Intérieur par Satellite (extraits) / Marcos Siscar

2010 juillet 17
Par Philippe BECK

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FICTION D’OUVERTURE

commencer du dedans. de l’intérieur d’où les choses commencent. là où elles finissent leur ellipse vertigineuse. l’intérieur c’est la fin du départ. c’est le début du retour. s’en aller comme celui qui revient. revenir comme celui qui part. la fiction voyage.

être près de sa propre chose n’est pas loin de l’égarement. regardez les mains froides de l’adolescent transpirant sans savoir tourner les pages d’un livre.

l’intérieur c’est le lieu de l’égarement. là où on ne reste pas. de quelle sorte est un lieu où on ne reste pas? quand on arrive à la limite. la limite est intérieure.

de l’intérieur on part. comme des petits villages you know you have to leave. on ne reste pas. à l’intérieur on arrive.de l’intérieur on part. là où on arrive à l’intérieur on ne reste pas. du sable de la chèvre des cris. mais on ne reste pas.

l’intérieur se trahit soi-même il a lieu. il n’a lieu que quand il se trahit. l’extérieur des choses c’est quand l’intérieur se trahit. et donc il n’y a pas d’extérieur pur de la poésie pure. ce qui ne se trahit pas.

il n’y a pas de silence qui soi-même ne se trahisse pas.

à l’intérieur les choses résonnent creuses. rien à voir. ici on n’entend que la chose creuse sonner. un bateau plein de rouille résonne rendu par le fleuve sous le mûrier.

la fiction origine. la fiction doit d’être cultivée mémoire sculptée mensonge tenu. avec piété. vieille histoire leurre tiède de la littérature.

la fiction intérieure est bien réelle. c’est la terre. c’est un sol où on peut tomber. avoir où tomber mort c’est une raison pour partir.

intérieur. si je dois partir il vaut mieux que ce soit pour ne pas te laisser. ici tout commence comme une forme ne pas se laisser tomber. celui qui n’est jamais tombé d’un arbre a-t-il besoin d’être assuré? celui qui s’est déjà jeté du haut d’un arbre connaît-il la douleur de la chute?

(silence) le silence dit

tu ne te plains pas ne demande pas n’accepte pas ne fais pas de pas en arrière. l’intérieur se clôt il se met à disposition. carrapicho ta rugueuse miséricorde.

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BLEU EN ENTIER

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pendant qu’ apollo 12 prend des photos de la terre bleue en entier. le miel

commence à durcir dans une bouteille d’eau-de-vie) en l’an 2000

j’aurais 36 ans. je saurais fondre le miel fabriquer des syntaxes mesurer

les sphères du globe terrestre. comme un anti-télémaque sur la plage

serrant dans ses bras le père retrouvé avec ses mots ailés. des moralités

de science pataphysique des péripèces picares pour un nouveau millénaire

tardif. père tu es mon satellite qui tourne (je vais te donner une tombe

et pour te donner une tombe je vais te conduire par le bras à l’espace.

comme un astronaute. je vais te laisser t’éloigner je te verrai

prendre distance. tes yeux rougis par ce qui aurait pu avoir lieu.

prendre distance dans le vide à l’infini. et à mon dos le globe

terrestre mesurable et tragique la terre. bleue en entier

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LA JOIE DE PARTIR

………………………………Ma uno solo una mattina senza dire niente

………………………………a nessuno partì da vero. I Vitelloni (Fellini)

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uno solo

en effet l’un et seul.

cela a été la

condition de partir

la seule.

de sauver ou de se sauver

de faire face avec le fait

de devenir le narrateur.

d’avoir la voix

et de donner la voix

à ceux qui ont voulu

partir

mais qui dans le silence

sont restés.

partir c’est un art

de fait et de solitude.

sauver à soi-même

vouloir partager l’art

de la voix.

vivre

sans silence sans même

une vie

parmi mille ou plus.

beaucoup

plus

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Traduction de l’auteur avec la collaboration de Raymond Bozier.

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