Echos / Michaël La Chance

2010 août 24
Par Philippe BECK

Accéder aux articles de → Actuellement, La poésie qui vient / Philippe Beck

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ÉCHOS

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…………1

quand rien n’a été dit
tout reste à dire
je commencerais à parler
si j’avais une voix
pour jeter mes châteaux de sable
dans la tempête
pour m’étonner de vivre
m’étonner de vivre

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…………2

quand tout sera dit
nul besoin d’aller au désert
quelques limailles ici
sauront tout enrayer
je fabriquerais des mots
avec ce qui danse dans nos yeux
si j’avais une voix
avec ce qui reste de moi
j’y tiens par les dents
tiens par les dents

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…………3

si j’avais une voix
le gouffre jamais refermé
sur nos âmes-cannibales
j’arriverais à l’idée de l’univers,
par des passerelles de sensations
qui cisaillent le ciel
des spectres arc-boutés
entre l’animal et l’esprit
vous allez par mille sillages
vers une mer inconnue
une mer inconnue

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…………4

si j’avais une voix
je nommerais les possibles
et défierais le hasard
j’irais crier des énigmes
et polir les miroirs
pour voir le monde
au fond d’un lac brûlé
de face et de côté
pour répondre à l’impossible
répondre à l’impossible

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…………5

lorsque tout sera dit
par des images éteintes
je chanterai contre-sirènes
sur un chemin éventré d’épaves
je suivrai du doigt
en chaque trace
un appel venu d’ailleurs
le fossé le plus creux
donne des leçons de courage
si j’avais une voix
je convoquerais un vide plus pur
avec des souffles qui montent
des souffles qui montent

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…………6

si j’avais une voix
je demanderais quelle farce m’est jouée
n’est-ce pas moi le bouffon ?
qui prend  le vent à plein poumon ?
qui prend la vie au sérieux
parce qu’il aime le goût du sel ?
toutes choses sont liées
dedans comme dehors,
par l’amour et le massacre
si j’avais une voix
je dirais quel murmure
suspens les étoiles,
quel murmure tourne le sang
tourne le sang

.

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…………7

si j’avais une voix
par delà l’étouffée
je trouverai en chaque mot
le vertige comprimé
de la mer qui va avec le soleil
et du soleil  qui va avec les cendres
de tout ce qu’il faut tuer
pour vivre, faire vivre
et connaître le monde
on le reconnaît disparaissant
sur le seuil de l’immensité
le seuil de l’immensité.

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…………8

si j’avais une voix
je neutraliserais le poison mortel
que distille la parole
je débusquerais les fantômes
logés dans les coeurs
de n’être plus personne
sans toucher le sol
je trouverais une multitude
dans le  débordement
qui me conduit au-delà de moi-même
au-delà de moi-même.

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Michaël La Chance

Dans « la poésie qui vient », il y a des échos de la poésie passée.  Ce texte a été lu à la 4e Nuitte [sic] de poésie du Saguenay (Québec), 30 avril 2010. L’exercice consistait à lire un choix de citations et de composer un texte en écho. Avec des citations de Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Tchouang Tseu, Henri Michaux, Georges Bataille, Mallarmé, Eugenio Montale, François Mauriac, Martin Heidegger, R. M. Rilke, Maurice Blanchot, Kimura Kyûho, Witold Gombrowicz, Romain Gary, Prajnaparamita, Georges Bataille, André Gide, Georges Bataille,  Annie Le Brun.

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