FMI et l’Europe, la droite et la sociale-démocratie internationale, de Strauss-Kahn à Papandréou sont tous complices. Les atermoiements de l’Allemagne pour cause d’opportunisme électoraliste sont un épiphénomène : la bourgeoisie allemande comprend de toute façon qu’elle ne peut se défausser de ses solidarités de classe en jouant cavalier seul. En réalité, jamais une politique européenne n’a été aussi unanimiste dans la réaction depuis le Congrès de Vienne.</p>
<p>Ce n’est pas « la Grèce » qu’ils sauvent, mais eux-mêmes, c’est-à-dire l’euro et l’Europe.</p>
<p>Byron était mort pour la Grèce à Missolonghi. Aujourd’hui, en solidarité avec le peuple grec qui mène une lutte admirable, on n’en demanderait pas tant. Il suffirait déjà que chaque peuple accepte de secouer ses propres chaînes, de laver les affronts des votes anti-européens annulés, bafoués, revotés. Il suffirait juste de sortir de l’Europe, ou du moins de comprendre que c’est là qu’est le seul acte de courage. « Face aux grands périls, le salut n’est que dans la grandeur », comme disait le général. La grandeur, ou du moins le refus de la petitesse, ce serait commencer par refuser cette constitution rejetée au suffrage populaire et imposée à Versailles.</p>
<p><span id="more-5857"></span></p>
<h2><strong>Les liaisons dangereuses </strong></h2>
<p>Dans ce contexte dramatique, il est presque honteux d’évoquer l’affaire de la burqa, qui sert bien sûr de dérivatif commode au mécontentement social (en Belgique, sa récente interdiction sert même à éviter le débat omniprésent sur l’implosion du pays). J’y reviens néanmoins pour le piquant de certaines anecdotes. Ainsi, après sa déclaration de presse, avons-nous appris que Lies Hebbadj, le mari de la conductrice roulant voilée intégralement, n’était pas polygame, mais avait simplement des « maîtresses ». Plaisant à entendre, ce doux mot libertin dans la bouche d’un homme dont le fantasme quotidien semble d’être de soustraire le beau sexe à la lumière du jour. On a beau faire, on voit mal Hebbadj dans une pièce de Guitry. Il manque cruellement d’humour et d’amour de la langue, lequel va souvent avec l’amour des femmes. N’a-t-il pas affirmé qu’il ne pouvait être « <em>déchué</em> (sic) de sa nationalité » ? Certes, si nationalité il doit y avoir, la seule légitime devrait être fondée sur le fait de maîtriser sa langue ou pas. Mais l’on ne va pas déchoir de sa nationalité quelqu’un pour un solécisme, ou alors dans ce cas, il faudrait commencer par ceux qui n’ont pas l’excuse de n’avoir pas le français pour langue maternelle, de Ségolène Royal et sa « bravitude » aux managers qui nous <em>gèrent</em> en <em>implémentant </em>leur <em>business-models </em>qui <em>impactent </em>l’économie en passant par tous les jargons « citoyens ». Notons tout de même, que le marquis de Sade, pourtant sorti tout droit de l’Ancien régime, qui souhaitait que la femme fût libre d’avorter, de faire l’amour et des enfants comme elle l’entendait, était plus progressiste que Lies Hebbadj, ce qui n’est pas peu dire.</p>
<p>A cela se mêle dans l’actualité l’affaire Ribéry, qui est en fait révélatrice de tout un milieu : les footballeurs milliardaires, pour éviter les chantages à l’enfant et autres tracasseries, sont contraints à de vulgaires passes. A quoi cela sert-il d’être jeune et beau, traînant tous les cœurs après soi si c’est pour acheter l’amour ? A quoi bon être un héros, un Tristan des stades ? On comprend qu’avec un pareil manque d’affection, Dieu soit l’unique réconfort pour cette âme en détresse, qui paraît-il, se tourne vers la Mecque après chaque but.</p>
<p>Moralité (et surtout pas morale) : tout cela est dérisoire et ce qu’il faudrait face à ce genre de tartuferies, ce sont des Molière, et certainement pas des opérations de police, des dénonciations et des chasses à l’homme médiatiques indignes de notre République.</p>
<h2><strong>Ces frênes qu’on n’abat pas</strong></h2>
<p>Charles Pasqua vient de bénéficier d’une clémence de la justice dans un certain nombre d’affaires. En effet, qu’on l’aime ou non, Charles Pasqua est un homme d’Etat, et vu son âge, c’est désormais à l’histoire de le juger. Qui plus est, à son niveau d’implication, on ne condamnerait qu’un bouc émissaire de tout un pan de notre histoire. Les Bonaparte ont toujours leur Talleyrand et leur Fouché ; c’est la politique de l’Empire qui compte.</p>
<p>L’Empire, c’est ici le gaullisme, tel qu’en lui-même l’éternité le change. Résistant à quinze ans, fondateur du SAC, où il lutta contre l’OAS puis dans des combats beaucoup plus discutables, terreur de la vieille droite vichysto-centriste, puis partisan farouche du libéralisme, Charles Pasqua aura connu les gloires et les vicissitudes, les servitudes et les grandeurs de toute sa famille politique. C’est même lui qui a présidé aux changements de direction décisifs. A chaque fois, en choisissant le pire : Chirac contre Chaban, Balladur contre Chirac. Jusqu’à l’amertume. Jusqu’à la brouille avec ses propres chefs. Jusqu’à la traversée du désert qui se termine sur un procès peu glorieux.</p>
<p>Il est avec d’autres le témoin de la décrépitude du gaullisme. Séguin avait accepté de revêtir la grosse houppelande de la cour des Comptes, Villepin cabotine, Dupont-Aignan fait le gendre idéal. Ce sont les frênes qu’on n’abat pas, par charité, sur les bords de la route de Colombey et qu’aucun Malraux n’ira visiter.</p>
<p>Napoléon faisait, disait-il, ses plans de bataille, avec les rêves de ses soldats endormis. Et aujourd’hui, à quoi rêve-t-il, le lieutenant Pasqua, soldat perdu du gaullisme qui aura perdu son chef pour avoir vu le soleil d’Austerlitz se lever trop tôt pour lui ? Cambronne aura au moins sauvé l’honneur en prononçant le mot de cinq lettres. Le gaullisme définitivement dissous dans la droite réactionnaire, sort ici de l’histoire avec moins de panache, par un simple acquittement.</p>
<p>Aymeric Monville</p>
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		<title>Chroniques saturniennes 2 / Belgique en implosion, la Grèce matraquée, la loi sur le voile, facebook bientôt payant, la photo de Rimbaud</title>
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		<pubDate>Sun, 25 Apr 2010 17:34:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les Balkans outre-Quiévrain 
Provocations des nationalistes flamands en plein Parlement, valse des ministères, ségrégation autour de Bruxelles : nos compatriotes ont l’air de s’en moquer comme d’une blague belge. Il faudrait pourtant bien comprendre qu’un pays est en train d’exploser à nos frontières et que toute explosion a ses déflagrations. URSS, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, aujourd’hui la Belgique, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>Les Balkans outre-Quiévrain </strong></h2>
<p>Provocations des nationalistes flamands en plein Parlement, valse des ministères, ségrégation autour de Bruxelles : nos compatriotes ont l’air de s’en moquer comme d’une blague belge. Il faudrait pourtant bien comprendre qu’un pays est en train d’exploser à nos frontières et que toute explosion a ses déflagrations. URSS, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, aujourd’hui la Belgique, tous ces pays ont en commun d’avoir été forgés non sur le « <em>Blut und Boden</em> » mais sur un projet commun, non sur une conception naturelle, mais culturelle, de la nation. Comme prochaine victime désignée des <em>serial killers</em> de l’ethnicisme, on songe bien sûr à notre République qui, d’un « agrégat de peuples désunis », a forgé une idée de bonheur qui reste toujours neuve en Europe. Voilà ce qui arrive lorsqu’on laisse la « main invisible » du marché. Le nationalisme flamand repose sur les mêmes fondamentaux que celui de la Ligue du Nord en Italie. C’est un nationalisme de nouveaux riches, de petits dirigeants de PME que la crise rend de plus en plus enragés. L’idée même de redistribution des richesses par l’impôt leur est insupportable. Si l’on ne muselle pas ce que Hegel appelait déjà « la bête sauvage », c’est-à-dire le marché, la société civile, nous aurons droit à la balkanisation de l’Europe entière.</p>
<p><span id="more-5776"></span></p>
<h2><strong>L’Union allemande</strong></h2>
<p>Pour le grand bonheur d’une Allemagne de plus en plus revancharde. Qui elle, bénéficie d’un capitalisme prédateur autrement plus développé jusqu’au stade suprême de l’impérialisme. Nos dirigeants veulent nous conduire à une Europe « allemande » : conception ethnique de la nation, régionalisation à l’extrême, droit du sang, et mise en concurrence des peuples, puisque le secret de sa réussite consiste à avoir pressuré les salaires intérieurs pour mieux exporter. On nous fait croire que nous avons fait l’Europe alors qu’au contraire, nous avons fait l’Allemagne. La stabilité de l’euro, empêchant les dévaluations compétitives, en a fait le premier exportateur de la zone, un pays ultra-compétitif dont la seule variable d’ajustement est précisément les salaires.  Ce pays où les pires « réformes » ont été faites par des sociaux-démocrates, où les syndicats acceptent des gels des  salaires en échange du maintien de l’emploi, où 9% seulement des Allemands sont contre le capitalisme (pour 42% des Français) n’est pas un pays de « concertation », mais de soumission au capital. L’Allemagne hérite d’une longue histoire de persécution des travailleurs de Bismarck à la RFA, qui a culminé avec l’anéantissement des communistes et des sociaux-démocrates à Buchenwald. La RFA n’est pas un modèle de réussite économique, c’est un anti-modèle pour les peuples, à commencer par le sien qui, à l’Est principalement, subit une véritable terreur blanche, par la destruction d’un Etat, le chômage de masse et l’indécente tolérance des mouvements néo-nazis.</p>
<p>Aujourd’hui, la prochaine marche du capitalisme allemand, n’est plus la RDA, ou la Yougoslavie, c’est la Grèce. Pays qu’on accuse d’avoir vécu au-dessus de ses moyens alors qu’on lui a imposé l’euro y compris en l’aidant à camoufler sa dette publique, et où le salaire moyen était en 2008 de 760 euros seulement. Tous les autres peuples sont menacés par de plans d’austérité de cette nature sans parler des attaques de la spéculation. Car les grandes banques font monter les enchères des taux d’intérêt des emprunts pour mieux se payer sur la déflation salariale et la destruction des services publics qu’on impose au peuple grec.</p>
