Echos / Michaël La Chance

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ÉCHOS

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…………1

quand rien n’a été dit tout reste à dire je commencerais à parler si j’avais une voix pour jeter mes châteaux de sable dans la tempête pour m’étonner de vivre

m’étonner de vivre

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…………2

quand tout sera dit nul besoin d’aller au désert quelques limailles ici sauront tout enrayer je fabriquerais des mots avec ce qui danse dans nos yeux si j’avais une voix avec ce qui reste de moi j’y tiens par les dents

tiens par les dents

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…………3

si j’avais une voix le gouffre jamais refermé sur nos âmes-cannibales j’arriverais à l’idée de l’univers, par des passerelles de sensations qui cisaillent le ciel des spectres arc-boutés entre l’animal et l’esprit vous allez par mille sillages vers une mer inconnue

une mer inconnue

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…………4

si j’avais une voix je nommerais les possibles et défierais le hasard j’irais crier des énigmes et polir les miroirs pour voir le monde au fond d’un lac brûlé de face et de côté pour répondre à l’impossible

répondre à l’impossible

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…………5

lorsque tout sera dit par des images éteintes je chanterai contre-sirènes sur un chemin éventré d’épaves je suivrai du doigt en chaque trace un appel venu d’ailleurs le fossé le plus creux donne des leçons de courage si j’avais une voix je convoquerais un vide plus pur avec des souffles qui montent

des souffles qui montent

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…………6

si j’avais une voix je demanderais quelle farce m’est jouée n’est-ce pas moi le bouffon ? qui prend  le vent à plein poumon ? qui prend la vie au sérieux parce qu’il aime le goût du sel ? toutes choses sont liées dedans comme dehors, par l’amour et le massacre si j’avais une voix je dirais quel murmure suspens les étoiles, quel murmure tourne le sang

tourne le sang

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…………7

si j’avais une voix par delà l’étouffée je trouverai en chaque mot le vertige comprimé de la mer qui va avec le soleil et du soleil  qui va avec les cendres de tout ce qu’il faut tuer pour vivre, faire vivre et connaître le monde on le reconnaît disparaissant sur le seuil de l’immensité

le seuil de l’immensité.

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…………8

si j’avais une voix je neutraliserais le poison mortel que distille la parole je débusquerais les fantômes logés dans les coeurs de n’être plus personne sans toucher le sol je trouverais une multitude dans le  débordement qui me conduit au-delà de moi-même

au-delà de moi-même.

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Michaël La Chance

Dans « la poésie qui vient », il y a des échos de la poésie passée.  Ce texte a été lu à la 4e Nuitte [sic] de poésie du Saguenay (Québec), 30 avril 2010. L’exercice consistait à lire un choix de citations et de composer un texte en écho. Avec des citations de Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Tchouang Tseu, Henri Michaux, Georges Bataille, Mallarmé, Eugenio Montale, François Mauriac, Martin Heidegger, R. M. Rilke, Maurice Blanchot, Kimura Kyûho, Witold Gombrowicz, Romain Gary, Prajnaparamita, Georges Bataille, André Gide, Georges Bataille,  Annie Le Brun.

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