<h2><strong>Ne nous voilons pas le facebook</strong></h2>
<p>La loi que le gouvernement entend faire passer à propos du voile intégral est une loi hypocrite, qui comme toutes les lois bourgeoises, ne sauve que les apparences. Mutatis mutandis, elle ressemble à ces lois qui n’interdisent pas la prostitution mais ne sanctionnent que le racolage. Cette loi anti-burqa est en réalité une loi pro-gynécées. On ne peut légiférer du jour au lendemain sur les mœurs. Celles-ci ne peuvent évoluer qu’avec le progrès social. D’où l’imposture d’un féminisme qui serait coupé du mouvement ouvrier. On ne peut pas faire suer le burnous et interdire la burqa en même temps. Les pauvres ne peuvent pas avoir des mœurs de riches du jour au lendemain.</p>
<p>On devrait s’interroger également sur un autre sectarisme inverse, celui qui consiste à tout dévoiler, à tout raconter, à longueurs de blogs ou de télé-réalité, véritable héritage détourné de l’obligation de la confession chrétienne. Ne nous voilons donc pas la face d’accord, et dans tous les sens du terme, mais n’allons pas non plus l’offrir en pâture sur face book. A propos, le « livre de gueules » envisage bientôt de devenir payant. On nous a bien « addicté » et après on va faire payer, payer notre propre aliénation. Cela va devenir cher de se faire des « amis », même si, comme disait Alceste, « l’amitié demande plus de mystères ».</p>
<h2><strong>Rimbaud est un autre</strong></h2>
<p>A propos de face, voilà maintenant qu’apparaît celle ironique d’un Rimbaud de trente ans qui nous contemple depuis les années 1880. Avec le vrai portrait de Lautréamont, cela fait une belle prise, une belle « chasse spirituelle », pour reprendre le nom du faux poème attribué à Rimbaud. Car il y a toujours quelque chose de faux dans cette vraie photo retrouvée, si on la tient pour un fétiche à accrocher comme sur face book. Nerval devant sa propre photo disait déjà « je suis l’autre », ce qui montre bien que le « Je est un autre » rimbaldien est bien un symptôme de modernité indépassable. Voire. L’amour était pour Rimbaud à réinventer. Face book l’a presque fait : il a fait de l’amitié un concept immédiat, épileptique, et lucratif. On n’arrête pas le progrès.</p>
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		<title>Chroniques saturniennes 1 / d&#8217;un nuage, Grand Paris, les caves du Vatican, les pro-anti-Oedipe</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Apr 2010 18:09:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
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L’écologisme dominant nous parle de fin du monde à longueur de journée pour nous faire avaler la pilule de la désindustrialisation de la France et le relookage de la vieille droite MRP en un parti « écolo de gauche ». Or voilà que pour une fois, la nature fait vraiment des siennes, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Ceci n’est pas une catastrophe naturelle</h2>
<p>L’écologisme dominant nous parle de fin du monde à longueur de journée pour nous faire avaler la pilule de la désindustrialisation de la France et le relookage de la vieille droite MRP en un parti « écolo de gauche ». Or voilà que pour une fois, la nature fait vraiment des siennes, un volcan entre en éruption, bloque tous les transports aériens… et le gouvernement refuse de la qualifier de catastrophe naturelle ! Et laisse de surcroît les grandes firmes faire circuler sans vergogne des avions vides pour prouver à l’opinion que la situation n’est pas si dramatique. Jusqu’au crash qui démontrerait le contraire !</p>
<h2>Le grand Passy-Orly</h2>
<p>Pour rester dans les transports, après son échec de la droite aux régionales, le gouvernement relance sans vergogne son projet de « Grand Paris », en réalité une vaste manip immobilière qui permettra de relier les quartiers riches et financiers aux aéroports en contournant bien les ghettos. A mesure que le capitalisme redécouvre les joies du « domestic system » du XVIIIe siècle (travail des femmes enceintes chez elles, auto-entreprenariat pour s’exploiter soi-même etc.), se profile décidément non une société à double vitesse, mais l’une où l’on va vite et l’autre où l’on reste assigné à résidence, bien dans son local, sa région, sa « proximité » et son communautarisme.</p>
<p><span id="more-5719"></span></p>
<h2>Il faut savoir commencer une grève !</h2>
<p>Dans ce contexte tout ce qu’on peut regretter, c’est non pas que les trains soient en retard mais que la grève ne soit en avance. En avance pour la grande bataille pour les retraites qui se prépare. Et l’on espère bien que la très combattive fédération des cheminots sera aussi déterminée qu’elle l’est aujourd’hui.</p>
<h2>Ascenseur pour les fachos</h2>
<p>Car les temps s’annoncent rudes. On peut se réjouir de la retraite annoncée de Le Pen. Certes, mais Le Pen avait l’avantage d’être peu « présentable ». Après lui, la voie est ouverte pour une alliance entre la droite et l’extrême droite. On se dirige vers une situation à l’italienne où l’on n’a le choix qu’entre fascisme de gauche – Berlusconi et Fini, dirigeant de l’ex-MSI, héritier du fascisme, ayant fusionné –  et fascisme de droite – la Ligue du Nord, parti ouvertement raciste –, sans parler des néo-fascistes. Kaczynski est au Wawel, haut lieu de la nation polonaise. Haider a désormais un musée qui lui est consacré en Autriche. Il faut se garder qu’on ne mette bientôt Rousseau et Jean Moulin à la fosse commune et les hoirs de Le Pen – naturels ou pas – au Panthéon.</p>
<h2>Vatican contre Vatican II</h2>
<p>En parlant de fascisme, après cinq ans tout juste, le Vatican de Benoit XVI ressemble de plus en plus à l’image qu’on pourrait se faire d’un « Etat voyou », pour reprendre une expression consacrée. Projet de béatification de Pie XII, réintégration des intégristes dont Williamson qui nie l’existence des chambres à gaz et a été condamné pour cela cette semaine, la petite brésilienne excommuniée pour avoir avorté après un viol, et aujourd’hui le scandale des prêtres pédophiles couverts par leur hiérarchie : les athées doivent se frotter les mains. Oui bien sûr. Mais ce serait faire trop plaisir à Ratzinger que d’opposer dans l’affaire les croyants aux non-croyants. Ce qui est en jeu, ce n’est pas le christianisme, c’est la légitimité d’une Eglise-Etat, d’une monarchie pontificale qui se croit au-dessus de la justice civile. Pour être efficace, c’est un combat pour la laïcité qu’il faut mener, et pourquoi pas avec les « hommes de bonne foi ».</p>
<p>Signe des temps, ce sont des associations catholiques de victimes qui obligent l’Eglise à parler aujourd’hui. C’est à ces chrétiens qu’il faut tendre la main, comme à tous ceux qui se battent de l’intérieur de l’Eglise, pour que les meilleurs aspects de Vatican II triomphent de l’obscurantisme. Et surtout les mouvements qui se battent les armes à la main en Amérique latine, comme ceux de la théologie de la libération. C’est ce que n’a visiblement pas compris l’anticlérical de service Onfray dont nous allons parler maintenant.</p>
<h2>Le pro-anti-Œdipe</h2>
<p>Ça y est, il l’a fait. Il ne manquait plus à Onfray que le coup de l’anti-psy. Onfray, c’est le deleuzo-foucaldisme prêt à porter : « le pouvoir est partout » sauf au collège de France naturellement. Aujourd’hui il est partout, dans les cabinets des psys mais surtout pas à Caen ni à France Culture. Debord se moquait des « pro-situs ». Voici les pro-anti-Œdipe. Les aspects les plus farcesques de Mai 68 (il y avait néanmoins un sérieux : dix millions d’ouvriers dans la rue) seront rejoués en farce de la farce. En farce et attrapes : pour attirer le public, Onfray est prêt à toutes les rodomontades. Auparavant, il avait « Hitler disciple de Saint-Jean » ; aujourd’hui il a trouvé « Freud antisémite ». Lorsqu’on sait que les sœurs de Freud ont été victimes de la barbarie nazie, c’est tout simplement abject. Surtout quand on sait à quel point il déborde d&#8217;indulgence envers Nietzsche, qu&#8217;il qualifie &laquo;&nbsp;d&#8217;attentionné aux vieilles dames fragiles&nbsp;&raquo; (sic) ou encore, pour reprendre une légende urbaine et mondaine, d&#8217; &laquo;&nbsp;anti-antisémite&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Néanmoins, l’incompétence notoire d’Onfray ne doit pas faire oublier qu’il existe une réelle faille dans l’œuvre de Freud : l’ignorance complète des facteurs de production et des rapports sociaux. C’est pour cette raison que pour parler des « masses » bêtement (il n’y a pas d’autres mots), Freud recopie presque mot pour mot des passages entiers de Gustave Lebon. D’où l’anticommunisme délirant de Malaise dans la civilisation. C’est là, à mon avis, la faille dans l’œuvre d’un grand homme, qui a tout de même comme mérite principal d’avoir libéré la parole des patients. Cela n’est pas nouveau : l’on n’a cessé d’en débattre au cours du XXe siècle.</p>
<p>On pourrait y renvoyer Onfray. Mais Onfray n’aime pas le débat. Il n’attaque que les morts ou bien… les anonymes ! Dans un récent article dans le Monde, il s’en prend aux internautes (concept flou) tous animés par la catégorie, elle aussi floue au possible, du « ressentiment » nietzschéen. Auteur en 2007 d’un libelle contre « le nietzschéisme de gauche », dont Onfray détient visiblement le copyright, j’attends toujours un démenti cinglant. Qui n’arrivera sans doute qu’après ma mort. Expectans expectavi…</p>
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		<title>CHRONIQUES SATURNIENNES, par Aymeric Monville : à partir du mercredi 21 avril 2010</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 23:01:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aymeric Monville</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ces chroniques n&#8217;ont pas pour fonction de &#171;&#160;suivre&#160;&#187; l&#8217;actualité, mais plutôt d&#8217;opérer un décentrement par rapport aux thèmes et aux angles imposés par les grands médias.
Première publication le mercredi 21 avril 2010. Publications suivantes, chaque dimanche à partir du 25 avril 2010.
Aymeric Monville est directeur des éditions Delga et rédacteur en chef adjoint de la revue La [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><em>Ces chroniques n&#8217;ont pas pour fonction de &laquo;&nbsp;suivre&nbsp;&raquo; l&#8217;actualité, mais plutôt d&#8217;opérer un décentrement par rapport aux thèmes et aux angles imposés par les grands médias.</em></p>
<p style="text-align: left;">Première publication le mercredi 21 avril 2010. Publications suivantes, chaque dimanche à partir du 25 avril 2010.</p>
<p style="text-align: left;">Aymeric Monville est directeur des <a href="http://editionsdelga.fr/" target="_blank">éditions Delga</a> et rédacteur en chef adjoint de la revue <em>La Pensée</em>.</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://droitdecites.org/category/chroniques/aymeric-monville/" target="_self">+ Chroniques saturniennes</a></p>
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		<title>Les nouvelles figurations : &#171;&#160;Transréalité figurative&#160;&#187; et &#171;&#160;nouvelle subjectivité&#160;&#187; / Dario Caterina</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Mar 2010 14:52:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dario Caterina</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sur l'art / Dario Caterina]]></category>
		<category><![CDATA[Dario Caterina]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle subjectivité]]></category>
		<category><![CDATA[Pat Andréa]]></category>
		<category><![CDATA[transréalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[
Francis Bacon, Portrait du Pape innocent X.

.

Naturalisme de la chair et son écologie artistique, naturalisme de la chair et son écologie synthétique. Un tel titre pourrait servir de point de départ à une réflexion sur ces deux tendances d’un même courant artistique : les nouvelles figurations, communément appelées transréalisme [1] ou nouvelle subjectivité [2], c’est selon. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><img class="aligncenter size-full wp-image-5401" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/03/ok.jpg" alt="ok" width="600" height="641" /></p>
<h6><span style="color: #888888">Francis Bacon, <em>Portrait du Pape innocent X</em>.<br />
</span></h6>
<p><span style="color: #888888"><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><strong><span style="color: #000000"><em>Naturalisme de la chair et son écologie artistique, naturalisme de la chair et son écologie synthétique. </em>Un tel titre pourrait servir de point de départ à une réflexion sur ces deux tendances d’un même courant artistique : les nouvelles figurations, communément appelées <em>transréalisme [1] </em>ou <em>nouvelle subjectivité [2]</em><span style="color: #000000">,</span> c’est selon<em>. </em></span><span style="color: #000000">Francis Bacon, sans omettre ce qu’il doit à Picasso </span><span style="color: #000000">[3]</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">est selon moi l’artiste le plus important du XX° siècle en ce qui concerne la poursuite de la peinture figurative historique. Il prolonge la peinture de Vélasquez et celle de Francisco de Goya, Piero della Francesca, Mantegna et le Caravage. Nous avons ici l’héritier de l’historicité européenne de la douleur<em> peinte </em>et du réalisme naissant. La souffrance de l’âme humaine, métaphore de l’humanité de<em> l’être </em>qui apparaît à l’individualité de chacun, est une vérité auto–révélée par l’absurdité de l’existence. </span><span style="color: #000000">Andy Warhol, pour ce qui le concerne, incarne la rupture avec l’histoire et l’avènement de l&#8217;œuvre d&#8217;art, objet (<em>chair) </em>synthétique. Dans la même lignée, David Hockney, Roy Liechtenstein et Ronald Brooks Kitaj sont les artistes les plus proches du maître. Tous ces peintres caractérisent la période des années soixant</span><span style="color: #000000">e : la création artistique autour du <em>pop art</em>. Ils prolongent le mouvement initié par Andy Warhol. </span></strong></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000"><strong>Puis, suit toute une série d’artistes européens, tels </strong><strong>Valerio Adami<span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Eduardo Arroyo</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Robert Combas</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Erro</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Gérard Fromanger</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Leonardo Cremonini</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Henri Cueco</span><span style="color: #000000">, Peter Klasen, </span><span style="color: #000000">Jean Le Gac</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Bengt Lindström</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Jacques Monory</span><span style="color: #000000">, </span><span style="color: #000000">Bernard Rancillac, </span></strong><strong><span style="color: #000000">Roland Topor, Domenico Gnoli et Pat Andréa pour la France cosmopolite. La trans-avant-garde pour nos artistes transalpins. Helmut Midendorf, Lucio Castelli et Georges Basélitz pour l’Allemagne ; Daniel Fourneau, Roger Ravel, Fredy Beunckens, Dario Caterina, Yan De Winter, Franck Mahieux, Karel Diericx pour la Belgique. Il y en a certainement beaucoup d’autres, qu&#8217;ils me pardonnent, la liste est déjà  longue. </span></strong></span></p>
<p style="text-align: justify"><strong><span style="color: #000000">Dans cet essai, il s’agit pour moi de tenter d’expliquer la substance qui relie ou éloigne esthétiquement certains représentants des deux courants importants de la figuration, respectivement picassien et warholien, à partir de l’œuvre de Bacon et de David Hockney. </span></strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong><span style="color: #000000"><span id="more-5372"></span></span><span style="color: #000000"><img src="http://droitdecites.org/wp-includes/js/tinymce/plugins/wordpress/img/trans.gif" alt="" /></span></strong><span style="color: #000000">L’occasion m’est donnée ici de tenter de rétablir un certain point de vue sur une tendance artistique, qui eut son heure de gloire. Jean Clair, qui est à la base de l’appellation « Nouvelle subjectivité », n’est pas spécialement apprécié dans les milieux de l’art contemporain, ni dans les milieux littéraires d’ailleurs. En raison de son penchant pour la critique du monde artistique contemporain et de la subjectivité acide de ses propos, il reçoit régulièrement, en réponse à ses réflexions sur l’art, des volées de bois vert de la part de la presse parisienne. Pourtant, il n’a pas renoncé à parler d’une mouvance importante de la créativité artistique des cinquante dernières années. Il a pris, pour ce faire, le contre-pied des défenseurs de la mode de l’art contemporain apparu dans les années soixante-dix, en organisant une exposition importante autour de la peinture figurative à Paris en 1977.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">Dans notre approche, le début du <em>pop art</em>, ne sera jamais absent, comme  élément esthétique précurseur de  figurations qui naîtront par la suite.  L’appellation <em>Pop Art </em>fut utilisée la première fois par le critique d’art Lawrence Alloways en 1955. Ce terme fut le résultat d&#8217;une synthèse de l&#8217;abréviation &laquo;&nbsp; art populaire&nbsp;&raquo; et du terme <em>pop music</em>. Les &laquo;&nbsp;nouvelles figurations&nbsp;&raquo;, elles, furent à la base de toutes les avancées futures de l’expression figurative. Avec le recul, on constate l’enlisement progressif de la visibilité de la figuration dans les arts en général, surtout dans le microcosme de l’art contemporain actuel. La figuration n’y a pas bonne presse et les critiques les plus pointus passent à côté des artistes qui tentent de réaliser une œuvre figurative de qualité. Dans l’esprit de beaucoup d’organisateurs d’expositions  et d’opérateurs artistiques, l’idée de la supériorité conceptuelle de l’art en général exclut de facto les figurations historiques. Bien sûr, Andy Warhol échappe à cette sentence ; trop de célébrité ne nuit pas toujours…  Il y a bien eu la trans-avant-garde dans les années quatre-vingt, qui a fait trembler les amateurs d’art qui pensaient, à tort, être définitivement débarrassés de la figuration. Mais depuis la période faste des grandes expositions transalpines, cette mouvance a quelque peu disparu des grands évènements artistiques.  La figuration a semblé réapparaître timidement il y a quelque temps : la « peinture chromo </span><span style="color: #000000">[4]</span><span style="color: #000000">» (à ne pas confondre avec la «  bad painting » </span><span style="color: #000000">[5]</span><span style="color: #000000">), posa question, et apparu comme fondamentale aux organisateurs des grandes foires d’art contemporain, notamment celle de Art Köln </span><span style="color: #000000">[6]</span><span style="color: #000000">, où elle fut très représentée. Au sujet de ce nouveau mouvement, on peut se poser la question suivante : pourquoi faut-il faire semblant de ne pas savoir peindre (il faut entendre ici : peindre avec mauvais goût) pour prétendre être peintre ? C’est un paradoxe dont l’explication me paraît simple : pour peindre, il faut savoir<em> peindre </em>le sentiment de peindre en le <em>vivant </em>et non en le conceptualisant…Volée de bois vert…</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000"><img class="size-full wp-image-5402  aligncenter" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/03/ok-2.jpg" alt="ok-2" width="600" height="614" /></span></p>
<h6 style="text-align: justify"><span style="color: #888888">Dario Caterina, <em>Femme porteuse de visages,</em> huile sur toile, peinture photo, diptyque. Photo Dario Caterina. Exposition « D’ailleurs », organisée par l&#8217;ASBL  &laquo;&nbsp;Le Bon Vouloir&nbsp;&raquo;  à Mons (Belgique) aux anciens abattoirs. Avec Pat Andréa, Yan De Winter, Frank Maieu, Cyr Frimout, Dario Caterina et Geneviève Vander Wielen.</span></h6>
<p><span style="color: #888888"><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">Francis Bacon, dont la peinture ne doit rien au pop art, fut de son vivant déjà un monstre sacré de la peinture. Il fut un exemple typique d’artiste figuratif honni par une certaine pensée contemporaine, lui reprochant l’esthétisation de la souffrance. Pour peu que l’on se penche sur l’ambigüité de sa démarche philosophique, on se retrouve face à un artiste dont la psychologie brouille le classicisme expressionniste. En effet, dans les années soixante, le minimalisme </span><span style="color: #000000">[7] </span><span style="color: #000000">naissant a supplanté l’art moderne dans les esprits. On comprend aisément le retournement de situation qu&#8217;opérait cette épure formelle. À cette fin, les discours autour des œuvres de Donald Jud, Carl André, Robert Morris et Sol Lewit ont préposé une réfaction philosophique qui servit de base au départ de l’art dit contemporain. On a promu le rétablissement d’une vision romane </span><span style="color: #000000"> </span><span style="color: #000000">de l’art </span><span style="color: #000000">[8]</span><span style="color: #000000">, et espéré le retour philosophique de celui-ci dans le monde contemporain. Il ne s’agissait pas ici d’art religieux, mais bien d’une certaine ascèse qui, dans les esprits des défenseurs de cette conception, éloignait les artistes de la tentation de l’ego. Ce qu’on tentait de stigmatiser alors, c’était un affaiblissement spirituel de la fonction artistique. Dans le fond, on voulait rétablir la spiritualité du vide. Dieu, quand tu nous tiens…</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000"><img class="size-full wp-image-5403  aligncenter" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/03/ok-3.jpg" alt="ok-3" width="600" height="588" /></span></p>
<h6 style="text-align: justify"><span style="color: #888888">Dario Caterina, <em>Homme un peu court,</em> technique mixte sur panneau, dessin photo. Photo Dario Caterina.</span></h6>
<p><span style="color: #888888"><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">Il me semble que ces artistes n’échappent pas à la culpabilité judéo-chrétienne, qui préfigure l’écologie du politiquement correct. Morale toute puissante dans la pensée occidentale de la fin du XX° siècle. Cela annonce l’idée que l’art contemporain doit expurger de son alphabet l’individu et ses <em>humeurs </em>au profit d’une expression architecturale communautaire de l’individualité sociale. Cela revient à imaginer, en quelque sorte, que l’art populaire issu du pop art ne représente pas l’homme contemporain, que ce qui lui succède est un espace où le social est </span><span style="color: #000000">le seul champ d’action possible pour l’art. On se coupe ainsi de toute une partie de l’expression qui dérange un nouvel ordre tendant à harmoniser l’utopie. La modestie et le spirituel deviennent la seule réponse possible aux fracas des chairs disloquées en souffrance. Ce qui pose la question suivante : dans quel tiroir de l’histoire doit-on loger l’esthétique des nouvelles figurations ?</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000"><img class="aligncenter size-full wp-image-5437" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/03/ok-9.jpg" alt="ok-9" width="600" height="623" /></span></p>
<h6 style="text-align: justify"><span style="color: #888888">David Hockney &#8211; &laquo;&nbsp;A Bigger Splash&nbsp;&raquo; (1967), Tate Gallery à Londres. Pop art et nouvelle subjectivité.</span></h6>
<p><span style="color: #888888"><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">Pour ma part, comme je le fais remarquer ci-dessus, il me semble que l’œuvre de <span style="color: #000000">Francis Bacon poursuit, entre autre,  celle </span>de Piero della Franscesca et de Francisco de Goya. Il s’agit en fait de réunir les influences issues de la tradition moyenâgeuse gothique et de lui adosser une part d’humanisme, qui par extension permet de lier une forme d’âme laïcisante à l’œuvre d’art. L’héritage des nouvelles figurations est double. En premier lieu, des sujets picturaux faisant appel à une réalité objective-subjectivée, humaine et non plus divine. D’autre part, la volonté de libération spirituelle liée à l’abandon du sacré roman, la peur du ciel, remplacée par la peur de la vie&#8230; On peut déduire de cet apostat que la tradition figurative est certainement l’expression d’un mouvement libératoire du joug religieux comme thématique obligatoire dans l’exercice de la peinture et de la sculpture du moyen-âge. Bien sûr cela ne fut pas réalisé en un jour. Ce mouvement subtil trouve son lointain aboutissement dans l’œuvre de Francis Bacon.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">Ce  postulat de ma part trouve sa vérification dans la différenciation qui apparut dans les années soixante entre figuration expressionniste et figuration narrative,<strong> </strong>l’une s’inspirant d’un monde ancien et l’autre d’un monde contemporain. Si je devais relier la peinture de Bacon à certains artistes des<em> campagnes, </em>dont je fais partie, je relierais les autres à Andy Warhol  en tant que représentant d&#8217;un art des <em>villes</em>. La difficulté de rétablir une certaine logique dans la différenciation des deux tendances me paraît trouver sa résolution dans l’exercice même de la peinture <em>peinture</em>.<strong> </strong></span></p>
<p style="text-align: justify"><strong><img class="size-full wp-image-5405  aligncenter" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/03/ok-5.jpg" alt="ok-5" width="600" height="498" /> </strong></p>
<h6 style="text-align: justify"><span style="color: #888888">Pat Andréa, <em>Volcano</em>, technique mixte surpapier. Photo Dario Caterina.</span></h6>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #ffffff">.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">D&#8217;un côté, nous avons une peinture<em> velasquezienne </em>et de l’autre une peinture <em>mantegnasienne</em>. D’une part, Bacon utilise la matière comme métaphore de la chair, celle qui souffre, qui jouit et qui est l’écrin de l’âme poétique, proche d’un monde ancien, mais éternellement en mouvement. De l’autre, on trouve la transparence de la couleur, qui est le symbole narratif de l’esprit libre, la vitesse du monde moderne et de son cortège de progrès et d’érotisme psychanalytique acidulé. Ce qui donne plusieurs sens à la figuration. Celle-ci, somme toute, baigne dans une même substance créative. Mais la figuration se différencie quand elle est confrontée au mental de l&#8217;artiste qui choisit sa texture picturale. C&#8217;est manifeste quand on compare Bacon (picassien)  à  David Hockney (warohlien).<strong> </strong></span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">La peinture aboutit à deux concepts très particuliers. L’une est l’expression baroque et expressive de la vie, l’autre l’illustration poétique de la vie, inspirée d&#8217;un monde distancié et synthétique. Si l’on comprend aisément qu’une certaine figuration reste attachée à l’expression de la réalité par la métaphore de « consommer sa vie<em> »</em>, la réponse du minimal art est, elle, davantage tournée vers l’ascèse contemplative : « penser sa vie<em> »</em>. Le minimum de moyens doit permettre une humilité d’expression qui annule l’être comme corps en souffrance. Ceci permet de continuer à faire la peau au christianisme, qui ne cesse pas de perdre du terrain face à la mondialisation du conflit entre toutes les croyances. Il ne s’agit pas ici de plaider, comme le font les différentes droites européennes, pour un sauvetage des valeurs judéo-chrétiennes face au péril des autres religions, mais de poser la question de savoir si une nouvelle<em> Renaissance</em> est possible pour l’occident.</span></p>
<p style="text-align: justify"><strong><img class="size-full wp-image-5406  aligncenter" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/03/ok-6.jpg" alt="ok-6" width="600" height="662" /></strong></p>
<h6 style="text-align: justify"><span style="color: #888888">Pat Andréa, <em>Carpan pour Orphée</em>, technique mixte sur papier. Photo Dario Caterina.</span></h6>
<p><span style="color: #888888"><span style="color: #ffffff">.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">De mon point de vue, elle l&#8217;est. Mais quel est l’enjeu fondamental ? Ne pas embarquer dans l’aventure toutes les expressions qui sont les composantes légitimes d’une culture en danger, par peur du christianisme, éternel ennemi à abattre. Même si, pour ce faire, il faut poursuivre des débats philosophiques dépassés aux yeux de certains. La mort du monde grec et de sa pensée préfigure peut-être la nécessité de repenser l’ensemble de l’héritage sous l’angle des différentes sensibilités, et non pas seulement selon celle des philosophes, qui ont fait atterrir sur la terre ferme la <em>pensée </em>philosophique en supprimant le <em>cosmos.</em></span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">C’est bien ce réalisme-là, et non pas celui des artistes, qui risque d’empêcher une renaissance, alors privée d’une des deux tendances de la poétique. Il semble que, pour résumer mon point de vue, il  suffise de régler les questions d’ouverture liées à la fonction de l’art, et de permettre à tout le monde de s’y engouffrer. Cette condition est primordiale pour que la vague remonte vers une nouvelle ère ponctuée de découvertes et de sensibilités artistiques puisant à la fois dans la tradition et l’avenir. Bacon relie l’univers d’une certaine pensée traditionnelle avec le présent, pour le charger de l’expression de son intuition de la chair <em>ultra moderne, </em>le corps, comme élément naturel<em>. </em>Andy Warhol, et David Hockney a contrario, réalisent la jonction avec le monde publicitaire des débuts des années soixante et son corollaire – la consommation de masse – le plastique (mobilisé comme nouvel élément naturel)  préfigurant l’homme isolé dans la cité. Une sophistication naturelle, mais synthétique.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">Pour ma part, j’ai choisi Francis Bacon comme tenant d’une expression poétique. Je partage son historicité esthétique figurative, et la fais mienne en totalité. À vous de rétablir certaines filiations pour d’autres artistes figuratifs d’importance, notamment Pat Andréa, pour qui j’ai une grande admiration, tout en divergeant sur le sens à donner au contenu de nos œuvres respectives. Nous avons la même source, mais nous n’empruntons pas le même chemin.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">Issu de l’art roman, le minimalisme est la résultante de l’asservissement par une moralisation judéo-chrétienne de <em>la pureté artistique, </em>et<em> </em>par extension, de l’esprit sain<em>. </em>Métaphore du renoncement aux miasmes humains pour accéder à la beauté du pur esprit. Heureusement, les vrais peintres monochromistes ont réhabilité une part d’humanité dans leurs pratiques picturales.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">La figuration ? Une seule inspiration, deux attitudes issues de l’art gothique (expressionnisme &#8211; transréalisme naturel) pour parvenir à un art existentialiste. La première voie : la substance de la peinture devient la métaphore de la souffrance de l’âme humaine, une esthétisation de l’absurde : <em>l’avenir, c’était mieux avant</em>&#8230; La seconde, basée sur la légèreté psychanalytique de l’érotisme (narration &#8211; subjectivité synthétique), s’intègre dans notre monde ultra moderne, esthétisation du consumérisme libéral et modal <span style="color: #000000">[9]</span><span style="color: #000000">, </span>: <em>l’avenir, ce sera mieux après</em>&#8230;</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #000000">Bien entendu tout cela est pure conjecture de ma part.</span></p>
<p style="text-align: justify"><strong><span style="color: #000000">Dario CATERINA</span></strong></p>
<p style="text-align: justify">[1] Sergio Badilla Castillo poète chilien, initiateur du mouvement transréaliste dans la <span style="color: #000000">poésie</span> contemporaine.  Certains opérateurs d’expositions de peintures ont organisé plusieurs expositions autour de la transréalité. Philosophe de l’art à la Sorbonne, René HUYGHE, de l’Académie française, à exprimé l&#8217;intérêt qu&#8217;il portait à l&#8217;utilisation du terme transréalisme  pour définir ce nouveau courant au sein des nouvelles figurations.</p>
<p style="text-align: justify">[2] Le pop art et la nouvelle subjectivité : « …<em>L</em>e critique d’art anglais Lawrence Alloway utilise ce mot pour la première fois en 1955, abréviation de «populaire» et formée par analogie avec la «pop music». Né à Londres au milieu des années 50, il atteignit sa pleine envergure à New York au cours de la décennie suivante, devenant le mouvement américain libérateur et ludique des années 1960. Ce style présente un constat simple de la société de consommation. Les artistes ont porté leur intérêt sur une culture populaire formée par les images de la vie moderne et des médias: pub, photos de presse, stars, BD, objets usuels. Les premières œuvres de David Hockney jouent sur des images du type magazines populaires dont le pop-art tira une grande partie de son inspiration. Mais quand il vient en Californie, dans les années 1960, sa confrontation avec la mer, le soleil, la jeunesse dorée l’incita à évoluer vers un art de plus en plus marqué par un réalisme élégant, peignit la vue sur un jardin, sur une prairie, une nature morte dans un coin d‘atelier, des piscines, des portraits psychologiques. Le terme de nouvelle subjectivité<strong> </strong>est donné par le conservateur et critique d’Art moderne Jean Clair à ce mouvement de la fin des années soixante&#8230; » Pop &#8211; art et nouvelle subjectivité.</p>
<p style="text-align: justify">[3] A ses débuts, Francis Bacon vouait une admiration sans bornes à l’œuvre de Picasso. Il a réalisé plusieurs essais picturaux s’apparentant à l’esthétique picassienne. Ce qui, de mon point de vue, fait de l’œuvre de Francis Bacon un peintre prolongeant l’art moderne.</p>
<p style="text-align: justify">[4] La peinture chromo réalise la synthèse esthétique suivante : très bien peinte (techniquement), mais avec un mauvais goût patent, qui lui confère une médiocrité incomparable. Bien souvent, l’art contemporain amoncelle plus d’artistes dans cette catégorie qu’ils n’en existent réellement.</p>
<p style="text-align: justify">[5] &nbsp;&raquo;&#8230; Littéralement, &laquo;&nbsp;mauvaise peinture&nbsp;&raquo;. Le terme désigne un style de peinture qui apparaît aux Etats-Unis à partir de 1978 et qui se développe au début des années quatre-vingt. Les artistes de la Bad Painting réagissent contre le &laquo;&nbsp;politicaly correct&nbsp;&raquo; du Minimalisme et du Conceptualisme, contre l&#8217;idée d&#8217;une mort annoncée de la peinture. Le <em>Bad Painting</em> est aussi une critique du Beau défini par les intellos de la peinture académique&#8230;&nbsp;&raquo; Mik-art  peinture contemporaine 07-2009.</p>
<p style="text-align: justify">[6] Art Koln : Foire d’art contemporain très importante sur le continent. Beaucoup de nouvelles mouvances picturales acquièrent leurs visibilités lors de l’ organisation de cette foire d‘art.</p>
<p style="text-align: justify">[7] « …Leur travail et leur réflexion portent avant tout sur la perception des objets et leur rapport à l’espace. Leurs œuvres sont des révélateurs de <em>l’espace environnant</em> qu’elles incluent comme un élément déterminant<span>.</span>Ainsi, si Donald Judd et Carl Andre réalisent des pièces qui matérialisent cet espace, c’est en le teintant de lumière que Dan Flavin lui procure une consistance. Ne faisant qu’un avec l’espace &#8211; comme le dit Judd, « les trois dimensions sont l’espace réel » -, ces œuvres insistent sur la globalité des perceptions. Elles rejoignent par là certaines thèses de la philosophie et de la psychologie modernes. Source net. Collections pédagogiques du Musée centre Pompidou &nbsp;&raquo; Un mouvement une période&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify">[8] Ici, il faut partager avec moi l’idée que la vocation sacerdotale emploie parfois des méandres pour s’exprimer. J’ose postuler  «  la vocation de prêtrise de certains artistes contemporains ». Il semble en effet que l’absence d’images (vue sous l’angle de l’appréciation philosophique suivante , l’image tue la présence figurative par son réalisme surabondant), métaphore de trop d’informations, tue l’information :  le vide plutôt qu&#8217;une figure.  ils intègrent de fait, un élément sacerdotale de la culture religieuse  au sein de la création artistique influencé par la philosophie postmoderne.</p>
<p style="text-align: justify">[9] &laquo;&nbsp;&#8230;Cette thèse traite de la spécification logique des comportements de programmes. Les programmes étant modélisés à l&#8217;aide de systèmes de transitions, les comportements de programmes sont définis comme des classes d&#8217;équivalence de systèmes de transitions, l&#8217;équivalence considérée étant l&#8217;équivalence de bisimulation de Park. Dans ce cadre, une formule logique spécifie une propriété de comportements lorsqu&#8217;elle admet une classe de modèles close par équivalence de bisimulation. Nous démontrons qu&#8217;une formule de la logique monadique du second ordre est comportementale au sens précédent si et seulement si elle est équivalente à une formule du mu-calcul modal de Kozen. Ce résultat donne un sens précis à l&#8217;assertion «la plupart des logiques de programmes peuvent être traduites en mu-calcul modal». Techniquement, notre approche développe la théorie des automates sur les arbres finis ou infinis, mettant en évidence le rôle unificateur que jouent les calculs de points-fixes vis à vis de la théorie des modèles d&#8217;une part et de la théorie des automates d&#8217;autre part&#8230;&nbsp;&raquo;.  Source / Source Travaux Universitaires &#8211; Thèse nouveau doctorat 1996 [Note(s) :  [142 p.] (bibl.: 49 ref.) (Année de soutenance : 1996) (No :  96 BOR1 0512)</p>
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		<title>GAO XINGJIAN: L&#8217;ALPHABET ULTRA UNIVERSEL D&#8217;UN HOMME LIBRE / Dario Caterina</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Jan 2010 21:43:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dario Caterina</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sur l'art / Dario Caterina]]></category>
		<category><![CDATA[débat de l'art contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[Gao Xingjian]]></category>
		<category><![CDATA[La montagne de l'âme]]></category>
		<category><![CDATA[opéra traditionnel chinois]]></category>

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		<description><![CDATA[
  
Photo / Dario Caterina / Musée d’Art moderne de Liège.
.
L&#8217;approche poétique de la vie, profondément touchante, qui s&#8217;exprime dans les romans et les mises en scène de Gao Xingjian donne à son œuvre une valeur universelle. Dans le roman La Montagne de l’âme, c&#8217;est avec un sens aigu de l’égalité et du partage [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center"><img class="size-full wp-image-4144 aligncenter" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/01/gao-1110.jpg" alt="gao-1110" width="439" height="530" /></h1>
<p><span style="color: #ffffff"> </span><strong> </strong></p>
<h6 style="text-align: center;">Photo / Dario Caterina / Musée d’Art moderne de Liège.</h6>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify"><strong>L&#8217;</strong><strong>approche poétique de la vie, </strong><strong>profondément </strong><strong>touchante, </strong><strong>qui s&#8217;exprime dans les romans et les mises en scène de Gao Xingjian </strong><strong>donne à son œuvre une valeur universelle. </strong><strong>Dans le roman <em>La Montagne de l’âme</em>, </strong><strong>c&#8217;est </strong><strong>avec un sens aigu de l’égalité et du partage qu&#8217;il tente, </strong><strong>au long d&#8217;un voyage poétique,</strong><strong>d’éclaircir la relation entre l’homme et la femme.</strong><strong> </strong><strong>Mais c&#8217;est sa peinture qui est, à nos  yeux, le terrain d&#8217;élection de son art. Il l’aborde comme un moment privilégié où l’absence totale de littérature lui donne la possibilité d’ouvrir un champ inexploré, enfoui au plus profond de son être. Un travail de peintre qui s&#8217;inscrit alors dans le débat de l&#8217;art contemporain. </strong><strong> </strong><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify"><span id="more-4138"></span></p>
<p style="text-align: justify"><strong>A</strong>. L’âme. Dans son roman <em>La Montagne de l’âme </em>[1], Gao Xingjian nous emmène dans un périple chamanique au cours duquel un personnage, condamné à mort et finalement épargné<span style="color: #ff0000"><span style="color: #000000">,</span></span>porte une interrogation sur le propre de l&#8217;existence.  L&#8217;auteur touche à ce qui mène hommes et femmes à questionner les strates poétiques qui président à l’amour de la vie ou font incliner celle-ci vers le désespoir. Beaucoup d’artistes, d’écrivains et de cinéastes ont ému le public par la portée universelle de leur esprit créatif.</p>
<p style="text-align: justify">Cependant que Gao Xingjian se méfie des philosophes, même s’il est conscient de la valeur de leurs réflexions. De son point de vue — que je partage — les philosophes ont contribué à rendre les artistes modernes du vingtième siècle dépendants d‘une conception spécifique du monde, affaiblissant par là-même leur créativité. En revanche, l&#8217;œuvre de Gao Xingjian possède un pur mystère.</p>
<p style="text-align: justify">Sans qu&#8217;il ne contredise sa position, qui me paraît exacte, s&#8217;agissant de la situation créatrice des artistes du siècle passé, il me semble que Gao Xingjian s&#8217;exprime cependant lui-même selon une conception spécifique du monde. Mais celle-ci est libératrice et non castratrice. Elle lui permet de rejoindre une quête humaine qui, somme toute, fait partie de toutes les disciplines dans lesquelles la pensée intervient. La lutte inégale entre l’absurdité de la vie et l’espoir suscité par l’art, y fait balancer nos émotions, parfois confusément.</p>
<p style="text-align: justify">Le constat premier, dont tout être humain imprégné de lucidité contemporaine fait l&#8217;expérience sur la question de l’essence de l’être, pousse certains artistes à parier sur l’art. Sa pratique, et à la recherche poétique qui lui est inhérente, permet d’espérer quelque chose d’indéfinissable. Chacun  nommera ce sentiment avec ses propres mots.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>M</strong>. Multidisciplinaire. L’œuvre de Gao Xingjian doit aussi beaucoup à la faculté qu’a ce dernier d’employer différents médias artistiques. Dans la peinture, il excelle dans le maniement traditionnel des encres, même s’il se défend d’être un spécialiste, car il n’ignore pas les années nécessaires à la maîtrise d&#8217;une pratique ancestrale, qu’il ne tente d&#8217;ailleurs pas d’atteindre. Son objectif est différent : il s’agit de découvrir la créativité en temps réel, enfouie dans son être le plus intime, et de tenter d’atteindre l’art… Par cette pratique, son esprit se construit, en même temps qu&#8217;il explore une part de lui-même, ignorée avant de peindre.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>A. </strong>Acinéma [2]. <em>Après le déluge </em>[3]. Ce film fut projeté le 18 décembre 2009, lors du vernissage de l’exposition consacrée à Gao Xingjian au Musée d’Art moderne de Liège. Une œuvre d’acinéma somme toute simple et directe. C’est que l’esthétique de fin du monde, touchant les consciences actuelles, perturbées par la problématique du réchauffement climatique, fait mouche. Gao Xingjian prouve par ce film que le cinéma, ici l’acinéma, lorsqu’il est créé sans les faiblesses du cinéma commercial, est porteur d’une force insoupçonnée.</p>
<p style="text-align: justify"><em>La Silhouette sinon l’ombre</em>[4], un film réalisé en 2003, comporte une approche documentaire qui permet une synthèse des thèmes de prédilection de Gao Xingjian. Il y regroupe, par le biais du montage  (peintures, opéra, pièces de théâtre) les extraits de ses différentes créations. Il dialogue alors avec lui-même. Il relie les médias utilisés, dont le croisement confère un sens supplémentaire. La résistance du cinéma d’auteur à l’américanisation du septième art trouve ici un de ses représentants le plus complet.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>C</strong>. Le corps. Dans l&#8217;œuvre théâtrale — je pense ici notamment à <em>Au bord de la vie </em>[5] — il donne la mesure de sa modernité. Le théâtre lui permet de participer au mouvement antinaturaliste auquel ont pris part beaucoup de créateurs, notamment Beckett et Artaud. Dans cette pièce, il a la volonté, comme eux, de produire la dramaturgie sur le moment. L&#8217;immanence de la création dramaturgique au  déroulement du jeu des acteurs permet une effusion d&#8217;émotions partagées par les spectateurs. Le mélange du théâtre européen et du théâtre traditionnel chinois, qu’il parvient à faire coexister dans une théâtralisation de l&#8217;existence, donne à voir notre vie par le biais du mime.</p>
<p style="text-align: justify">Nous sommes vivants, spectateurs dans la salle, découvrant des acteurs interprétant la vie sur scène : celle du comédien qui interprète un texte de théâtre. Nous sommes en réalité intégrés dans la dramaturgie qui se déroule sous nos yeux. La mise en scène est instantanée, la vie coule sur la scène, la nôtre s’écoule dans la salle comme un miroir sans reflet. Deux univers ensemble, qui parlent de nous, l’un sur scène et l’autre en nous… L’actrice principale est prise dans l’instantanéité de sa propre créativité dramaturgique. Le comédien qui l’accompagne mime la pièce, servant un  texte qui lui permet de s’incarner dans un moment de création pure.</p>
<p align="center"><strong> </strong></p>
<p align="center"><img class="aligncenter size-full wp-image-4143" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/01/gao-90.jpg" alt="gao-90" width="600" height="643" /><span style="color: #ffffff"> </span><strong> </strong></p>
<h6 style="text-align: center;">Photo / Dario Caterina / Musée d’Art moderne de Liège.</h6>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify">Le théâtre comme une seconde vie ; voilà ce qu’il nous propose .  Un élément important de la qualité littéraire de Gao Xingjian est la parole qu’il donne aux femmes. Depuis le profond respect qu&#8217;il leur porte, il plaide sans conformisme pour une liberté du monde féminin. La compréhension qu’il a d’un devoir, auquel il consent, de tendre à la réunion des deux pôles humains, lui permet de faire parler, à travers lui, le deuxième sexe. L’érotisme de beaucoup de ses œuvres, fait  apparaître l’essentialité de l’amour. La faculté qu&#8217;il possède de nous introduire dans l’intimité d’un discours féminisant nous rapproche considérablement d’une métaphore de l’être unique, né de l’amour charnel.</p>
<p style="text-align: justify">Aussi la préoccupation égalitaire, moderniste, ne se trouve pas réduite à une formulation sociologique. Il s’agit davantage d&#8217;approfondir l’âme féminine que de défendre uniquement la nécessité d’établir une égalité formelle. Il n’est pas sûr que cette approche soit représentative de l’état d’avancement de la société chinoise. Constat que l’on peut étendre à l’ensemble des pays plus ou moins développés où ne règne pas, loin sans faut, un respect mutuel entre les hommes et les femmes. La peur ancestrale portée par les hommes vis-à-vis des femmes s’achèvera-t-elle bientôt? Freud et la psychologie moderne qui l&#8217;a suivi ont permis plusieurs avancées dans la compréhension des tensions entre hommes et femmes. Cela a-t-il apaisé la métaphore du dominant ? Qui domine ? L’esprit de conquête, le constructivisme scientifique des hommes ? Non bien sûr, ce n’est pas là le lien défait entre les hommes et les femmes de notre époque moderne, mais plutôt la validité de l’esprit féminin, vu comme une essence qui parcourt son corps et lui donne l’immense générosité de l’amour. L’homme retrouve les profondeurs de cette huile humaine essentielle quand son esprit s’ouvre au partage amoureux. Gao Xingjian nous fait toucher des doigts, dans son écriture, la peau de l’amour féminin. La culpabilité, l’abandon, le don de soi, la simplicité des actes charnels commis dans une découverte narrative d’évènements sensoriels subtils. Toute sa littérature nous englobe finement, et le mélange esthétique dans lequel se joint  l’interprétation, le chant et le théâtre traditionnel chinois, donne à son œuvre une atmosphère ultra-moderne, mais sans rupture avec le passé.</p>
<p align="center"><img class="aligncenter size-full wp-image-4146" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/01/gao-501.jpg" alt="gao-50" width="601" height="469" /></p>
<h6 style="text-align: center;">Photo / Dario Caterina / Musée d’Art moderne de Liège.</h6>
<p><span style="color: #ffffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify"><strong>P</strong>. La peinture. Son exposition à la Galerie Bastien de Bruxelles et celle organisée au Musée des Beaux-arts de Liège regroupent des encres sur papiers et d’immenses encres sur toiles. Il est clair dans l’esprit de Gao Xingjian que la littérature n’est pas la peinture ; et que son approche de celle-ci est une recherche esthétique pure. Sa vision est somme toute dictée par une volonté de clarifier un espace créatif qu’il situe entre l’abstraction et la figuration. Champs créatifs qui, pour lui, donnent encore aujourd’hui un merveilleux terrain d’exploration esthétique. Nous avons écrit qu’il ne tente pas de réaliser des œuvres dans la tradition chinoise. Cependant, il utilise le noir, le blanc et l’encre comme matières privilégiées. Sa modestie, par rapport au métier ancestral des encreurs chinois, n’est pas non plus pour lui un refus de la tradition. Il est conscient de la nécessité d&#8217;acquérir une certaine maîtrise des moyens pour parvenir à mettre au jour un résultat esthétique concluant. Ce discours, il le tient d’ailleurs avec un certain courage. <span style="color: #ff0000"><span style="color: #000000">C’est bien la raison qui le  poussa à croire, lorsqu&#8217;il découvrit l’art européen quand il s&#8217;installa définitivement en Europe, qu’un savoir-faire qu’il ne connaissait pas dans sa jeunesse chinoise était nécessaire à la pratique artistique</span><span style="color: #000000">.</span></span>Les œuvres présentées dans cette exposition nous parlent d’un monde intérieur apparaissant sur la toile. La faculté de maintenir ses créations dans un espace non défini entre abstraction et figuration, lui permet de dévoiler toute la force de cette recherche fondamentale et du résultat esthétique qui en découle.</p>
<p align="center"><img class="aligncenter size-full wp-image-4147" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2010/01/gao-92.jpg" alt="gao-92" width="600" height="407" /></p>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Photo / Dario Caterina / Musée d’Art moderne de Liège.</strong></h6>
<p><strong><span style="color: #ffffff;">.</span><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>O. </strong>L’opéra. <em>La Neige en août</em>[6], opéra créé à Taipei puis repris à Marseille en 2003, est audacieux dans son mélange esthétique. Servi par la musique de Xu ShuYa [7], compositeur de musiques nouvelles, cet opéra intègre la tradition chinoise dans  l’espace contemporain. Gao parvient à déjouer la technique traditionnelle de jeu des acteurs grâce à la musique, ce qui libère la dramaturgie ancestrale de sa forme narrative sans la détruire pour l’arrimer à l’esthétique ultra moderne actuelle.</p>
<p style="text-align: justify">La première impression que j’ai ressentie lors de la vision de cet opéra est la flamboyante beauté du monde chinois du passé. L’art chinois et la langue chinoise possèdent des vertus d’exaltation sonore et rétinienne exceptionnelles. Car il y a un paradoxe : les sonorités utilisées par Xu ShuYa sont totalement imprégnées par la connaissance des compositeurs européens. Cependant, la conscience du fait que la musique chinoise traditionnelle porte déjà en elle des aspects contemporains n’est pas absente de son esprit.</p>
<p style="text-align: justify">Ici, le mélange esthétique réalisé autour de l’histoire de Chan Zen Huineng [8] permet à Gao Xingjian de proposer une réflexion sur la confrontation du passé avec notre mode de penser actuel. Dans le fond, la pensée occidentale moderne, refusant pour une partie de ses grands représentants, Dieu et l’au-delà, permet à Gao Xingjian de relier des spiritualités distantes dans le temps, mais qui se prolongent les unes les autres dans leur universalité et dialoguent avec notre monde.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>P</strong>. La philosophie. Cioran, empreint de pessimisme très occidental, fut un défenseur de la vie en tant qu&#8217;incertitude de vivre, et de la mort comme unique certitude objective. Il ne voyait le salut que dans l’esthétique et l’art en général, seul espoir face à l’absurde…</p>
<p style="text-align: justify">Cioran d&#8217;écrire&#8230;</p>
<p style="text-align: justify"><em>&laquo;&nbsp;&#8230;Ce n&#8217;est pas la peine de se tuer puisqu&#8217;on se tue toujours trop tard&#8230;&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify">Faut-il se détruire, tout saccager… ? Perdre l’espoir… ?</p>
<p style="text-align: justify">Dans une de ses pièces, Gao Xingjian met les phrases suivantes dans la bouche d’un comédien, je cite de mémoire…</p>
<p style="text-align: justify"><em>« … Une vie, si fragile, si minuscule… Lorsque c’est fini, elle ne vaut tout au plus que quelques gouttes de larmes… s’il reste des liens sentimentaux… Sinon une vie c’est quoi ?&#8230; Menue monnaie, une petite pièce parmi d’innombrables autres… Et qui ne coûte plus rien … Et comment une pièce peut-elle se faire importante ?&#8230; Se faire entendre ?&#8230; Tu devras la lancer le plus loin possible… Ce qui compte pour toi, c’est ce geste-là… Tu ne te suicides pas, mais tu te tues… La différence est que le suicide résulte toujours de l’abandon dans le désespoir total… »</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>« …L’auto-assassinat provient d’une clairvoyance… C’est comme prendre sa mort dans ses propres mains… Et l’examiner avec lucidité… C’est toi qui manipule ta mort… tu arranges à l’avance cette saloperie et tu la mets en scène comme un spectacle… Ou plutôt comme une farce… Tu grimpes pour la dernière fois  au sommet de ta vie pour dominer ce monde misérable… Et tu montes ce spectacle burlesque pour toi tout seul… Une farce stupide… Mais plus belle que la vie elle-même… Qui en fait n’est qu’un immense marécage… »</em></p>
<p style="text-align: justify">Mais il faut la vivre, cette vie, malgré tout. La vivre le plus intensément possible et réveiller le sens du<em> beau </em>en nous. Accepter l’illumination de l’art.</p>
<p><a href="http://droitdecites.org/2009/10/02/comite-editorial/"><strong>Dario CATERINA</strong></a></p>
<hr size="1" />
<p style="text-align: justify">[1] GAO XINGJIAN – <em>La montagne de l’âme </em>– Paris, Éditions de l’Aube, 2007.</p>
<p style="text-align: justify">[2] JEAN–MICHEL DURAFOUR – <em>Jean-François Lyotard : questions au cinéma</em> – Paris, Presses Universitaires de France, coll. Intervention philosophique, 2009.</p>
<p style="text-align: justify">[3] APRES LE DELUGE &#8211; Film de Gao Xingjian- Avec Yo Xakabé, Marion Arnaud, Geoffroy Rondeau, Marjolaine Louveau, Francesca Domenichini, Sylvain Ollivier. Mise en scène et réalisation des tableaux : Gao Xingjian / Création sonore : Thierry Bertomeu / Image et montage : Corinne Dardé / Etalonnage : Didier Feldmann / Assistante à la réalisation : Ana Maria Ghisalberti / Eclairage : Yves Bernard / Production : Nova Pista, 2008. Durée : 0 :28 :20</p>
<p style="text-align: justify">[4] LA  SILHOUETTE SINON L’OMBRE &#8211; Scénario : Gao Xingjian / Réalisation : Gao Xingjian,  Melka Alain,  Darmyn Jean-Louis. / Images : Darmyn Jean-Louis, Melka Alain, Public Télévision Service Taiwan. / Coproduction : Théâtre Gymnase (Marseille France) / Triangle Méditerranée (Marseille France). Producteur délégué : Triangle Méditerranée (Marseille France), 2003.</p>
<p style="text-align: justify">[5] GAO XINGJIAN – <em>Au bord de la vie </em>– Bruxelles, éditions Lansman, 2000. Compagnie Sourous – Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, le 17-12-2009.<span style="color: #000000"></span></p>
<p style="text-align: justify">[6] GAO XINGJIAN – <em>La neige en août</em>– Pièce de théâtre écrite en 1997, et dont fut tirée une adaptation à l’opéra de Taipei en 2002, à l&#8217;opéra de Marseille en 2003.</p>
<p style="text-align: justify">[7] SHUYA XU : compositeur chinois, né en 1961.</p>
<p style="text-align: justify">[8] CHAN ZEN HUINENG (638-713). Sixième patriarche du Bouddhisme.</p>
<p style="text-align: justify">« …<em>Habillez-vous, mangez, chiez, c&#8217;esttout. Il n&#8217;y a pas de [cycle] des morts et des renaissances à craindre, pas de nirvana  à atteindre, pas de bodhi à acquérir. Soyez une personne ordinaire, sans rien à accomplir&#8230; »</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>« …Des philosophes chinois modernes ont reconnu le Chan comme un mouvement tout autant social que religieux, une philosophie individuelle de la vie : Feng Youlan (1895-1990) le voyait comme un mouvement populaire de négativité, une sorte de contre-culture dont l&#8217;idéal était transmis par des anecdotes plutôt que par des textes ; Hu Shi (1891-1962) pensait que ses formes extrêmes &laquo;&nbsp;n&#8217;étaient absolument pas du Chan&nbsp;&raquo; (1953), mais une déclaration d&#8217;indépendance de la pensée… »</em></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Essai sur la difficulté de vénérer &#8211; 53ème Biennale de Venise / Dario Caterina</title>
		<link>http://droitdecites.org/2009/10/15/essai-sur-la-difficulte-de-venerer-53eme-biennale-de-venise-dario-caterina/</link>
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		<pubDate>Thu, 15 Oct 2009 03:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dario Caterina</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sur l'art / Dario Caterina]]></category>
		<category><![CDATA[Biennale de Venise]]></category>
		<category><![CDATA[Dario Caterina]]></category>
		<category><![CDATA[possibilité de vénérer]]></category>

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		<description><![CDATA[
« (…) Il y a la culture qui est la règle, et il y a l’exception, qui est de l’art. (…) Il est de la règle de vouloir la mort de l’exception (…) » J. L. Godard.
L’art contemporain ne cesse de poser de nouvelles bases de création où s’affrontent l’art et la culture. La Biennale [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><strong><em>« (…) Il y a la culture qui est la règle, et il y a l’exception, qui est de l’art. (…) Il est de la règle de vouloir la mort de l’exception (…) » J. L. Godard.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’art contemporain ne cesse de poser de nouvelles bases de création où s’affrontent l’art et la culture. La Biennale de Venise, par la qualité de son organisation, permet une vision assez bonne de l’état de la création mondiale dans le secteur des arts plastiques. Étant entendu que l’art occidental influence, depuis l’après-guerre, l’ensemble des pays intéressés à l’art contemporain, la biennale est le bon endroit pour se faire une opinion sur la vitalité de la création artistique. Et ce y compris en ce qui concerne les pays émergeant dans le secteur ;  je pense ici à la Chine, à l’Inde, au  Brésil, etc. Il apparaît assez clairement que le risque d’une homogénéisation créatrice est de facto en passe de s’installer durablement. L’écologie étant une préoccupation toute contemporaine, il me semble opportun d’appliquer à l’art une analyse prenant en compte les aspects de construction et de déconstruction d’une culture globalisante. C’est donc à travers un choix subjectif que mon parcours au sein de la Biennale va me permettre de réaliser un essai court de dialogue avec les œuvres et leur aura..</strong></p>
<p><span id="more-621"></span>Pour peu que l’on s’intéresse à l’art contemporain, la Biennale de Venise est un évènement incontournable. L’occasion nous y est donnée de contempler l’ensemble des artistes sélectionnés par leur pays pour représenter la vitalité créatrice de leur action culturelle.<br />
<strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-6045" title="jf1" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/10/jf1.jpg" alt="jf1" width="601" height="450" /><br />
</span></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">Jan </span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">Fabre / </span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">A</span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">rsenal </span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;">(Photo 1)</span></span></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;">On peut aussi y mesurer les qualités intrinsèques d’artistes authentiques, et a contrario, mesurer l’implication votive de certains créateurs vis-à-vis de l’<em>esthétisation</em> du « nul » érigée en nouvelle culture bourgeoise issue des milieux financiers. Qu’est que la critique si vous l’envisagez sous l’action d’une humeur réactionnaire ? Que devient-elle si vous coupez l’action du dialogue entre l’œuvre et le spectateur ? Si vous ne souhaitez pas recevoir le phénomène « <em>phénoménologiquement artistique</em> » qui s’impose à vous ?</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-6046" title="jf2" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/10/jf2.jpg" alt="jf2" width="600" height="451" /></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">Jan Fabre / Arsenal</span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> (Photo 2)</span></span><span style="font-family:Calibri;"><strong><span style="font-size:xx-small;"> </span></strong></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> </span></span><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> </span></span></p>
</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Il y a donc bien là un risque de ne pas recevoir « <em>la force</em> » comme dirait Jacques Derrida, et de valider l’affirmation : l’art c’est l’action, la critique, la réaction. Mais tout de même : il me semble envisageable d’affirmer la possibilité d’exprimer un point de vue sur l’efficacité d’une œuvre, si celle-ci ne provoque pas la récréation de <em>l’âme</em>. En plus, l’implication politique et culturelle des œuvres d’art, surtout si elles sont iconisées en leur nom, mérite une analyse de <em>déconstruction.</em> Surtout quand celles-ci sont instrumentalisées en valeurs de <em>culture</em> pour la cité.</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">D’abord, il faut tout de même réaliser un choix, subjectif bien sûr, mais honnête. La reproduction ci-dessus d’une œuvre de Jan Fabre, artiste belge de la Communauté flamande — sans chauvinisme aucun — force le respect. L’arsenal, qui depuis quelques biennales, multiplie les espaces dédiés à la sculpture et aux installations diverses, accueille cet artiste avec bonheur. Les deux installations que Jan Fabre y présente sont remarquables de conception. Pour les connaisseurs, Jan Fabre, homonyme de l’entomologiste célèbre Jean Fabre, n’est pas seulement un artiste plasticien, mais un homme de théâtre. Ses différentes participations au festival d’Avignon ont laissé des traces. Je pense ici notamment à la polémique suscitée par la libération d’urine effectuée sur scène par une actrice, évènement qui a bouleversé les convenances <em>cultuelles</em> de certains spectateurs spécialistes. Bref, le caractère transversal de l’œuvre de Jan Fabre s’exprime surtout de mon point de vue, dans la faculté qu’il a à <em>poétiser</em> le corps en acceptant la métaphore des effluves liquides corporels de toutes sortes et son caractère d’énergie <em>créatrice</em> interne-externe. Je ne m’aventurerais pas dans une explication psychanalytique, mais il tente, de mon point de vue de réconcilier — et le mot est faible — l’échange naturel des humeurs (nature-culture) avec l’esprit qui les fortifie (esprit-culture). De mon point de vue, la vraie force de son art réside dans la faculté qu’il a de rêver un dialogue, de plus en plus impossible dans notre société moderne, entre l’état naturel <em>pur</em> et <em>dur</em> et la célébration humaine de l’esprit poétique. Il fait revivre, par l’harmonisation entre esprits contemporains et caractère <em>médiéval</em> du corps, le concept moderne picassien de beauté laide…</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Pour ce qui est de savoir si la transversalité des genres artistiques est de bon aloi, chacun fera son choix. Pour ma part, cette manie, depuis une dizaine d’années, de privilégier la mise en scène <em>installatoire</em>, me porte à croire que le tableau peint — spatialement dans la tradition — reste un must. Quand celui-ci est porteur d’un inter-espace : c&#8217;est-à-dire réalisant une interface entre l’espace réel, — le lieu ou l’on peut contempler le tableau et où se tient le spectateur — et le tableau — qui crée un espace répondant à la réalité par un autre espace métaphysique. Cette option est toujours de loin la façon la plus efficace pour créer l’œuvre d’art. L’installation minorise, à cause de sa réalité objective, le phénomène et l’<em>iconisation </em>de l’<em>aura</em>.</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Les parcs d’attractions et les fêtes foraines sont remplis de petites œuvres édifiantes, monstrueuses et grandiloquentes pour étonner le peuple…</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Juste à côté de Jan Fabre, les sculptures de Bernard Venet (photo 3) nous attendent dans un espace encore plus grand. Les œuvres de cet artiste français, un des premiers représentants de l’art conceptuel européen travaillant beaucoup aux États-Unis, ne m’ont pas beaucoup surpris. C’est banal de le dire, mais la première fois c’est la bonne, la centième fois, c’est atone… Malgré tout, je reste &#8211; en tant que sculpteur &#8211; émerveillé par la présence de ses œuvres et leur adéquation avec l’espace. A contrario des installations <em>spirituellement textuelles</em>, la sculpture se prête bien au dialogue élémentaire « espace &#8211; lieux &#8211; œuvre ». Cette tripartite contextuelle, Bernard Venet la pratique avec brio depuis des lustres et cela se sent. Nous pourrions envisager son œuvre sous l’angle de l’entreprise, il n’est pas le seul : Tony Grag en est un bon exemple, et Jeff Koons un <em>contre</em>-exemple. Bernard Venet doit l’envisager sous l’angle industriel pour pouvoir réaliser son œuvre. C’est fort bien, étant entendu que pour pouvoir s’approprier l’espace, il faut quitter l’<em>intériorité statuaire</em>, chère à l’art grec. Pour pouvoir dialoguer avec l’espace réel, il est dans la nécessité de déléguer  la réalisation de ses œuvres. Le choix est donc clair: les arcs métalliques de Bernard Venet interrogent la réalité spatiale, en proposant des sculptures qui redessinent le paysage et lui donnent un nouveau poids <em>mental</em>. Ce que je tente d’exprimer ici, c’est la fonction architecturale de la sculpture. Le sculpteur redéfinit l’espace neutre en espace sensibilisé par l’intervention de l’artiste. Le seul inconvénient réside dans la lassitude provoquée par la répétition du propos. Nous sommes tous sujet, nous les artistes, à un appauvrissement du signe.</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Bernard Venet me donne l’impression que c‘est fini, la conception à tout dit. Or ce n’est jamais fini, comme le disait justement Alberto Giacometti…</div>
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<div style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> </span></span><img class="alignnone size-full wp-image-6047" title="bv" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/10/esqd.jpg" alt="bv" width="600" height="442" /><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">Bernard Venet / Arsenal</span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> (Photo 3)</span></span></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;">Toujours à L’Arsenal, passons maintenant à Michelangelo Pistoletto (photo 4). Celui-ci présente une œuvre très intéressante d’un point de vue philosophique. Les grands miroirs, installés par lui au préalable, puis brisés aléatoirement, questionnent le spectateur en intégrant sa propre image dans l’œuvre. Il me semble intéressant de souligner la volonté de créer de nouveaux espaces dans le sillage d&#8217;une tradition issue de la « Renaissance ». C’est peut-être un délire de ma part, mais c’est bien là que je situe l’intérêt de son œuvre. Le spectateur s’introduit dans l’œuvre, certes involontairement, mais c’est un fait. Nous sommes donc confrontés à une ambiguïté. Il n’est pas possible d’appréhender l’œuvre dans une seule et même vision, sauf à rester quelques instants immobiles, constater le résultat, et puis laisser la place à d’autres spectateurs, et  ainsi de suite. C’est bien là parfois la faiblesse de la sculpture, la voir dans sa totalité est impossible. Je suis moi-même sculpteur, et c’est un problème que je connais bien. En effet, pour pouvoir considérer la perception de l’<em>aura</em>, il faut certaines conditions, dont une certaine intimité avec l’œuvre.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;">Les miroirs provoquent une certaine distraction rétinienne qui induit une jouissance du phénomène « jeu » artistique, plutôt qu’une réelle émotion de l’esprit.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-6048" title="pistol" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/10/pistol.jpg" alt="pistol" width="600" height="761" /><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> </span></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">Michelangelo Pistoletto / Arsenal</span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> (Photo 4) <em> </em></span></span><span style="font-family:Calibri;"><em> </em></span><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> </span></span><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> </span></span></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong>Au Giardini, le premier pavillon est celui de l’Espagne. La peinture de Miguel Barceló (photo 5) me suggère une pensée que j’exprime déjà dans un autre projet écrit. J’y fais allusion à la difficulté d’exprimer un terroir, même si ce mot est particulièrement difficile à utiliser ici, tant il y a des réticences contemporaines à aimer ce mot. Pourtant, il s’applique à merveille à cet artiste profondément ancré dans une expression typiquement catalane. Cette région du nord de l’Espagne a comme particularité de produire, à travers ses artistes, des œuvres d’une grande qualité de <em>matière</em>, comme un <em>sang minéral</em> d’une région. Il suffit d’énumérer Miro, Tapiés et plus récemment le grand sculpteur Jaume Plensa, pour s’en convaincre. Bref, l’on tient ici une œuvre qui se situe dans une certaine tradition tout en prolongeant l’esprit d’un territoire spirituel. La force primitive et moderne exprimée par ses travaux est une synthèse de la vigueur nécessaire à la pratique de la peinture en général. Par contre, même si les poteries artistiques (photo 6) sont séduisantes, le marché n’est pas loin…</div>
<div style="text-align: justify;">Je ne pratique pas l’artisanat, sans pour autant le décrier. Parfois, c’est bien là que la pratique artistique rencontre sa logique contemporaine, et nous éloigne du sens premier du vrai art.</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Les peintres ne sont pas nombreux à la Biennale : Sandro Chia, Danièle Galliano, Nicolas Verlato pour le pavillon italien, Adel El Siwi pour l’Égypte, Sherrie Levine pour les États-Unis, Sedaghat Jabbari pour l’Iran, Raffi Lavie pour Israël, etc.</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Sur la totalité des médias utilisés, cela représente plus ou moins un dixième des participants. La photographie ; l’art contextuel photographique, vidéographique, sculptural et pictural, et la sculpture plus traditionnelle en général, se partage le reste des interventions. Nous sommes donc devant un fait proverbial : <em>la peinture à l’huile est plus difficile que la…</em></div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-6049" title="mb" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/10/hiurhd.jpg" alt="mb" width="601" height="502" /></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">Miguel Barceló / Giardini</span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> (Photo 5).</span></span><span style="font-family:Calibri;"><em> </em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong>De ce fait, beaucoup d’œuvres socio-textuelles et vidéos-installations en tous genres animent la Biennale. Elles sont clairement majoritaires. Beaucoup d’œuvres sont assez faibles de mon point de vue : l’impression de déjà-vu est patente. Parfois une bonne surprise arrive : je pense notamment au pavillon danois où l’installation montre un lieu de vie en l’<em>absence</em> des propriétaires, où le mobilier raconte leurs histoires <em>dramatico-comiques</em>. Le pavillon américain est intéressant, avec Bruce Nauman, sculpteur remarquable par son expressionnisme paradoxalement mis au service d’un propos textuel.</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Cela n’enlève rien aux risques inhérents à la création artistique, quand l’œuvre est construite par un réel esprit libre. Mais est-ce toujours le cas ?</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;">Pour le reste, beaucoup d’artistes participent à l’évidence à la « grand-messe » contemporaine. En tant qu’artiste, c’est toujours avec un grand intérêt que je découvre le génie d’autres créateurs. Souvent, je me dis qu’il est illusoire de vouloir prendre la parole dans un débat qui est plutôt activé par des spécialistes. Et pourtant d’un point de vue iconoclaste, le débat n’en reste pas moins passionnant. On ne peut pas assister à une transformation des différents médias artistiques, qui nous laisse le plus souvent perplexes, sans donner son point de vue. Même si, en tant qu’artiste, cela est périlleux. Être dans son époque, ce n’est pas céder à toutes les dérives culturelles issues du libéralisme le plus effréné, ni à fortiori les accepter…</div>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<div style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-6050" title="mb" src="http://droitdecites.org/wp-content/uploads/2009/10/sjqh.jpg" alt="mb" width="600" height="449" /></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em> </em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">Miguel </span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;">Barceló</span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> / pavillon</span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> espagnol</span></em><span style="font-size:small;"> (Photo 6).</span></span><span style="font-family:Calibri;"><em> </em></span></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;">Les artistes ne sont pas épargnés par l’attrait de la réussite sociale. Le mythe de l’artiste maudit est un vieux conte. De nos jours, les artistes se muent, grâce à des entrepreneurs en art, en businessmen. Les sommes nécessaires à la réalisation des différentes installations que j’ai pu voir à Venise doivent être considérables. C’est bien là le danger pour l’art. Nous nous souvenons tous du cirque Barnum… Les foires d’arts n’échappent pas à l&#8217; « <em>enfoirement</em> » de la culture. Lors de chaque nouvelle Biennale, les espaces s’agrandissent et les moyens, en vue de <em>l’édification</em> du spectateur vampirisent les énergies. Le parc d’attractions n’est pas loin. Je ne peux m’empêcher de penser à une réflexion de Jean Clair regrettant le huis clos muséal où se réalisait, de son point de vue, l’intimité nécessaire entre le spectateur et l’œuvre, créant par là même la « communion ». Je ne dis pas tout et son contraire : j’aime la Biennale et le monde de l’art contemporain en général, mais on ne peut s’empêcher de ressentir un malaise en constatant le rôle que l’on veut faire jouer à la création artistique. On asservit celle-ci, en la canalisant politiquement dans un discours de sociologie participative. On souhaite lui donner un rôle d’activité culturelle associée, parfois à son insu, au tourisme. Cette nouvelle fonction se met en place au détriment d’une élévation de l’esprit, qui elle, se réalise dans l’élaboration intime d’une œuvre, d’une vie, loin des soubresauts de l’industrie <em>médiatico-publicitaire</em>… Le malaise provoqué par cette débauche de marketing empêche la vénération, mais on s’amuse. Le choix est clair, comme le dit Woody Allen, je le cite : « <em>Je préfère l’avenir au passé, car c’est là que je veux vivre</em> ». D’accord, mais pas en file indienne…<span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> </span></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><strong><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:medium;">Texte et photos :  <a href="http://droitdecites.org/2009/10/02/comite-editorial/">Dario CATERINA</a></span></span></strong><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:small;"> </span></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span><span style="font-family:Calibri;"><em><span style="font-size:small;"> </span></em></span></p>
<p style="margin-left:0;margin-right:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Calibri;"><span style="font-size:medium;"> </span></span></p>
</div>
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